‹ Les Finances de la RussieChapitre 16 sur 44 · PREMIER ARTICLE · texte numérisé non relu

PREMIER ARTICLE

Il On sait qu'un ministre des linances de France disait à ses collègues : « Faites-moi de bonno politique, je vous ferai (I de bonnes finances. » Le prince Gortchakof aurait pu dire à ses collègues ; « Je vous ai fait de bonno politique, « faites de bonnes finances. » Cependant M. Wolowski, au lieu de laisser parler nos sommités fmaacières, parle pour elles : « .Nous voudrions bien faire quelque cho.se » — leur fait-il dire ; — « mais le pays est ruiné et nous avons en vain Il épuisé toutes les ressources de noire savoir. 11 ne reste à Il la Russie qu’è courber la tète et à accepter la transfor- II mation qu'un voudra bien lui imposer. » Telle est l'idée fondamentale de l'article que M. Wolowski a inséré dans la Revue des lieux Mondes du 15 janvier. En prCdant à nos hommes d'Etat cette manière d'envisager les finances do la Russie, en prenant, pour ainsi dire, la parole pour eux, M. Wolowski ne se doute guère qu'il porto un coup très-rude à sa propre réputation d'économiste. .Annoncer un compte rendu de VéUit vrai des finances do la Russie, une investigation calme, qui conduise à un tableau fidèle dans l'intérêt de tous, en un mot, annoncer une touchante sollicitude pour nos intérêts (il faut espérer qu’ils sont au nombre des intérêts de tous) et conclure à l’absence des moyens pour nous faire sortir des difficultés contre lesquels lutte notre administration financière, n’est-ce pas proclamer hautement la stérilité de son savoir?

‘ ^oui avons répondu eu partie à ce premier article page

nÉrONSE Alix l'L'BLICISTES Rl'SSES.

, « Si M. Wolowski, inspiré par une hienveillance niélan-

coliquo, fait do nos finances un tableau statistique savamment rembruni, et s’il s humilie au point d’assurer qu’il ne trouve pas un bon conseil à nous donner,— c'est son affaire i à lui ; mais il y a aussi dans son article quelque chose qui * nous touche do près, qui nous oblige à le suivre dans ses pérégrinations statistiques et à lui dire : Non, la science n’est pas descendue aussi bas que vous le qj'oyez M. Wolowskj s’arrête d'abord au chiffre do notre dette. If additionne le pa^C^de notre Banque et la dette inscrite de l'Elat’. Mais bien que notre Banque soit une banque do gouvernement, on ne devrait jamais se permettre une tellè confusion do comptes. Citer le passif d'une banque comme dette de l'Etat, ■- -sans faire mention de l'actif de cette banque’, et reproduire ». ce môme passif une seconde fois, l’actif en regard, rela paraîtrait inou'i dans les annales de l’économie politique*. Mais M. Wolowski ne s’occupe guère de ces misères : par V "bubli ou par restriction mentale, il ne dit mot do plus de 400 millions de roubles à recouvrer par la Banque de l’Etat - sur les propriétaires*, sur les avances, etc. Il semble même ne pas soupçonner que la manière dont il traite nos finances lui permettrait de dire que la Banque d’An^eterro est en

* De quelle science M. Bunge parle-Uil?

^ Nous avons simpleoienl reproduit le bilan de la Banque, que nous publious d'uue manière complété dans la quatrième partie de ce Iravail^ en le donnant pour le 30 novembre 1SG3 et le janvier 1B04.

^ Qui consiste en une dette de l'Etat.

^ Ce qui est inouï, c'est de parler ainsi d'uue /cproducliou de fails^ accompagnée de tous les moyens de contrôle.

^ 11 parait que M. Bunge ne s'est pas donné la peine de lire la page 452 de la Htvuf des Deux iVondcs(p. 53 de ce volume ), où ces renseignements sont indiqués.

DEUXIÈME PAimE.

étal de faillilo, car elle n‘a pas a3se7. d'argent en caisse pour resliluor ses dépôts et payer tous ses billets

<1 Mais nous reviendrons plus tard aux alTaircs du crédit; commençons par examiner les raisonnements de M. Wolowski au sujet de notre budget.

« L’auteur parle d’abord du désordre que présentait notre comiitabilité financière avant 18ti3 ; il s’empresse de constater un fait reconnu par notre administration ; mais, au lieu

de nous rendre la justice de reconnaître que. nous sommes entrés dans ufio meilleure voie, il déplore un fait qui appartiendra bientôt à riiistoire, comme s'il s’agissait d’un malheur présent *.

Il ün homme pou familier avec l'art de faire parler aux chiffres le langage qu’il veut leur prOter nous dirait peutêtre : « Ah 1 M. Wolowski vous a bien prouvé que vous avez (I eu tort de publier votre budget. Celui de 1863, malgré les (I ressources î^ue fournil la nouvelle taxe des patentes pour « l'exercice du commerce et de l'industrie, malgré un ac- « croissnmenl de 2b pour 100 sur la capitation el'uiie^ur- « élévation de Vobrne, donno une recette de 8,600,000 rou- <1 blés eu moins sur celle de 1862. Si l'accès de celte terre Il inconnue du budget était interdite aux profanes, vous Il auriez pu au moins sauver les ajiparcncos. Maintenant, Il tout le monde y voit clair : vos ressources s’épuisent et Il le pays n’est pas en état de supporter une dépense annuelle Il d'un milliard 300 millions de francs. » Soit, répondrionsnous ; si le budget n’est pas à la portée de tout le monde,

I Elle serait en éUI ée faillile si elle ne payait point s«a billets à préaenlaliuii. N est-ce point le cas île dire ;

OÙ aoD esprit preud U loulcn ce* ^tiUesM* f

• Nous avons analy.sé les mesures lilir l'ordre dans la coniplaliililé.

prises par M. do Reulerii pourréta-

Digiti

RÉPONSE Pl'BUClSTES HI'SSES.

les conclusions de M. Wolowski seraient inattaquables ; maintenant c’est le contraire ; tout homme compétent peut aisément ajiprécier la valeur-des conclusions de raUteur. Kn examinant les recettes présumées, il a oublié de prëtfdre êta considération une bagatelle : l'abolition de la ferme des lièissonp, qui fut suivie d’une notable diminution d'impôts 4*,Ç:Sptcs laquelle le prix des spiritueux a baissé dans la Grande- ^^'Kussie de 50 pour 100 ’l La hausse de l'impôt pour les gou- ^veSftments qui ont joui de certains privilèges ne pouvait pas couvrir la réduction de^l’impôt dans les autres parties , de l’empire, et l'admiuislration des finances a été très-circonspecte en évaluant que le revenu net des boissons donnerait millions' de roubles en moins comparativement à sa rcwltc de l'année 1862. Au reste, les prévisions budgétaires ont été de beaucoup dépassées; résultat dont le ministère des finances peut à juste litre se glorifier, et qui mériterait bien une mention honorable dans un écrit qui traite de l’émi vrai des finances do la Russie

(I Si la révolution de Pologne n'était pas survenue sur ces entrefaites, on peut être sùr que notre budget de 1863 se serait soldé sans déficit

<1 Mais admettons avec M. Wolowski que notre budget; aussi bien que beaucoup d'autres, n’est pas en équilibre. Il faut donc ou augmenter les revenusou diminuer les dépenses du trésor.

« M. Wolowski nous assure que ni l’un ni l'autre n'est possible, n La Russie est pauvre, n nous dit-il, « son inu dustrie n’est pas encore entièrement sortie de l’enfance,

t Cé qui en a fail boire davantage.

) Nous avons si peu oublié la niodiHcalion de l'impAi sur l’eau-dC’Vie, que nous en avons parlé plusieurs fois.

3 C’est douteux; ce qui est cerlain c’est que la guerre de Pologne a sin* giiiièremcnt aggravé la position des finances russes.

DEDXIÈVE PARTIE.

« le commerce est peu développé, l'égriculture souffre « la désorganisation causée par l’abolition du servage, la*^

« noblesse est ruinée, le sol mal cultivé ne donne que des «récoltes misérables...» Pour dire tout ce que l'auteur a dit, il faudrait transcrire une page entière où M. Wolowski étale nos misères uniquement a6n de rendre justice «ux vains eUbrts'i/ue l'administration a faits fwur noifs rendre riches.

U A l'appui de son assertion que la Russie est pauvre,

M. Wolowski cite un journal russe, Ruski Viesinik. Oui, comparativement aux puissances d'Ocoidenl, nous sommes , . pauvres ; il n’y a aucune honte à l'avouer; ceci n’a rien de nouveau pour personne. Mais lorsque M. Wolowski nous parle de la désorganisation que l’abolition du servage a produite chez nous, nous sommes portés à lui demander si nos' champs sont restés sans culture ; s’il y a chez nous une trace quelconque de lutte sociale ‘. L’autorko du gouvernement, qui a rallié autour de son drapeau des raillions échappés au servage, est-elle affaiblie? Est-ce une désorganisation que la liberté rendue aux cultivateurs, suivie d’une baisse du prix des céréales et de l’élan patriotique de toute une population qui venait d’ôtre appelée à une nouvelle existence, en face des menaces de l’Occident* ?

« La nobles.se est ruinée, » continue M, Wolowski. — Oui, elle l’est dans les gouvernements de l’ouest et du sud-ouest de la Russie. La cause première a été d’abord les contributions révolutionnaires qu’elle a dû payer; puis maintenant ce sont les capitaux disponibles qu’elle est obligée de restituer aux créanciers, qui ne veulent pas faire des avances d’argent qu’ils savent destinées à de folles entreprises. Quant

< M. Bunge est oplimisle; a-t-il cousuUé les propriélaires russes? * Quel dommage que ce soit un tableau de fanUiisie.

à la jioblessedé la Grande-ltussie, elle a fait des sacrifices, mais elle n’eM pas ruinée, et nous espérons bien qu'elle ne I e sera pas. Vingt nouveabx comptoirs de la Banque, établis dans les villes principales, lui viendront en aide par des avances sur les biflets b pourJOO, ot peut-être plus lard ^sur les certificats de 5 et 5 1/2 pour 100. Ces nouvelles ressourc-os suffiront à beaucoup de personnes pour leur permettro de modifier l’économie de leurs cultures *.

« Votre sol donne des récolTei misérables, continue

M. Wolowski, toujours dans le même sens. .Vinsi soit-il, ré-

pondrons-nous. Mais pourquoi ne vous êtes-vous pas donné la peine de vous informer du prix auquel se vend le blé et le froment dans nos gouvernements essentiellement producteurs de céréales *?

■ n Nous en demandons peut-être trop à M. VVolow.ski. Il ne s’est pas, en effet, donné la peine d’examiner notre budget des recettes ’. Il s’est borné à constater un seul fait, à savoir tyie l’impôt sur les boi.ssons forme à lui seul le tiers du budget do nos recettes, tandis qu’en France il no représente que le dixième du budget Pourquoi M. Wolowski s’est-il arrêté à cette seule comparaison ? Il est vrai qu’il pouvait bien rencontrer des chiffres incommodes, mais qui ne manqueraient pas de donner l’état vrai de nos finances*. Pourquoi, par exemple^ n’a-t-il pas cité le tabac, qui donne en France lfî2 millions de francs net (ezornig), 11 pour 100 du revenu net total, et qui ne donne en Russie que 12 millions de francs net, 1 pour 100 -du revenu net total ? Pourquoi

■ Ce futur contingent n'elTace pas les perles subies, s Si le blé s'y vend mal, est-ce une source de prolU? s M. Buugc serait plus saturait si nous n’avions pas soigneusement examiné ce budget.

* Ces chiffres peuvent être incommodes, mais c'est pour ceux qui prétendent reiever i'éclat des tinances russes.

HO

l>EUXliiME PAKTIE.

M. Wolowski n'a-t-il pas constaté aussi que les classes aisées, quoique peu nombreuses chez, nous, payent comparativement peu d'impôts, et que les impûls foncier, mobilier et bien d’autres, sont presque inconnus en Russie? Est-ce par sollicitude pour la noblesse ruinée

« Quant au budget des dépenses, M. Wolowski pose cette question : « Les diminuera-t-on facilofncnt î » Au lieu de formuler une réponse, il passe avec une aisance qui lui est particulière sur la distinction entre les dépenses ordinaires et extraordinaires, très-essentielle dans l'appréciation des économies qu’on peut réaliser. La réduction des dépenses extraordinaires est une impossibilité; c’est une vérité élémentaire que M. Wolowski cherche à nous mettre sous les yeux, en nous assurant que ni notre dette, ni notre armée (un million do soldats sur le papier) ne permettent pas d’économies. — Nous no croyons pas opportun de- discuter ici nos ressources extraordinaires, nous en parlerons dans un article prochain ; nous ne toucherons pas non plus a la question du million de soldats sur le papier. Si .M. Wolowski est un ami de la paix, nous no voulons pas lui ravir une douce illusion.

U Nous ne dirons qu’un mot sur nos dépenses ordinaires. M. Wolowski est-il bien sûr que nos dépenses ordinaires ne nous permettront pas de faire une notable économie dans un temps plus ou moins prochain? Connatt-il à fond cette matière? Pour se prononcer là-dessus, il faut étudier les détails des différents services, il faut connaître les besoins d’un pays et la manière dont on peut les satisfaire. N’est-ce pas là une étude trop spéciale pour que M. Wolowski ait pu la faire? Nous nous permettrons d'exprimer quelques doutes à cet

> Lechirrre du budget sunu pour qu’on en mesure le poids dans un pays dont les ressources sunl reslreliites,

BÉPO.NSE AUX l■ÜBLI(.lSTliS KfSSES. Ui

égard, el nous nous posons cette question sans /)ser k résoudre ; Ignorant |es faits économiques, quelle conclusion peut-on en tirer ' ?

« Nous traiterons prochainement de nos ressources extraordinaires et de l'état de notre crédit. >>

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