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BONS DE RÉQUISITION

bons de réquisition, beaucoup plus dangereux que le précédent, puisque l'émission en était laissée à la discrétion des chefs de corps.

Ces bons de réquisition perdirent rapidement leur valeur. Répandus sur tout le territoire sans règle ni mesure, ils encombraient les caisses publiques. En raison de leur affluence, un décret suspendait ou limitait arbitrairement, de temps à autre, leur admission au payement des dépenses publiques. Tantôt on les déclarait recevables seulement à l'acquit des contributions et des achats de biens nationaux; tantôt on restreignait encore davantage leur emploi : ils ne servaient plus qu'à solder les contributions arriérées et la seconde moitié du prix des biens nationaux. Le manque de foi s'exerçait librement à l'égard de cette nature de papier, dont les porteurs excitaient moins d'intérêt et se montraient moins pressants que les rentiers et les fournisseurs.

Quel fut le total des bons de réquisition émis sur le passage des armées ? Il est impossible de l'évaluer même approximativement. Ramel, ministre à l'époque où florissait ce titre de payement, aurait pu l'indiquer mieux que tout autre; mais, dans ses Mémoires, abordant ce chapitre de dépenses, il se borne à dire tristement : « Qui dressera « le tableau de tout ce qui a été fourni par réquisition ? » Son successeur, Gaudin, explique seulement que « les « armées ne vivaient dans l'intérieur que de réquisitions », que « les réquisitions pour le service militaire dévoraient « sans mesure, et dans une proportion inconnue, une « partie des contributions de l'année courante qui n'étaient « même pas encore décrétées ».

leurs. Mais, seuls en usage après sa chute, ils prirent une extension démesurée.

En 17l>cS, d'après le compte offlciel des opérations de l'an YI, les recettes de toute nature de cet exercice, tant en contributions qu'en ventes de Mens, s'élevèrent à 2.07G.OOO.OOO fr. Sur ces 2.076.000.000 fr., combien étaient rentrés en numéraire ? 472.000.000 fr. seulement. Plus d'un milliard et demi de valeurs mortes formait l'actif du Trésor. Parmi ces valeurs mortes, les bons du Trésor, les bons des deux- tiers mobilisés, les quittances de l'emprunt forcé, etc., et enfin les bons de réquisition figurent en bloc, sans indication spéciale pour ces derniers : on peut cependant supposer qu'ils formaient une large part des 1.500 millions. D'autant plus que les réquisitions, sortant souvent du cadre des denrées et des transports qui leur était légalement assigné, s'exerçaient sur beaucoup d'autres objets, même sur le numéraire des caisses publiques. Le professeur Saint-Aubin écrivait en style humoristique : « La « loi du 24 frimaire n'a mobilisé que les 2/3 des rentes, « tandis qu'une coloniie mobile ou un escadron de hussards « qui se mettent à mobiliser chez un receveur les écus des « rentiers, pour payer leur solde, mobilisent le tout: ce « quiestbeaucoupplus simple. » {JouDial de Paris, 26 vendémiaire an VI 11.)

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