DEUXIÈME PARTIE
lation fiduciaire de la Russie et seulement une partie minime de la circulation ûduciairo des autres pays, omettant les chèques, les lettres do change, etc., qui remplacent le numéraire dans une foule de transactions à l'étranger et-qui n’ont presque aucune signincation comme agents de circulation en Russie
<iM. Wolowski nous permettra-t-il do citer un auteur peutêtredeur fois hérétique à ses yeux, M. Mac l.eod {Eléments, p. 269), qui évalue la circulation des lettres de change du Royaume-Uni à ilix tnilliavds de francs*?
« Nous n'enlrcrons pas plus loin dans le sujet. .M. Rafalowic7. l'a exposé avec l'autorité que lui donne Ta connaissance des affaires du pays et qu’une vaine dénégation ne saurait ébranler.
fl M. Wolowski aurait pu nous dire :« Votre circulation est « fondée sur un principe erroné ; votre papier-monnaie vous « crée des difficultés .sans nombre. » — Il aurait parfaitement raison ; mais lorsqu’il nous dit ; « Votre situation est déses- « pérée, humiliez-vous, vous n'avez rien à faire, » nous sommes tenté de lui demander s’il a décidément oublié les notions do l’économie politique *. La reprise des payen'a pas eu de succès (nous no voulons pas di.scuter si la mesuré pouvait réussir ou non, ce serait peut-être un débat oiseux et prématuré en ce moment) mais no pouvons-nous
1 NVst'CC point un inonde à part que celui qui, en plein dix-neuvième siècle, en Europe, ignore l’usage des instruments les plus élémentaires du crédit ?
• En quoi l’absence de ces di.r milliards ée lellres de change témoignet-elle en faveiir de la Russie? H. Mac Leod doit être l’auteur favori de M. Biinge, car il est commode d’invoquer l’autorité d’un écrivain qui a pu confondre le capital avec le crtdH.
s Décidément on ne peut pas écrire avec plus de goût. Quand on s’incline devani le droit et la justice, on ne s'humilie pas, on se relève.
* Un débat prcmalurii sur un fait qui dale de près de denx ans I
• RÉPONSE Abx PUBLICISTES RUSSES. n9
pas compter sur un ensemble de mesures savamment combinées? Certes nous n’atteindrons pas le but dans quelques mois, mais peut-ôtro n’est-il pas aussi lointain qu’on le pense
« Ce serait se donner une peine inutile que d'écarter toutes les petites pierres que M. Wolowski nous jette en passant; il suffit de rejeter les grosses, à l’aide desquelles il s’imagine nous obstruer le chemin pour faire croire que nous ne pouvons avancer* ; mais nous sommes obligé de faire encore quelques remarques. ^ ^
<t D’abord, si la Banque a tous les moyens et toutes les chances prf^sibles pour attirer les capitaux flottants, les épargnes, etc., les comptes courants du trésor et des particuliers réunis (en chiffres ronds 25 millions de roubles an l" janvier 1864) ne présentent aucun danger. Quant aut comptes courants des comptoirs, ils sont compris dans le chiffre des dépôts. Enfin le reste du passif, 268 millions do 5 pour 100 et 47 millions des 4 pour 100 métalliques-papier à longue échéance sont plus que couverts par plus de 400 millions dus par les propriétaires et par les débiteurs particuliers de la Banque.
« Cet examen, assez détaillé pour mettre au clair le passif de notre Banque, prouve suffisamment que son crédit est loin d’être menacé ; au contraire, il a toutes les chances do s'affermir. Le chiffre des dépôts à dix ans a augmenté dans une progression a.ssez rapide, et grâce aux facilités récemment accordées aux déposants (ils peuvent demander
< Il parall que U. Bauge possèilc la prudence de Fontenelle; pour lenir le langage hautain qu'il afTccle, il doit avoir la main pleine de vérités, mais il ne l'nuvre pas.
* Il sera charitable d'avertir M. Bunge que la roule est restée peu sûre ; qu'il ne s'y aventure pas trop, car il risque de verser.
nEÜXIÈME PARTIE.
des litres au porteur), la catégorie des dépôts de 5 à 10 ans doit augmenter encore plus. Voilà pourquoi l’actif de notre Banque ne nous inspire guère les considérations mélancoliques que M. Wolowki a faites à i^on sujet; la dette seule du papier-monnaie a une importance incontestable ; le reste môme de la dette de l’Etat, 157 millions de roubles, n’est pas un actif que la Banque soit fqrcée de réaliser pour parer aux exigences de ses créanciers. Les dépôts actuels renferment peu do capitaux portés à la spéculation et qu’on serait tenté de retirer à la Banque. r
« Il nous reste à dire quelques mots -sur notre crédit public. M. Wolowski lient notre dette flottante jiffur une mer qui va nous submerger. Pourquoi donc ne nous conseille-t-il pas une consolidation partielle? La chose serait-elle impossible? Nos bons du trésor, espèce de caisse d’épargne portative, ne sont-ils pas susceptibles de perfectionnement, et ne pourront-ils pas, dans un moment donné, nous procurer encore des ressources suflisantes ‘? Quant au crédit extérieur, les cours de nos fonds sur les principales places de l’Europe sont de beaucoup meilleurs que ceux de rAulrichc cl de l'Italie*. Pourquoi M. Wolowski ne porle-l-il pas ailleurs ses condoléances? Bien d’autres pays plus riches que la Russie auraient pu lui inspirer une inquiétude beaucoup plus vive; aurait-il craint de trop s'émouvoir en appréciant leur situation? Il dit qu'un emprunt est impossible pour la Russie; il fallait ajouter ; un emprunt étranger à un taux avantageux pour nous; mais s'il s’agit d'un emprunt intérieur, nous
' M. Dunge oublie que les bous du trésor russe montent déjà à 750 millions de francs.
* A que) taux le 5 pour 100 russe était-il coté avant la guerre d'Orienl, et à quel taux cst>il descendu aujourd’hui? Voilà ce que la discrétion de M. Bunge n'a pas voulu révéler.
IlKl'ONSn Ai:x l-LBI.iaSIES IlI fiSES. .
pourrions en appeler do l’avis do M. Wiolowski à dos autorités plus compétonlcs que no'us dans cette matière, aux banquiers, aux négociants de nos grandes places; ils nous auraient dit simplement ; .« Si la forme do l'emprunt est n adaptée au goût du public, vous pourrez réussir sans (ju'il <1 soit besoin de trop lourds sacrifices »
« Nous finirons iei. Nous sommes loin de nous faire illusion sur l’é/ft/ irai de nos finance^ (nous ne parlons pas de celui que M. \Volowski s'est donné la peine de dresser)-; nous ne les envisagerons guère en les colorant des rayons trompeurs d'un prisme qui en flatlerail l’aspect ; nous ne prétendons nulleineiil qu’une perspective brillante et d'un accès tout tracé s’étend devant nous , volontiers nous convenons que ta lâche du ministre dos l'mances en Kassio est difiicilo; mais M. Wolowski se trompe fort s’il croit que le mat est sans remède ; que nous nous prêterons do bonne grâce à la transformation qu'il nous conseillo, et (]ue les [luissances qui voudront retirer les mqrrons du feu pour autrui n'auront, pas les, doigts brûlés
« Si nous voulions parler la langue de M Wolowski, nous pourrions lui difo : Si vous étiez descendu des nuages d'une politique révolutionnaire dans les modestes détails de notre ménage financier, peut-être auriez-vous écrit : « On n fait <1 en Hussio do bonne politique, on no manquera pas de <1 la soutenir par de bonnes finances. Les difficultés sont « grandes, mais la situation est loin d'être désespérée; il y
' Puisque c'est si facile, pourquoi ne I a-l-on pas fait?
’ Nous aurions ilc-siré que M Uunge mil en regard celui qui doit lui (‘Ire , connu, cela vaudrai! raieu.x que des phrases. '
’ l.a Iransfurmalion consislerait simpleiiieul à quiller la région nuageuse des liclions pour le lerrain solide de la réalilé, et à micu.x écouler les conseils les plus vulgaires de l’économie polilique, eu sulisliluanl le respeel âux entreprises ilc la violence.
. ll>2
bElXliCME l'AiniE.
« a plus il’uno chance pour réussir * » Mais nous prêtons à M. Wolowski lies paroles contraires à ses vues. M.WoIowski, conseillant la moilestio à autrui, s’est reservû un rolo peu nioiioste , il a donné au inonde le spectacle d’un sacrilice (juo rien ne peut égaler. Pour servir la cause de la révolution en Pologne, il a sacrifié avec un sang froid parfait la vérité, qu'il a cherché à défigurer, et la science économique, qu’il a déclarée impuissante’. N. Bu>ge.
Nous no potirons que plaindre rhomine dYttnde condamné A tenir un pareil langage, et le jiays on l’on croirait bien mériter du pouvoir qu’on sert en essayant d’attaquer ainsi ceux tpi’oii renonce à réfuter sérieusement. Notre carrière est déjà assez longue, nous avons été mêlé t\ des événements assez graves, pour tpi’il nous soit permis de le dire luuilcment : Si nous avons pu nous
' Q'ic M lluiigc IroQvc ipi'un a fait en llussic de la bonne poliUi|ue, el .surloiil le dise, cela ne saurail étonner personne ; mais il ne doll pas sVlüMiier non pins qu'on ne suil pas disposé à partager son avis sur re point. Quant .*1 une fotilùpsf rfyotutiaiinairr, c'est .i-ilirc, suivant la p nsée de M. Iliinge, une politique subversive, lunlani aux pieds la justice el riiumanilé, nous lui conseillerions de relire l'admirable parabole de I liomme qui aperçoit une paille dans l'ocil de son voisin.
* Nous avouons en toute hmnililé ne pas cumprendre le rite peu mudisle que M. Uunge nous attribue avec lani d'alticisnic. Qu'il se rassure ; aucune cause, quelque sainte qu elle soit, ne passe pour nous avant le respect de la vérilé, el si nous coiiuaissons des économistes itnpuissanis, nous rencontrons dans les embarras inextricables auxquels s'exposent ceux qui violent les lois de l'éeonomic poüliquc. la plus baule cunfirmalion des vérités quelle enseigne.
r.fipoNSK A'rx l'i'm.itisiKs hisses. 123
tromper quelquefois, nous n’iivons jamais voulu tromper personne. A fWfaut d’autre titre, il en est lin que nous avons la conscience do mériter, c’est celui de pratiquer les de*'oirs qu'impose la probité scientifique. Lesetlorts dépensés pour obsciirt ir la question do l étal financier de la Russie le seront en vain, car nous donnons la parole aux faits eux- mémos, aux documents officiels, à l'inexorable logiiiue des chilTres'. Voici notre seule réponse A des assertions qui ne sauraient nous atteindre. .
Un écrit comme celui de M. Bunge méritait en première ligne que nous le fissions connaître, sans omission aucune; l’ilipreté de la forme prouve l’embarras de l’écrivain. Quand on nous a parlé de la réponse d'un ccomwiste, nous avons cru un moment au fiai lux! Hélas, la lumière ne s'est pas faite, et la faiblesse des arguments produits s'est trouvée encore mieux ini.se en relief par l'amertume de la polémique. Nous étions prêt ù saluer dans .M. Bunge I boinme de génie dont le général Tcbevkine attendait la venue pour sauver les finances de la Russie.
a niais ci’l heureux phénix est encore à Irotivcr. » Uorsqu’en 18.54, .M. de Tengoborski essaya de réfuter le vigoureux écrit de l.éon Kauclier, il s’atta-
' Voir la (|uali ii‘ini; pai lic do co vultinio.
riEIIXlÈME PAilTiE.
clia aux laits pour indiquer lesorrciirs niat(5riol!es qu’il avaUcru découvrir, mais il sut respecter les intentions. .Ne nous plaignons pas trop.de voir combattre ardemment celles qu’on nous prête, c’est que I on n’a pas réussi à mettre en défautdoxaetitude (le nos renseignements. Il ne s’agit poinWde poser de vaines hypothèses, ni d’attribuer à une hostilité passionnée un portrait dont on n’ignore point la ressemblance ; brûler n'esl pus répondre.
Quels sont les chilTres fautifs que nous avons produits? en quoi le budget rus.se dinère-t-il de celui (]ui se trouve relevé dans notre (’erit? voilà ce que M. Hunge aurait dd dire, au lieu de se perdre dans rapologie»impossible d'une circnialion énorme de papier à cours forcé et xlans des théories contraires aux pnitniers éléments de la science qu'il professe. Il nous reproche de ne pas avoir dit comment la Hussie avait conjuré le péril de l’énorme dette flottante créée par des dépiits toujours exigibles; si une certaine partie de cette dette se trouve consolidée aujourd'hui, est-ce que cela suffit pour que la situation ait cessé d’être redoutable ?
M. Bunge prétend qu’eu 1858 le gouvernement elles banques avaient un passif exigible de dépôts et de billets de crédit qui montait à 1 milliard 70(J millions de roubles, près de 7 milliards de francs. Pour flatter le présent il charge par trop le
BÉPONSE AUX PUBLICISTES BUSSES.
passé. Nous avons été plus équitable en estimant pour cette époque la dette flottante au-dessous de ô milliards, chifl're auquel l'avait évaluée Léon Faucher, et qui lui avait attiré une énergique .protestation de la part- de M. de Tengoborski. Par un procédé qui n’est pas celui des économistes, .M. Bunge a sans doute confondu ^vec les dettes exigibles le passif des banques, qui comprend, suivant une tenue des livres régulière, les capitaux et les profits’cle ces établis-sements.
I.oin de vouloir omettre ou cacher quelque chose, nous n’avons rien épargné pour puiser aux meilleures sources et pour fournir aux hommes d’étude le moyen de prononcer, en multipliant les documents (fu’ils peuvent consulter'.
Il serait superflu d'insrster : à ceux qui nous attaquent, nous opposons les pièces officielles. Ils essayeront vainement d'en torturer le résultat ; la vérité éclate avec une irré.sistible puissance.
Les indications fournies par le Journal Je Saiiii- PéUTshouvij et par M. Bunge, sur l’état de la circulation et sur l’absence du pa[)ier de commerce en Bussie, suffisent pleinement pour faire apprécier l’état des forces productives de ce vaste empire ; hahemits confitcnlcm reum'. Ouanl à la sécurité afl'ectée avec laquelle on parle de la silnalion
' Voir l.i qnati irni»' partii’ <li' c- MilmiiP,
120 iiKlxii;ME i-AiniK.
de Itt Banque et du trésor, elle ferait plus d’impressiou si, ati lieu de promesses fra;^iles, on formulait des moyens praticables, pour modifier un état do choses condamné par ceux-là même qui s’ingénient à le voiler.
(.tue M. Bungc nous accuse encore de manquer de modestie! 11 est une prétention que nous avouons, c'est celle d’être clair et d’écarter ce qui pourrait sembler nuageux. .Vu lieu d'aborder le terrain pratique, on trouve plus commode de nous déguiser en une sorte de coryphée de la révolitlion. Cette découverte semblent sans doute curieuse à nos anciens contradicteurs du Luxembourg et à ceux qui se rappellent la tâche modeste, mais dévouée aux intérêts de l’ordre comme à ceux de Ja liberté, que nous avons remplie à la Constituante et à la Législative. Ou nous force à le dire*: nos sentiments d'inébranlable fidélité à la cause du droit, de la liberté et de la justice nous auraient inspiré une vive sympathie pour ,1a Pologne quand son image n’aurait pas été confondue avec les plus chers souvenirs de notre enfance. Mais ceux auxquels ou impute à crime de songer à la dél'endre peuvent au moins dire avec le poète national, avec Béranger :
Je ii’ai tlattc que l’infortune.
Ils ne seraient pas dignes d’une cause grande et
RÉl'ONSE AUX I‘I ItLlcrSlES ItUSSKS.
pure Vils lui sacrifiaient la vérité I Pour notre compte, jamais maxime ne nous a inspiré plus ilc répugnance que celle suivant laquelle In fin justifie les moyens. La seule i\ laquelle on doive demeurer fidèle dit : Fais que dois, advienne que pourra.
Mais les sentiments de notre àme, à (juel titre devrions nous en rendre compte à M. Bunge? Nous ne l'accusons pas de s'êlrc laissé entraîner par un zèle patriotiijue à des attaques vaines, tclum imbelle sine ictu; qu'il nous permette d'écarter d’un sujet sérieux, que nous nous sommes elTorcé de traiter sérieusement, toute autre jiréocciqiation. Nous lui souliaitons de conserver toujours le calme d'appréciation et la sérénité de jugement dont nous avons voulu nous pénétrer. Nous pouvons aimer la Pologne, nous sommes loin de nous en défendre: nous pouvons aspirer au jour où cette noble terre cessera d'être arrosée de sang et de larmes: mais en quoi cela change- t-il l'inexorable témoignage des chilTrcs ou l'aspect d’une balance de compte? Quand, au lieu d'arriver à rectifier des erreurs qui n’existent pas, on essaye de faire passer pour de la passion ce qui est l’expression mathématique de la réalité, on ne prouve qu'une chose, c’est qu’on ne se sent pas de force à soutenir un débat approfondi.
Je dois dénoncer au zèle empressé de M. Bunge
' liEl XlKMi: l'AUTIE.
un iiHlre coupable, M. le baron A. de McyendorfT. conseiller privé de S. M. l'empereur de Russie. En ^ eiïel, dans une lettre publiée A notre adresse, cet écrivain distingué ' reconnaît la pleine exactitude de nos calculs. Ooand ce ne serait que pour mieux faire ressortir la différence de forme employée, et bien que nous hésitions à reproduire des appréciations trop favorables en ce qui concerne le peu de services que nous avons pu rendre à la science objet de nos persévérants travaux, nous emprunterons A cet écrit une grande partie des observations qu'il résume. Il commence en ces terniea;
Il Votre étude intitulée les Finances de la Russie est trop remarquable par le talent dont l’auteur y fait preuve, comme par l’auto/ité scientifique si méritée dont il jouit personnellement, pour ne pas avoir attiré l'atteiilion la plus scrieusc de tous ceux qui aiment et qui connaissent notre pays.
« Vous avez, parfaitcmenl établi que l'émission de nos billets de crédit .s'est élevée, -en moins de huit ans, de 175 à 737 millions, que, par contre, la réserve métallique du trésor s'est abaissée de 140 à 56 millions, que les billets du trésor, -la dette flottante, ont monté do 60 à 120 millions, enfin que l'ensemble de la situation financière présente une
' /.f* Fiimnrrs de la Rassie, lettre à M. VVoln«ski,dc rinstiliil, en réponse à un arliele sur cette matière, insi’ié par lui dans la Revue des Deux Mandes. Paris, riiez .>!"■' veuve Berger- l.evrault et fils, rue des Saints-Pères, 8, et Itcniii, Palais-Royal, (l'évrici ISlit.l ‘
Diqitized by Gi
HÉHON'SE Alix Fl BLICISTKS RISSES. 129
ciroolation fiduciaire do près d'un milliard do roubles ou de 4 milliards do francs.
n Ce calcul, établi sur des chilTrcs ofliciels, est irréprocbable^mais il' ne se rapporte qu’au budget seul, à la situation passagère du trésor ; or celle-ci est très-différente do la situation économique générale do l’empire, et je regrette que cette distinction ne soit pas plus nettement faite dans votre article.
« Cependant, comme représentant de la science économique la plus avancée, comme celui qui a introduit en France l’école historique et physiologique de l’économie politique, vous ôtes, monsieur, en réalité à une trop grande hauteur du vues pour pouvoir confonilrc la marche ascendanlc de la richesse publique en Russie avec la situation tout accidentelle des budgets du trésor en 1862 et 1863.
-• Il Ces deux budgets ne rendent témoignage que des .systèmes temporairement suivis par le gouvernement dans les dernières années, et des moyens que, dans son excessive générosité, il a cru devoir employer. Or, ce .système, qui a pour but de répandre et d’assurer, dans toutes les cla.sses du pays, le droit, la liberté et la justice, a dû le faire consentir à de grands sacribees financiers. Ceux-ci ont été d’autant plus sensibles, que, dans un esprit de précipitation et do fausses appréciations, on les a môme exagérés, alors qu’on aurait pu les épargner au trésor.
Il Ainsi, pour me .servir d’une comparaison toute familière, de même qu’on ne jugerait pas de la valeur d’un bienfonds et du crédit qu’il comporte d’après le système d’assolement temporairement suivi pour la culture des champs, ni surtout par deux années do revenus, perçus par des intendants plus ou moins habiles, mais que l’on fixerait cette valeur d’après les ressources de la terre et d’après les conditions immuables de la production, de môme il serait con-
IiKfXlKMK l'AimK.
Irniro à la vûriU' déjuger du la richesse iialionale de l'empire de Hussie d'après les dépenses faites cl les revenus perçus par le trésor dans les années de 18Gi2 à 1864. «
Kn thèse générale, M. de McycndorlV est loin de eonleslor les fautes eoimnises aujourd’hui, ni les tristes conséquences (lu'elles enlraînent Le langage (lu'il emploie est au moins aussi sévère que celui que nous avons fait entendre, mais il distingue entre la situation actuelle du trésor et la situation économique de la nation. « Le budget des deux dernières années, dit-il n’est que le résultat de beaucoup de mesureçi préci[iitées, de fautes et d'abus. Tout cela est compris, avoué, cl ne xc reproduira plus. » Cet engagement n’est il pas un peu téméraire? Nous avons pleine confiance dans la bonne foi de M. de McyendorlT, mais nous craignons qu'il ne se laisse entraîner par de trop faciles illusions. Nous voulons, du reste, le laisser parler lui-même * :
» Au fond, monsieur (nous dit-il), vous semble/; avoir très-justement pressenti ce qu’il y a de passager dans la situation, et combien peu elle était de nature è permettre que l’on en déduise des conclusions sdres et slaldes; car vous avez trèsbien dit : « Voyons ce que Icmpire russe produit et
' Page !».
> Page lü.
HÉl’ONSK Ai;\ l‘l IILIC.ISIKS Itr.SSKS.
ce qu'il dispense, » ce qui est liieii différent de ce que |crçoitcl dépense le trésor. C’est un- lorrain d'études fécondes et sur lequel je liens <i vous suivre et à vous maintenir. Partisan, comme vous, de la statisli(]ue comparée, de l'école liistori(|ue en économie politique, j’arriverai, par des considérations sur la marche du passé, à des conclusions pour r&venir pi'Ul-ôtrc dill’érenlcs de celles que vous seniblcz vouloir admettre, et, sans quitter le terrain de l'expérience et des faits, vous aurez sous les yeux une perspective financière du peuple russe qui vous paraîtra peut être moins sombre que la situation du trésor en 18(»3. »
Le tableau des progrès de l induslrie et des manufactures tracé par M. de Mevendorff pourra sembler singulièrement embelli par ritnagination. >'ous ne voudrions pas contester le progrès obtenu de 182.'» à 18, '0 : mais le point d’arrivée est-il donc si brillant, et les autres pays n’ont ils pas accompli un mouvement tout autrement considérable? Les organes les plus accrédités de la presse russe ne partagent pas l'optimisme de M. de Meyendorff. Ils déplorent, au contraire, rimprudente facilité de dépense avec laquelle on a constamment diminué le capital national au lieu dc raugmenlcr. On a oublié chez nous, dit le llushi Viesiitik',
* Sfplembie 1802.
IlEUXlÈMK PARTIE.
(jiic les valeurs sont créées par le travail et sc conservent.par l’économie. Ils craignent que la Russie ne se laisse de j)lus en plus distancer par les autres grandes nations.
Quant i\ la richesse agricole, la même Revue dit que l’exportation du blé, dans ces dernières années, .s’est faite sans profit', .souvent même avec perte, tant les conditions de la production ont changé. Aussi la terre est-elle offerte dans la zone, la plus fertile (Podolie, Ukraine, Pollava, Koursk, Chernigow), à raison de 25 roubles (100 francs), fa dessialinc',san$ trouver d'acheteurs; les steppes de la Crimée descendent au prix de 75 kopecks (.3 francs) la dessialinc! Ce n’est pas h. un penseur familier avec les enseignements élevés de l’histoire comme l’est M. de Meyendorff que nous avons* besoin de rappeler les funestes conséquences du système communiste vers lequel des institutions vicieuses poussent la population agricole. Mais c’est un ordre d’idées dans lequel nous ne voulons pas nous engager; il nous détournerait trop de l’objet actuel de notre travail.
I.e calcul en vertu duquel rémancipation ferait gagner à cha(]iie famille agricole cent vingt jours de travail, ou bien à 20 kopecks la journée) 2i roubles QK> francs * est ingénieux; malheureusement,
' Mrsuie Ji<rriiiis; (|iri i-orrcspoinl à 1,093 hoclares.
' Pas;.- I.S.
IlÉI-ONSIv AUX PI BUaSTES lirSSKS.
il n’csl que cela dans lïdal présent des clioses; il faut du temps pour que le paysan russe secoue une indolence innée, et pour qu'il comprenne que la liberté est autre chose que le droit de ne rien faire.
Nous avons dit tout le premier que cela doit arriver un jour; mais quand ? Ce n est ([ue la féconde école d'une paix prolongée (lui pourrait développer les ressources de la Uussie. Ceux (|ui nous ont fait une sorte de crime de cette opinion servent mal leur pays dont ils surexcitent les mauvais instincts. Ksl-ce condamner la Russie à s humilier que de lui dire : « Un seul obstacle s'oppose au progrès, c'est le régime de la violence. « I.o jour où rôn verra ce régime se modifier, nous croirons avec M. de Meyendorlf au mouvement ascendant de la richesse publique.
Mais on n’obtiendra point pour cela une capitation de i roubles 20 kopecks {H fr. 80 c.; par paysan, ni un impôt territorial de 2 fr. dO c. par hectare en culture' il y a dans ces données numériques une exagération contre laquelle l’esprit éclairé de .M. de Meyendorlf aurait dù mieux le tenir en garde. Quant aux autres réformes qu’il appelle*, est-ce en face d’une attitude irritante et d'une sorte de déli lancé au monde civilisé, que la Russie serait en mesure de les accomplir?
’ Pa>ç(’ âO.
• Pages 21 , -2-2.
Fl n’y avait, nous dil-on', dans las paroles du prince (’iortchakor rien de provofpianl ni d'olleiisanl pour rélraugor. Cominenl, lorsi|ue le sourire sur les lèvres, il est venu dire lui avait su(Jï de souffler sur le nuage gui s'élail levé eu /iuro/>c jiour le faire évanouir, l lùirope li est-elle pas en droit de s'étonner d’nn pareil langage?
« F,es conquêtes (pic la Uiissie nîalisc dans ce moment sc font, ajoute )F. de Meyendorlf, dans le domaine de la légalité, de la liberté, des droits pour tons. U l’onnjuoi faut-il ipie des contrées entières, ravagées par le fer et le feu, expient au milieu de tortures dont on croyait le rc'tour impossible dans riùirope chrétienne le crime de rester fidèles ;i leur foi et à leur culte pour lu patrie! Ah! que le noble programme tracé par M. de MeyendorlT sc réalise, ipic la Russie, mieux inspirée, reconnaisse ce (pie lui [irescrit le respect jjour la liberté et pour les tlroiis de tous, (pi’el le cesse de soulever contre elle la conscience du monde civilisé, et loin d'y perdre en force et en puissance, elle pourra accomplir une grande mission; c'est alors que tous les hominesi'clairé's et tous les hommes de bonne foi de 1 Kuroiie s(! rencontreront dans les im'mies vieux, en partageant les mômes es[)éranccs; c’est alors seulement qu'elleatira mérité lessympathies desamisdu progrès et de 1 amélioration du sort de l'humanité.
‘ Cago iX
Digitize-
HÉI'ONSE AI'X l'L'llUCISTES HISSES.
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Non, ce n’est pas une bonne politique que celle (le la domination oppressive et d’iine provo- ^ cation hautaine : la Uussie est la preiiiit^u'e à en soufl'rir, et elle souflVira tant qu'elle n'aura point fait divorce avec ces inspirations fatales. Ce que lui commande la justice, son intéri't le lui conseille: n’cst-il pas naturel que pour être en mesure de participer aux bienfaits de la civilisation, elle commence par en pratiquer les devoirs? Là se rcncon- ’ (rc la grandeur vi'-ritable.
Nous venons d’oublier pour un moment, nous en faisons l'aveu, les proportions plus modestes dans lesquelles nous tenons à renfermer notre travail. I.es j)aroles courtoises de M. de .MeyendorlTnous ont fait ainsi dtS ier de notre cliemin.
Disons-le en terminant, à en juger par les impressions g(bi(!‘ralemcnl produites, il paraît que les critiques adress(*es à notre premier travail, critiipies dont chacun est à im^me de mesurer la portée, ne lui ont pas rendu mauvais service; en tout cas, elles n'ont pas améliort' l'c'tat des nnanccs de la Russie.
s. ün m»us fuiimmiiii|iir te du II mars 1 SCI,
(|iii nitaicnt une IcUre de M. Kafaluwiiz; |M'ii de mots sufliroiit pour lui réiMMuIre.
I.c fait relatif au jréiiiTat Tcl\evkiiie <loiit il nous reproelie, ;i
DEIXIIC.MK l'AUTlE.
tiirt, (11' n’avoir pas iinliqui' )a souvi'o, a ('ti' piililk: par la corivsiMimluiiCC (le Siiint-Pi;l(,'rsl(Oiirg, inst'rér dans Vhulrpnulanre hehjr Or ivltc fcnillo ne passa guôrc pmir ('dre hostile à la Kussie; l'Ilr est Imijonrs parfaiteincnt inforimic de ee (|ui concerne ce pays l.es (wroh's (pi'elle a rcprrxluites n'ont point ('ti' dénii'cs par le g(*iiéral Tehevkiiie; a-t-il chargi; d'iiue manière un |(eu tardive M. Itafalowicz d’une telle mission’/
— Si le (Ti'dit doit se mesurer à ce (|iii reste à faire pour transformer des rouages d’une grossii'reté iiriinitive, nous serons de l’avis de notre contradicteur, la Uussie devrait proliti'f d'un crédit (. fort large.
— On nous dit (411e la nouvelle émission de Ixins du trv'-sor (Kiur •ta millions de rouilles, faite pustérienrenient à la publication de notre travail, remplace pareille somme de ces titres, ipii venaient à l'chéance; revplieation est ingénieuse, et nous nous empressons de la Constater : nous attendrons néanmoins des données plus précises pour savoir si elle est romplétement evacte. Nous craignons fort ipi’il ii’en soit des bons du trésor de la Uussie comme des imiKits de l’aneiemie Krance , dont l'historien Mé/era\ disait://» ne f/iiiiiiiui fil jiWKiis, et ils font lutijouis îles peUt-i.
— Kulin nous n’avons nullement prétendu qui"- le sol de la Uussie fut pauvre : nous connais.sons la fertilité de plusieurs de scs pmvinces. .Mais nous savons aussi (pie la proportion moyenne du blé réx'oité (dit faible, et cela ne nous étonne nullement , car nous croyons avec .Moiitc.squieii que les pays ne sont pas cultivés en ruisim de leur ferUlHè, mais en raison de leur liberté.
* Numéro du là février 1S*14; celle corrc»|ion(laiice porie la d.ilc du 9 féviier. ba Hasille de t'iAugne et d'autres joiirnaia allemands ont fait un récit pareil.
Paris, 14 mars I8U4.
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TROISIKME PARTIE
Etude