LE PAPIER-MONNAIE
S'il est line expérience sérieusement accomplie et dont les résultats no prêtent point an doute, c'est bien celle des avantages chimériques et des périls (lu /myj/cr-inomm/e. Cependant les d(’■cepl ions sans nombre, les atteintes portées A la foi publique et les mines dn passé ne. paraissent pas avoir entiiV rement dissipé une dangereuse illusion; des faits récents ainsi que la persislanco de fausses doctrines ne le montrent cpio trop : l'esprit humain s’alfrancbit avec peine de la fatale, inniience qu'exerce sur lui le mirage d'une richesse acquise sans peine, d’une prétendue mulliplicalion du capital, évoquée par la baguette magi'ine du crédit, et d'une nouvelle espèce d'alchimie, (|ui transforme le papier en or.
I)(?s gon\t:rnemcnls peu scrupuleux entretiennent cette erreur, afin de se créer des ressources; une préleiuluc raison d'Elal cons|iire avec la séduction du merveilleux et avec l im patience fébrile du résultat, atteint sans grande dépense de labeur ou de prévoyance, ce triste signe du temps, pour remettre
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TIIÜISliiVE rAHTlE.
en qucslioii, sons dos formes diverses, des vérilés consacrées par l’étude et souvent confirmées au rude contact de la réalité.
Hien de plus simple cependant que l'examen de ce problème, rien de plus facile ({ue la solution. Il suffit de savoir quel est le rôle de la monnaie pour mesurer la faible portée d’une création arbitraire, et pour en comprendre le péril.
Nous ne .sommes plus au temps où l’on confondait la richesse des Etats avec la possession du numéraire; la monnaie, cette grande roue de la circulation, comme l’appelle Adam Smith, conserve néanmoins une place importante dans l’économie des sociétés; elle constitue dans les conditions les plus claires et les plus sûres le mécanisme des échanges, elle permet d’évaluer tous les produits et tous les services; elle active la création et facilite la distribution des richesses. C'est en effet grdee û la monnaie que le concours de tous à l œuvre commùne se trouve provoqué et que le résultat obtenu se divise entre tous ceux qui y ont contribué. Elle introduit une langue commune dans les opérations du commerce social.
.Mais ce n’est point une langue de fantaisie : la monnaie sert de signe et de mesure aux valeurs, parce quelle en est le gage, parce qu'elle constitue elle-même une valeur connue, appréciée, acceptée partout. Elle est une marchandise universelle, en
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ÉTl'DE Sltl LE I-AP1EI(-M0NNAIE. 1 4i
mj'me temps qu'elle fournit à chaque pays l'instrument local de vente et d'achat, et de rémunération du service public, comme des services privés.
.\ujourd'liui, les entraves qui gênaient le mouvement international des échanges, disparaissent de plus en plus, un équilibre régulier peut s’établir pour adapter aux besoins de chaque marché la quantité de la monnaie nécessaire aux transactions, lorsque celle-ci conserve son caractère de pureté, sans dégénérer en fiction plus ou moins hardie. Admettons pour un moment ([ue l’or et l’argent servent seuls, sans aucun mélange de signes fiduciaires, à l’office d’instruments d'échange. Comme rien ne s’oppose au transport des métaux précieux, ils reprendront sans cesse le niveau en se précipitant là où une certaine rareté leur assure plus d avantage, en abandonnant les places où un trop plein quelconque les déprécie. Une admirable loi d'attraction les domine et Ics-proportionne aux services utiles qu’ils sont appelés à rendre, en mettant obstacle aussi bien à une abondance stérile qu'à une disotte de numéraire. Par la force même*des choses, il s’établit un déversoir pour la richesse métallique, qui se met toujoursen équilibre avec les besoins de la circulation.
I.a situation risque de se modifier, du moment où, pour économiser sur le mécanisme des échanges, on essaye de substituer à l’or et à l’argent
TIlOISlblE l’AIlTIE.
des uioyL'lis artificiels plus ou moins ingimieux, plus ou moins sûrs, en appelant à soit aide la magie du crédit, dont on est porté à exagérer la puissance.
Deux voies sont ouvertes pour atteindre ce but :
lài suivant l’une, on simplifie le mouvement des échanges, on arrive à des payements eiïectifs moins nombreux; on a recours aux habiles créations rpii rendent rintervention réelle du numéraire superflue ou restreinte dans nombre de cas, au moyen des lettres de change, de comptes ouverts dans les banques, des compensations et des virements, ou bien on active la circulation, de manière à multiplier les services rendus par chaque pièce de monnaie ; on arrive ainsi à obtenir. un avantage analogue à celui que deux rails de fer, posés parallèlement sur le sol, permettent d’atteindre par réconomie du frottement, qui accroît la force de traction. Le môme résultat sc trouve obtenu avec une moindre dépense de force et de capital, grâce à réconomie et à l’énergie des ressorts mis en œuvre. Ici, tout est bénéfice, rien n’est danger; telle est la plus large fonction du crédit et la source d’une inépuisable fécondité.
Mais, â côté de ces utiles combinaisons, dont l’influence est trop souvent méconnue, vient se placer la création d’un signe, facile à fabriquer, qui ne coûte presque rien, et qu’on substitue, dans une
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ÉTUIiE SÜIl LE ^A1'IER-M0^^AIE. ^ 1 4Î)
proportion plus ou moins large, à la monnaie métallique ; c’est le bilhl-dc banque, appelé à faire office (le moünaie, parce qu'il est ou ([u'il doit être accepté dans les transactions pour accomplir les payements libératoires.
Si ce signe fiduciaire repose sur la garantie d'une valeur métallique, contre laquelle il peut s’échanger à volonté, et si on peut, à son gré, l’acce|)ter ou le refuser, il constitue 1a monnaie du papier.
S’il est imposé par l’autorité, qu’il émane du trésor public ou d’une institution privée, quand on n’est pas libre de réclamer la quotité d'or ou d argent qu’il e.vprime, et qu’on est contraint à le re(;evoir, il dégénère en papier-monnaie.
Dans le premier cas, il vise à suppléer en partie la monnaie métallique, dont le pays doit conserver une quantité suffisante pour assurer l’échange des billets contre espèce, et pour faire face aux transactions dans lesquelles les. billets n interviennent pas,
Dans le second cas, il a pour cni't dl‘ remplacer la monnaie métallique jusqu’à concurrence de rémission du papier à cours forcé.
L’ensemble des transactions n’exige;, à un moment donné dans clnupic [)ays, (pi’une quotité déterminée d’espf'ce!?. Si des billets se substituent à une [lurtie des instruments d’échange, le surplus s’écoule sous forme de marchandise afin de réta-
1HOISIK.ME rAllME.
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blir le niveau ; c'est ainsi que le papier chasse le numéraire.
Dans une cerlainc mesure fort reslreinle, comme nous allons dire, on peut réaliser une économie sur la portion du capital national employée à constituer rinstrument des échanges. Une institution de crédit, solidement établie, peut maintenir dans la circulation une masse de billets, qui obtiendront une faveur égale à celle des espèces, pourvu que la réserve métallique garantisse le payement à vue, et que l’importance de la coupure facilite le transport et abrège les comptes. Mais on n'arrivera jamais qu’à remplacer ainsi une portion de la monnaie nécessaire : or la quotité de celle-ci, relativement à la masse des transactions, diminue à mesure que la civilisation progresse, que la société se perfectionne, que le crédit s’étend. La richesse de l’Angleterre est évaluée à 160 milliards de francs, et la production à près de 20 milliards; le total de la monnaie, métallique et fiduciaire, n’y dépasse guère 2 12 milliards; on estime à 120 milliards la richesse de la France, sa production n’est guère inférieure à celle de l’Angleterre; elle possède le double, environ 5 milliards en numéraire et en billets de banque. Nous dépasserions la réalité en attribuant à la Russie une richesse de ■10 milliards et une production de 10 milliards; elle emploie environ 4 milliards d’espèces et de
ÉmiK Slli LK l’APIEIl-MONNAIK.
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papier-monnaie. LYconomie possible sur la quotité du capital consacrée à l’office de la circulation est donc en raison inverse de l’importance de la fortune publique. Plus un pays est riche, et moins il gagne à quitter le terrain solide de l’or ’et de l'argent.
C’est beaucoup que d’estimer du quart au tiers de la somme nécessaire aux échanges l’économie du capital qui résulte de l’emploi régulier des billets de banque; elle n’équivaut pas, si l’on tient compte des réserves indispensables, it plus d’un demi-milliard en Angleterre cl en France. 11 s’agit donc d’un trois-cent-vingtième de la richesse du Royaume-Uni. et d un deux-cent-quaranliènie de la richesse de notre pays. En faisant ce rapprochement sous un autre aspect, nous dirons que l’intérêt du capital métalli(pie, ainsi remplacé, aflfranchit l’Angleterre et la France d’une charge annuelle de 20 millions de francs, en calculant l’intérêt à ipour 100. C'est environ un millième de la production de chacun de ces Etats. Aussi les billets de banque y rendent-ils des services bien plus considérables par la facilité et la commodité qu’ils procurent que par l’économie qu’ils permettent de réaliser.
Ces avantages ne sont pas sans entraîner des inconvénients d’autant plus sérieux, que la quotité des billets se multiplie davantage. A mesure que
140 niüisii-aii; I'aktie.
cdlc-ci aiigtncnlo, rapprovisioimcinciit iiiétalli(|uo
(liinimic, et coiiiine la coiifiancc est l'élolTe dont le
crédit est fait, si à des temps calmes et prospères succède une période d'inquiétude, ou bien si des besoins impérieux commandent une forte exportation d'espèces, il faudra s'etforcer, même au prix de lourds sacrilices, et en le payant cher, de rappeler le métal absent; c'est lù ce (jui rend si délicat et si périlleux l'oflice de l'émission des billets de banque; c’est là ce qui ne permet point d'aller dans cette voie au delà d'une limite restreinte. ^
Si on la dépasse, on amène forcément les crises commerciales, lorsque le papier fiduciaire n'a été remis qu’en représentation d'engagements privés, et une crise politique, lorsque les besoins de Hütat en ont provoqué la création.
Adam Smith reconnaît l'utilité de la roütc aérienne du crédit qui permet d’employer à la culture une partie des chemins, représentés par la richesse mélolliiiue: « Néanmoins, ajoute-t-il, suspendus sur ces ailes d'Icare, le commerce et l industrie ne sont pas aussi sdrs (jue «juand ils portent sur le terrain solide de l’or et de l'argent. » .Après avoir signalé l'écueil, il s'attache à détruire l'attrait d’un bénéfice imaginait! : car «la masse totale du papier-monnaie de toute espèce qui circule dans un pays ne peut jamais excéder la valeur
ÉTLIiK SIU U: l’Al'lKII-MIlNN.UE. 147
totale de la monnaie d'of cl d’argent dont ce métal lient la place. »
Plaçons-nous, par une hypothèse extrême, dans une société au milieu de lar|uelle l’iisago des métaux précieux aurait disparu. Si l’on allait au delà, comme le papier ne réunit pas en lui les caractères du signe cl du gage, comme il ne devient pas une marchandise tpiand il cesse d'ôtre un moyen de libération, il ne pourra point s’écouler au dehors, et le trop plein entraînera la dépréciation. Ur, (pii se flatterait de pouvoir mesurer exactement la quotité nécessaire d(.‘s moyens de circulation? Celle-ci dépend non-seulement de la masse, mais aussi de la rapidité des échanges. Quand les métaux précieux-fonctionnent seuls, ou en majeure partie, le niveau se maintient naturellement, grâce au déviersoir ouvert sur les marchés étrangers; il ne peut qu’être violemment déplacé quand on dépasse les limites de la prudence dans rémission de la monnaie de fiapicr, et surtout quand on s abandonne aux dangereuses séductions du papier monnaie.
Le danger existe mémo lorsqu’une institution privée est dotée du dangereux privilège qui la dispense xlu payement à vue; il s'aggrave de beaucoup lorsque l'Etat lui uième s'empare de cette périlleuse fonction. L’histoire est là pour fournir en traits éclatants les tristes e.xemples du châtiment
TIlOISiftME l’AKTlE.
(jui a parloiil frappé los mêmes fautes. La France, l’.tiiglelerre, l'Autriclie, la Russie, les Etats-Unis, pour ne pas allonger cette liste en citant les Etats secondaires, ont porté la peine du système de l.a\v et (les assignats, du (^ours forcé d(^s billets de ban-fpie, (les hankzeltcl, des roubles de papier, de la monnaie continentale. Cbo.se curieuse, un seul pays, qu’on menace d'efTacer entièrement de la carte de l'Europe, la Pologne s'est préservée de celte plaie jusqu'au moment où elle a subi la domination de l’empire russe. Celui-ci a pratiqué, au contraire, de tout temps, sur une large échelle, un système fictif de circulation, qui lui avait été légué par la tradition chinoise, tartare et mongole. Sans vouloir faire un vain étalage d'érudition, et sans entrer dans des recherches qui pourraient ne présenter qu'un intérêt de curiosité, nous nous bornerons à rappeler que Tchinghis-Khan se servait de papier-monnaie, et que vers la fin du treizième sièelc, son petit fils Koblai l'employait de manière à exciter la na'ivc admiration de .Marco Polo '.
' (!ii joimiHl anglais a ri'cctiimonl public sur le papicr-nioniiaic en Chine los ronseigiiemeiits suivants ;
« 1.0 papior-numnaio est on usage on Chine depuis une o(Hi(|ue e\o('ssiveniout roculoo. Cent dix-noul' ans avant l’ore chrétiouno, on a la prouve do son ovistom-e. l'ii papier-monnaie circidait parnii oos popidations comme représentant une valeur conventionnelle. La forme usitee était soit des luorccaux de parchemin, soit des morceaux de cartes. Dans le dixième siècle de notre (ère, le tnisor
lÎTÜIiE SL'tt LE l'AI’IEH-MONNAIE.
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Celle admiralion n’a élé que lro|> coiilagicuse ; les procédés qui, do Cliinc el de la .Mongolie, onl fail invasion en Russie, ont aussi élé admis dans l'Curope occidentale Mais nous croyons devoir signaler comme un fait remarquable le soin scrupuleux avec lequel Napoléon a su se écarler ce
in)|ærial finit une soil<' de l)illcts de b;in<|ue |nii|ite,s ù snldo' on lii|nidei' les transactions sur inarrhaiidises. Ces liillets iiortairiit le sceau dn gunverneinent et élaieiil d’im u.sige général dans le comnierce.
« Le célèbre .Mario Polo, dans ses vovages à traiers la Cliine, vers le milieu dn treizième siècle, trouva le [lapier- monnaie en circulation et d’un usage aussi familier i|ne l'argent. On s'en si'rvait pour iKiyer les ofliciers du gouvernement, et, dans les transactions ordinaires, (aiur payer toute espèce de marclumdises. I,a population était forcée de l’accepter en payement de comptes, sous jK ine de uioi l.
■I Cette valeur conventionnelle l'xistail aussi sons forme de carrés faits d’écorce d’arbre ayant subi une certaine préparation. Il existait des billets de difléreiites valeurs, portant les signatures de plusieurs grands mandarins et le sceau de l’empereur. Le contrefacteur de ces billets était puni de mort. Les dcteiiteurs de billets u.si's, tarhés ou altérés |>ar l’usage, poiivaii iit le,s écbanger contre de nouveaux, en payant o pour lOrt de la valeur totale.
U L’usage du papier-monnaie se propagea et augmenta à un tel |H)inl sous la dynastie des .Mongols, qu'il eu résulta de grands maux pour le pays. Sous le plus aveugle et le plus tyraniiiiiue de tons les gouvernements, plus les ressources matérielli s s'épuisaient, plus la valeur de la momiaie de convention augmentait.
« Loin de proliter des leçons que l’expérienee et le mallieur avaient données à leurs préiléeesscurs, les empereurs de la dynastie de Ming eoutinuèrent l'émission du papier, cl en arrivèrent cnnn, ixmr en forcer la ciR'ulalion, <à probiber absolmiient l'usage
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TKOISIÈVK PAIITIK.
(langer. Jamais,* quel que liU rentraînement des exp('dilions loinlainos, il u’a pas conscnli i\ cn-er du papier-monnaie. Fendant que l Anglelerre instituait le cours force pour combattre la France, pendant que la Russie ci 1 Autriche frappaient des masses prodigieuses d'assignats, Napob'on a su se pn'server de ce tb'-sordre, et M de MoHtalivet, ministre de rinb'ricnr, (brivail dans une circulaire du 2.5 octobre ISIO, adress(>e aux pri'fets : « Le papier-monnaie est consid('*r(î par rFmpereur comme le plus grand lli'au dos nations, et comme (!dant au moins au moral ce que la peste (>st au physique. »
Far un sinaulier enchaînement de V('*rités et d’erreurs, les opérations les plus sages d(\s banques le plus sévî-remont administn'cs ont fini par dég('m''rcr en création de papier-monnaie.
Fartout en F.urope. excei»té en Folognc, le droit
lies rmiiaiaies d'nr et d'ar^'cnt. l,a ivadioii su |iu>iliiisit vurs lu iiiiliuii du (|uinzii‘Uiu siùulu ; ullu fui roni|di'lu Pour un rn.'/i du ciiiviu on aurait eu ta valeur du mille caslis un p.npior.
B l.i’s rushs cldnois sont dus pièces du cuivre jaune ayant un trou carré au cuulru pour pouvoir lus uniilur cnsuiul)lu par lots de div, cimpiautc- ut tviit. Mille pièces du ces monnaies valent enviruii 1 dollar.
U En résumé, le papier-monnaie eviste encore aujourd'lmi un Chine, mais il est tomhédans un tel mépris, (pion peut l'y considérer comme nul. Ouelipies voyageurs, on agents di|ilomatiipies, ont pu n'eumment ( n faire des collections ut lus apiau ter par curiosité en Europe el un Amériipie, n
ÉTI IIK «L’H r.E l’Al'IEll-JlOXNAIE. l ‘J I
n^galien de ballre monnaie, qui avait affiché la prétention de mettre un terme aux supercheries et au pillage, organisés par les suzerainetés locales, finit par donner naissance à des dégradations successives de titre, à des diminutions de poids, à l’avilissement de la monnaie. Le grand Copernic écrivait au commencement du seizième siècle dans un traité presque ignoré , consacré A lelude de cette importante question ; « Ouelque innombrables que soient les tléanx qui d'ordinaire amènent la décadence des royaumes, des principautés et des républi(|ues, les quatre suivants sont, à mon sens, les plus redoutables : la discorde, la peste, la stérilité de la terre, et la détérioration de la monnaie. Pour les trois premiers, l'évidence fait que personne ne les ignore. .Mais pour le quatrième, qui concerne la monnaie, excepté quelques hommes d'un grand sens, peu de gens s’en occupent; pourquoi? Parce (jiio ce n'est pas d’un seid coup, mais petit A petit, par une action en (pielque sorte latente, (jn'il ruine l'Etat. »
La diversité et la variation des monnaies furent une des causes de rétablissement des hniujites de dépôt, qui ramenèrent ces signes incertains à un commun dénominateur, en créant une mounnie de baiKjue, fixe, invariable, qui tenait compte de la valeur métallique des espèces déposées. Les titres créés se trouvaient intégralement représentés par
IIIÜISIKMK l’AIITIK.
le numéraire remis aux banques; à la commodité et à l’exaclilude ils joignaient 1a sécurité la [dus complète et ne tardèrent point à conquérir une faveur universelle.
ün remarqua que ces litres continuaient de circuler, pour la plupart, sans réclamer la restitution des garanties. Certaines banques employèrent celles-ci en partie, en laissant ainsi à découvert, mIu moins quant au gage métallique, une fraction fie leurs billets. On fut naturellement conduit à tenter l'opération inversi', en émettant plus de billets qu’on ne possédait de réserve en monnaie ou en lingots, en multipliant ainsi les profits de l’institution, et en nmiplaçant une portion de l’approvisionnement en métaux par des billets de confiance.
Ün s'était obligé au patemenl à vue; mais les demandes n’étant pas simultanément formulées, on arrivait à leur faire face, en diminuant la quotité des réserves correspondantes aux titres émis. La pente était périlleuse, l’attrait du bénéfice poussait les hini(]ues de circidalion à étendre leurs opérations et à utiliser de plus en plus la merveilleuse faculté de battre en quelque sorte monnaie avec des feuilles de papier promenées sous une pres.se. Il est vrai que rengagement du reinbourseinenl immédiat condamnait à des précautions sans cesse coinbatlues par l'appét du lucre; on
ÉITIiE Sun LE PAPIER-MONNAIE. I.*i3
côtoyait le danger, si on n’était pas snffisamrfient armé d’espèces pour faire honneur au payement à vue, I.a situation n a point changé de nos jours à cet égard : elle nous parait conduire A distinguer de plus en plus l’émission des billets faisantôffice de monnaie, des opérations de banque proprement dites et i\ concentrer la faculté de créer ces billets, en conciliant ainsi les deux principes auxquels on 'fait sans cesse livrer bataille, la liberic (les banques et l’unité du billet payable au porteur et A vue.
A l’époque où les erreurs du système mercantile résumaient la fortune des Etats dans la pos.session du métal précieux, le supplément fourni A la circulation par le billet de banque devait être salué avec enthousiasme. Le papier s’élevant au niveau de l'or et de l’argent, qui étaient l’équivalent de la richesse, on pouvait multiplier la richesse A volontél Restait, il est vrai, la condition gênante du remboursement: mais elle était superflue, elle formait obstacle A l'expansion du capital, et l’autorité souveraine, maîtresse de tout, pouvait bien la supprimer. Quelle admirable découverte! le génie de Law ne devait-il pas, comme le chantaient les poètes du temps ;
Enrichir à U fuis les sujets et le roi,
puisqu il ouvrait A 1 esprit d’entreprise une source
Diglti.;-jcl by Cîooglc
VhDISIÈMK I’AUTIE.
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inépiiisal)le, puisque le Misshsipi était appelé par lui A (l(‘\enir comme une Californie anticipée?
Ainsi donc on commence par chercher dans les /, banques de dépôt un* remède à l’altération des monnaies; loiJSllel de banque circule appuyé sur une pleine" garantie métallique : celle-ci diminue dans les banques de circulation et finit, par s’effacer dans le papier-monnaie.
Colbert dénonçait dans la faculté ouverte par les emprunts une cause do ruine pour l’Etat; qu'auruit-il dit en face de ce formidable instrument du iTnpier-monnaie, qui allait livrer d’abondantes ressources à la prodigalité et aux entreprises téméraires des gouvernements, en aspirant la richesse créée pour la détruire, et par de folles dépenses, et par la destruction d’une partie de la fortune publique, qui allait s’évanouir on fumée» sous la forme décevante des billets ù cours forcé et des assignats? ” ^
Les sophismes ne manquèrent point pour donner un brillant vernis A ces opérations désastreuses. Procurer au papier la valeur et l’efficacité de l'argent, c’était faire de rien quelque chose et participer aux attributs de la puissance divine; la richesse venait de l'abondance du numéraire; grAce au papier, on n’était plus enchaîné au métal, qui avait le mauvais goôt de ne pas se multiplier à volonté et le mauvais caractère de se refuser, on
Digiîiz by Googte
ÉrrriE sur le I'apier-jion.naie. JT5."
poinuit occroilrc à volorflé l6 numéraire dfi papier, agent fécond et docile du pouvoir suprême. L’abbé ^ Terrasson explique d’une façon curiepse ce phénomène d’optique financière : u Le billet d’un négociant, dit-il, pouvant être refusé dans le commerce, ne circule pas comme l’argent et par conséquent revient bientôt à sa source; son auteur se trouve obligé de payer et se trouve privé du bé- , néfice du crédit. Il n’en est pas de môme du roi, tout le monde étant obligé d’accepter son billet, et ce billet circulant comme l’argent, il paye valablement avec sa promesse même.
«fies deux métaux^l’or et l’argent), ajout«-t-il, ne sont que les signes qui représentent les riche.sses réelles, c’est-à-dire les denrées. Un écu est un billet conçu en ces termes : Un vendeur (|uelconque donnera au porteur la denrée ou marchandise dont il aura besoin jusqu’à concurrence de trois’livres, pour autant d une autre marchandise qui m’aét^ livrée, et l’efiigie du prince tient lieu de signature. Or, qu importe que le signe soit d'argent ou de papier? Ne vaut-il pas mieux choisir une matière qui ne coûte rien et qu’on ne soit pas obligé do retirer du commerce, où elle est employée comme
marchandise, enfin quisefabriquedansle royaume,
et qui ne nous mette pas dans une dépendance nécessaire dos étrangers et possesseurs des mines, qui profitent avidement de la sédnclion où l'éclat de
lîiG , TROISIÈME PARTIE.
l'nr cl (i£ l'argent a fail^lornher lex nulrca peuples, une matière qu’on puisse multiplier selon 'ses besoins, sans crainte d’en manquer jamais, enün qu’on ne soit jamais tenté d'employer à un autre usage qu'à la circulation? Le papier a tous ces avantages qui le rendent préférable i\ 1 argent. »
On le voit, les prétendues découvertes, pompcu- sement étalées de nosjoursparde nouveaux alchr* mistes sociaux, ne sont que des vieilleries, condamnées depuis longtemps par lè bon sens'ct par l’expérience! Des doctrines analogues è ‘celle de l’abbé Terrasson ont inspiré le système, et conduit à une émission de 2,096,400,000 livres de billets non remboursables, absorbés par une hideuse banqueroute; elles ont aussi, alliées à d’autres erreurs sur le monnayage du sol, enfanté chez nous les 45 milliards d’assignats. On a beau vouloir pallier de pareilles saturnales du crédit, en disant que les assignats ont sauvé la Révolution, comme on a dit quelaTerreur avait sauvé la République. Nous protestons de toute l'énergie de notre conviction contre ce jugement. Le beau mémoire communiqué è l’Académie des sciences morales et politiques par M. Levasseur montre combien les ruines provoquées par la création désordonnée des assignats ont affaibli la France, et M. Michelet a éloquemment écrit : « La Terreur a tué la République, en évoquant dans les