‹ Les Finances de la RussieChapitre 17 sur 44 · DEUXIÈME ARTICLE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME ARTICLE

« .M. W'olowski nous donne une esquisse historique do notre circulation fiduciairo. Son exposé, pour être exact, devrait être plus complet Si l'on veut bien com(irendro lu réle du papier-monnaie dans notfü système de crédit, il faiiit relier l'apparition des assignats, plus tard convertis en liiMets d 0 crédit, à la circulation du cuivre qui les précédait, et à l'histoire des ressources extraordinaires dont on a use si longtemps.

H L’ouvrage de M. E. Lamansky sur ce sujet, inséré dans le deuxieme volume du Recueil de slalisligue publié par la Société géographique, renferme des détails précieux et jette une vivo lumière sur les difficullôs que nous éprouvons encore- en CO moment. Si M. Wojowski s'était donné la peine d'étudier cet écrit, il aurait vu que le comte Cancrio s'est abstenu, il est vrai, d émettre des billets de crédit, mais qu'il onapruntait aux banques les dépôts disponibles pour

I Nous pensons que M. Ilungc s’,iccomrno(lerait fort de nous les voir ignorer.

* Il est impossible de tout dire à la fois. Nous avons eu soin de renvoyer (p. 447 de la /tri-iie îles Peux Mondes, numéro du 1.7 janvier 1864 ) aux annuaires de celle revue de 1858, 1879, 1860, où nous avons donné des détails précis à cet égard. Nous repruduisuns ces résumés rclrospeclifs à la suite de ce travail.

H2 » DEUXIÈME l'ÀKTlE.

faire face aux dépenses extraordinaires, ür ce n’était là pas autre chose qu’une émission de papier-monnarc différée jus-qu’au moment où les déposants auraient voulu redemander leurs dépôts payables à vue, ou dans un terme tout au plus do queiffues semaines ou de quelques mois *. En effet, après' la guerre d'Oricnt, lorsque l’esprit de la spéculation s’empara de notre marché, lorsque les banques, au lieu de consolider les dépôts qui continuaient à affluer dans leurs caisses, cherchèrent à s’en débarrasser en diminuant le taux de l’intérét jusqu’à -3 polir 100, le danger d’une émission de papier-monnaie pour restituer une partie du milliard de dépôts- payables à vue était si évident, que .MM. Kniajéwitch et Hagomeister virent la nécessité de consolider ces dépôts eu • offrant aux déposants une rente de 4 pour 100. Plus lard, un comité qui comptait parmi ses membres MM. de Reulêrn, Milioutine et-Lamanskv, proposa l'émission des billets de banque à 5 pour 100. Celte dernière mesure, prise à temps, a détourné un grand danger et réparé autant que possible la faute commise par la réduction de l'intcrèt sur les dépôts*.

« Ces deux consôlidations consécutives pour une somme

de plus de 400 millions de roubles, l'émission des 4 pour 100 métalliques et la réforme de la comptabilité, qui a rayé au passif de notre Banque bien des millions dus aux diverses branches de l’administration, amenèrent les dépôts au chiffre de 234^500,000 roubles, moins d’un quart du • montant de 1856, sans augmenter la quantité des billets de

^ Elle A été si bien différée, que le comte Cancrin n'y a jamais eu re* cours

* ('elle réduction d’intérêt, qui avait pour but de diminuer le péril d'une dette toujours exigible, loin d être une faute, n'était que le point de départ d’une consolidation indispensable.

^ MÉPOîiSE AUX PCBLIOIS'JJtS 'ROSSES. 113

crédit au^essus du chilTre existant au temps de la guerre Au contraire, si nous comparons notre circulation fiduciaire de l’année 1857 à celle de 1864, nous trouverons aussi une réduction du chilTre des billets : prés de 100 millions de roubles. , Sur ces 234 millions et demi dus par les anciens établissements der banque, la Banque de l’Etat et scs comptoirs ont environ 59,600,000 roubles de dépôts à long terme (3 à 10 ans', le reste, 174,900^000 payables à vue ou à courte échéance, renferme beaucoup de Sommes appartenant à des personnes civiles, aux établissements, aux mieurs, etc., et n’est exposé maintenant à aucun danger réel.

'« Ainsi, en 1858, le gouvernement et les banques avaient devant eux un passif exigible de dépôts et de billets de crédit pouf 1 milliard 700 millions de roubles; maintenant il 'n’en reste que 870,800,000 M- ^

' h M. Wolowski s'est bien gardé de citer un résultat si important’. Reconnaître un pareil succès serait de sa part donner un démenti aux raisonnements qu’il a faits sur le bilan de la Banque de l'Etat. M. Woloivski a préféré nous faire de la morale au lieu d’économie politique. lia enregistré soigneusement tous nos revers, tous les engagements que nous n'avons pu tenir dans les situations désastreuses que nous avons traversées, pour arriver,, comme conclusion, à ce triste axiome : « Nécessité n’a point de loi. » Mais ces adversités nous sont communes avec dos pays bien plus riches que le nôtre, où les banques se trouvaient dans un milieu

> C’est de réduire ce cbirire dans une forte proportion qu'ii fallait s'occuper.

* Nous reviendrons sur ce parallèie.

3 M. Bunge a donc lu bien légèrement notre travail Y Nous le renvoyons b la note de la page 447 de la Revue des Oeu.r J/ondes, numéro du t5 janvier 1864.

DËUXIÈMU l'AIlVIK,

plus prospère cl plus puissant pour les soutenir. Sans pqrler de la Banque de Vienne et du papier-monnaie de l’Autriche, nous pourrions citer la suspension des payements par la Banque d'Angleterre depuis la lin du dernier siècle wsqu'à 1819, et une autre plus récente par la Banque do France, un 1848 Assurément ce n'est pas là- une consolation pour nous ou un exemple à suivre ; nous no rappelons ces faits qu'à litre de simple considération, mais de considération qui affaiblit singulièrement Ifrdrnit d’amère censure de M. \Volowski. Du reste, M. Wolowski ne se gène guère pour nous moraliser à tort et à travers : il a eu le courage do voir une violation de la prescription légale non dans la suspension des payements par notre Banque pendant la guerrc.de t'.rimée, mais dans la reprise des payements on 1802 M

« Examinons, du reste, avec quelques détails le passif du bilan de notre Banque, les. dépôts et les billets de crédit en particulier, et ajoutons plus lard quelques observations sur notre crédit public.

« Les dépôts do la Banque au 1" janvier 1864 et de ses comptoirs au 16 décembre 1863 peuvent être divisés en quatre catégories :

* I.a Banque d'Angleterre a diminué le (terii de la suspension du remboursement en numéraire en limitant laniuolité des billets émis, qui n'a jamais dépassé le cliiffre dn 700 millions de francs jusqu'en 1822, «q>oque de la reprise du payemenl en especes. La Banque de France a renfermée dans une limile plus étroite encore, celle de 525 militons de francs. Ces ebiffres doivent paraître me.<quins en présence de ceu.v du papier^ monnaie de la Russie.

’ Nous avons simplement fait remarquer qu'en établissant une échelle de payement et en remboursant les billets au-dessous du pair, le gouvernement russe contrevenait à un engagement .volennHleinent contrarié ; nus observations se sont aussi portées sur Télrange mesure qui a fait accélérer le remboursement des billets au pair au moment même oà l’on savait à merveille que sous peu on ne pourrait plus les rembourser du tonl.

RKI-0,\SK AÜK 1-UBUC18TE6 ItUSSES, H5

licpôU à i pour lOQ i vue ou à courte échéance. .. 78 mill. lic r.

— ô pour 100 à vue. . . 90,9 —

— 4 pour lüü à terme <lc trois à dix ans. .. 19,3 —

— 4 t/2 pour 100 — 40,3 —

« Ce qui frappe d’abord, c'est l’exiguïté de l’intérêt payé par la Banque. Une inslil\jlion qui peut disposer d’un fonds de 175 millions en payant en moyenne un peu plus do 2 1/2 pour 100 a toutes les chances d'augmenter ses re.ssources en haussant l’intérêt '. Si les formes admises ne lui permettaient pas de le faire jusqu’à présent; si la liquidation de» comptes des anciennes banques lui enlevait les ressources disponibles, si nécessaires pour alimenter l'industrie, maintènant que la liquidation approche de sa fin, rien ne nous empêche d’introïluire dans notre système de dépôt de sages réformes qui, sans bouleverser le régime actuel, Ijji amèneront de» fonds plus que suffisants pour soutenir l’escompte sur une échelle beaucoup plus largo et pour soutenir l’agriculture eu faisant des avances sur le dépôt des papiers de rachat En cas de besoin, la Banque pourrait mémo se-

> Et en augmenUoI ainsi qnc dèUe floUanle (oujuiirs exigible et furcément condamnée à n’élre pati remboume à courte échéance, puiitque les lettres de change solides, seule base de l'escomple, manquent. Cüiiimeiil M. liunge traiterait il les économistes coupables d'un pareil oubli des principes?

^ U. Wolowski voit un triste reflet de la aitualion commerciale de l’empire dans les 5 millions de lettres de change que contenait le portefeuille de la Manque. D'abord, M. Wolo^^ski a écarté de ses calculs 19 millions 1/2 de roubles de leKres de change en portefeuille dans les comptoirs, et puis il aurait pu tirer une toute autre conclusion en se demandant si la Banque, dans les difflcultés avec lesquelles elle a lutté, n'a pas rétréci l'escompte. Au reste, notre horizon commercial doit bieniùl s'éclaircir : les 100 banques de ville autorisées tout récemment indiquent que noos devons entrer dans une nouvelle voie. {Sote de M. Btmge.)

OEtXIÈHE PARTIE.

conder le KouvernemeDl dans la consolidation des billets de crédit.

« Ce ne sont pas des châteaux en Espagne que nous vou- ^ Ions édifier, pour les opposer aux assertions de M.Wolowski, empreintes d'un profond découragement; c'est une conclusion logique que nous lirons du fait. Si la Banque sort d'affaire en payant 2 et 3 pour lOOjiour les dépôts payables à vue, ne pourrait-elle attirer dans scs coffres des sommes plus con.sidérables, en émettant des billets à .six mois, à un an, portant un intérêt de 3 1/2 pour 100‘?.M.\Volowski nous dira •peut être que nous comptons .sur des capitaux imaginaires.

Il serait difficile de lui répondre par des chiffres; mais il ne doit pas oublier que les dépôts s’accumulaieut dans nos banques, môme avant la guerre d'Oricnt, dans une progression assez rapide, ol qu'en 1855 ils montaient à 872 millions de roubles * ; que les caisses d'épargne jouent un rôle trèsmodeste chez nous ; que la rente est inconnue en province ; qu'il n’y a do banquiers que dans très-peu de villes, et dans celles où il en existe, les personnes qui ont de la fortune préfèrent garder leur caisse chez elles. Ces caisses particulières, ces épargnes disséminées, se concentreront dans la Banque lorsque les succursales seront multipliées, et les succursales seront multipliées, et les formes de placement à déjiôt seront appropriées aux habitudes du public et aux besoins du commerce. ^

n Passons aux billets de crédit.

< Celle e^péraDce ressemble cependant fort ii un château en Espagne I Ijà slérihlé des placements et l'absence de sécurité pourraient seules expliquer un taux d'intérêt aussi réduit dans un pays qui a tant besoin de capitaux productifs.

* Parce qu'il u'y avait pas d'autre débouché pour un papier^mounaif exubérant

circulalioD: de billets dlf crédit de 636 millions de roubles fait pousser à Sfi Wulowski dos cris de désespoir. . ^ Un a beau recourir à^des iulerprétatipus plus ou moins Il ingénieuses et aoQsjmscnler la- Hnssio oomine un pays à Il part où rien ne se passe comme ailleurs, un pays qui a « 3 milliards de frwcs dé papier non remboursable, alors ^1 que les billets réunis do toutes les Banques d’Angleterre, tt d'Ecosse et^’Irlande ne dépassent pas 1 milliard et sont « échangeablés coulre espèces, alors que la circulation Udu- ■ t ciaire dtr la Banque de France, couverte de la même gau rantie, est toujours restée au-dessous de 900 millions de K francs ; un tel pays est exposé à un grave danger. Qui- M conque ne se laisse point éblouir par des sophismes sait à O quoi s'cn tenir sur une situation aussi anormale. » .Nous ne i.'ompi^eiions pas d’abord pourquoi M.Wolowski raisonne sur les 3 milliards lorsqu'il s'agit de 2,544,000 de francs ; pourquoi il préfère rapporter ses raisonnements au chiffre qui a existé il y a plus d'une année.

.11 Peut- être seulement trouve -t-il cela plus commode '.

« M. Wolowski peut nous qualifier de sophistes (les so- ‘ pbismes économiques ont fait fortune dans la littérature française, et M. Wolowski, dans d'autres temps, y a peutêtre applaudi) *, mais nous nous permettrons de lui dire ; Il Ce n'est pas nous, c'est vous qui faites de la Itu.ssie un Il monde à part. » C’est vraiment curieux. Pour établir une juste comparaison de la circulation fiduciaire de la Russie avec celle de la France ou du Royaume-Uni, que fait M. Wolowski? Il prend presque la totalité de la circu-

■ La Russie est asscz.ricbe de ce côté pour qu'il soit inutile de la chicaner sur quelques centaines de millions.

’ Uui , quand c'étaient les tophismn économiqurs de Bastial ; mais Si . Hunge n’a garde d'administrer il ses lecteurs un pareil antidote.

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