Chapitre III
Impôts spéciaux.
Les impôts étudiés au chapitre précédent constituent le revenu général du royaume, c'est-à-dire les sommes qui parvenaient au roi et dont il se servait à son gré; mais il existait à côté d'eux, surtout pour des questions d'intérêt local et provincial, un certain nombre d'impôts spéciaux, qui ont tous ceci de commun qu'ils ne rentrent pas au Trésor, mais sont employés directement, sur place, à ce pour quoi ils ont été créés. Ces taxes pourraient, à un certain point de vue, être considérées comme des taxes locales; mais ce serait, je crois, un rattachement superficiel et forcé. J'ai dit plus haut que la perception en nature et la difficulté de transport des recettes de ce genre amenaient ce fait, étrange pour nous, que chaque circonscription prélevait sur le montant de ses impôts ce qui lui était nécessaire et n'envoyait que le reste au Trésor royal. C'est, je crois, un reste de cette coutume qu'il faut voir dans les impôts que nous étudions ici et non proprement ce que nous appellerions un budget local. Les Ptolémées, à qui l'introduction de la monnaie rendait le transport des impôts bien plus facile, ne tolérèrent pas un système qui devait permettre beaucoup de gaspillage; mais il en resta des traces nombreuses et, en particulier, les impôts qui nous restent à étudier.
sous LES LAGIDES. ^35
Taxe uuàp YswfjLSTpiaç.
En tête de cette série d'impôts était la taxe OuÈp Yc{ou.£Tpiaç, pour l'arpentage. L'inondation change le lit du Nil tous les ans; l'eau ronge certains champs, en agrandit d'autres; aujourd'hui encore, pour établir les impôts fonciers, on est forcé de procéder tous les ans à un arpentage. L'arpenteur, YSwuiÉTprjC, passait au temps qui suit l'inondation. 11 mesurait, l'un après l'autre, les quatre^ côtés du champ, en oyotvta (mesures de 100 coudées), et les notait sur son rapport. L'aire du terrain était obtenue en multipliant entre elles les demi-sommes des côtés opposés. Il arrivait ainsi à un résultat plus grand que la réalité ; mais cette erreur était corrigée en négligeant dans le calcul toutes les fractions inférieures à 1 /64 de cryoïvtGv-. Du reste, comme le remarquent Grenfell et Hunt, il y avait tout avantage à ce que les résultats obtenus fussent trop grands, parce qu'ainsi les impôts rapportaient davantage. Pour solder les dépenses de toutes sortes qu'exigeait cet arpentage, et peut-être aussi pour payer l'entretien des arpenteurs, on avait créé la taxe Ouèp yew-
1. Je suppose ici que le champ était de forme rectangulaire pour plus de facilité. Dans le cas où les champs étaient trop irréguliers, on partageait le polygone irrégulier en quadrilatères et triangles dont on faisait le calcul par les méthodes ordinaires.
2. Pap. Brit. Mus. (Kenyon), II, p. 129. — Cf. Teht. Pap., 87, Introd.
[jL£Tpiaç, taxe invariable d'une demi-artabe de froment par propriétaire ^ . Toutes les terres, quelles qu'elles fussent, y étaient soumises, puisque toutes en profitaient également ; mcme la terre sacrée semble n'en avoir pas été affranchie-; toutefois, il faudrait savoir si, dans ce cas, la taxe était perçue au profit des prêtres, qui se seraient chargés eux-mêmes de l'arpentage de leur domaine, ou s'ils devaient laisser ce soin aux officiers royaux, en sorte qu'ils payaient aussi la taxe. La seconde hypothèse semble, d'ailleurs, bien plus probable : les prêtres étaient bien forcés de se soumettre aux géomètres royaux pour l'arpentage général des terres de leur temple ; quant à l'arpentage particulier des terres louées à chaque hpoç yscopYo;, affaire privée entre les prêtres et leurs paysans, les fonctionnaires royaux ne s'en occupaient pas.
0r,aaupo^uXaxixov .
De même que chaque commune (xojfjirj) devait procéder à l'arpentage de ses terres, elle devait entretenir à ses frais le grenier public (Gr^craupoc), où s'entassaient toutes les recettes des contributions en nature, blé, orge, lentilles et même croton ou sésame, etc. Un Or^craupoç en bon état se composait, semble-t-iP, d'une grande cour en-