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E. — LES SOCIÉTÉS DE CRÉDIT

Sans nous étendre sur les sociétés de crédit, nous ne croyons pas pouvoir les passer ici complètement sous silence. Il s'agit surtout des grandes compagnies disposant de capitaux considérables, et qui ne s'occupent pas seulement d'affaires de banque, mais encore se chargent des emprunts et commanditent des affaires industrielles. Ces sociétés sont une véritable puissance, surtout lorsqu'elles se groupent, fait qui arrive assez fréquemment. C'est une puissance avec laquelle la Banque de France et même le gouvernement doivent compter. Elles forment souvent un « syndicat », c'est-à-dire des associations temporaires fondées dans un but déterminé, qui, jusqu'à présent, ont rarement agi dans un sens hostile au gouvernement, mais ont plutôt servi ses intentions. Sans doute le service rendu ne s'est pas toujours élevé à la hauteur des bénéfices réalisés.

Le gouvernement n'a l'habitude de s'adresser aux banques particulières que si la situation du marché fait douter du succès d'un emprunt public. Un traité est alors passé avec le syndicat pour l'écoulement des titres de rentes qui n'auraient pas été souscrits par le public, et il lui est accordé une commission plus ou moins importante.

La Banque de France a moins de raisons que le gouvernement d'être satisfaite de ces sociétés, car elles lui font parfois une concurrence sérieuse. En tout cas les dividendes de la Banque de France ont toujours été en diminuant dans ces derniers temps ; c'est un résultat qui est attribué à l'influence des grandes sociétés de crédit

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<]ui, précisément parce qu'elles n'émetlent pas de billets, ont une plus grande liberté de mouvements que la Banque.

S*il est évident qu'une aussi puissante concurrence doit amener des progrès (1), on ne peut cependant se défendre de la crainte que le marché financier français ne soit lourdement chargé par ces grandes sociétés ; la crise de janvier 1882 corrobore cette manière de voir. Il ne faut rien exagérer, pas même le bien ; Ton peut donc se demander si ces sociétés, si elles poussent trop vivement la spéculation et tendent à multiplier les crises, ne s'exposent pas ellesmêmes à la ruine tout en portant un coup irrémédiable à la fortune publique. Ces institutions possèdent beaucoup plus de capitaux qu'il ne leur en faut pour les affaires commerciales ordinaires ou régulières, elles ont nécessairement recours à la spéculation pour les utiliser ou en tirer parti. L'histoire du Crédit mobilier, la crise de rUnion générale et des maisons de banque entraînées dans le même sort ont démontré que les entreprises montées avec un capital trop considérable peuvent succomber aux efforts exagérés qu'elles sont obligées de faire pour se procurer des affaires ou l'intérêt de leur argent.

(1) Depuis 1881, la Banque a ea effet iatrodoit diverses innoyatioas, qui ont facilité le moavement des affaires en mémo temps qu'elles lui,pnt été avantageuses.

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