‹ Les finances de guerre au XXme siècleChapitre 98 sur 133 · francs · texte numérisé non relu

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(1) Le Marché financier en 1912, par Ratï'alovich, page 755 ; Le Temps du 24 décembre 1912.

(2) L'Information du 21 juillet 1913 et Le Rentier du 27 juillet 1913.

(3) L'Information des 22 mai, 4 et 21 juillet 1913 ; Le Rentier des 7 juin et 27 juillet 1913,

soient un total de 1.083.289.871 et une augmentation de 386 millions de francs.

Au 30 avril 1913, la Bulgarie disposait pour un total de 70.150.860 francs de comptes-courants créditeurs à la Banque de Paris et des Pays-Bas, à la Banque nationale et à la Banque agricole de Bulgarie. Par suite du jeu normal de l'amortissement, la dette consolidée avait diminué d'un peu plus de 4 millions, mais les avances consenties par la Banque nationale avaient presque doublé; il avait été émis, en outre, pour 100 millions de bons du Trésor ; enfin, le gros des dépenses de la guerre avait été soldé par l'émission de bons de réquisition pour une somme s 'élevant à un total de 249.815.300 francs. Depuis le début des hostilités, le Gouvernement bulgare avait donc dépensé une somme de 400 millions de francs environ et élevé sa dette de 385 millions -900.000 francs.

Empressons-nous d'ajouter, d'ailleurs, que cette somme de 400 millions de leva ne représente nullement, loin de là, le coût réel de la « première guerre balkanique » pour le royaume de Bulgarie. Eestaient encore à régler, en effet, d'abord les dépenses engagées, mais non liquidées, et surtout les dépenses indirectes, reconstitution du matériel et des approvisionnements, pensions aux blessés et aux familles des soldats morts pendant la guerre, etc., qui devaient à peu près doubler encore ce chiffre de 400 millions.

Si l'on tient compte du fait que les budgets annuels de la Bulgarie s'équilibraient, avant la guerre, aux environs de 200 millions de francs à peine, on peut apercevoir quelles ont été, même pour les vainqueurs, les conséquences financières de la lutte contre la Turquie.

Et cependant, les préliminaires de paix entre l'Empire ottoman et les Etats balkaniques étaient à peine signés qu'à nouveau retentissaient dans la Péninsule des cris de guerre, des bruits d'armée! Les vainqueurs en venaient aux mains pour le partage des dépouilles du vaincu ! Dans l'état d'exténuation, de lassitude et de pénurie financière

dans lequel se trouvaient les nouveaux combattants, on savait d'avance que cette seconde guerre balkanique serait de courte durée. Et cependant, il y eut de violentes escarmouches ; la démobilisation fut retardée en Bulgarie, comme en Grèce et en Serbie, et il fallut faire face à de nouvelles dépenses militaires.

Aussi, dès le commencement de mai 1913, le Gouvernement de Sofia entama-t-il des pourparlers avec un groupe parisien au sujet d'une avance de 30 ou 40 millions de francs (1). Il ne réussit à obtenir qu'une avance de 25 millions contre remise de bons du Trésor 6 0/0 à six mois, mais il obtint en même temps le renouvellement pour trois mois des 25 millions de bons du Trésor à échéance du 15 juin (2). On parla aussi, à cette époque, de négociations engagées en France par le Gouvernement bulgare en vue d'un futur emprunt de 200 ou 250 millions de francs. Indépendamment de la mission de représenter la Bulgarie à la Commission financière de Paris, M. Théodorofï aurait eu, disait-on, celle de mener à bien cette dernière opération. On ajoutait même que la place de Vienne devait participer à cet emprunt (3).

Cependant, le lo}rer des capitaux s'était renchéri pour la Bulgarie. Les bons du Trésor 6 0/0, à échéance du 15 juin à Paris, 'n'avaient été prorogés de trois mois qu'au taux de 7 0/0, plus 1/8 0/0 de commission, soit au taux réel de 7 1/2 0/0. D'autre part, un placement de bons du Trésor bulgares, remboursables le 1er mai 1914, avait bien été conclu avec des banques berlinoises, mais seulement au taux de 8 0/0 d'intérêt (4).

La lutte fratricide entre les anciens alliés se termina toutefois assez rapidement, et les quelques ressources réunies par le ministre des Finances de Bulgarie suffirent à

(1) L'Information du 19 mai 1913.

(2) Le Rentier des 27 mai et 27 juin 1913. (3, Le Rentier du 7 juin 1913.

(4) L'Information des 26 mai et 9 juin 1913,

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faire face, pendant ce laps de temps, aux dépenses les plus urgentes. Mais, la seconde guerre terminée, les besoins d'argent du royaume n'avaient point cessé. Il fallait encore une fois recourir au crédit pour rembourser, tout d'abord, 50 millions à la Banque de Paris et des Pays- Bas, 17 millions de bons, 27 millions à la Banque Russo- Asiatique et 140- millions à la Banque nationale bulgare ; ensuite, pour faire face au service des coupons, qui exigeait environ 30 millions jusqu'à la fin de l'année; enfin, pour payer les 300 millions de bons de réquisition émis durant les deux guerres. En tenant compte du déficit du budget ainsi que des 25 millions d'avances fournies avant la guerre par les deux banques d'Etat, c'était donc à quelque 800 millions de francs que l'on pouvait évaluer au total les besoins financiers du Gouvernement bulgare en septembre 1913 (1).

Celui-ci, évoluant alors au point de vue financier dans le même sens qu'au point de vue politique, se tourna d'abord vers l'Autriche pour lui' demander des ressources. Des négociations entamées avec MM. de Rotschild et un syndicat de banquiers de Vienne et de Budapesth aboutirent à la conclusion d'un emprunt de 30 millions de francs en bons du Trésor bulgares à six mois d 'échéance, dont le produit devait servir à solder d'importantes commandes d'armements faites en Autriche, et peut-être aussi à rembourser certains bons déjà placés en d'autres pays (2).

Puis, des pourparlers furent engagés avec le Crédit mobilier autrichien et le Bankverein de Vienne au sujet d'une avance éventuelle de pareille somme, destinée au service des coupons jusqu'à la fin de 1913 (3). .

Enfin, le ministre des Finances de Sofia essaya de conclure en France un grand emprunt de liquidation de 4 à

(1) L'Information du 7 septembre 1913.

(2) Le Rentier du 27 septembre 1913 ; L'Information du 30 octobre 1913. Le ministre des finances bulgare lui-même, M. Tontcheff, alla à Vienne pour conclure cet emprunt.

(3) L'Information du 4 septembre 19 ! 3.

500 millions de francs. Le bruit courut à cette époque que, les financiers français ayant imposé comme condition l'exercice de leur contrôle sur les finances bulgares, les négociations au sujet dudit emprunt avaient été rompues. Mais le Gouvernement bulgare démentit officieusement cette nouvelle. Toutefois, en octobre 1913, l 'opération n'était pas encore chose faite. Le ministre des Finances, M. Tontehefr', déclarait, à la vérité, au correspondant du Berline r Tagéblatt à Sofia que le Gouvernement bulgare continuait ses pourparlers avec Paris pour l'émission d'un emprunt de 200 millions, destiné au remboursement des bons de réquisition (1). « Toutefois la Bulgarie attendra, disait-il, pour faire de nouveaux appels au crédit, que la situation monétaire se soit améliorée sur les marchés européens. »

Le moratorium avait expiré le 25 septembre et n'avait pas été renouvelé. Le communiqué ci-après des Chambres de commerce de Bulgarie précise la situation du pays à ce moment (2) :

(( Les Chambres de commerce réunies en conférence à Sofia pour délibérer sur la question du moratorium, après avoir échangé leur opinion sur la situation économique et financière du pays, ce en quoi elles ont été assistées par des économistes et des financiers éminents, sont arrivées à cette conclusion, à savoir qu'avec la levée du moratorium à la date du 12/25 septembre on donnera au pays la possibilité de reprendre sa vie normale et on liquidera sans commotion les conséquences de la longue guerre qui vient de prendre fin, et cela pour les raisons suivantes :

» Jusqu'au jour de la mobilisation, le 17/30 septembre 1912, le pays se trouvait dans une situation excellente. L'essor économique du pays s'affirmait chaque jour, notamment après les excellentes récoltes des dix dernières années.

(1) L'Information des 14 septembre et 17 octobre 1913.

(2) L'Information du 9 octobre 1913.

» Cet essor manifeste et la structure économique spéciale de la Bulgarie, dont la population, dans une proportion de 70 0/0, est agricole et possède de petites propriétés, ont aidé et aideront encore à supporter la guerre sans tension et à en liquider les conséquences sans autres secousses.

» La longue guerre, bien qu'elle l'ait ralenti, n'a pourtant pas arrêté le développement économique du pays. Pendant toute la durée du conflit, les femmes et ceux des hommes qui étaient restés dans leurs foyers continuaient à labourer la terre, et ainsi tous les travaux des champs purent être faits à. temps. Il n'y eut pas non plus d'arrêt sensible dans les autres domaines de la vie économique du pays. L'industrie ne chôma point ; le commerce ne cessa pas non plus.

» Grâce à ces circonstances, et alors que dans tout autre pays un grave ébranlement aurait été inévitable après une si longue guerre, la Bulgarie fit preuve d'une telle puissance de résistance que sa population put donner à l'Etat une somme ronde de 300 millions de francs en réquisitions.

» La Banque nationale de Bulgarie, le principal régulateur financier du pays, subvenait tout le temps et assez largement aux besoins de sa clientèle, en ne sortant pas des cadres fixés par les normes adoptées pour l'émission des billets de banque et pour l'effectif du stock de ses réserves métalliques.

» Il est vrai que le cours du change qui, au commencement de la guerre, n'était que de 1 1/2 0/0, a monté dernièrement à '7, et 8 0/0, avec tendance à s'élever encore. Mais il ne s'ensuit pas que la Bulgarie soit à la veille d'un krach économique provoqué par la situation issue de la guerre.

» Etant donnée la structure économique de la Bulgarie, dont il a été parlé plus haut, le cours élevé du change signifie seulement une gêne temporaire du marché financier, vu l'arrêt total de l'exportation pendant toute une

année. Il faut ajouter encore les grands transferts' d'argent à l'étranger faits pour le paiement des fournitures militaires de l'Etat. Après la conclusion de la paix et l'équilibre sensible qui ne manquera pas de se faire dans le bilan commercial du pays, à la suite de l'imminent mouvement d'exportation, le cours du change ne pourra pas ne pas baisser.

» Nous ne méconnaissons pas: que la gêne monétaire, ne disparaîtra complètement qu'après la consolidation des dettes courantes de l'Etat, l'éclaircissement définitif de la situation financière du paiys et l'entrée du budget de l'Etat dans le cadre des capacités fiscales du pays. Néanmoins, nous affirmons qu 'étant donnés les particularités énumérées et l'état de l'économie nationale bulgare, le pays traversera facilement et sans éprouver de commotions trop grandes la situation créée par la guerre prolongée, d'autant plus que l'Etat fera, on le sait, tout son possible pour consolider l'état financier. Les moyens ne manquent pas pour cela. Etant donnée la vitalité économique de la Bulgarie, qui possède une population économe, proverbialement laborieuse et irréprochablement sobre, il ne sera pas difficile de trouver les» capitaux indispensables à l'affermissement financier du pays; ainsi, on écartera définitivement toutes les craintes de crise économique. »

Laissant pour un instant de côté la situation financière du royaume de Bulgarie et considérant sa situation économique après les deux guerres balkaniques, il faut avouer, conformément aux déclarations ci-dessus des Chambres de commerce bulgares, que cette situation ne laissait pas trop à désirer. Seule des Etats balkaniques, en effet, la Bulgarie n'a pas prolongé le moratorium au-delà des délais légaux fixés en décembre 1912, et il n'en est cependant pas résulté trop de gêne pour les commerçants bulgares, qui ont pu remplir leurs engagements aux échéances. En outre, d'après les chiffres officiels, on avait ensemencé, en 1911, 2,524.000 hectares ; en 1912, après la mobi-

lisation, 2.500.000 hectares furent ensemencés, soit une très légère différence en moins de 24.000 hectares. D'autre part, la production des céréales, qui avait été. en 1912, de 2.876.000 tonnes, s'éleva, en 1913, à 3 millions de tonnes. Ainsi la dernière récolte fut meilleure et donna un excédent, quoique faite presque exclusivement par des femmes et des enfants (1).

Quant à la situation financière, voici les déclarations faites à ce sujet par M. Tonteheff, ministre des Finances de Bulgarie, lors de son dernier voyage à Paris en compagnie de M. Stoyanoff, directeur de la Bette publique bulgare (2) :

L'exercice pour 1912, s 'étendant sur une période de 18 mois, a été soldé définitivement le 30/13 juillet 1913. Les recettes réalisées se sont chiffrées par 170.038.591 francs et les dépenses par 158.665.947 francs, laissant un excédent de 11.372.644 francs. Il est particulièrement intéressant de remarquer que le chiffre prévu au budget était de 190.273.440 francs, c'est-à-dire qu'en fait il y aurait une moins-value de 20.234.848 francs. Le faible rendement des impôts a été dû uniquement à la guerre, pendant laquelle la perception des contributions directes n'a pu avoir lieu; T.ais ces rentrées en souffrance ne sont pas irrévocablement perdues pour le fisc et elles continueront à être réalisées pendant les années à venir pour compte de l'exercice 1912, les contribuables appelés sous les drapeaux pour l'instruction militaire ou pour la défense de la patrie n'étant pas dispensés du paiement des impôts. Des personnes compétentes assurent que, si la situation normale avait continué de subsister dans le pays, le budget de 1912 aurait réalisé une recette d'environ 220.000.000 de francs. Il convient d'ajouter que, dès l'ouverture des hostilités, le ministre des Finances prit les dispositions

(1) L'Information des 20 octobre et 4 novembre 1913

(2) L'Information du 7 novembre 1913.

nécessaires pour enrayer les dépenses et que, grâce à cette prévoyance, un boni de 38.541.229 francs put être réalisé sur l'ensemble des crédits ordinaires et extraordinaires afférents au même exercice.

Quant au budget pour 1913, les comptes s'établissent de la manière suivante:

Les résultats des six premiers mois, de Tannée civile en cours sont de 58.439.457 po,ur les recettes et de 52.121.762 pour les dépenses, soit un excédent provisoire de 6.317.695 francs. Selon toute apparence, on doit s'attendre, au terme de clôture de ce budget, à un déficit d'au moins 50 millions de francs, et la cause en doit être cherchée dans la longue durée de la guerre, qui a eu une répercussion si défavorable sur le recouvrement des impôts. Pendant sept mois de Tannée civile en cours, jusqu'au 1er août, date de la conclusion de la paix à Bucarest, la rentrée des impôts s'est trouvée interrompue et, de ce chef, résultera le susdit déficit. Mais les impôts directs en souffrance pour le compte de l'exercice 1913 continueront à être exigés par le fisc pendant les années à venir. Sous ce rapport, Tannée 1912 fut plus favorisée, puisque la plus grosse partie des impôts put rentrer avant la guerre et qu'il y eut même une plus-value importante dans la recette des impôts indirects.

Pour les budgets extraordinaires de 1912 et 1913 relatifs à la construction de chemins de fer et; ports, le découvert actuel est de 6.295.941 francs. Ce découvert ira en augmentant au fur et à mesure de l'avancement des travaux publics ; mais, en raison de la saison défavorable aux constructions, une grande partie des crédits libres demeurera inutilisée jusqu'au 30 juin-13 juillet 1914. Les dépenses sur les budgets extraordinaires pour 1912 et 1913 sont imputables provisoirement sur le produit des bons du Trésor, conformément aux lois afférentes à ces budgets.

Pour subvenir aux besoins de la guerre, le Gouvernement bulgare a recouru à des ressources extraordinaires.

en faisant voter par le Sobranié des crédits spéciaux, et à la réquisition. Il est impossible pour le moment d'établir le chiffre exact des dépenses faites de ce chef, puisque les comptes y relatifs ne sont pas définitivement arrêtés. On sait toutefois que les bons de réquisition émis jusqu'à présent dépassent la somme de 250.000.000 de francs. La totalité des réquisitions est1 évaluée à 300.000.000 de francs. Les crédits spéciaux affectés à la guerre s'élèvent à 322.260.610 francs. La plus grande partie des dépenses prévues pour compte de ces crédits a été effectuée sur les fonds obtenus par l'émission de bons du Trésor et par les billets de la Banque' nationale de Bulgarie. Le montant des bons du Trésor émis à diverses banques étrangères et à des particuliers est actuellement de 122.186.589 francs; la dette sur les billets de banque se monte, à la date du 25/5 octobre 1913, à 144.430.680 francs. Il est utile d'ajouter que toutes les fournitures de guerre imputables sur les ressources de ces crédits spéciaux n'ont pas été employées; une partie est demeurée intacte et servira pour les besoins des deux premières années à venir, ce qui exclura la prévision de crédits nécessaires pour les. fournitures exigibles pendant ces années et allégera, dans une certaine mesure, les budgets de la guerre pendant la même période de temps. C 'est encore au moyen de ces crédits extraordinaires de la guerre qu'il sera pourvu aux dépenses du ministère de la Guerre jusqu'à la fin de l'année' 1913, par suite de l'augmentation de l'effectif de l'armée, nécessitée par l'annexion de nouveaux territoires au royaume de Bulgarie.

Pour alléger le Trésor de ces charges énormes qui sont les suites de la guerre, les dispositions suivantes seront prises: les bons de réquisition, au chiffre rond de 300.000.000, seront réglés au moyen de l'émission d'un emprunt intérieur à long terme, dont les obligations productives d'intérêt remplaceront les bons de réquisition en circulation. A cette occasion, le fisc bulgare ne manquera pas de retenir les sommes dues par les contribua-

bles du chef des impôts directs revenant à des exercices écoulés. Ces prélèvements à opérer lors du règlement de la réquisition constitueront un rendement important du Trésor et permettront de liquider jusqu'à fin 1912 la situation des contribuables débiteurs du fisc. Le total à rentrer au Trésor est d'environ 30.000.000 de francs, dont 16.800.000 reviennent à l'exercice 1912.

Pour l'acquittement des bons du Trésor et de la dette envers la Banque nationale de Bulgarie, la conclusion d'un emprunt consolidé à l'étranger s'impose. La conduite à bonne fin de cette opération financière aidera au prompt relèvement du crédit de l'Etat et permettra à la Banque nationale de déployer une plus grande activité dans le domaine commercial et industriel.

La Banque nationale, en tant qu'établissement de crédit de l'Etat, a été en mesure de faire face pendant la guerre à tous les besoins du Trésor. Son encaisse métallique lui a permis de mettre en circulation, dans les limites permises par la loi, un stock de banknotes or et argent en proportion respective triple de l'encaisse-or et double de l'encaisse-argent. Tout en soldant les dépenses exigées par la guerre, ainsi que l'amortissement des emprunts consolidés de l'Etat, l'encaisse-or de la Banque n'a point cessé d'augmenter depuis l'année dernière (1912), comme il appert des données suivantes prises à différentes dates :

DATES

ENCAISSE METALLIQUE (en milliers de leva)

OR

A R'îENï

TOT^L

30 septembre

31 décembre

28 février 14 avril 14 juin 14 septembre

Enfin, grâce aux puissants appuis financiers dont disposait la Bulgarie à l'étranger, les fonds publics de cet Etat ont conservé leur fermeté pendant toute la durée de la guerre, ne subissant même qu'une baisse assez sensible, mais non une panique, à l'annonce du conflit bulgaro-gréco-serbe. Les établissements de crédit qui patronnaient les emprunts bulgares ont, en effet, constamment surveillé le marché des fonds de ce pays pour ne point les laisser déprécier. Ils y étaient, d'ailleurs, directement intéressés, étant déjà eux-mêmes assez chargés de valeurs balkaniques. Le 5 0/0 1896, qui cotait 505 au début de la guerre, conserva à deux ou trois points près ce même cours pendant la guerre contre la Turquie. Dans la séance de Bourse du 20 juillet 1913, il fit cependant, à la nouvelle de la guerre avec la Serbie et de complications bulgaroroumaines, un saut en arrière, passant de 501 à 480. Mais il remonta bientôt, atteignant, le 14 septembre 1913, le cours de 497. Quant au 4 1/2 0/0 1907, cotant 465 après les premières victoires bulgares sur la Turquie, il passa de 456 à 445 dans la séance de Bourse du 20 juillet, pour remonter bientôt à 450 dans les séances ultérieures. Pour un pays à crédit de second ordre et à finances épuisées par deux luttes consécutives, on peut donc dire que ces cours étaient satisfaisants et donnaient même plus qu'on ne pouvait raisonnablement espérér à l'ouverture de l'imbroglio balkanique.

La guerre, avec toutes ses conséquences désastreuses sur la vie économique du pays, eut en Bulgarie une répercussion des plus fâcheuses sur le change et amena une dépréciation, inconnue depuis longtemps, de la monnaie bulgare. C'est ainsi que de 4 et 5 0/0 durant la guerre, l'agio passa succès sivement à 6, 7, 8; 9 et 10 0/0 après l 'expiration du moratorium, le 13/26 septembre 1913, qui rendit à nouveau exigibles de nombreuses créances étrangères ; et, en définitive, au mois de décembre, en quelques bonds et avec des fluctuations de près. cPun point entier

d'un jour à l'autre, il atteignit 18 et 19 0/0, touchant presque le taux de 20 0/0 (1).

L'opinion publique, fort émue de cet état de choses, fit alors retomber la responsabilité de la dépréciation des leva tant sur le Gouvernement que sur la Banque de Bulgarie. Cette dernière, ayant le privilège de l'émission des billets et, à ce titre, également la charge de jouer le rôle de régulateur du change, se contentait, en effet, d'inscrire dans ses cotes officielles l'or au pair et la devise Paris à 108, mais ne fournissait en cela aucune aide au commerce, n'échangeant plus ses billets contre de For et se refusant à vendre toute devise étrangère. Les cours purement nominaux n'avaient donc plus aucune influence sur le marché du change.

Cependant, pressée de tous côtés et se voyant contrainte d'agir à tout prix, la Banque nationale trouva une solution des plus heureuses.

Elle forma un cartel, dénommé Syndicat bulgare du change, et obligea par des mesures coercitives toutes les banques et banquiers du pays à y adhérer. Le but qu'elle s'était fixé était d'empêcher les établissements financiers de favoriser la hausse du change et interdiction leur fut faite d'acheter dorénavant des devises à des cours supérieurs à ceux de la Banque nationale. Celle-ci, de son côté, " pour se rapprocher des taux pratiqués jusqu'à ce jour, cota la devise Paris à 115 et s'engagea à être désormais réellement vendeur aux cours qu'elle publierait. D'autre part, les membres du Syndicat devaient remettre journellement les devises achetées par eux à la Banque nationale, qui en prélevait une certaine proportion pour elle-même, une autre pour la constitution d'un fonds de réserve, et répartissait à nouveau le reliquat entre les membres, suivant une quote-part fixée à l'avance.

L'intervention de la Banque d'Etat, bien qu'énergique,

(1) L'Information du 11 février 1914.

n'en avait pas moins un caractère plutôt artificiel et il était à redouter que cet institut, débordé par des demandes! de change de plus en plus importantes, ne se vît obligé de continuer le mouvement de hausse qu'il avait projeté d'enrayer. Mais il n'en fut rien, la mesure prise par la Banque nationale ayant suffi à mettre un frein aux agissements spéculatifs, tant de certains établissements financiers que des gros exportateurs. Un autre facteur avait également agi jusque-là: c'était la thésaurisation faite par les particuliers, qui escomptaient toujours une prime sur l'or encore plus forte. La nouvelle de la formation du Syndicat fit craindre la baisse de l'agio et %et or vint affluer aux caisses des banques pour être échangé contre des billets et assurer à ses détenteurs la prime du jour.

Dans, ces conditions, l'initiative de la Banque de Bulgarie fut des plus circonstanciées et les excellents résultats qu'elle donna en sont une preuve suffisante. Le mouvement de hausse fut arrêté à 18 0/0 et le chèque sur Paris descendit, au mois de janvier 1914, à 111 achat et 111,50 vente, et ce, non pas avec des cours purement nominaux. La conclusion de l'emprunt bulgare de liquidation viendra sans doute bientôt, d'ailleurs, stabiliser définitivement le cours du change.

En terminant cette étude des finances de guerre de la Bulgarie, nous tenons à reproduire un passage intéressant d'un article paru dans un journal: financier. Il permet de se rendre compte de la désorganisation apportée par l'état de guerre dans la vie économique d'un pays presque exclusivement agricole et où l'industrie n'est encore que faiblement développée (1) :

(( Il est certain que la guerre des Balkans a profondément troublé la vie économique de la Bulgarie ; toutes les institutions, toutes les entreprises industrielles et commerciales n'ayant pas de rapports directs ou indirects

(1) L'Information du 25 avril 1913.

avec l'armée ont été fermées, tant à cause de la disparition de la main-d'œuvre qu'en raison du moratorium décrété dès Le premier jour de la mobilisation. D'autre part, le commerce extérieur a été presque complètement suspendu à la suite du blocus des ports de la Mer Noire, de la fermeture des frontières terrestres et de la militarisation des chemins de fer. Seule, l'industrie textile, qui emploie surtout la main-d'œuvre féminine, et les industries qui subviennent aux besoins de l'armée, ont conservé leur activité. Malgré tout, le pays a pu faire face à ses besoins essentiels ; il y a lieu de remarquer, en effet, que la mobilisation fut décidée aussitôt après la récolte de

1912 et au moment où l'exportation des produits agricoles était à peine commencée; il est ainsi resté dans le pays 800.000 à 900.000 tonnes de céréales gui étaient destinées à l'exportation; il est également resté du bétail et d'autres produits agricoles. Grâce à ces circonstances, la suppression de la vie économique entraînée par la guerre n'a pas eu l'influence que l'on pouvait redouter en ce qui concerne l'alimentation du peuple et de l'armée. D'autre part, le danger de voir les champs non ensemencés en

1913 a pu être évité grâce à l'organisation dans les villages d'associations d'assistance mutuelle, comprenant les hommes restés libres1 — et, en particulier, les musulmans non appelés, — les femmes et les' jeunes gens. Ces associations ont ensemencé les terres et conjuré ainsi un péril futur qui eût pu être grave. D'autre part, la Banque agricole est venue en aide à la population rurale en distribuant des semences et des aliments à ceux qui en avaient besoin. » . ■

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