DEUXIÈME PARTIE
suffit point de tenir un langage modéré et de s’abstenir de citer des faits qui pouvaient être fa-
duirc sur le lecteur, par cette apparente modération, une impression d'autant plus désavantageuse.
« Après quelques considérations politiques, provoquées |)ar les injustes prclenlions dont l’économiste francet-polonais accuse la Russie, l’auteur de l’article passe à la discussion de la question financière proprement dite.
O M. W'olowski attribue l’état fâcheux de nos fuiances, d’une part, à l’exteii-sion de notre dette publique et à l’énormité du chiffre de notre papier-monnaie en circulation, et de t'auhe <) la diminution de nos ret'enus. yuant à la première de ces questions, ,M. Wolowski n« ir fait que iécho de notre presse, qui déjà plus d’une fois a signalé l’augmentation de notre dette flottante et la nécessité de la consolider. .Mais n'en est-il pas de même dan.s pre.s- que tous les pays de l’Europe, en France, par exemple, où la dette, consolidée s'est accrue de près de 3 milliards depuis 18ü3, et où la dette llottante n’a ]ias discontinué simultanément de s’agrandir, malgré les consolidations successives qui en ont été faites'.
« ll'ailleurs, .M. Wolowski, tout en puisant ses cliilfi-es à des sources olïicielles, a soin de les choisir et de les grouper d’une manière qui ne traduit que trop sa partialité. Pour()uoi confondrait-il autrement les 208 millions de roubles de billets dohanque à 3 pour 100 de la première émission avec la dette de l’Etat, taudis que c'est une dette hypothécaire, couverte avec surplus par les 330 millions de roubles dus à la Bampie jiar les propriétaires fonciers’?
« Avant la consolidation des dépôts de la Ikinquc, c'est-à-dire lorsque le remboursement de ces dépôts était exigible à volonté, tandis ([UC les prêts ne s'accordaient que pour des échéances de quinze à trente-sept ans, des obligations de cette nature pouvaient être considérées comme une charge pour le trésor. Mais aujour-
> H. de Tlioerner oublie de dire que la fortune publique a marché d’un pas encore plus rapide.
cilemeDt contestés. En puisant aux sources officielles des faits et des données qui parlent en notre
d’hui que l'auiortissemenl des dépôts, ronsolidés en billets de 5 pour 100, s’elfectuc en liente-se|it ans, ces liilleLs de banque ont tout à fait le caractère d’obligations foncières; or ne nous est-il pas permis de nous étonner que M. Wulowski, qui est le créateur du rréalil foncier en France, se méprenne sur le caractère d’un pareil (lapier en le classant parmi les obligations de la dette de l’Etat'?
i.« Il n’est pas moins naturel de se ilemander pourquoi, après avoir énuméré parmi les charges de l’Etat Ions les dépôts particuliers de la Uanque et des conqites courants, il ne met pas en compte, d’mrautre côté, l’actif commercial de son portefeuille, sc montant au chiffre de -Il millions. 11 semblerait naturel et équitable, en donnant le ]iassif d’une situation, de ne pas passer sous silence son actif.
, « En indiquant ensuite le chiffre considérable de notre circulation de papier-monnaie. M. Wolow.ski établit un parallèle peu juste et très -défavorable pour la Rusÿe, en comparant sa circulation avec celles de la France et de l’.Angleterre , uniquement au point de vue du développement de la richesse dans les trois pays.
K La masse de signes monétaires dont la eirculation d’un pays a Jbesidii dans un moment donné dépend d’un grand nombre de dilfércntes causi's.
« Il est Incontestable que le développement de sa richesse et de Son mouvement industriel y entre pour beaucoup. Mais en s’y attachant exclusivement dans sa comparaison, M. Wolowski a le tort de laisstr sciemment de côté d’autres causes non moins inqiorbintes, et qui dans cette question parlent plus en notre faveur *.
« -M. Wolowski ne peut pas ignorer (ju’outre le développement
I Nous avons fait celle distinclion, mais en ne passant point sous silence ce qui la rend en grande partie illusoire en Russie.
> Ces causes ne font qu'assombrir la situation de la Russie. Le parai-
' 'DfeUXIÈME PARTIE.
défaveur (et quel est le pays qui peut se Haller d’en être cxeuipt?), l'auteur prend soin de passer
de 1.1 richesse d'iin p.iys, le chilfn^ de" sa circulation nimuHaite indis[)ens.lhlc est inlluencé encore par la rapidité de la circulation dans le pays et par le degré de développement du crédit particulier, e'est-h dire par le ehifîre du papier eonimcrcial (leltrcs de change, chèques, etc.), qui peut y faire oHiee de monnaie, en remplaçant le mmiéraire et le billet de banque. Or si, au i>oiiit de vue de la richruf, le liesoin de signes monétaires jamt être idus grand en France et eh Angleterre, il est incontestable que sous ces deux derniers rapiwrts ce même ksioin doit être bien plus considérable en Russie. ^
« Il est noloirc que la rapidité de la circulation et le dévcloppemeul du crédit comnierci.il ont atteint eu Angleterre un degiji-' surprenant. Pour indiquer h quel point le signe monétaire est évincé, en Angleterre, par le p.ipier fiduciaire particulier et par les simples comptes de livres, il suffit de rappeler l’institution du Clearing htiiifr, qui liquide journellement, entre les différents banquiers de Londres, des comptes ‘Be centaines de millions. Ainsi là où, comme en Angleterre,. l'argent (métallique et billet de banque) est réduit à l'état de monnaie il’aiipoitil, peut-on s'étonner qu’il n'y circule pas plusd'un milliard de frartesde billets de banque'?
Quant à la France , sa circulation fiduciaire he dépasse par 900 millions; mais à côté de cette dernière nous trouvons une circulation métallique estinn'-e par quelques publicistes à 7 millinril» (le francs'. Aussi, avons-nous vu bien souvent la presse française élever déjà .sa voix itour demander l'extension de la circulation fiduciaire dans le pays. Toute la querelle récente entre la Banque de France et la Banque de Savoie se réduit au fond à cette question. Une brochure, parue depuis quelques jours à Paris, et dont
lèle établi par M. de Tliderncr montre combien elle est arriérée dans la carrière de la civilisation.
' Il y a dans ce chiffre beaucoup d'exagération.
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RÉPONSE 'ALX PDBLICISTËS RUSSES.
sous silence tout ce qui "peut donner l’explication de ces feits. En relevant ainsi l’iitat de la
la patcniilé est généralement attribuée à M. l’ércirc, émet à ce sujet l'opinion que la France devrait remplace- jusqu’à 3 milliards de son numéraire métallique par un accroissement du cliin'ro des signes de crt’dit ipii se trouvent en circulation dans le pays, et surtout |iar une abondante émission de nouveaux billets de batwiue de petite coupure
M L’auteur de cette brochure conclut (pie la plus grande entreprise iuHuslrielle (|uc la France a .à |)oUrsuivre désorm.îîs, celle qui embrassera et fécondera toutes les autres , qui facilitera les progrès sociaux, consolidera les institutions de la France et élèvera le crédit de l’Etat à la hauteur de ses vues généreuses, c’est la mise en valeur de sa richesse métallicpie.
« Ainsi, si rAnglelcrre,,malgré la rapidité excessive do sa circulation et le développement étonnant de sou crédit, emploie |iour un inillianl de billets de jtanque; si la France, àn’ité de 900 millions de billets de banque, compte une circulation métallique de 5 à 7 milliards, 0315 millions de roubb's de billets de crédit ne sauraient être un symptdmc aussi alarmant que le pense M. Wolonski, pour un pays comme, la Russie, neer la Sibérie, — pays étendu sur une surface immense, cl ù peine potimi des voies rie eommunivntinn les plus néerssaires.
« Four indiquer la lenteur de la circulation de l’aigcnt et le peu de dévelopiHMUeut du crédit en Russie , il sufllt de dire que, d’après les relevés de la poste, rie 000 d 700 mitlirms rie roubles en
' Nous avons abordé ce problème avec détail dans notre travail sur la Que;lim des Banques. D'ailleurs, si M. de Tboerner avail raison, il en résullerail sintpieinent que la France poiirrail acquérir, au moyen d’une large organisation du crédil, un capital aciif el disponible de trois milliards, qui manquera loujours à la Russie. Dans loule celle parlicde son Iravaii, M. de Thoorner n'oublie qu'une bagatelle, lecoric.v forcé, comme si le parallèle était possible entre des assignais cl des billets payables au porteur et à vue.
DKtXlÈMl:: I-AATIE.
Russie seulement d'après les points obscurs, il tend i\ produire par cette apparente modération
billcis de crédit sont elivoyés, année inovcnnc, par la poste Enlin, il ne faut pas outiller qu’il y a trois ans à |K'ine qu’à la suite do l’aliolilion du servage, 20 luillious d’individus, dmil la plus grande partie travaillait jusque là à la corvée, vienneut d’être trausforinos en ouvrier!^ libres, ne travaillatil que contre salairej peut-on nier qu’une pareille réforme u’aecroisse considéiablenient, pour un grand nombre d’aiiné’ss.fr broonde siijne» monétaires dans un pays?
n En dehors de raccruisseinent de la dette luiblique et du papier moiinaie, M. Wolowski attribue les dangers de notre position nnancière à la diiuimition des revenus de l’Etat , constatant une dilférence eu moins de 8,000,000 roubles entra' les budgets de 1802 et 1803.
« Certes, le document officiel, dit-il, auquel nous venons emprunter ces indications décisives n’a point cherché à rembrunir le tableau. I.’aveu qu'il contient justifie de graves réflexions. Itans une situation normale, les budgets russes se soldent par un délicit croissant, malgré le zèle et les lumières des hommes auxquels l’administration des finances se trouve confiée. »
« M. Wolowski a licrit ces lignes lorsfpie les résultats du nouveau règlement sur l’accisi' étaient déjà connus .à l’étranger. Or, d'après les derniers renseigucnicnts, les revenus de l’accise sur reau-dc-vie, |miui' l'armée pa.sst-e jusqu’au mois de novembre, excédaient de près de 8 millions les prévisions du budget, de .sorte que le revenu total pour l’annt'e 18(13 sera loin d’être au-dessous de celui de 1802.
« Si ,M. Wolowski avait pris connaissance de ces données (et il semble qrre c’était de smt devoir de recueillir, avant de se livrer à urt travail spécial sur les finances d’un pays, tous les renseignements livrés à la publicité sur le sujet), il serait convaincu alors que ses appiébcrtsions étaient mal foitdées.
« .Vdmettons toutefois que ces renseignements ne lui soierrt pas
une impression d'autant plus désavantageuse. » r Nous connaissons M. de Thoerner, nous appré-
parvenus ; mais comment ne pas attrilmcr à un esprit de partialité et au ÿésir de présenter les choses sous un mauvais jour cette circonstanre que, tout en relevant dans le eompte rendu du uiiiiistére des finances la diminution de nos revenus, il s’abstient de parler des considérations consignées dans ce, rapport et qui expliquent tout dirTéreniment cette prétendue décruissaiice de nos 'revenus'?
n Ces considérations ne peuvent lui avoir échappé, et relie omission votuiilaire prouve dans quel but a été écrit son article, et le peu de cas que fait fauteur de ces principes d’iui[)artialité auxquels il fait appel dans le commencement.
« Voici ce que nous lisons au sujet de cette diminution de revenus ^ans je compte rendu .susmentionné :
« La djininutiuii dans févaluatiun des revenus de l’exercice de « I8d3, comparativement à ceux de l’exercice précédent, a été ad- « mise principalement en vue de la suppression du système d’afa fermage des boissons spiritucuscs et de son rcmplucemcnt par a celui du commerce libre avec perception de droits de patente et « d’accise.
« Pendant l’élaboration du Imdget, c’est-à-dire dans le courant a du mois de septembre 1862, l’ancien système des fermes était « encore en pleine activité, et par conséquent il n’existait pics de « données d’apres Jesipielles il fût [xissible d’évaluer avec certitude « les recettes attendues du nouveau système. Dans cet état do O choses, le ministre des finances a cru devoir adopter pour l’éva • K luation des recettes sur les boissons en 1863 un chifTre trés- « modéré. »
« Comment, en présence de ces considérations, .M. Wolowski l>eut-il parler de diminution de revenus dans une situation nor-
' le crois que nous üouDons pleine satisfaction à M. de Thoerner en publiant dans ce volume le texte même du compte rendu officiel.
DEVXtÈME t>ARriE.
cions son mérite et sa compétence ; aussi aurions* nous désiré qu'il fît ressortir les points lumineux
male du pays'? Peiit-on quatifierdr situation nnrnmle nni‘ é|>oque où s’accomplit la réfornie radicale d'une liranclie des inqK’its (|ui constitue le tiers des revenus de l’Etat?
« Tout ce qui précède iironvc sufllsannnent que la plupart des considérations de M. Woloviski, bien qu'appuyées sur îles flnnnées of/icielleSy tendent à esasérerou à deliiiurcr l’état réel des choses.
« Personne, [lar exemple, n’ira contester à M. Wolowski que notre dette flottante ne soit considérahie, et que le pays ne soidTro d'une suraliondance de papier-monnaie ; mais personne aussi n’acceptera le parallèle qu’il trace entre la rircutalimi monétaire ru Russie et celle de la France et de TAngh'terrc.
a On pourrait encore moins convenir avec l'aulenr que nos revenus diminuent et que celte diminution soit une preuve de l’épuisement du pays’. Afiiriner une semlilaldc pensée, ce serait nier l’utilité des réformes dont l’auteur reconnaît lui-même les elTcls bienfaisants. I.’anranchissoment des [laysafi-s, le travail libre lendu accessible à des millions de bras, l’alxilition du .sysli ine de fermage, les nTormes judiciaires, sont des mesures i[iii, tion-senlemont ne peuvent amener rêpuisemeiit d'un pays, mais seront au contraire des gages certains au dévelopiHîmcnl de s;i puissance-ci de son bien-être *.
« I.a France nous donne le meilleui' exemple de la rajiidité tlu développement de la richesse d'un [«lys h la suite de si’inldahles n'formes. An eonimcnccment de c(ï siècle, la France, épuisée par la Révolution et les guerres, clait inondé-e de papier-monnaie déprécié an point «pi’on p.avait une paire de bottes plusieurs centaines de francs en assignats; or, grâce à l'émancipation du travail,
I Ce dont nous avons parlé c'est de la diflicullé d'accroître le revenu actuel. M faudrait ne pas déplacer la question.
’ J'ai du qu'ils n’augmentaient pas.
’ Oui; mais à quelles conditions et dans combien de'temps?
RÉPONSE AtX PL'BLtClSTfeS RISSES.
destinés à éclairer d’une nouvelle splendeur la situation des finances russes. Nous nous serions cm-
non-spulemciit elle est sortie triomphatile de cette crise , mais encore elle s'est élevée, dans le courant de plusieurs années, au ranfç des («avs les plus riches de l'Europe *.
H It est vfai qur Vécmuimie et le travail sont nécessaires jiuur arriver à ee but, tandis que notre Société est habituée A vivre largement; le goût de récmioniie n'y étant que peu développé, rfircumulatiun des capitaux y marche encore .avec lenteur. Toutefois, un friand chaiifremeiit commence déjà à se prodiiinr sous ce rapport dans les habitudes de la nation. L’abolition du servage impose déjîi^ l'éconoinic dans le travail employé à la production, qui autrefois ne se gaspillait que trop légérenienl, et conduit en même temps tout le monde à introduire l’économie dans les dé- |K n,ses privées. Aussi cette crise, bien que |)énible, ne re.stcra-t-cllc pas sans bons effets jiour là nation entière, qui y puisera due leçon d’éi.'oiiomie et de travail. Nous voyons dés à pit-setit, dans les'tableauv du commerce pour les dernii rcs années, une diminution dans l’importation des objets de lu.ve.
« L’auleUr convient avec M. Wolovvski qu'en présence des graves 1-éformes intérieures qui s’V aecoalplissCnl, la hussie a besoin de paix. Il va même plus loin sous ce raplHjrt en afllrmant que, par suite de sa position, l’étendue de ses frontières, sa population clair-scméc, la Russie n’est pas appelée à jouer un rôle agressif dans la fiolitique européenne. Dans toute lutte agressive, elle sera nécessairement faible, mais les mômes conditions locales, qui lui défendent, selon l’auteur, les idées d'agression, seront pour elle une cause île force et de puissance dans une guerre défensive conduite sur son propre terrain et où ses intérêts nationauv seraient en jeu.
« Enlin,cn terminant,M. de Thosnner fait remarquer à M. Wo-
' P.ir suite de l’appticallon des idées et des principes de 1789. Est-ce que la Russie les a mis en œuvre ?