‹ Les finances de l'ancien régime de la révolution;Chapitre 37 sur 64 · Voir p;ise · texte numérisé non relu

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Plus tard, une conspiration tendant à interrompre subitement les tirages se découvre parmi les ouvriers. Aussitôt quatre d'entre eux, Lelandau, Gabut, Noël et Blanchard^ instigateurs présumés du complot, sont mis en prison. « Ou excite les ouvriers employés à la fabrication des « assignats, dit le rapport du ministre, à cesser leurs tra- « vaux, pour faire manquer tous les services et amener « la dissolufion de la RépubH(juo..>> (Délibération du Directoire exécutif, 14 brumaire an JV. Arcb. nat., A. F. 111, 181.)

Faypoult, en prenant possession du ministère des finances, écrit: «Déjà j'entrevois une situation difficile parce « que la fabrication des assignats est moins rapide que la « dépense. » (Lettre du 20 brumaire an lY. A. F. III, 114.)

Sous le coup de cette constante préoccupation, le Directoire fonde une papeterie spéciale à Essonnes, afin d'alimenter plus abondamment les presses. « La papeterie « d'Essonnes sera sur-le-champ mise en activité pour la « fabrication des assignats.» (Arrêté du 18 brumaire an lY.) Le citoyen Didot est mandé d'urgence, et les inspecteurs de la salle du corps législatif reçoivent l'ordre de recueillir tous les chiffons destinés aux bulletins de vote pour qu'ils soient convertis en papier d'assignats. (Lettre du ministre des finances, Faypoult, au président du Directoire exécutif, 20 brumaire an lY. Arch. nat., A. F. III, 114.)

Le Directoire prend en outre un arrêté mettant en réquisition tous les ouvriers imprimeurs. Ceux qui se refuseront à satisfaire à la réquisition seront arrêtés.

« Le Directoire exécutif décide que les directeurs de la « fabrication des assignats sont autorisés à mettre en ré- « quisitioii pour le service des assignats tous les ouvriers « imprimeurs, et déclare que les ouvriers qui se refuseront « à cette réquisition seront réputés complices de la conspi-

« ration qui tend à faire manquer tous les ser\'lces, et, en « conséquence, misa l'instant en état d'arrestation. (Arrêté « du 14 brumaire an IV. Arch. nat., A. F, III, 181.)

Les émissions d'assignats furent d'abord votées par la Convention, en séance publique. Mais, peu à peu, quand elles devinrent trop fréquentes et trop excessives pour supporter la publicité, les comités des finances et de salut public les décrétèrent seuls, dans le secret de leurs réunions. Tout frein cessa, dès lors, d'exister, et, en peu de temps, 9 milliards d'assignats s'ajoutèrent aux 2.700 millions précédents. « Il faut, disait Gambon, avoir recours à « cette terre en friche qu'on nous a conservée, et créer de « nouveaux assignats. Ne nous dissimulons pas, Citoyens, « que sans cette ressource nous serions esclaves. Il faut « avoir recours à nos assignats, et toujours à nos assi- « gnats. » (Rapport du 1" février 1703 sur la création de 800 millions en assignats.)

« Cambon, disait Brissot, a acquis dans les finances « une réputation quïl ne mérite pas et une prépondérance « bien funeste à la France. Son génie est dans ces mots : « Émettre et toujours émettre des assignats ! > (Adresse de Brissot à ses commettants, citée dans les Mémoires de Meillan.)

Le Directoire employa non plus 400, mais 800 ouvriers aux ateliers de fabrication, et les Directeurs, comme les comités de la Convention, décrétèrent seuls entre eux les nouvelles créations, sans le concours des assemblées.

Leurs résolutions à cet égard sont prises dans la môme forme que pour toutes les affaires courantes, au milieu desquelles elles figurent pêle-mêle. « Outre les 4 milliards « d'assignats ordonnés par l'arrêté du comité de salut pu-

blic en date du 8 brumaire, il sera, de précaution, i'a- « briqué pour une nouvelle somme de 4 milliards. » (Arrêté du Directoire exécutif, 26 brumaire an IV.)

« Il sera fabriqué pour 3 milliards d'assignats de 10.000 livres. « (Arrêté du 6 nivôse an IV.)

« 11 sera fabriqué pour une somme de 4 milliards d'as- « signats de 200 et 100 livres. » (Id.)

« Il sera fabriqué pour une somme de 4 milliards d'assi- « gnats de 10.000 livres » (Arrêté du 29 nivôse an IV), etc. (Registre des délibérations du Directoire exécutif.)

35 milliards 603 millions de papier-monnaie sortirent ainsi successivement des presses, en vertu des arrêtés du Directoire.

Ces derniers 35 milliards 1/2, joints aux 9.978 millions émanant de la Convention, de l'assemblée législative et de la Constituante, portent à 45.581.411.000 livres le total des émissions.

A ces 45 milliards 1/2, le ministre Ramel juge à propos d'ajouter, dans sa récapitulation, 3 milliards d'assignats rentrés et remis en circulation par le Trésor. Il faut, d'un autre côté, déduire 1.051.000 livres ayant servi,' uniquement à l'écliange de diverses coupures. Le total net des assignats mis en circulation s'élève donc à 47 milliards, 1,2 depuis leur première émission en décembre 1789, jusqu'à leur suppression en décembre 1795.

Cette dilapidation de 47 milliards 1/2 en six ans entraîna fatalement deux résultats que nous étudierons spécialement, sans nous ai'rêter plus longtemps au détail des émissions : 1" la dépréciation rapide et ccmiplôte du papiermonnaie ; 2" la répudiation par l'Elat de son propre papier.

Pour constater dans toute son étendue le mouvement de dépréciation successive des assignats, il suffit de consulter le tableau officiellement annexé à la loi du 5 messidor an V (23 juin 1797), rendue après le retrait du papiermonnaie.

Ce tableau récapitule, avec toute l'authenticité possible, l'échelle des cours formés par chaque département sur son propre territoire, et ceux de la trésorerie d'après la coie de Paris. En voici le résumé (1) :

1790. Mois de janvier 96p. 100 Assemblée constituante.

— — juillet 95 —

1791. — janvier 91 —

— — juillet 87 —

— — octoure 81 .assemblée législative.

1792. — janvier 72 —

— — juillet 61 —

— — septembre. ... 72 Convention.

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