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pays et que la Banque fut en état de remplir sa mission. Dès le premier semestre de -Pan-née 1890, le crédit de la Bulgarie fut définitivement consolidé, et c'est alors que s'ouvrit une nouvelle période de l'histoire financière et économique du pays: la période des emprunts d'Etat et des grandes entreprises, favorisées par de bonnes récoltes. En 1888, 1889 et 1892, six emprunts avec garantie hypothécaire furent placés à l'étranger pour la construction de chemins de fer et des ports de Varna et Burgas.
Par la concession de ces grands travaux publics, l'esprit d'entreprise fut vigoureusement stimulé en Bulgarie. Mais, à la suite de difficultés financières passagères dont l'Etat eut à souffrir en 1893, la Banque nationale, pour éviter une faillite des grandes sociétés de construction et permettre la continuation des travaux, dut consacrer une grande partie de ses disponibilités à la remise à flot de ces entreprises.
1895 est le début de l'ère des fondations de sociétés de crédit, de commerce et d'industrie. Comme il arrive habituellement dans les jeunes Etats, de nombreuses entreprises débutèrent avec trop de hâte, sans se préoccuper de faire les études préliminaires, ni même de réunir les ressources financières indispensables. La Banque nationale réussit avec le temps» à fortifier la moyenne et la petite industrie et à la maintenir entre des mains bulgares. (Aujourd'hui, au contraire, toutes les, grandes entreprises industrielles, dont la gestion nécessite de gros capitaux et de vastes connaisisancesi techniques! sont entre les mains d'étrangers.)
La situation très tendue de la Banque fut quelque peu allégée par la réforme légale de 1805 sur les caisses agricoles, qui sépara nettement le crédit agricole du crédit industriel et commercial : le premier fut attribué aux caisses, le second à la Banque.
Les années 1897, 1898, 1899 et 1900 furent marquées par de mauvaises récoltes. L'exportation de blé, mesurée en 1896 par 94 millions de leva, recula en 1900 jusqu'à
27 millions; l'agio entre l'or et l'argent s'éleva de 3,75 en 1897 à 13,5 en 1900; le produit dés impôts indirects, source principale des revenus de l'Etat, passa, après la réforme fiscale de 1894-96, de 32,8 millions en 1898 à 23,3 millions en 1900. Alors commencèrent de difficiles années pour la Banque nationale, qui put cependant/ montrer qu'elle était devenue assez forte pour être d'une aide puissante, non seulement pour le commerce et l'industrie, mais encore pour l'Etat. Les mauvaises récoltes successives provoquèrent la' stagnation du commerce ; la disette monétaire s'étendit à toutes les couches sociales et pesa lourdement sur toute l'activité économique. Bien que la Banque eût déjà tendu fortement son crédit .au début de la crise, elle prévint par son intervention efficace de grandes et retentissantes faillites. Si elle fut obligée de resserrer le crédit communal et hypothécaire, elle protégea, en revanche, dans la plus large mesure, les firmes industrielles et commerciales et les aida à traverser ces années difficiles.
Ce qui aggrava encore l'action de la crise, c'est que l'Etat se trouvait alors dans une situation critique. Le Gouvernement ne pouvait s'acquitter de ses obligations ni à l'intérieur, ni à l'extérieur; il lui était impossible de se procurer les sommes nécessaires an paiement descoupons et à l'amortissement des emprunts. Le crédit de l 'Etat était donc considérablement ébranlé. Les négociations entamées à la fin de 1898 pour la conclusion d'un emprunt de 200 millions n 'aboutirent pas, et les 25 millions empruntés à l'étranger en 1900 pourvurent à peine aux besoins les plus urgents. La Banque vint alors en aide au Gouvernement en lui 'consentant de fortes avances, qui s 'élevèrent de 10 millions en 1899 à près de 40 millions en 1902, c'est-à-dire de plus de quatre fois le montant du capital de fondation.
Par suite de l'importante diminution de l'exportation, la balance des comptes de la Bulgarie se soldait par un sérieux déficit, et l'exode permanent de l'or qui en résulta
épuisa graduellement le stock (déjà peu considérable) de i métal jaune du pays. La direction de la Banque, vivement inquiète, se décida, pour protéger son encaisse, à employer un moyen énergique et efficace. Elle se fit autoriser par la loi du 13 novembre 1899 à émettre des billets payables en argent pour un montant double de son encaisse-argent, tout en se réservant le droit de rembourser en métal blanc, en ajoutant la prime de l'or, ses billets payables en or. Cette loi d'exception permit à la Banque de sauvegarder son encaisse-or, qui, en 1899, était descendue à 3 millions, et de la porter à près de 10 millions en 1902. La période qui suivit la crise financière provoquée par - les mauvaises récoltes est une période d'essor économique ; elle favorisa également le progrès de la Banque nationale.
Le" 'Gouvernement réussit, en septembre 1902, à émettre un emprunt de 106 millions à 5 6/0. Après là conclusion de cet emprunt, l'Etat remboursa sa dette flottante à la Banque nationale, dans les caisses de laquelle affluèrent d'un seul coup plus de 30 millions de leva. Comme la Banque se trouvait ainsi en possession de ressources abondantes et que, grâce à sa circulation fiduciaire en progression constante, elle disposait de moyens cFaction qui ne lui coûtaient aucun intérêt, elle put diminuer le prix du crédit dans le pays. En 1903, elle réduisit les taux d'intérêt pour les dépôts d'argent:
De 6 0/0 pour 5 ans, à 4 0/0; De 5 O/O pour 3 ans, à 3 0/0; .De 4 0/0 pour 1 an, à 2 0/0;
Et le taux d'escompte de 8 0/0 à 7 0/0, et, en 1911, de 7 0/0 à 6 1/2 et 6 O/O.
L'agio tomba à la fin de 1906 à 0,10 0/0. Soutenue par une encaisse-or de 27 millions et demi de leva et par 7 millions de change étranger, la Banque supprima enfin la prime de l'or en échangeant, sans aucune déduction, les billets payables en argent contre des billets payables
en or, et même, pendant quelque temps1, en remboursant les premiers en or dès qu'ils lui étaient présentés. Elle se disposait, d'ailleurs, à retirer de la circulation les billets payables en argent, mais la balance commerciale déficitaire de la Bulgarie pendant lesi années suivantes l'obligea à renoncer à ce projet.
La loi spéciale de 1907 sur le crédit hypothécaire décida que les deux tiers des capitaux à terme et desi fonds publics seraient appliqués exclusivement aux besoins du commerce et de l'industrie, et que les ressources principales du crédit hypothécaire seraient fournies par l'émission d'obligations foncières. La Banque est ainsi divisée en deux compartiments : l'un pour le crédit industriel et commercial à court terme; l'autre pour le crédit communal et hypothécaire à long terme. Il est probable que ce second département est destiné, un jour ou l'autre, à devenir autonome et qu'il ne fait que préparer la création d'une Banque nationale hypothécaire.
Par la loi additionnelle de 1911, le capital de la Banque fut élevé de 10 à 20 millions et la limite supérieure des avances à l'Etat fixée au double dé ce capital (1).
Telle était la situation à la veille du conflit turco-balkanique. Nous avons cru devoir assez longuement insister sur l'histoire de la Banque nationale de Bulgarie à cause du lien intime qui unit à l'Etat cet institut d'émission et surtout à cause de l'influence si considérable qu'eut cet établissement sur l'amélioration progressive de la situation économique et financière du royaume de Bulgarie.
Les dépôts aux caisses d'épargne marquent, d'une façon générale, dans un pays neuf , le mouvement qui se produit dans l'enrichissement delà classe moyenne de la population. En Bulgarie, à la fin de 1905, les sommes figurant en dépôt à ce titre s'élevaient à 21.893.322 francs; elles atteignaient, fin 1909, 41.03.2.579 francs, et, fin 1910,
(1) Bank-Archiv. du 1er avril 1913 : Geschichte der bûlgarischen Nationalbank, par Oskar Pallass.
47.302.760 francs. Dans les dix premiers mois de 1911, elles étaient passées de 47.302.760 à 53.288.864 francs. La progression est évidente et marque une rapide augmentation de l'épargne bulgare avant la guerre. Une bonne partie des capitaux disponibles dans le pays a servi, d'ailleurs, à l 'achat de valeurs nationales: en 1911, ces valeurs s'élevaient, en Bulgarie, à 47.061.500 francs, contre 43.200.000 francs en 1910.
En raison même de l'importance de» déficits budgétaires, la dette publique bulgare s'est accrue très rapidement, nous l'avons dit, progressant, en effet, d'environ 300 millions de 1903 à 1912. Au 31 juillet 1912, cette dette atteignait un total de 697.385.180 francs, se décomposant comme suit (1) :
A. - DETTE CONSOLIDES
DKTJE PRIMITIVE