PREMIÈRE PARTIE
blés) , n’offrait qu’une réserve métallique de 80 millions de roubles (314 millions de francs) en présence de 714,627,009 roubles (2 milliards 856,000 francs) de billets en circulation. Aussi le cours du change continuait-il à peser d’une manière défavorable sur toutes les transactions. L’esprit d’entreprise, qui parut se réveiller un moment, ne larda point à s’engourdir on présence des échecs subis. Tout se lient, tout se lie dans l’organisme social : pour donner une impulsion active au travail, il faut rétablir la confiance, et la première condition pour faire renaître la confiance, c’est de soustraire à un régime anormal le signe et le gage des échanges, la monnaie. L’intelligent sous-gouverneur de la Banque de l’Etat, M. Eugène Lamanski, rédigea an commencement de 1802 un mémoire sur les motifs de la désorganisation du système de crédit en Russie et les moyens de le rétablir. M. Lamanski mettait résolùment le doigt sur la plaie : les difficultés financières de l’empire tiennent avant tout à l’instabilité de l’instrument monétaire. Les billets de crédit à cours forcé subissent un taux variable en présence de l’or et de l’argent, devenus des marchandises dans la stricte acception du terme. Le billet d’un rouble n’est plus l’équivalent de 4,21 zolotniks d’argent (20 grammes 724, au titre de 878 millièmes, ce qui équivaut à 4 francs). Le cours défavorable du
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change l’a dépç^ jqsqu’à 3 fr. 30 c. ; il est re- 3 fr. 60"c., i^ais sans pouvoir s’y maintesortir de l'impasse où elle se trouve" engagée, la Russie doit avant tout renoncer à user de la multiplication de la monnaie de papier comme d’une ressource financière de gouvernement; elle
t it rentrer dans la vérité en supprimant le cours ■çé par l’échange facultatif des billets en espèces, qui à lui seul suffira pour poser une- digue au débordement de la monnaie fiduciaire et pour obliger l'administration à compter avec les ressources réelles du pays.
Telles étaient les considérations sur lesquelles s’appuyait M. Lamanski quand il demandait que le gouvernement déclarât solennellement qu’il renonçait à tout jamais à mettre des billets en circulation pour subvenir aux besoins du trésor. Il est vrai que'celte promesse avait été faite inutilement déjà, et par l’empereur Alexandre I" et par l’empereur Nicolas : serait-elle mieux tenue aujourd hui? llne“ mesure plus sérieuse et la seule efficace consisterait dans l’échange assuré des billets contre espèces. M. Lamanski proposait de le garantir par le dépôt métallique de la forteresse, qu’il évaluait à 100 millions de roubles (chiffre au-dessus de la réalité), et qu’il voulait compléter parla faculté donnée à la Banque d’aliéner suivant les nécessités les domaines, forêts, usines, fabri-
THEMIÈRE l’AUTIE.
ques cl chemins de fer appartenant à l’Etat. Moyennant ces ressources et une organisation de la Banque, transformée en société d’actionnaires et munie pour vingt-liuit ans du privilège de l’émission des billets payables à vue, M. Lamanski demandait la reprise immédiate du remboursement des billets de l’Etat, en suivant une échelle de prix ainsi fixée ; le point de départ aurait été, non p»is le cours légal de la demi-impériale d'or (5 rouble» 15 kopecks), mais la valeur du jour. -Pendant toute l’année* 18G2 la Banque l’aurait. échangée contre 5 roubles 70 kopecks en papier, pendant les six premiers mois de 1863 contre 5 roubles 50 kopecks, pendant le second semestre contre 5 roubles 35 kopecks, pendant l'année 1864 contre 5 roubles 25 kopecks; à partir du 1" janvier 1865, la demi-impériale aurait été délivrée au prix du cours légal, contre 5 roubles 15 kopecks.
L’idée mère du système de M. Lamanski, le remboursement en espèces d’après une échelle mobile, ne tarda pas à être appliquée, sans que le gouvernement mît en pratique les autres indications de son mémoire. Un emprunt de 15 millions de livres sterling fut contracté en titres 5 pour 100, et une décision impériale du 4 avril 1862 en destina le produit à fortifier l’encaisse métallique de la Banque, qui s’élevait à 79 millions en or et en argent et à 12 millions en in-
scriplions de rentes. Les billets reçus en échange des sommes provenant de l’emprunt devaient Otre immédiatement détruits, et la Banque de l’Etat ne devait plus-émettre de billets nouveaux que contre espèces ^ipr et d’argent ou en échange d’ancienfJbtllcts. le ministre des finances ordonna, le 25 avril 1802, que le remboursement en numéraire aurait lieu dans des conditions ainsi déterminées : il devait commencer le 1" mai 1802, et l’on %xail à 5 roubles 70 kopecks la valeur de la demiimpériale d’or, à 110 12 kopecks celle du rouble d'argent. A partir du 1" août de la môme année, les prix étaient réduits à 5 roubles 00 kopecks pour la demi-impériale et à 108 1/2 kopecks pour le rouble. Des diminutions ultérieures devaient successivement amener l’échange au pair. C’était un véritable atermoiement, avec perte sensible pour les •créanciers de l’Etat. Le manifeste de 1839 avait établi le rouble- argent comme unité monétaire invariable: la mesure de 1802 transfère cette qualité au rouble de papier. Le manifeste de 1839 fixait à 5 roubles 15 kopecks le prix de la demiimpériale; le nouveau règlement altère cette base fondamentale. Le manifeste de 1839 interdit absolument d’attribuer û.la monnaie de papier un cours ditTérent de la valeur officielle « établie d’une manière permanente et invariable. » Le gouvernement violait ostensiblement en 1802 cette
l'RiaiIÈRE PARTIE.
pre^riplion légale, tout comme il détruisait rengagement contracté en 1813 quant au renibourscmenl intégral en numéraire. Il proclamait une fois de plus ce triste axiome : « Nécessité n’a point de lois. >iSi du moins cette violation avait conduit, au bout d'une courte période de transition, au rétablissement de l'ordre légal! On avait pu en concevoir un moment l’espérance. En vertu de résolulioiis prises ultérieurement, la Banque décida lécliange sur le pied d’un tarif décroissant pour l'or et l’argent, de manière à réaliser le remboursement au pair à partir du 1" janvier 1864. Elle atteignait un double but par cette mesure : elle relevait le change et diminuait le nombre des demandes de remboursement ^ Il semblait que la Russie allait définitivement rentrer dans la vérité de la circulation monétaire ; le cours du change s’en ressentit d’une manière très-favorable.
Au mois de mai 1862, le cours sur Paris était
' Voici l’cchellfi des prix d’échange du papier contre le nuuie rairc, fixes à partir du t" octobre I8(i2 ;
1" octobre 1S62.
novembre. . .
1" décembre...., i.
l*' jantlW' 1863, .t
«épl«iDàre....v...v
!•' octobre...'......'..,....
!•» nbvembT'e'. ...... T. .... .
!•' janvier 1864
Par demi
-Impéralo.
Par rouble d'arfent.
Ô.V4 kopecke.
Iü7 i/2 kopecks.
lot
de 355 fr. 50 c. par 100 roubles; il s’éleva en juin à 358 fr. 80 c.. en juillet à 362 francs, en août à
• 364 francs, en septembre à 368 francs, etc., en suivant ^qc marche progressive qui a fini par le rapprocher du pair. Pour inspirer une confiance plus absolue, on devança de quelques mois l’accomplissement de la promesse du remboursement des billets au pair; mais cette illusion fut de courtO' durée et suivie d'pne lourde chute, cause de nombreux désastres. Ce dernier chapitre de Fbistoire du papier-monnaie russe n’est pas le moins curieux ni le moins fécond en enseignements. Alors quelle semblait entrer dans le port, la Banque de l'Etat a fait naufrage. En vertu d’une autorisation impériale communiquée par le mi-
“ ’tîistre des financesen date du 7-19 novembre 1863, la Banque de l'Etat a subitement arrêté jusqu’à nouvel ordre tout échange de billets : le cours forcé a jeparu, accompagné de son cortège habituel de dépréciation. Comment ce changement à vue a-t-il pu s’opérer après un acte tel que l’échange au pair qui devançait l’époque fixée du 1" janvier 1864?
, Un organe russe, le Journal de Saint-Pétersbourg, s’est chargé de l’expliquer.
Depuis le 1" mai 1862, jour où a commencé l’é-
* changeàprix réduit, jusqu’au l"janvier 1862, lenuméraire métallique payé avait dépassé en huit mois le numéraire reçu par la Banque de 10,037,000 rou-
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blés, c'esl-à-dirc de 1,250,000 roubles en moyenne par mois ; le cours du change avait haussé de 1 12 pour 100. L’excédant de sortie des espèces, principalement de l’or, s’est accru depuis. Il s’est élevé à 2,287,000 roubles au mois de janvier, à 4,021,000 en février, à 7,723,000 en mars, à 10,213,000 eu avril, à 10,307,000 en mai, à ^233, 000 en juin, i) 0,751,000 en juillet, et à 1,108,000 dans les pre-"" miers jours d’noét. Depuis le Oaoùt, la Banque délivra, au lieu d'or, de l’argent en échange des billets. Los demandes de remboursement diminuèrent, mais on multiplia celles des lettres de change, ce qui altérait les cours. La Banque résolut de les soutenir en délivrant les lettres de change à un taux rapproché de celui de l'argent. Soit qu’elle essayât de faire tête à l’orage en affectant une conliance absolue, soit que des intérêts puissants l’eussent poussée à cette détermination, elle délivra, sur les sommes de l’emprunt encore disponibles à l’étranger, en échange des billets de crédit, des traites sur diverses places, au lieu de donner de l’or à Saint- Pétersbourg. Elle céda ces traites à un taux qui a été maintenu au pair pendant deux mois. Dans une lettre livrée à la publicité, M. le baron Stieglitz, gouverneur de la Banque de l'Etat, déclare, le 28 novembre 1863, que celle-ci a usé de l'autorisation dont elle avait été munie, en donnant des roubles espèces contre des roubles-papier dès le l‘f septem-
bre 1863, au lieu de iiede faire que depuis le 1" janvier 186i, comme elle l'avait annoncé. Elle a ainsi fourni l'occasion, pendant deux mois, d’acheter des traites au pair sur l'étranger, ou de prendre des roubles effectifs : les mieux instruits et les plus avisés n'en ont-ils pas principalement profité? C’est là surtout le reproche qu’on a fait à la Banque: ellea'îétèiÿ^icusée d’avoir fait suhir de lourdes pertes au tréiOrét d’avoir créé une position obscure; rien ne la fi^çait à hâter l’accomplissement d'une promesse dont elle pouvait dès lors mesurer tout le fardeau. M. Stieglitz se rejette sur la bourrasqtfe financière et sur l’inquiétude causée ' par leis complications politiques ; mais est -ce que ce ihalaise ne date que du mois de novembre. 1863?
Les hommes compétents ne s’y étaient pas trompés : ils avaient jugé les moyens artificiels employés pour soutenir les cours. Le change du 29 octobre 1863 était à .396 francs sur Paris ; dès le 1" novembre, il est tombé à 367, sans se relever guère depuis et en redescendant aux environs de 350. Les Russes eux-mèmes ont jugé que la Banque avait eu raison de renoncer à user de moyens factices: « en matière de finances tout comme en médecine (lisons-nous dans une correspondance de Saint-Pétersbourg du 16-23 novembre 1863), les palliatifs n’ont jamais servi à grand’chose. On a