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des Druses

sur toutes les mesures d'intérôt général et surveille les diverses administrations philanthropiques, les établissements d'instruction, le maniement pécuniaire des églises paroissiales, etc.

Le Gouvernement ottoman ne contribue en rien aux frais des différents cultes (1); aussi les rélributions à payer aux fonctionnaires religieux forment-elles, chez les Grecs orthodoxes surtout, et chez les Arméniens, — les communautés de beaucoup les plus importantes de TEmpire (2) — une dépense très considérable à la charge des fidèles. Plusieurs communautés catholiques n'ont point de patriarches à leur tt^te : ainsi les Bulgares-unis sont représentés à Constantinople par un archevêque, les Koptes-unis et les catholiques romains par un vékil qui, conjointement avec la chancellerie latine à Constantinople, administre aussi leurs affaires internes. De môme les proteslanls anglicans, qui ont à Jérusalem un évêque nommé alternativement par les Gouvernements anglais ei prussien, sont représentés à Constantinople par un vékil.

Le grand rabbin, qui représente la communauté israëlile, est assimilé aux patriarches des communautés chrétiennes.

Quant aux Méloualis (dont les croyances se rapprochent de rislamisme) et aux Druses (entièrement détachés de l'islam), ils n'ont point, malgré leur organisation en « millets, » de représentants à Constantinople; ils vivent dans le Liban sous Tadministration de leur cheiks qui siègent aux conseils provinciaux.

Le nombre des monastères a, durant les deux derniers siècles, sensiblement diminué. Les couvents, fameux autrefois, des îles des Princes sont en ruines et presque entièrement abandonnés; le monastère du Mont Sinaï ne compte plus qu'une centaine de moines; mais les couvents du Mont Athos, la montagne sainte des Grecs dans la presqu'île chalcidéenne, couvents qui, de tout temps, ont été les plus renommés et dont l'autonomie remonte au dixième siècle, subsistent encore. Les vingt monastères, qui ressemblent chacun à une petite ville fortifiée, hébergent avec les onze couvents, les ermitages et les fermes qui en dépendent, six mille reli-

(1) Et ceci maigre le liatti-humayounn ;'art. 3) : « Les redevances ecclésiastiques, de quelque forme qu'elles soient, seront supprimées et remplacées par la fixation des revenus des patriarches et chefs de communautés, et par Tallocation de traitements et de salaires équitablement proportionnés à Timportance, au rang et à la dignité des divers membres du clergé. »

(2) Dans la seule ville de Constantinople, les premiers possèdent plus de soixante églises et les Arméniens près de quarante.

gieux grecs, russes, serbes et bulgares vivant de la culture des terres et du produit des quêtes qui se font jusque dans les provinces avoisinant la Perse.

Ces couvents, qui payent à la Porte une redevance annuelle de Ltq. 720, ont chacun leur administration particulière, mais sont reliés entre eux parun pouvoir central, composé de quatre chefs élus par les représentants des monastères et dont le président a le titre d'Évéque de la Sainte Montagne.

Ministère de l'instruction publique.

Dépense : 42500 livres turques.

Ce chiffre montre à nouveau combien le tableau des affaires publiques présenté par le budget manque de clarté. Les 42 500 livres qui figurent au budget représentent seulement les frais de radministration centrale à Constantinople. Ces frais, autrefois de 100 000 livres, furent réduits par Mahmoud Pacha en 1871 à Ltq. 50000, chiffre à peu près maintenu depuis lors. Les sommes destinées à Tinstruction publique se composent •

D'un prélèvement de 1/2 p. 100 sur la dîme des

produits agricoles, soit environ Ltq. 25 000

De la surtaxe de 5 p. 100 surTimpôt immobilier

de Constantinople, soit environ 15 000

De la surtaxe sur l'imp<*)t immobilier des vilayets. 112 000

D'un tiers du produit de la surtaxe Hissei-Jané. 8 000

Soit en tout Ltq. 160 000

11 serait téméraire toutefois de prétendre que les susdites Ltq. 160000 soient réellement appliquées en totalité à l'instruction publique; on a assez Thabitude en Turquie d'employer les sommes disponibles au besoin le plus pressant, sans égard à leur destination légale. Mais il faut remarquer que le ministère de l'instruction publique n a de dépenses à supporter, ni pour les écoles primaires dont Tentretien incombe aux communes, ni pour certaines écoles spéciales dépendant d'autres ministères (1), ni pour les écoles des mosquées qui, grâce aux très importantes fondations pieuses, se

(1) Les écoles militaires dépendent du ministère de la guerre et du ministère de la marine; les écoles agricoles et des arts et métiers du ministère de Tagriculturc et du commerce, l'école impériale de médecine du ministère de Tintérieur.

LES FINANCES DE LA TURgUlE.

soutiennent par leurs propres ressources, de même que les écoles des différentes communautés religieuses non musulmanes.

Comme jadis dans d'autres États, Técole s'est trouvée en Turquie, jusquen 1846, exclusivement entre les mains du clergé, si toutefois on peut donner le nom d'écoles à ces petites salles attenant aux mosquées, où quelque vieux pédagogue (chodja), d'une érudition douteuse, fumant son chibouk ou s'en servant pour caresser les omoplates des disciples indociles, fait ûnonner à ses élèves les harmonieux versets du Coran.

Les tendances réformatrices d'Abdul Medjid s'étendirent naturellement aussi à rinstruction publique; le rescrit impérial de février 1815 en fait loi.... « Je t'ordonne donc, ô mon Grand vizir, ainsi qu'à tous mes ministres, de délibérer et décider, dans un parfait accord de sentiments, tout ce qui est nécessaire pour assurer à mes peuples les grands bienfaits du bien-être matériel, et comme ce progrès dépend surtout de la disparition de l'ignorance tant en matières religieuses que temporelles, je considère qu'il est de toute urgence de fonder des écoles nécessaires h renseignement des sciences, des arts et de l'industrie... »

A la suite de la publication de ce rescrit une commission scolaire fut instituée et placée sous la présidence de Fuad Effendi, devenu plus tard le fameux Fuad Pacha. Les résolutions de cette commission tendaient à relirer peu à peu les écoles aux ulémas pour les remetlrc à l'Ktat. Elle prépara la rédaction d'une ordonnance impériale d'août 1840 qui transforma l'organisation de l'enseignement. Cette ordonnance fut modifiée et complétée en 1869 par une loi qui est encore en vigueur et qui divise les écoles en deux groupes principaux :

A. Mekjatib-i-umumié, écoles de l'État ou gouvernementales, administrées exclusivement parle (gouvernement.

B. Mekjatib-i-hussussié, écoles privées et dépendant des communautés religieuses, ou écoles libres, soumises seulement au contrôle supérieur du Gouvernement.

A. Écoles gouvernementales :

Elles se subdivisent, d'après la loi organique, en:

a. Écoles primaires: inférieures pour renfance (mekjatib-i-sebbian) et supérieures pour l'adolescence (ruchdié).

h. Écoles secondaires : ydadié (écoles préparatoires) et sultanié ^lycées).

c. Écoles supérieures : alié (les différentes facultés).

La loi exige que chaque commune rurale ou urbaine ait une école primaire (inférieure) qu'elle doit entretenir à ses frais.

L'instruction primaire inférieure étant gratuite et obligatoire (de six à onze ans pour les garçons et six à dix ans pour les filles), les parents sont tenus, sous peine d'une amende de 5 à lOOpiastres, d'envoyer leurs enfants à l'école ou de leur faire donner renseignement équivalent à domicile. Ces prescriptions, toutefois, ne sont que bien imparfaitement exécutées; comment parler d'instruction obligatoire dans un pays où les services de statistique et de recensement fonctionnent irrégulièrement, ou font entièrement défaut (1)?

Chaque ville de plus de 500 maisons doit avoir une école primaire supérieure (ruchdié) ; et si la population est mélangée de telle sorte que chaque confession occupe au moins 100 maisons, chacune d'elles a droit à une école ruchdié particulière, aux frais de l'État. En fait, soit pour raison d'économie, soit pour d'autres, il n'existe que des ruchdiés musulmanes.

L'enseignement des ruchdiés dure quatre années et porte sur les matières suivantes : religion, comptabilité, dessin, géométrie, style, histoire ottomane et universelle, grammaire turque, arabe et persane, et la langue de la communauté religieuse prédominante dans l'endroit.

Toute ville de plus de 1 000 maisons doit avoir une école préparatoire (ydadié, collège). Ces écoles, qui donnent accès aux sujets de toutes confessions, l'instruction religieuse étant éliminée du programme des études, visent un double but : elles forment les maîtres et maîtresses qui se destinent à l'enseignement dans les écoles primaires, et constituent ainsi ce qu'on pourrait appeler des écoles normales inférieures : ou bien elles préparent les élèves qui veulent poursuivre leurs études au lycée et dans les écoles supérieures.

Le programme des ydadiés ne comporte en fait que deux années au lieu des trois prévues par la loi : ce n'est en somme qu'une revision des matières précédemment apprises, auxquelles ne

(1' Pour faciliter Tapplicalion de la disposition du hatti-humayounn soumettant à la conscription militaire chaque musulman, une ordonnance de 1S56 prescrivrit l'enre^^istremcnt des naissances; mais cette mesure n'est guère entrée dans le domaine des faits.

s'ajoutent guère que les sciences naturelles, Thistoire de la littérature turque et les éléments de Téconomie politique.

D'après la loi organique, un mekteb sultanié ou lycée (la seconde catégorie de l'enseignement secondaire) devrait être créé dans chaque chef-lieu de vilayet; toutefois Constantinople seul en possède un : le « lycée impérial de Galata Serai ». Il est accessible à tous les sujets ottomans sans distinction de religion et relève du ministère de l'instruction publique, qui en nomme le directeur général.

A peine créée par le Grand vizir Ali Pacha et organisée par le ministre français Bourée, cette institution eut à lutter contre d'énormes difficultés : multiplicité des langues, scrupules de races et de religions, préjugés nationaux, rivalités étrangères... Toutes, elles furent heureusement écartées, et l'hostilité jalouse de la Russie et de TAngleterre fut réduite au silence par des résultats des plus satisfaisants. Déjà, en 1869, Galata-Séraï comptait 622 élèves; ils sont aujourd'hui plus de 700 se composant :

D'internes Payant Ltq. 45

De demi-pen^ionnaircs — — 25

D'externes — — 12

Le corps enseignant est formé de 75 professeurs ; renseignement y est donné en français et équivaut à celui des collèges et lycées français. Les jeunes gens y entrent à l'âge de neuf à douze ans et apprennent en six ans, et y compris deux années préparatoires, en huit ans, la grammaire turque, persane et arabe, le français, l'histoire turque et l'histoire générale, la géographie, les mathématiques, la minéralogie, la chimie, la physique, l'histoire naturelle, la comptabilité, le dessin et les premiers éléments du droit. La religion, dont l'élude est obligatoire, est enseignée parles différents ministres des cultes ; les leçons de latin, de grec, d'anglais, d'italien, d'allemand, de bulgare et d'arménien sont facultatives. A la sortie de cette école, les élèves sont en état de suivre les cours d'une école spéciale ou d'une faculté.

Les écoles supérieures (alié) comprennent :

a. Les deux écoles normales supérieures pour la formation de professeurs des deux sexes (dar-el-muallimin etdar-el-muallimat).

6. Les hautes écoles spéciales : l'école de médecine, l'école militaire, l'académie de marine, les écoles minière et forestière, les écoles d'agriculture et des arts et métiers.

c. L'Université qui devait se composer des trois facultés suivantes : celle de droit, à laquelle est annexée Técole des sciences administratives, celle de philosophie et belles-lettres, enfin les facultés de mathématiques et sciences naturelles. Ces deux dernières écoles furent inaugurées conformément à la loi de 1873, mais fermées un an après le grand krach financier de 1876.

L'école de droit a le titre officiel d* « École supérieure civile », et compte environ 200 étudiants. L'enseignement y dure quatre années et comprend les matières suivantes : droit ottoman, droit musulman, droit administratif, droit international, économie politique et philosophie (principes du droit musulman).

L'école impériale de médecine (qui relève du ministère de l'intérieur) fut fondée par le sultan Mahmoud II au lendemain de la proclamation de Gulhané. Elle porta d'abord le nom de « Collège de médecine militaire », ayant été destinée originairement à fournir à l'armée les médecins militaires nécessaires. Ce n'est que plus tard, •< jiprès avoir subi les mêmes tâtonnements, les mêmes fluctuations de formes et d'institutions, que la régularisation des troupes », que l'école « ouvrant ses portes à toutes les populations sans distinction et devenant ainsi un modèle de nivellement, un foyer de fusion (1) », reçut sa nouvelle dénomination.

Aujourd'hui les cours de l'école sont fréquentés par près de 300 élèves; les jeunes gens qui veulent devenir médecins militaires obtiennent, après un stage d'une année dans l'hôpital militaire d'Haïdar-Pacha, le grade de capitaine.

L'établissement, fort bien administré par un directeur et un sous-directeur, préfet des études, possède une belle bibliothèque, un cabinet de physique et d'histoire naturelle, un dispensaire pour les malades pauvres, un bureau de vaccination et publie une gazette médicale.

GrîVce à l'influence salutaire de cette école, Constantinople fut une des premières villes du continent à profiter de la grande découverte de Pasteur : elle possède un institut antirabique dont elle peut à juste titre s'enorgueillir, alors que tant de capitales en sont encore dépourvues.

Depuis l'ordonnance impériale du 7 rebiul akhir 1278, (11 octobre 1861) l'exercice de la médecine n'est permis qu'aux

(l) Rapport sur les travaux de l'école impériale de médecine de Constantinople pendant la douzième année scolaire 1267-1?68 (1850-1851;.

gradués de Técole impériale de médecine ou d'une faculté de médecine étrangère. Les médecins étrangers devraient aussi, après avoir soumis leurs passeports et diplômes et payé la taxe d*admission de 500 piastres à la direction de Técole, y subir un nouvel examen ; mais cette dernière prescription n'est pas appliquée.

Une école de sciences administratives fut fondée en 1877 et annexée à Técole de droit ; elle enseigne particulièrement le droit administratif, le droit international, la statistique et 1 économie politique. Comme préparation aux fonctions qui exigent des connaissances à la fois générales et spéciales, le Gouvernement envoie chaque année un petit nombre déjeunes gens à Tétranger, autrefois à Paris, depuis quelques années aussi à Berlin.

L'ancienne école des télégraphistes a élé remplacée il y a quelques années par un nouvel établissement appelé à former les fonctionnaires des douanes, des postes et télégraphes ainsi que des comptables. Celte école, où ne sont admis que des internes choisis parmi les orphelins, est entretenue au moyen des revenus provenant de la location aux marchands de cuivre des magasins placés à Conslantinople sur le domaine du ministère de la guerre.

La langue de renseignement dans les écoles supérieures fut autrefois Tarabe. Sous Mahmoud II les maîtres venus de France et d'Allemagne donnaient l'enseignement au moyen d'un interprète; après la guerre de Crimée l'allemand disparut peu à peu pour faire place entièrement au français. En 1875, un mouvement national se propagea dans Técole de médecine d'abord, dans les écoles militaires ensuite. Les professeurs français ont peu à peu été remplacés par des professeurs turcs et (sauf au lycée de Galata- Seraï) la langue officielle de l'enseignement est aujourd'hui le turc.

Tandis que les écoles de droit, de médecine, les écoles administratives et spéciales sont en pleine activité, la création d'une Université n'est toujours qu'un simple projet. Le bâtiment construit à cet elTet près de Sainte-Sophie en 1847 abrite les services de diverses administrations.

Au mois de mai de l'année 1900, il a été de nouveau question de la fondation d'une Université à Stamboul. Elle devait se composer de deux sections où seraient enseignés « les sciences et les arts conformément aux besoins de l'administration de l'Empire ».Mais il suffit de jeter un coup d'œil sur le statut constitutif de cette Aima mater byzaniina^ amalgame de dispositions empruntées aux

Universités françaises, allemandes el anglaises, pour s'apercevoir que le plan n'est pas né viable. Il faudra certes beaucoup de temps encore avant que cette louable intention se traduise en actes.

L'attention du Gouvernement est plutôt tournée vers les écoles militaires et navales dont il est fait mention aux articles « Guerre » et « Marine ».

En 1851, sur l'initiative de Réchid-Pacha, on s'occupa de la création d'une Académieimpénaleottomanede40membressur le modèle de l'Académie fram^aise; mais comme plusieurs autres conceptions du môme pacha, comme son projet notamment de fonder une école polytechnique, cette Académie a sombré dans l'océan de l'oubli.

Si étrange que cela puisse paraître, il existe une école des beauxarts qui se développe et prospère en silence. Elle fut créée par décret du Grand vizir en date du 13 saflfer 1299 (1882). Placée sous l'administration du directeur du musée impérial, elle admet les élèves ûgés de 15 à 25 ans, auxquels elle enseigne durant deux années le dessin, la peinture, la gravure, l'architecture, les mathématiques et l'histoire des beaux-arts. Chaque année se réunit un jury compétent qui décerne aux meilleurs élèves des médailles d'encouragement. Bien que l'école ne puisse se mesurer avec d'autres institutions analogues de l'Occident, elle a néanmoins déjà produit plusieurs artistes (peintres) de mérite.

Dans les possessions asiatiques les conditions de l'enseignement sont bien moins satisfaisantes que celles de la Turquie d'Europe. En 1860, le Gouvernement crut devoir faire quelque chose pour ses sujets d'Asie. On fonda des garais ou mahallés (écoles primaires) qu'on plaça sous la direction des imams. Le (^oran y constitue encore la principale matière d'enseignement. On pourrait à la rigueur se conlenter de cette éducation, malgré ce qu'elle a d'étroit ; mais encore faudrait-il que les écoles fussent en assez grand nombre. Il s'en faut de beaucoup. Ainsi, pour 1000 habitants dans le vilayet d'Alep et pour plus de 7000 dans le mutessarifat de Zor, il n'y a qu'une seule école.

B. Écoles des di/férenles communautés religieuses el des colonies étrangères.

La fondation et l'entretien de ces écoles (grecques orthodoxes, catholiques, arméniennes, protestantes el Israélites) sont à la charge des différentes communautés et placées sous la surveillance du ministère de l'instruction publique.

L'instruction dans ces écoles est naturellement dirigée vers raffermissement de la jeunesse dans la foi et le sentiment national.

Les écoles de la communauté grecque orthodoxe (appelées écoleê phanarioies), fort nombreuses et répandues <lans tout TEmpire, comprennent l'enseignement primaire et secondaire, des écoles des filles et une école spéciale de commerce.

Les Arméniens catholiques dont le nombre en Turquie est évalué à deux millions, très patriotes et fidèles à leur culte, ont fondé et soutiennent un nombre considérable d'écoles. Assez nombreuses aussi sont les écoles protestantes et israélites ; les premières ont été en grande partie fondées parla mission américaine à Constantinople ; les dernières, dans lesquelles une grande place est accordée à l'étude des langues du pays et des langues étrangères, doivent leur création à l'Alliance Israélite universelle et à TAnglo-Jewish association.

En outre, il existe, à Constantinople surtout et dans les grands centres, d'assez nombreuses écoles des colonies étrangères, subventionnées par leurs gouvernements respectifs : écoles franco-catholiques, italiennes, quelques écoles austro-hongroises et allemandes et, dans les grandes villes, des écoles privées, parmi lesquelles le Robert- Collège, près de Constantinople, occupe la première place.

Le département de l'instruction publique comprend : le conseil de l'instruction publique ; la commission supérieure de censure à laquelle est subordonné le conseil de censure, assisté par environ quatre-vingt-dix censeurs et inspecteurs des imprimeries et librairies; les directions de la correspondance, de la comptabilité, des archives; les directions des écoles ; l'inspection des écoles non musulmanes et étrangères.

Enfin relèvent de ce ministère : l'observatoire impérial météorologique, l'imprimerie et le musée impérial, ainsi que le lycée impérial de Galata-Séraï.

Commerce et Travaux Publics

Recette : 21 902 livres turques.

Dépense : 38 927 livres turques, dont 37 367 pour traitements.

Les recettes proviennent du paiement fait par les Sociétés par actions pour le contrôle auquel elles sont soumises. De ce chef.

Ltq. 13232 sont versées par les Compagnies de chemins de fer et Ltq. 8670 par les autres Sociétés. Ces sommes sont affectées en premier lieu à la rémunération des commissaires impériaux auprès des différentes Sociétés ; le reliquat est employé à servir le traitement des autres fonctionnaires du ministère.

Par suite de la construction de quelques routes en Anatolie, les dépenses — en dehors de celles qui sont faites pour les traitements — ont, dans les dernières années, dépassé d'une façon notable le chiffre dérisoire indiqué plus haut, bien qu'il ne soit pas possible d'en préciser Timportance avec quelque exactitude. En effet les sommes dont il s'agit ne sont pas fournies par l'administration centrale, mais prélevées par les gouverneurs des provinces, tant sur les taxes encaissées en remplacement de la corvée que sur les recettes générales.

Le département du commerce et celui des travaux publics ne forment qu'un ministère, qui est divisé en deux sections. La première, celle du commerce, est formée des directions suivantes : du commerce, de la statistique, de l'industrie, des brevets d'invention et marques de fabrique. La section des travaux publics comprend le conseil des travaux publics, les directions des chemins de fer et des ponts et chaussées.

Le commerce et l'industrie, ces facteurs delà richesse et de la puissance d'un pays, ne sont guère pratiqués par les Turcs.

L'effendi ne connaît presque pas d'autre carrière que celle de théologien, de militaire ou de fonctionnaire de l'État. S'il se voit sans protecteur, il choisit la carrière ecclésiastique, porté qu'il y est par cet esprit religieux qui caractérise la population musulmane. Mais s'il a quelque peu de relations, il entre dans l'armée ou bien sollicite une fonction .dans l'administration. Dans un pays où il n'y a pas de classes privilégiées, où tout le monde peut aspirer aux plus hautes fonctions, il n'est que trop naturel que l'effendi, ayant si souvent vu arriver aux honneurs et à la fortune des gens qui n'avaient d'autre titre que celui d'avoir su gagner les bonnes grâces d'un puissant du jour, choisisse de préférence une carrière qui lui ouvre les mômes horizons. Plaire aux maîtres, c'est, à ses yeux, l'unique moyen de parvenir. Aussi le commerce qu'il dédaigne est-il presque exclusivement entre les mains de négociants arméniens, grecs et étrangers ; l'industrie est peu développée. Il n'en fut pas ainsi de tout temps et sous ce

rapport on s'écarte bien des maximes du Coran qui prescrit à tout musulman de travailler à l'exemple des patriarches. Les premiers Sultans avaient tous une profession et certains d'entre eux poussaient le respect du Coran au point de ne vouloir vivre que du produit du travail de leurs mains, produit que les courtisans s'empressaient d'acheter, on peut le supposer, sans marchander le prix! Nombreuses sont dans le pays les traces d'une ancienne civilisation très avancée. Les noms de Damas, de Mossoul, de Pergamene sont-ils pas la preuve de lexistencc des industries, autrefois si florissantes, des armes damasquinées, de la mousseline el du parchemin ? La fabrication des faïences et celle des cuirs étaient aussi très développées. Ces industries anciennes sont pour la plupart éteintes ou en décadence ; à l'heure présente les produits agricoles forment presque la totalité de ce que la Turquie envoie à l'étranger. Seuls les tapis représentaient encore dans ces derniers temps une exportation fort considérable ; mais il s'agissait surtout des magniflques tapis anciens tellement appréciés de l'Europe qu'elle en a déjà absorbé la plus grande partie.

Étant données la législation douanière et les tracasseries fiscales auxquelles l'industrie locale était soumise, il y a même lieu d'être surpris qu'elle ait pu soutenir si longtemps la concurrence étrangère.

D'après l'annuaire du commerce, il existe en Turquie 1587 fabriques; mais à peine une soixantaine d'établissements industriels méritent réellement ce nom ; le reste n'est que de la petite industrie ouvrière servant à satisfaire des besoins locaux. Môme celte industrie domestique court risque d'être peu à peu supplantée par les produits fabriqués en Europe, contre le bon marché desquels il est difficile de lutter.

Citons parmi les établissements industriels le moulin à vapeur transformant 200000 quintaux de blé, et la briqueterie produisant 1 330 000 tuiles et faîtières et 3 200 000 briques, de la Société industrielle et commerciale à Salonique ; la filature de coton établie à Yedi-Koulé et produisant 26000 paquets d'une valeur d'environ Ltq. 50000; deux filatures de coton(l) à Salonique produisant chacune de 5 à 000000 kilogrammes de fil; deux brasseries à Ferikeui, près de Constantinople, produisant 22000 hectolitres par

(1) Dont une récemment mise en liquidation.

an ; la brasserie Olympos à Salonique avec une production annuelle de 2000 hectolitres ; la briqueterie de la maison Camondo à Karagatch (Corne d'or} et celle de M. Lombardoà Pacha Bagdché près de Conslantinople, produisant chacune de 5 à 6 millions de briques par an; deux autres briqueteries à Buyukdéré sur le Bosphore; une Société de glace artificielle, système Linde, établie à Stenia près de Constanlinople, produisant 4000 tonnes par an ; Timportante verrerie Modiano et C** installée à Pacha Badgché qui, après des débuts assez difficiles, commence à donner de bons résultats ; des tanneries à Yedikoulé, Diarbekir, Mossoul, etc ; la fabrique de papier à cigarettes des frères Athanasoula à Smyrne, occupant 150 à 180 ouvriers, la fabrique de tapis occupant 400 ouvriers et organisée par des Allemands à Urfa, la capitale de la Mésopotamie supérieure. Le siège principal de la fabrication des tapis est à Gjordes et à Ouchak. Gyjôrdes, situé à deux journées de Smyrne, produit des imitations parfaites de tapis persans. C'est à Ouchak, à 200 kilomètres de Smyrne, que se lissent les célèbres tapis qui portent le nom de cette ville. A voir ce misérable endroit qui, il y a quelques années, fut la proie d'un incendie, on ne se douterait guère que ce fût le centre d'une industrie jouissant à juste titre d'une réputation universelle. L'industrie de la soie, dont nous parlons dans une autre partie de ce travail, se développe grâce à rintervention de l'administration de la Dette pubHque. Il existe à Brousse, Alep, Ismid et Andrinople 152 filatures à vapeur et 336 à la main, d'ailleurs très primitives.

L'État exploite lui-môme un certain nombre d'industries alTectées pour la plupart aux besoins de l'armée. Indépendamment des fabriques de poudre, dont nous avons indiqué ailleurs le produit, et d'une cartoucherie récemment ouverte à Zeiloun-Bournou, près de Constanlinople, on peut citer la manufacture impériale d'élolTes <le lléréké près d'Ismid, qui occupe 1500 ouvrières et 500 ouvriers, une fabrique de fournitures militaires à Brousse, occupant •5 000 ouvriers, une tannerie et une fabrique de chaussures militaires à Beicos sur le Bosphore, une fabrique de drap et de fez à Fezhané sur la Corne d'or.

C'est du ministère du commerce que dépendent les ingénieurs en chef de service dans les vilayets, de môme que les commissaires impériaux auprès des Compagnies des chemins de fèr et des différentes entreprises et Sociétés ayant obtenu des concessions du

Gouvernement. Nous donnons ici quelques détails sur deux de ces Sociétés, en renvoyant, pour la principale d'entre elles, la Banque ottomane, aux explications que nous avons données plus haut et, pour les compagnies de chemins de fer, à celles qu*on trouvera dans la quatrième partie de cet ouvrage (1).

Société des Phares. — A la suite des inconvénients constatés lors delà guerre de Crimée, le Gouvernement ottoman avait établi dixhuit feux depuis lentrée des Dardanelles jusqu'à la Mer Noire. Ce nombre ayant été reconnu insuffisant, le gouvernement accorda une concession à Michel-Pacha, MM. Collas et Baudouy qui constituèrent la Société des phares de TEmpire ottoman, Société en commandite.

La convention, signée le 8/20 août 1860, fixait la durée de la concession à vingt ans. Elle n'entra cependant en pleine vigueur que quatre ans après sa signature, par suite de retard dans l'établissement du nombre des feux stipulé, conséquence des objections présentées par les Puissances contre le tarif des taxes à percevoir sur la navigation.

La redevance à payer au Gouvernement ottoman, fixée par la convention, comportait 22 p. 100 du revenu brut.

Ce ne fut qu'après de longues négociations que les Puissances étrangères, l'Angleterre en tête, donnèrent, en 1863, leur assentiment à la perception des taxes stipulées, en faisant les réserves suivantes :

1' Un relevé détaillé des comptes de dépenses et de recettes de l'administration devra être fourni aux Puissances étrangères avant le terme d'échéance de la convention passée entre la Sublime Porte et la Société des phares;

2*» La Sublime Porte sera tenue à ne pas prolonger la validité du tarif des taxes à payer par la navigation au delà du terme de l'échéance de ladite convention, sans avoir préalablement donné

(1) Par suite de Tapparilion récente (1902) d'un « Manuel des Sociétés anonymes fonctionnant en Turquie », public par les soins de M. E. Pech, chef du bureau de statistique de la Banque impériale ottomane à Ck>nstantinople, nous avons laissé de côté, dans notre étude, les Compafçnies et entreprises ne se rattachant pas d'une manière directe au budget de TÉtat. Nous renvoyons le lecteur qui s'intéresse à ces Compagnies au recueil en question, qui vient

— malheureusement trop lard pour nous épargner des recherches laborieuses

— de combler une lacune éprouvée depuis assez longtemps.

occasion aux Puissances étrangères d'examiner ce tarif, éventuellement d*en demander la revision, afin de réduire les revenus de la Société au niveau de ce qui sera strictement nécessaire à l'existence de lentreprise.

En dépit de Taccord établi sur cette base, la Sublime Porte, sans demander Tassentiment des Puissances étrangères, renouvela dès le 30 juin/ 12 juillet 1879, pour quinze ans, la convention en question échéant seulement le 3 septembre 1884, et maintint le tarif, ainsi que les anciennes stipulations, sauf les modifications suivantes :

1* Les dépenses de construction et d'exploitation de vingt-deux nouveaux feux sont à la charge du Gouvernement ottoman ;

2* La redevance à payer au Gouvernement est portée de 22 à 28 p. 100 du revenu brut, avec cette réserve que, si ce revenu brut dépassait la moyenne des sept dernières années de la première période de la convention, le Gouvernement toucherait 50 p. 100 de cet excédent.

Les missions étrangères, n'ayant eu connaissance de cet état de choses qu'en mars 1880, protestèrent contre le procédé arbitraire de la Sublime Porte. Les consulats russes, pour donner une sanction ù cette protestation, permirent aux bateaux portant le pavillon russe de verser jusqu'à nouvel ordre, aux caisses consulaires, à litre de dépôt provisoire, les taxes à payer pour le service des phares.

La Sublime Porte exprima son vif regret de son omission qu'elle qualifia de simple inadvertance, et chercha, par des notes diplomatiques adressées aux missions étrangères, à justifier le maintien du tarif qui — disait-elle — ne pouvait plus être modifié, la nouvelle convention étant ratifiée de part et d'autre. Elle ajoutait que Tenlreprise des phares, qui, d'après la convention, aurait eu à établir seulement quatre-vingt-treize feux, en avait construit peu à peu cent trente-quatre et qu'elle avait en outre augmenté l'effet lumineux de tous les feux au delà de ce qui avait été convenu; elle faisait observer enfin que les taxes perçues par la Société étaient moindres que celles qui sont encaissées par les autres États. Les négociations traînèrent en longueur; ce fut l'Angleterre qui, la première, renonça, en 1885, à son opposition au prix de quelques compensations, à savoir, entre autres, la vente au Gouvernement anglais du matériel de l'administration des

phares se trouvant dans Ttle de Chypre, Tannulation de la concession donnée en 1881 à MM. Collas et Michel-Pacha, relative au service des phares de la mer Rouge, Taugmentation et Tamélioralion des feux existants, la renonciation à tout relèvement du tarif des phares^

Les autres Gouvernements suivirent cet exemple les uns après les autres, en sorte que Faction si énergiquement commencée finit par se perdre dans les sables.

En octobre 1894, une prolongation de la concession fut convenue '^t mise en vigueur le 4 juillet 1899. Par cette convention, dont la durée est fixée jusqu'au 4 novembre 1924, la redevancedue au Gouvernement est fixée à 50 p. 100 du revenu brut, quel qu'en soit le montant; la dépense totale d'exploitation de tous les feux (qui actuellement sont au nombre de cent quarante-cinq) est à la charge de la Société; les tarifs subissent une diminution de 10 p. 100, diminution bien justifiée, si Ton considère qu'ils datent d'une époque oii l'on employait l'huile de colza, tandis que les feux sont alimentés depuis longtemps par le pétrole, infiniment meilleur marché.

La tendance des recettes brutes est ascendante; au lieu de Ltq. 100000 environ — moyenne des vingt premières années — la moyenne des dix dernières années estévaluée à Ltq. 175000 par an.

La pari du Gouvernement ottoman dans les recettes brutes sert de nantissement à une avance de Ltq. 400000 faite par les concessionnaires lors du dernier renouvellement de la concession.

La Société Chirkel-i-Uairié^ Compagnie privée de navigation à vapeur sur le Bosphore, est au capital de Ltq. 200000. Lors delà convention du 10/22 décembre 1888, prolongeant de trente ans la durée de la Société, les 2 000 anciennes actions à Ltq. 100 ont été remplacées par 10000 nouvelles actions à Ltq. 20. Cesactions sont nominatives et ne peuvent être détenues que par des sujets ottomans. Les assemblées des actionnaires sont présidées par le ministre des travaux publics, et les administrateurs doivent être confirmés par iradé impérial. La Société doit payera la municipalité de Constantinople 5 p. 100 de ses bénéfices après distribution de 5 p. 100 aux actionnaires. 11 y a quelques années une surtaxe de 10 paras sur chaque billet fut décrétée,et le produit (700000 piastres

dans Tannée budgétaire qui sert de base à notre étude) en est versé au ministère de Tintérieur pour Tasile des pauvres.

La Société possède vingt-huit bateaux dont la majeure partie est de construction assez ancienne; plusieurs datent des années 1851 à 1860; les plus récents, créés entre 1890 à 1895, ont quatre-vingts à quatre-vingt-dix chevaux-vapeur et un tonnage de 124 à 146 tonnes. Le Gouvernement s'est réservé le droit d'utiliser les bateaux de la Compagnie en cas de besoin pour le transport de troupes et de munitions. Dans Tannée dont nous parlons (1313), les recettes du trafic se sont élevées à 1 1 648659 piastres et le compte des profits et pertes s'est soldé par une perte de 468936 piastres (après prélèvement de Tintèrent statutaire de 5 p. 100 versé au capital).

Travaux publics.

« Ne nous dissimulons pas, écrivait le 6 juin 1880 le ministre des travaux publics, Hassan Fehmi, au Grand vizir, que le Gouvernement n'a jamais montré Ténergie désirable pour Tentreprise des travaux publics les plus nécessaires, tels que routes, chemins de fer, régularisation des fleuves et des côtes, dessèchements, etc. Ainsi sont restées sans emploi les immenses ressources du pays, tandis que maint Gouvernement dont le territoire est beaucoup moins favorisé par la nature n'a rien négligé pour mettre en valeur la richesse nationale. Nos cours d'eau s'écoulent inutiles dans la mer au lieu de servir de moyens de transport, de force motrice pour les usages industriels, de canaux d'irrigation. Nos ports s'ensablent davantage de jour en jour. Bien peu ont des quais, des magasins et autres constructions indispensables au commerce. Les marais s'étendent jusqu'aux portes de nos villes, sans qu'on songe à les dessécher. Par suite du défaut d'industrie locale, d'hommes du métier indigènes et de ressources pécunaires sufGsantes, il est de toute nécessité de confier aux ingénieurs et aux capitalistes étrangers l'accomplissement de ces entreprises qui feront fructifier les trésors prodigieux ensevelis dans nos campagnes, dans nos forêts et dans nos mines ».

Cet extrait d'un rapport de 1880 du ministredes travaux publics pourrait être daté d'aujourd'hui.

Certains travaux dont nous allons rendre compte ont bien été

exécutés depuis cette date ; mais c'était toujours plus ou moins sous rinfluence de pressions diplomatiques ou de besoins financiers que quelques concessions ont été accordées, et presque jamais par des considérations de nécessité et d'utilité, si ce n'est au point de vue militaire.

Dans tous les cas, les travaux exécutés sont hors de proportion avec ceux que le rapport ci-dessus mentionné indiquait comme désirables, et dont il évaluait le coût à la somme de Ltq. 52692606.

Vu rimportance du sujet, nous consacrons une partie spéciale de notre travail aux chemins de fer, et nous nous bornons ici à quelques détails concernant les roules et les ports.

Houles.

A la suite de la promulgation du Hatti-Humayounn de 1856 prescrivant « de s'occuper de la création de routes et de canaux qui rendront les communications faciles et augmenteront les sources de la richesse du pays » il se produisit une sorte d'élan pour la construction de nouvelles routes; mais ce beau zèle ne dura guère.

Par un règlement édicté en 1802, le Gouvernement se chargeait de fournir les ingénieurs, les outils et les matériaux; les provinces, de leur côté, avaient à fournir les prestations, fixées à raison de quatre journées par an. Mais l'argent pour l'achat des matériaux venait souvent à manquer, le transport des outils n'était pas facile et le vali, certain de ne pas être longtemps en place, trouvait plus avantageux le remplacement de la corvée par des piastres sonnantes. En 1891, le Gouvernement a décrété que la prestation pourrait désormais être rachetée moyennant une taxe déterminée, fixée à 10-15 piastres selon les régions. La viabilité ne profita guère de celte réforme toute fiscale. En outre, la construction des routes effectivement commencées ne put souvent être terminée, faute d'entente entre les provinces au sujet du raccordement, et les parties déjà établies furent abandonnées à leur sort.

Le Turc n'a pas de compréhension pour l'utilité des bonnes roules et, en outre, il eslabsolumentdénué d'esprit de conservation; entretenir sa maison, la réparer lui sont des choses inconnues.

Même dans les environs de Conslantinople, les chaussées ne sont guère carrossables, sauf celles qui passent près d'un palais im-

pénal ou aux abords du chemin de fer. En dehors de très belles roules situées dans le vilayet de Brousse, construites à la suite du grand tremblement de terre de février 1851, de quelques grandes routes postales (Alexandrette-Alep, Beyrouth-Damas, etc.) et de quelques routes stratégiques, comme celle de Trébizonde à Erzeroum et Bayazid qui, permettant d'amener rapidement les troupes du reste dePEmpire en Arménie et à la frontière de Pei'se, attirent l'attention particulière du Gouvernement, tout est défectueux. La plupart des communications par terre consistent en simples chemins sur le sol naturel, dont Tétat en temps de pluie est simplement indescriptible.

En Turquie, comme dans bon nombre de pays primitifs, les chemins de fer précédent rétablissement des roules; mais, faute de voies de terre qui permettraient, quelque temps qu'il fasse, les transports par charrettes ou autres véhicules, les stations se trouvent dépourvues de toute communication régulière avec l'intérieur, de sorte que les chemins de fer sont loin de rendre au pays tous les services qu'on en devrait attendre.

Cette absence de routes a une influence très directe sur le budget : elle contribue à rendre impossible le remplacement du système des dîmes par celui de la perception des impôts en argent. Comment, sans lui donner les moyens d'amener ses produits sur les marchés, pourrait-on demander au paysan de payer l'impôt autrement qu'en nature?

C'est elle aussi — car absence de routes signifie absence de débouchés — qui arrête l'essor des industries locales, entrave le développement du commerce et de l'agriculture, parce que commercjants, artisans et laboureurs, n'ayant aucun espoir de vendre un surplus de production, limitent la leur au strict nécessaire.

L'influence de bons moyens de communication sur le développement du commerce n'est plus à démontrer en Europe ; mais, même en Turquie, les exemples, quoique rares, ne manquent pas pour mettre en évidence leur utilité. C'est ainsi que dans le vilayet de Sivas, par exemple, après que, sous Halil Rifaat Pacha, on eut construit quelques bonnes routes reliant plusieurs endroits productifs de la région avec le port le plus rapproché, celui de Samsoun, peu d'années ont suffi pour doubler le mouvement commercial de ce port et lui donner un essor inconnu jusque-là.

Chaque vilayet a un ingénieur des ponts et chaussées. Mais, bien qu'ils relèvent du ministère des travaux publics, ces ingénieurs sont pratiquement sous les ordres du vali à qui incombent les dépenses de la voirie; leur action s en trouve forcément très limitée ; les plus zélés élaborent des projets qui n'arrivent que bien rarement à produire un effet pratique.

Dans certains districts d'Anatolie, plusieurs routes sont en voie de construction; dans la Turquie d'Europe, par contre, les gouverneurs témoignent encore d'une regrettable indifférence à l'égard de cette question vitale pour le pays.

Porls.

Les côtes de la Turquie, tant sur le littoral européen que sur les rivages asiatiques, abondent en ports naturels ; mais la main des hommes n'a presque rien fait dans les temps modernes pour les accommoder aux exigences de la navigation.

La Turquie d'Europe n'a de ports proprement dits qu'à Constantinople et à Salonique.

La situation vraiment admirable du port de Constantinople n'exigeait aucun travail destiné à en rendre l'abri plus sûr; seuls, les quais faisaient défaut.

C'est la Société anonyme ottomane des quais^ docks et entrepôts de Constantinople qui en fut chargée. Elle fut constituée en 1894 à la suite d'un traité conclu entre le Gouvernement impérial et Michel Pacha, aux termes duquel ce dernier recevait la concession de la construction et de l'exploitation des quais à établir des deux côtés de la Corne d'or, du côté de Stamboul à partir de l'échelle des bateaux à vapeur de Sirkedji jusqu'au pont d'Oun Kapani, et du côté de Galata à partir du parc d'artillerie de Tophané jusqu'au même pont.

La concession autorise Michel Pacha ou la Société anonvme à former par lui à construire des docks et des entrepôts, des tramways le long des quais et à établir un service de bacs à vapeur entre les deux rives de la Corne d'or dans la limite des points terminus des quais que la Société aura construits.

La durée de la concession est fixée à quatre-vingts ans, et les quais devaient être terminés au bout de quatorze ans. Les terrains nécessaires à la construction seront concédés à la Société par

voie d'exproprialion. En ce qui concerne les mosquées et autres édifices destinés au culte, ainsi que les terrains appartenant aux fondations pieuses, il sera procédé en conformité de la loi du chéri. Après quarante ans, le Gouvernement aura, à tout moment, le droit de racheter les quais et leurs dépendances, moyennant le paiement d'une annuité équivalente à 80 p. 100 des recettes brutes moyennes des cinq dernières années, cette annuité ne pouvant être inférieure à la somme représentant le service des intérêts et de Tamortissement du capital non encore amorti. A l'expiration de la concession, le Gouvernement, sans avoir à payer aucune indemnité, sera substitué aux droits de la société sur les quais, les docks, entrepôts, voies ferrées, remorqueurs, tramways, etc.

La Société des quais est autorisée à percevoir au maximum pendant la durée de la concession :

P Pour droits d'amarrage des navires accostant aux quais, 1 franc par tonne de jauge.

2° Pour droits de quai sur les marchandises chargées ou déchargées, 3 francs en moyenne par tonne.

3* Des droits d'entrepôt sur les marchandises placées dans les docks et entrepôts de la société : maximum 2 piastres 1/2 par 100 kilos et par mois.

4^ Des droits d'abonnement pour les bateaux à voyageurs, les remorqueurs ou raahones accostant aux quais.

5° Des droits de péage et de transport sur les bacs, les tramways et les voies ferrées établis parla société.

Ces droits s'élèveront à :

5 piastres par voyageur en l»"» classe. 3 — — 20 —

La Société doit chaque année verser au fisc 10 p. 100 du montant total des recettes brutes; elle demeurera propriétaire de toutes les parcelles de terrain acquises sur la mer.

Par suite des réclamations des commerçants de Constantinople, les taxes fixées par le cahier des charges furent réduites et rema* niées en 1899. Aujourd'hui un voyageur de 3" classe ne paie plus que 20 paras au lieu de 60 paras, la tonne de blé 6 1/2 piastres, le charbon 12 piastres par tonne.

La Société, au capital nominal de 23 millions de francs, émit, en

1895, 24000 obligations sur lesquelles 10000 furent mises cd souscription publique à Constanlinople ù 485 francs et le resle à Paris. Elle eut, pendant la construction, divers déboires ; plusieurs parties des quais, notamment du côté de Stamboul, étaient à peine édifiées qu'elles s'écroulèrent, et tout le travail fut à recommencer. Malgré les réductions accordées, peu de Compagnies de navigation consentirent ù aborder aux quais. Seuls les vapeurs français (Fraissinet et Messageries maritimes) et les paquebots roumains y accostent ; les autres vaisseaux, anglais, russes, italiens, etc., comme aussi ceux du Lloyd autrichien, s'amarrent comme autrefois aux bouées du port.

Après la coûteuse expérience des quais du côté de Stamboul, la Société chercha à se dégager de l'obligation de construire les quais entre les deux ponts et elle obtint que le gouvernement turc y renonçât, de sorte qu'aujourd'hui il n'y a de construite que la partie allant jusqu'au pont de Karakeui.

Le Palais semble avoir regretté assez vite d'avoir accordé la concession des quais, et la marche des travaux de la Société se ressentit des dispositions peu bienveillantes du Gouvernement. Les difficultés de toute sorte soulevées pour empêcher la création de diverses installations prévues par le cahier des charges et l'impossibilité d'arriver à une entente pour le rachat proposé par le Gouvernement, moyennant paiement de 30 millions de francs contre 45 demandés par la Société en 1901, amenèrent celle-ci à demander la protection de l'ambassade de France, en dépit de l'article 28 de la concession qui stipulait expressément que tout différend serait déféré aux tribunaux ottomans. Les principaux intéressés de la Société étant des Français, l'ambassadeur n'a pas hésité à prendre en main leur cause, ce qui prouve bien Tinutihté, pour le Gouvernement turc, d'imposer aux Sociétés concessionnaires la nationalité ottomane.

On connaît le grave incident diplomatique auquel cette afiaire a donné lieu.

Les bases de l'arrangement conclu à la suite de l'intervention de M. Constans sont les suivantes :

La remise des titres de possession pour les terrains occupés par la Société est retardée pour une année ; pendant ce laps de temps, la Société s'interdit de faire usage de son droit d'introduire le service de cabotage entre Galata et Stamboul, d'installer des

tramways le long des quais, etc. Elle aura droit à une indemnité de 200000 francs pour le cas où le Gouvernement n'aurait pas fait usage du droit de rachat, au prix de 41 millions de francs, droit qu'il s'est réservé pour huit mois.

D'après son traité avec la Compagnie des chemins de fer orientaux, le Gouvernement devait établir des entrepôts à Constantinople, un port et des quais à Dédéagatch sur l'Archipel, un port et des quais à Salonique. Les entrepôts de Constantinople n'ont pas été établis. Il en a été de môme à Dédéagatch, rade tout à fait insuffisante, et absolument inabordable quand souffle le vent du sud.

La Compagnie a elle-même construit dans cette localité un petit port qui sert d'abri pour les allèges ; les grands navires, toutefois, ne peuvent s'en approcher, et sont contraints à jeter l'ancre à quelques centaines de mètres de la côte.

La concession du port de Salonique a été octroyée à la liste civile par iradé impérial du l"safer 1305 (1888). Par contrat du 8/20 juillet 1896, la Uste civile chargea M. Edmond Bartissol, député français, de la construction du port avec droit de se substituer une Société, quia été créée en 1897 sous le nom de Société ottomane de construction du port de Salonique.

Sur le prix fixé à forfait à 6 500 000 francs, la liste civile s'est engagée à fournir la cinquième partie, soit 1 300000 francs, payables en quatre échéances au fur et à mesure de l'achèvement des travaux. Le solde de 5 200000 francs, à avancer par l'entrepreneur, portera intérêts à raison de 5 p. 100 l'an et doit être amorti dans vingt ans. Les recettes nettes sont destinées, en premier lieu, au paiement des intérêts et au remboursement des 5200 000 francs à avancer par l'entrepreneur. En cas d'insuffisance de ces recettes pour le paiement des annuités fixées pour le remboursement, la liste civile soldera la différence au moyen d'un prélèvement sur ses revenus dans le vilayet de Salonique. Les terrains gagnés sur la mer restent la propriété de l'entrepreneur, à l'exception d'une super-

ficie de 5400 mètres carrés, destinée aux constructions pour les administrations sanitaire, de la douane, etc.

Les travaux, commencés en 1897, devaient être terminés en 1901 ; ce délai fut prorogé de neuf mois à la suite d'accidents de force majeure.

En ce qui concerne l'exploitation du port, M. Bartissol, ou la Société qui lui est substituée, est obligé, à la demande de la liste civile, de se charger de l'exploitation pour un terme de cinq ans, renouvelable au gré de la liste civile, aux principales conditions suivantes :

Sur les recettes brutes, il sera prélevé :

HO p. 100 pour tous frais d'exploitation et d'entretien ;

3 p. 100 (avec un minimum de Llq. 1000 par an) pour être versés à la caisse de la municipalité de Salonique en remplacement des droits qu'elle perroit actuellement pour les embarquements

et débarquements sur les quais de la ville.

Sur les 77 p. 100 restants, formant les recettes nettes, il sera prélevé :

1" Le montant des intérêts et de l'amortissement du capital avancé par l'entrepreneur.

2° Le montant des intérêts et de l'amortissement du capital fourni par la liste civile.

3° Le montant nécessaire pour rembourser les sommes qui auraient pu être versée^ par la liste civile afin de parfaire l'insuffisance desVecettes des années précédentes.

L'excédent éventuel formera le bénéfice et sera partagé par moitié entre la liste civile et l'entrepreneur.

Les tarifs arrêtes peuvent être abaissés au gré de la liste civile jusqu'à la limite des tarifs du port de Smyrne.

Cette concession du port de Salonique a soulevé toute sorte de réclamations. En premier lieu, on a trouvé fort exagéré le tarif des droits à percevoir ; le commerce local a protesté contre le taux exorbitant de ces droits et les représentants des Puissance» étrangères ont, de leur côté, formulé des protestations du même genre. D'autre part, la Compagnie des chemins de fer orientaux, s'appuyant sur une disposition de son contrat d'exploitation, a rappelé que l'usage des quais de Salonique doit être exempt de tout droit; c'est un des points qui doivent être soumis à l'arbitrage dont il sera parlé plus loin.

En Asie, les alluvions ont fait disparaître un certain nombre d'anciens ports naturels jadis célèbres; et, de ceux qui avaient été construits par les Vénitiens et les Chevaliers hospitaliers, il ne reste plus que des traces. Dans certains vilayets, le littoral manque absolument de ports et ne possède que des rades ne pouvant fournir d'abri qu'aux voiliers. D'autres, par contre, possèdent une certaine quantité de ports naturels excellents pouvant contenir aisément toute une flotte, tel Castelerizzo dans l'Archipel, Makri dans le vilayet de Smyrne, Alexandrette dans celui d'Alep, Youmourtalik dans le vilayet d'Adana, une des rades les plus belles de la Méditerranée.

Comme ports artificiels, il n'existe guère en Asie que ceux de Smyrne et de Beyrouth, le petit port de Darindjé et le port en voie de construction de Haïdar Pacha (1).

La concession du port el des quais de Smyrne date du 7 chaban 1284 f27 novembre 1867). Son terme fut successivement porté de vingt-cinq à trente-cinq, puis à quarante-cinq années. Elle doit, suivant acte du 6/18 mai 1891, expirer le 31 décembre 1952.*

Par suite de difficultés financières, les premiers concessionnaires cédèrent leur concession en 1869 aux entrepreneurs mêmes des travaux, MM. Dussaud frères, qui ont constitué «ne Société d'exploitation française au capital de 7 millions et demi de francs. Cette Société a émis 7 000 obligations 6 p. 100 de 500 francs.

Le bassin, complètement abrité, mesure 630 mètres en longueur, sur une largeur moyenne de 300 mètres ; les quais, d'une largeur moyenne de 18 mètres, s'étendent sur un parcours de 3 324 mètres.

Quelque exagérées qu'aient pu paraître ces dimensions au début, elles sont devenues insuffisantes par suite de l'énorme accroissement du mouvement commercial de Smyrne.

Le compte profits et pertes pour l'exercice clôturant le 31 mai 1901 montre un bénéfice de 1 113798 piastres (après paiement de 6 p. 100 aux actionnaires et application de 1/2 p. 100 à l'amortissèment des actions). La moitié de cette somme, soit 556 899 piastres

(1) II existe bien depuis 1885, une jetée à Trébizonde ; mais, n'étant que de 30 mètres à peine, cUe n*ofTre aucune sûreté en cas de mauvais temps.

OU 117 737 francs, revient au Gouvernement. Le reste, après déduction de la différence entre le montant réel des frais généraux (206597 francs) et la somme forfaitaire admise par le Gouvernement (170000 francs), est réparti à raison de 30 p. 100 pour les obligataires, 40 p. 100 pour les actionnaires, 5 p. 100 pour les administrateurs, les 25 p. 100 restants étant attribués au fonds de réserve.

La Compagnie ottomane du port et des quais et entrepôts de Beyrouth a été constituée en 1888 pour une durée de soixante ans, prorogée ensuite à quatre-vingt-dix-neuf années.

Le capital social, fixé d'abord à 5000000 de francs et divisé en 10000 actions de 500 francs, a été porté, en 1895, à 60000(10 de francs au moyen d'une nouvelle émission de 2000 actions. La Compagnie a émis 15000 obligations de 500 francs.

En mai 1890, une convention intervint entre la Compagnie et la direction générale des douanes ottomanes, convention aux termes de laquelle la Compagnie du port était chargée, pour toute la durée de sa concession, aux lieu et place et sous le contrôle de la douane, des opérations de manutention et de magasinage de •toutes les marchandises débarquées ou à embarquer par la voie de la douane dans le port de Beyrouth, et pouvait percevoir à son profit les tarifs fixés pour ces opérations, le tout moyennant une redevance fixe annuelle de Ltq. 200 à payer à l'administration de la douane.

Les recettes brutes de l'exploitation ont été de :

En 1894 Fr. 378833,25

En 1895 358 887,26

En 1896 5 80 200,25

En 1897 631 254,59

En 1898 599 985,42

En 1899 631556,39

En 1900 586 990,42

Le port de Darindjé^ situé à 8 kilomètres ouest d'Ismid, fut, à la suite d'une concession accordée en 1895 à la Société des chemins de fer d'Anatolie, pourvu d'installations propres à faciliter l'embarquement direct des céréales, article qui constitue la majeure partie des transports de la Société.

Les travaux d'exécution de ces installations furent confiés à

DÉPARTEMENTS aVILS. 195

i maison Ph. Holzmann de Francfort-sur-le-Mein. Munis de uais, d'entrepôts, de grues à vapeur et de tous les engins mécaiques nécessaires pour le nettoyage, le pesage et le chargement es céréales, le port fut inauguré en février 1896. Il a sensiblelent contribué à relever Texporlation des céréales d^Anatolie.

Par firmandu 20 avril 1899, la Société des chemins de fer d'Anaolie obtint la concession de la construction et de l'exploitation du ^ori et des quais, docks et entrepôts de Haïdar-Pacha en face de 'onstantinople.

La Société, à laquelle est accordée la faculté de transférer la oncessionà une Société anonyme ottomane spéciale, s est engagée

terminer dans un délai de trois ans, à partir de l'approbation des )lans, les travaux du port et des quais, travaux à exécuter à ses •ropres frais, risques et périls, et dont le coût s'élève à près de 7 lillions de francs. Elle a le droit d'expropriation et peut occuper^ ans avoir rien à payer de ce chef, les terrains vagues appartenant

l'État. Elle a en outre — sauf le droit de vente — la pleine )uissance des emplacements qu'elle aura conquis sur la mer. Ille gardera pour elle les recettes, à charge de payer au Trésor în dehors de Ltq. 240 pour frais de contrôle) une redevance nnuelle de Ltq. 1 500, redevance qui sera majorée d'un commun ccord au fur et à mesure des prolongements du chemin de fer, t proportionnellement à l'augmentation des recettes.

La concession prendra fin en môme temps que celle du chemin e fer de Haïdar-Pacha-Angora. A partir de l'époque fixée pour le ichat du réseau de la Société du chemin de fer d'Anatolie, le Gouvernement aura le droit de racheter le port, les quais et leurs épendances. Le rachat, qui ne pourra s'effectuer que simultanélent avec le rachat du réseau entier du chemin de fer d'Anatolie, ura lieu moyennant le paiement d'une annuité équivalente à

p. 100 des recettes brutes moyennes des cinq dernières années ; ette annuité ne pourra être inférieure à la somme représentant le 5rvice des intérêts et de l'amortissement du capital non encore morti. Le matériel roulant et mobile, les approvisionnements, etc., îront payés séparément.

A l'expiration de la concession, les ports, les quais, docks, etc. 3viendront la propriété de l'État sans aucun paiement de sa part.

Les travaux, dont le coût est évalué à environ G millions de francs, sont exécutés par la Compagnie en régie. Us ont été commencés en septembre 1900;rouverture du port est attendue pour une partie en automne 1902; pour le reste vers le milieu de 1903. Les dimensions du bassin sont de 300 mètres sur 150. La longueur des quais sera de 450 mètres et celle du brise-lames de 600 mètres.

Les droits que la Compagnie est autorisée à percevoir sont déterminés par des tarifs spéciaux.

Le mouvement maritime des ports de TEmpire a comporté pour Tannée 1315 (1899-1900) 43921 vapeurs et 142336 voiliers avec u»

tonnage total de 35 336613 tonnes (diminution, par rapport à 1314,. de 113 vapeurs, 15804 voiliers et 1 478 101 tonnes). Ont participé à ce mouvement :

Tonnes en 1315.

Angleterre 8 697 98S

Turquie 6 845 192

Autriche-Hongrie ... 5 723 432

Grèce 3 737 083

Russie 3 028 740

France 2884109

Italie 2116 946

Allemagne 771466 2,18 1,83 1,58 1,69

Dans le port de Constantinople, le mouvement a compris pendant la même année : 8743 vapeurs et 22 335 voiliers avec ensemble 9985181 tonnes (diminution par rapport à 1314 de 1051 vapeurs, 2514 voiliers et 1 553295 tonnes).

A ce mouvement ont participé :

> en

Angleterre

Grèce

Russie

Turquie

Autriche-Hongrie.

Italie

France

Allemagne

100 en

Tonnes.

Ministère des finances.

Dépense : 633 482 livres tarqaes, dont 437 647 pour traitements.

Le ministre des finances a pris la place de l'ancien defterdar (teneur de registres), qui était l'intendant fiscal des sultans d'autrefois. Il est assisté d'un conseiller (mouchavir) et d'un mustechar (sous-secrétaire d'État). Le mouchavir, dont la fonction a été créée il y a vingt ans environ, est de nationalité étrangère; ce poste est actuellement occupé par un Allemand, S. E. M. RafTauf, conseiller intime d'ambassade.

En principe, aucune mesure importante ne doit être prise sans Tavis du mouchavir, dont le rôle principal consiste à indiquer les réformes qu'il serait utile d'introduire. Malheureusement, les propositions du mouchavir ont un long chemin à parcourir du ministère des finances à la Sublime Porte, au Conseil d'État, à la haute commission de Tophané, au Palais, et le plus souvent elles se perdent en roule. 11 est vrai que le mouchavir peut les adresser directement au Palais ; mais comme, dans ce cas, le Palais les communique aux diverses administrations, le risque qu'elles courent de s'égarer sur le chemin ne diminue pas.

Les appointements mensuels du ministre sont de 36000 piastres argent (96000 fr. par an) et ceux du mouchavir de 15000 (40 000 fr.).

Le ministre des finances est assisté d'un conseil composé d'un président, aux appointements de 15000 piastres argent par mois, et de 14 membres aux appointements de 5000 piastres argent par mois.

Les principaux bureaux sont ceux du secrétariat, des traductions ai de la correspondance étrangère, de la comptabilité, de la caisse, de la correspondance, des archives, du contentieux, des comptes anciens, des dîmes et taxes, du cadastre et de l'impôt immobilier, •des successions vacantes, de la Dette publique, de la régie des tabacs, de la monnaie impériale et de la direction générale des •contributions indirectes.

Le directeur du grand livre touche 12000 piastres argent par mois (30000 francs par an), le directeur général de la Dette publique 7 500 piastres argent, le directeur général des dimes et taxes 6000, les directeurs des autres bureaux, 5 000.

A côté ou plutôt au-dessus du ministère des finances, siège la

haute commission financière de « Tophané ». Cette commission a été instituée au mois de mai 1900, pour renseigner le Sultan sur toutes les questions financières importantes et s'occuper des réformes à introduire dans Tadministration fiscale. Mais, en fait, son rôle ne se borne p^s à une mission d'études et d'informations. C'est elle qui est en réalité la haute autorité financière du pays sur toutes les questions de quelque importance (1). Elle siège à la grande maîtrise d'artillerie (Tophané) ; de là vient le nom sous lequel on la désigne ordinairement.

Au nombre des attributions du ministère des finances se trouvent naturellement les questions touchant le régime monétaire.

D'après les rapports de l'hôtel impérial de la Monnaie de Constantinople, il a été frappé, de 1844 à 1900, 34 744000 livres dor (au titre deO, 916 2/3) et 8878680 livres medjidiés (2) d'argent (3) et ses subdivisions (au titre de 0.830 ). Cette proportion de la monnaie d'or à la monnaie d'argent n'eût pas donné prise à la critique si elle savait pu se maintenir; mais deux raisons l'ont complètement modifiée : l'importation des marchandises étant supérieure à l'exportation, l'or a pris le chemin de l'étranger et ce n'est guère plus de la moitié des 34 millions de livres d'or qui doit ^tre restée en circulation dans le pays; en outre cette masse d'environ 9 millions de livres de monnaie d'argent, déjà trop abondante pour les besoins de la circulation, est venue s'ajouter aux 2 à 3 millions de livres de bechliks (pièces de 5 piastres et 2 p. 1/2), altiliks (de 6 piastres, 3 piastres et 1 p. 1/2) et métal-

(1) La commission se compose actuellement de : S. E. Zia Pacha, conseiller d'État, président.

— Zihhni Pacha, ministre des travaux publics, vice-prcsidcnt.

— Zuhdi Pacha, ministre des finances, ministre ad intérim de Tinstruction

publique.

— Ghalib Pacha, ministre de revkaf.

— Nazif Pacha, directeur péncral des douanes.

— Tewfik Pacha, ancien ministre des finances.

— Selim Pacha Mclhamé, ministre de Tagriculturc, des mines et forets.

— Bchaedchin bey, mouhassebedji de ramirouté.

— Ali Riza bey, mustéchar du ministère des finances.

— Mahmoud Ali bey, mustéchar de la direction générale des douanes.

— Général Mahmoud Pacha, de la grande maîtrise de l'artillerie.

— Seadeddin Pacha, du ministère de la guerre.

— Izzet bey, délégué du secrétariat impérial.

(2) Le medjidié est une pièce de 20 piastres. La livre comprend 100 piastres; la piastre vaut environ 22 centimes.

(3) Depuis 1880, on ne frappe plus de nouvelle monnaie d'argent, et on se contente de refondre des medjidiés d'argent pour les refrapper en menue monnaie.

DÉPARTEMENTS aVlLS. 199

liques (de 1 piastre, 1/2 piastre, 1/4 piastre) existant déjà dans le pays avant 1844.

C'étaient de vieilles monnaies de mauvais aloi qui représentaient le dernier degré d'une détérioration séculaire. La valeur de la piastre primitive qui fut frappée sur le modèle de celle d'Espagne et était à l'origine de 5 francs, fut, par des altérations successives dont nous avons parlé dans la première partie de ce travail, peu à peu réduite au vingtième (1).

Il est difficile de se faire une idée des difficultés causées, il n'y a pas bien longtemps, aux transactions journalières par la multitude et le prix variable des monnaies en circulation; ce n'était pas une des moindres surprises du voyageur arrivant pour la première fois à Constantinople, surtout à Tépoque de la circulation du kaïmé (papier-monnaie), que de voir à chaque coin de rue, installés en plein air, des sarafs (changeurs) absolument comme dans la Cité de Londres des cireurs de bottines. Grâce à la circulation de toute sorte de monnaies étrangères et à la pléthore de monnaies d'argent : medjidiés, bechliks, altiliks, métallique, abondance dont l'efTet était aggravé par la variation du prix du métal blanc sur les marchés internationaux, la valeur de ces différentes monnaies relativement à la monnaie d'or était sujette à fluctuer d'heure en heure.

Si en outre on tient compte du fait que la plupart de ces monnaies étaient rognées et que la monnaie divisionnaire faisait défaut, le cuivre dont on avait frappé une quantité infiniment trop grande (pour 1138530 livres) ayant fini par perdre presque toute valeur — ou pourra à peu près se faire une idée de la situation résultant d'un tel état de choses. C'était l'âge d'or des sarafs. Pour comble de complication, presque chaque centre de population, surtout en Asie, avait sa méthode à lui d'évaluer les monnaies; cette évaluation était autre à Beyrouth qu'à Bagdad, autre à Damas qu'à Trébizonde. Alors qu'à Constantinople la livre turque valait 108 piastres en argent, elle en valait 127 à Smyrne et HO à Jérusalem.

Depuis 1844, on n'a cessé de chercher cette pierre philosophale :

(1) Sous Ahmed III, la piastre pesait 5 drachmes 1/2 avec un tiers d*allia^e. £n 1771, sous Mustapha III, le poids tombe à b drachmes; Talliagc par contre augmente de moitié. Sous Selim III, la piastre ne se compose que de 1 drachme 3/4 d^argent et 2 1/4 d^alliage, ne pesant ainsi que 4 drachmes.

la réforme monétaire. La base du système adopté à cette époque avait été le double étalon avec un rapport fixe de 1 à 15,09 et le retrait de la monnaie de mauvais aloi; en 1848, on était arrivé à en retirer pour iOOOOO livres; mais plus on en retirait, plus on en voyait paraître; les fabriques qui s'étaient établies en Angleterre, à Athènes, à Syra et en Roumanie avaient soin que le vide causé fût vite comblé.

Par décret du 13 mars 1880, la valeur des pièces de 5 et 2 piastres 1/2 fut fixée à la moitié de la somme qu'elles représentaient jusque-là. On imagine les effets de cette ordonnance qui, du jour au lendemain, réduisit la fortune des contribuables dans une proportion aussi importante. 11 en est résulté quelques désordres en Asie Mineure et en Syrie; mais ils ont été bientôt réprimés.

Reconnaissant, dès son entrée au Conseil de la Dette, les pertes énormes que causait cet état de choses au Gouvernement et à Tadministration de la Dette publique et le danger qu'il comportait, la valeur attribuée à toutes les pièces d'argent étant encore bien au-dessus de leur valeur réelle, Sir Vincent Gaillard, de concert avec Sir Edgar Vincent, directeur de la Banque ottomane et M. Frank Auboyneau, alors directeur général des six contributions indirectes, prit en mains le règlement de la question et le pays doit en garder à ces personnalités un souvenir reconnaissant. Une convention conclue le 7/19 février 1888 décida le retrait de 50 millions de piastres d'altiliks et le remonnayage de 50 millions de piastres de medjidiés en fractions de types moins élevés.

Jusqu'en 1901, environ 41600000 piastres (1) d'altiliks ont été démonétisés, causant une perte de Ltq. 90000 supportée pour 13/15 par le Gouvernement ; le reste a été mis à la charge de la Régie des tabacs pour un tiers et à celle de la Dette publique pour 2/3, la Banque ottomane ayant fourni sa contribution sous forme de prêts sans intérêt sur les alliliks qui lui avaient été remis par les administrations publiques au fur et à mesure de leur rentrée. Aujourd'hui les bechliks sont également retirés à l'exception de quelques rares pièces restées en circulation ; seuls les métalliques (pièces de 1/4 et de 1/2 piastre) continuent à circuler et forment la monnaie d'appoint avec les 1/4, 1/10 et 1/20 de medjidié d'ar-

(1) La Dette publique possède encore un stock d'environ Ltq. 7 500 d*attiliks qui vont incessamment être convertis en quarts de medjidië.

DÉPARTEMENTS CIVILS. 20l

gent el les pièces de 10 paras d'un nouveau type mises en circulation cette année-ci.

Toutefois il n'a encore été possible de faire entièrement adopter un système monétaire unique pour tout l'Empire. Dans certaines parties éloignées du centre, les monnaies de frappe étrangère continuent à circuler.

Dans les vilayets de Bagdad et de Bassora, par suite du voisinage de la Perse qui envoie chaque année en Turquie de 50 à 80000 pèlerins, c'est le kran, monnaie persane, qui forme la base monétaire, ainsi que la roupie, dont la présence provient en grande partie des pensions servies aux exilés indous par l'agent à Bagdad du gouvernement des Indes. A Mossoul, c'est la piastre d'Alep, dans les vilayels du Hedjaz, du Yemen, de Tripoli de Barbarie et dans le moutessarifat de Benghazi,c'est le talari Marie- Thérèse (réal) qui domine par suite des relations intimes avec les pays voisins (Abyssinie) où les transactions ne se font qu'en celte monnaie.

L'abolition du Sherman act en Amérique et l'interdiction de la frappe libre des roupies aux Indes ayant amené une dépréciation considérable du métal blanc, le Gouvernement, par un iradé de décembre 1309 (1893), a prescrit aux autorités locales de ne plus accepter qu'à des prix réduits les pièces étrangères, savoir le réal (talari Marie-Thérèse) à p. 12, la roupie à p. 5 1/2, l'ancien kran à p. 1 30/40, le nouveau kran à p. 2.

Actuellement la valeur courante des roupies et des krans est déterminée par les fluctuations du prix de l'argent sur le marché de Londres; le talari Marie-Thérèse a toutefois conservé jusque dans ces derniers temps la valeur fixe de 1 2 piastres que lui a assignée le décret de 1893; la valeur intrinsèque n'étant que d'environ 9 V, piastres, les caisses publiques subissaient ainsi une perte considérable.

Le système du retrait successif des talaris et leur remplacement par la monnaie ottomane n'a pu être mis h exécution, l'expérience ayant prouvé que les autorités locales ne pourraient parvenir à empêcher, au cours de l'opéralion, l'introduction en contrebande de pièces du type qu'il s'agit justement de retirer; d'ailleurs ce retrait pour une circulation évaluée à 4 millions de pièces, aurait fait éprouver au Trésor une perle de plus de Ltq. 120 000. Aussi, malgré les effets fûcheux qu'une nouvelle réduction de la valeur

â02 LES FINANCES DE LA TURQUIE.

légale de cette monnaie devait faire craindre pour la tranquillité de ces régions déjà fortement éprouvées par la réduction du cours des réaux en 1893, le Gouvernement s*est-il décidé, au mois de mars dernier h fixer à 10 piastres, au lieu de 12, la valeur légale du talari.

Contributions indirectes.

Dépense : 295902 livres turques, dont 248392 pour traitements.

La direction générale des contributions indirectes est une administration indépendante avec une organisation extrêmement compliquée.

Avant la création de l'administration de la Dette publique, l'administration des contributions indirectes était chargée de la perception des taxes sur le sel, le tabac, la soie, les pêcheries et des droits de douane. Aujourd'hui son rôle se borne à rencaissement des droits de douane.

A la tête de cette administration sont placés : le directeur général (appointements 25000 piastres par mois) assisté d'un mustéchar et de trois adjoints (dont un de nationalité allemande), un contrôleur général et un secrétaire général. Cette administration comprend un conseil (composé de trente membres), les bureaux habituels de comptabilité, des archives, du personnel, etc., et une foule de directions : directions des grandes douanes d'importation et d'exportation de Galata, de la douane de Sirkedji (gare de Constantinople), directions de la douane des céréales et spiritueux, de la douane des bois, de la douane du charbon minéral, de la douane des fruits.

Aux grandes douanes d'importation et d'exportation de Stamboul et de Galata, de même qu'à celle de Sirkedji, sont attachés des fonctionnaires chargés par le ministère de l'instruction publique de la censure des livres.

Nous avons parlé plus en détail des douanes à l'article spécial consacré à ce revenu important. Qu'il nous suffise de relever que l'énergie d'Ali Riza Bey, président du conseil des douanes (1),

(1) Nommé récemment mustéchar du ministère des finances.

rompu au service par son stage à la douane d*Avricourt, a mis un terme aux fraudes multiples et à la contrebande systématique qui s'exerçaient jusque-là sur une large échelle; aussi plusieurs maisons d'affaires de Constantinople, qui faisaient métier — c'était leur spécialité — de dégager les marchandises contre paiement de droits de douane inférieurs (6 au lieu de 8 p. 100), durent-elles brusquement cesser leur activité.

Les employés des douanes sont rétribués régulièrement et sans intervention du ministère des finances, par les caisses de l'administra tion. C'est elle aussi qui est chargée, pour le compte du ministère desfînances, de payer les appointements du commissaire impérial auprès de l'administration de la Dette publique.

Defterhané.

Recette : 224221 livres turques.

Dépense : 80 730 livres turques.

Le defterhané répond à ce que nous appelons le cadastre. Il fut établi en 1291 (1876) pour l'enregistrement de tous les actes concernant la propriété immobilière et la délivrance des titres de propriété, formalités confiées autrefois aux juges du chéri. Toutes les déclarations concernant la propriété immobilière, les donations, les dispositions testamentaires, les hypothèques doivent être soumises à cette administration. Les taxes pour la délivrance des titres s'élèvent annuellement en moyenne à Ltq. 40 000.

Ce montant était jusqu'à présent employé au paiement des appointements des fonctionnaires du defterhané qui se trouvaient ainsi, de môme que les employés de la douane et ceux des postes et télégraphes, dans une situation privilégiée comparativement aux autres fonctionnaires de l'État. Cet avantage se trouve maintenant compromis, le defterhané ayant été récemment chargé du paiement des apanages de quelques princesses et des appointements de plusieurs maréchaux nouvellement nommés.

Une loi de 1292 ^1877) étendit les attributions du defterhané en le chargeant de la perception de l'impôt foncier.

Le defterhané perçoit en outre les taxes suivantes : 1/2 p. 100 sur la valeur de la propriété foncière figurant sur le titre de propriété, lorsqu'elle passe, à la mort du propriétaire, au nom de son

héritier; 3 p. 100 sur le prix de vente en plus de 1 p. 100 pour Tenregistrement et de 3 p. 100 pour la confection de Tacle.

La direction de l'administration se compose d*un directeur général et son adjoint, de deux chefs de section, dont Tun pour la capitale, Tautre pour les provinces, et d'un conseil de huit membres. Constantinople compte vingt-deux bureaux du deflerhané.

Dans chacun des vilayets de Si vas, Mamuret-ul-Aziz, Erzeroum et Bitlis où les contestations immobilières sont à Tordre du jour, le defterhané a délégué un inspecteur avec les pouvoirs les plus étendus.

Dans les autres vilayets où la situation est relativement moins compliquée, l'expédition des affaires courantes s'effectue par les autorités provinciales.

Ministère de l'agriculture, des mines et forêts.

Le budget de 1313 indique comme recettes pour l'agriculture, les mines et forêts Ltq. 310846. Les dépenses sont indiquées seulement pour les mines et forêts, à savoir : traitements Ltq. 79005; autres dépenses Ltq. 41 266.

Dans la dernière année les recettes et dépenses se sont établies comme suit :

Recettes. Dépenses,

Agriculture 21 000 livres turques. 20 500 livres turques.

Mines et forêts 299 000 — 130 500 —

Ce ministère se divise en trois sections : celles de l'agriculture, des mines et des forêts.

Agriculture.

L'agriculture est loin d'attirer l'attention du gouvernement autant que le mériterait cette branche principale de l'activité nationale. Le fait que le titulaire du ministère n'a pas de voix au conseil des ministres où l'agriculture est représentée par le ministre des finances, et cet autre fait que le budget ne prévoit aucune dépense pour ce département, sont par eux-mêmes assez caractéristiques.

II arrive bien de temps à autre que l'Ëtat s'impose des sacriGces pour venir en aide aux cultivateurs et développer la production ;

ainsi, en 1889, le Gouvernement a accordé une exemption pour cinq ans de la dlme des pommes de terre; la même année le ministère de l'agriculture a fait distribuer aux paysans de certaines régions 100000 plants de rosiers pour venir en aide à rindustrie de la fabrication de lesscnce, très florissante dans les régions balcaniques appartenant à la Bulgarie. De même Tadministration de TÉtat et la liste civile ont secondé avec beaucoup de bonne volonté les efTorts très sérieux du Conseil de la Delte en vue d'étendre la culture du mûrier et des vignes. Tantôt le Gouvernement accorde un crédit pour l'achat d'instruments aratoires, tantôt il donne des secours à des agriculteurs nécessiteux, tantôt il consent des réductions de certaines taxes. 11 ne manque pas de nommer de nouveaux fonctionnaires spéciaux pour l'étude des mesures destinées à améliorer la situation de l'agriculture, et les rapports de nombreuses commissions déléguées à cet efl'et ne font pas défaut. Mais ces interventions intermittentes et auxquelles ne préside aucune méthode suivie, ne peuvent guère être d'une grande utilité.

La loi (lu 21 avril 1858 divise la terre en cinq catégories :

a, Mirié, domaines de l'État qui les attribue à des particuliers contre paiement d'une redevance, en leur délivrant un litre possessoire dit lapou. Le rescrit impérial du 21 mai 1867 a étendu jusqu'au septième degré l'hérédité de la jouissance de ces biens domaniaux qui, auparavant, ne passaient qu'aux héritiers du premier degré ou aux ascendants directs du défunt ; par contre, en compensation de la perte causée à l'État par la suppression effective du droit de déshérence, ladtme a été augmentée jusqu'à 15 p. 100 du produit annuel, et ce, pour une durée de cinq ans;

b, Mevquoufé : les biens vakoufs (1), propriété de mainmorte au profit d'établissements pieux ;

c, Mélrouqué : terres livrées à l'usage public ;

cl. Mulk : biens sur lesquels les particuliers peuvent avoir un droit entier de propriété (2) ;

(1) Voir article « Vakoufs ».

(2) A peine un quart des terres labourables est-il « Mulk » ; les trois autre» quarts sont propriété de TÉtat ou de mainmorte ; dans le vilayet de Bagdad le terrain cultivé se divise à peu près comme suit :

30 p. 100 sont la propriété du gouvernement, 30 — — de la liste civile.

20 — — de divers vakoufs.

20 — — de particuliers.

e. Merat : terres incultes.

La production agricole n'est guère en rapport avec la richesse naturelle du sol et les avantages du climat; les causes de cette production insuffisante peuvent se résumer comme suit :

1^ Manque de voies de communication; faute de chemins de fer, de canaux et même de routes, la vente d'un excédent de production est difficile, ce qui amène le cultivateur à ne produire que dans la mesure de ses besoins.

2° Manque de capitaux; le paysan, à moins de vendre sa moisson sur pied, en est réduit à emprunter de Targent à des taux exorbitants, soit à un saraf, soit au propriétaire lui-même, à Tégard duquel il se trouve dans beaucoup d'endroits, dans une situation analogue au métayage et qui lui prête à un taux usuraire les semences, le cheptel et le matériel de culture. On a bien tenté, il est vrai, de le protéger contre l'usure en fixant à 12 p. 100, puis à 9, le maximum de l'intérêt conventionnel et en décidant que les intérêts accumulés ne pourraient jamais dépasser le capital; mais, dans cette circonstance comme dans mainte autre, on a pu constater que la décision théorique et l'application dans la pratique sont choses très différentes. En réalité, le paysan qui cultive le sol gagne à peine de quoi suffire à ses besoins les plus élémentaires; tout le reste passe entre les mains du propriétaire ou des usuriers. On juge si, dans ces conditions, il apporte beaucoup d'ardeur à son travail.

3° Pénurie de main-d'œuvre par suite des vides sensibles que produit le recrutement militaire dans les régions habitées par les musulmans, seuls soumis au service.

4*» Connaissance imparfaite de l'agronomie. Le paysan turc sème, laboure, récolte sa moisson comme faisaient ses aïeux ; l'engrais lui est presque inconnu, de môme que les découvertes modernes, les procédés et les perfectionnements de la grande culture occidentale ; il se borne, pour toute amélioration, à laisser le champ se reposer tous les deux ou trois ans. L'unique école d'agriculture de San-Slefano n'est pas suffisante pour remédier à cet état de choses.

5" Assiette très arbitraire des impôts qui grèvent le sol, aggravée encore par les abus de perception que nous signalons ailleurs.

6<^ Difficultés inextricables parfois de la législation et mauvaise organisation judiciaire.

7° Insécurité du pays.

Si Ton prend en outre en considération Timmobilisation de la majeure partie du sol ottoman entre les mains des mosquées ou de l'État, on s'explique aisément la situation précaire de Tagricullure en Turquie. Tous les voyageurs qui se rendent de Touest et du centre de l'Europe à Constantinople par le chemin de fer peuvent apprécier cette triste situation en la comparant à Tétat prospère du sol en Roumélie orientale ; à peine la frontière estelle franchie qu'ils sont péniblement frappés, dans les campagnes de Mustapha-Pacha d'abord, et surtout dans le long parcours d'Andrinople à la capitale, par la pauvreté de la culture, si florissante au contraire aux environs de Philippopoli.

L'horticulture n'est pas non plus traitée ainsi que le climat et le terrain le permettraient. « C'est une des particularités de Constantinople, écrit le baron de Call (1), que ses environs, au lieu d'être, comme les banlieues d'autres grandes villes, utilisés et exploités jusqu^i la moindre parcelle de terrain, se prolongent à plusieurs lieues vers l'intérieur dans un désolant état d'abandon. C'est à peine si, à de longs intervalles, un tchiflik (maison de campagne) entouré de quelques massifs d'arbres, vient interrompre la monotonie des grandes plaines silencieuses que, malgré la richesse naturelle du sol, l'incurie des hommes a laissées stériles. »

Un progrès sensible, bien que ses résultats soient modestes encore, se manifeste cependant en Asie Mineure, grâce aux efforts de la Société du chemin de fer d'Analolie. Afin d'amener la population à une exploitation plus rationnelle des terres et de déveloplopper par là le trafîc, la Société a créé dans son administration centrale un département spécial de culture dont le but est d'initier les habitants aux progrès réalisés en Europe par des démonstrations et des expériences concluantes sur des terrains acquis et exploités à cet effet. La Société facilite aux paysans Tacquisition de machines agricoles, leur prête des semences, favorise la plantation d'arbres fruitiers, etc.

Bien que la situation dans la Turquie d'Europe soit bien moins avantageuse qu'en Anatolie, la population y étant très clairsemée

(1) Oesterreichische Monatsschrifl fur den Orient^ 1877.

et bien moins travailleuse et entreprenante, la Compagnie des chemins de fer orientaux a également porté son attention sur les mesures à prendre, en ce qui la concerne, pour augmenter la production agricole le long de ses lignes. Sur des terrains loués elle a créé plusieurs champs modèles; elle a établi des dépôts de machines et outils agricoles transportés gratis, et continue à grever ses budgets d'une somme assez élevée destinée à favoriser le développement de ragricullurc.

Une commission de colonisation a été constituée à C^onstanlinople en 1899, afin d'introduire dans le pays les procédés de l'agronomie moderne, par l'implantation de colons étrangère (1). Mais, suivant toutes prévisions, ses efforts ne seront guère couronnés de succès ; il est même fort douteux qu'elle parvienne à entamer sa tâche. Et pourtant, faire affluer vers la Turquie des colons intelligents, travailleurs et entreprenants serait assurément un des meilleurs moyens de raviver l'agriculture. Les cultivateurs de l'ouest de l'Europe vont chercher au delà de l'Océan, dans la Plata ou dans l'Amérique du Nord, des terres qu'ils trouveraient aisément bien plus près d'eux dans la Turquie d'Europe et surtout dans TAnatolie. A plusieurs reprises, le Sultan lui-même avait parlé au baron Von der Goltz Pacha de l'utilité qui résulterait pour les deux pays de l'installation de paysans allemands dans TAsie Mineure. Mais rien ou presque rien n'a été tenté sous ce rapport. C'est à peine si on pourrait citer comme essai de quelque importance l'organisation de colonies israëlites en Palestine par le baron Edmond de Rothschild. Après la conquête des provinces du Caucase par les Russes, le Gouvernement ottoman a installé dans divers vilayets des villages de Circassiens émigrés; mais^ ces colonies, reconnaissables à leur nom de Tcherkesskeui, se sont transformées en véritables repaires de pillards et rendent ainsi plus misérable encore la situation des villages voisins^ exposés à des rapines continuelles. Pour qu'un courant d'émigration fécond et bienfaisant se dirigeât vers les campagnes turques, il faudrait que le Gouvernement de Constantinople commençût par établir un régime normal de propriété immobilière^

(1) En principe, un projet dans ce sens avait déjà été admis en 1857 : un décret du l*' Hedjeb 1273 énumérait les conditions annotées par le Gouvernement « au sujet de la colonisation en Turquie des familles qui, venant de l'étranger, désireraient s y établir en devenant sujets de TËmpire ottoman ».

un système d'impôts équitable et administré par des fonctionnaires intègres, une bonne justice et des voies de communications praticables ; toutes réformes que rien ne nous autorise à espérer de sitôt.

Malgré le fâcheux état de son agriculture, la Turquie figure pourtant au nombre des pays de l'Europe dont l'exportation en produits agricoles est des plus importantes. Elle envoie au reste de l'Europe, dans les bonnes années, pour près de Ltq. 900000 de blé, près de Ltq. 750000 d'orge, près de Ltq. 2000000 de raisins secs, de grandes quantités de fruits et de graines oléagineuses. La Macédoine, certaines parties de l'Asie Mineure et la Syrie participent surtout à cette exportation. Mais elle varie extrêmement d'une année à Tautre, suivant les récoltes de la Turquie elle-même et les besoins des pays consommateurs, et les résultats obtenus ne sont rien auprès de ceux que pourrait produire la mise en valeur rationnelle et pratique des immenses ressources naturelles de l'Empire ottoman.

Du ministère de l'agriculture, des mines et forêts relèvent : l'école supérieure d'agriculture et des forêts, l'école vétérinaire et la Banque agricole.

L'école agricole, créée en 1884 et située à 22 kilomètres deConstantinople sur un domaine de l'État, Bujuk-Halkali, près de la station de Kutchuk Tchekmedjé, a trois classes de trente élèves. Ceux-ci doivent être fils d'agriculteurs. Chaque province en envoie annuellement quelques uns à l'école; les frais de voyage sont supportés par les vilayets. Les sujets d'étude sont : le turc, les lois et règlements sur la propriété, l'agriculture et la silviculture. Les élèves suivent aussi un cours pratique d'agriculture et d'horticulture; ils sont exemptés du service militaire; les meilleurs reçoivent des primes variant entre 800 et 1 500 piastres, selon le résultat de l'examen.

L'école vétérinaire, attachée à la Mekteb Harbié, a quatre années de cours ; les bons élèves entrent au corps des vétérinaires militaires avec le grade de capitaine.

La Banque agricole, établissement gouvernemental, a été créée en 1302 (1886-87) à la place des anciennes caisses d'utilité publique (mcnafi-sandouklari).

La Banque a pour but de prêter de l'argent aux cultivateurs soit contre caution solvable, soit sur des hypothèques d'immeubles

que la loi permet de vendre pour racquittemeni de dettes. Ces prêts, faits à raison de 6 p. 100 Tan, plus 1 p. 100 une fois payé à titre de frais, sont limités à 15000 piastres au [maximum par individu.

Le capital est formé par l'encaisse et les créances des caisse^v d*utilité publique sus-mentionnées, par un prélèvement de 1 p. 100 sur les produits agricoles et de 2/3 du produit de la surtaxe hissei-yané de 1 1/2 p. 100 sur la dîme des soies et des tabacs. La perception de ces contributions doit cesser aussitôt que le capital de la Banque atteindra le chiffre de 10 millions de livres.

Sur le bénéfice réalisé (produit des impositions ci-dessus mentionnées et intérêts sur les sommes prêtées) 1/3 doit i^tre ajouté au capital, 1/3 consacré à l'amélioration de Tagriculture du vilayet qui a procuré ce bénéfice et 1/3 employé par le ministère compétent « à préserver le bétail de la destruction, à améliorer les races chevaline et bovine, à faire venir et distribuer gratis des graines de produits utiles aux cultivateurs et enfin à se procurer tous les moyens nécessaires pour développer et augmenter les diverses cultures. »

L'administration turque n'est pas plus prodigue de renseignements sur cette institution que sur les autres services. Il nous a été possible néanmoins d'avoir sous les yeux un bilan de la Banque agricole indiquant la situation des comptes avant et après la répartition des bénéfices de l'exercice clos le 28 février/13 mars 1314 (1899).

Après répartition de ces bénéfices le capital s'élevait à Llq. argent 5994386, soit, à 21 francs environ, fr. 126 000000. On a eu soin d'indiquer dans le bilan qu'il s'agit d'un capital en espèces et nominal : la précaution n'est pas inutile; car le montant du capital se réduit notablement si l'on élimine de l'actif

les créances transférées par les anciennes caisses d'utilité publique et qui sont qualifiées dans le bilan même

de créances véreuses Ltq. 1 965153

le montant du compte des « Recouvrements douteux sur les nouveaux prêts » 29811

celui du compte intitulé « Dépenses provisoires ». . 36 379

Ltq. 2031343

Le capital réel se trouve ainsi ramené à Ltq. 3963043 et se décompose comme suit :

Actif:

Espèces en caisse et Banque ottomane Ltq. 365 803'

Prêts faits au Trésor impérial 836 307

Céréales provenant des terrains possédés par la

Banque ou des comptes réglés en nature .... 16 231

Valeur des locaux administratifs et du mobilier. 31 765

Terrains et immeubles séquestrés par la Banque. 64 605

Sommes dues par les agriculteurs 2 667 40ft

Sommes dues par les contribuables sur part contributive afférente aux travaux publics (1).. . . 240 256 Frais judiciaires à encaisser et débiteurs 42 960

Ltq. 4 255 335

Dont est à déduire le Passif :

Sommes en dépôt pour compte de tiers, du

Trésor impérial, des succursales de la Banque. Ltq. 154 660

Divers créditeurs 114 853

Solde de bénéfices non distribués aux membres du conseil et employés de la Banque 15 480

Part du bénéfice net consacré aux travaux d'agri> culture et dont le mode d'application est réservé 7 299

Ltq. 292 292

Ltq. 3 963 043

OU environ 83000000 francs; tel est le chiffre auquel on peut évaluer, d'après ce bilan, le capital de la Banque agricole. En comparant avec le bilan établi avant la répartition des bénéfices, on constate que, pour Texercice 13li, le solde bénéficiaire du compte de profits et pertes est de Ltq. argent 65 989, résultat bien mince si Ton considère que les avances aux agriculteurs, avances qui s'élevaient d'après le bilan à Ltq. 2667 408, devraient au taux de 6 p. 100 fixé dans les statuts, rapporter, à elles seules, Ltq. argent 160 000.

La Banque n'est en réalité qu'une administration gouvernementale qui n'a pas une indépendance suffisante pour mériter le nom de banque. Elle ne cherche aucunement à rivaliser avec les établissements de crédit foncier existant ailleurs. Elle ne reçoit guère de dépôts d'argent et n'émet pas d'obligations, ce qui rend ses moyens d'action extrêmement limités. En sauvant par les avances faites aux cultivateurs un certain nombre d'entre eux des griffes des usuriers qui sont le fléau des campagnes

(1) Il s'agit là de taxes remplaçant la prestation et qui sont perçues pour compte de Tadministration des ponts et chaussées.

turques, elle rend certainement des services qui pourraient être bien plus considérables, si le Malié ne formait pas le client le plus important de la Banque.

Elle a un conseil d'administration (1), un directeur et un sousdirecteur général, une dizaine d'inspecteurs généraux, des directeurs de succursales dans toutes les villes de quelque importance, des agents dans beaucoup d'autres avec le cortège d'employés de tous grades qui s'en suit. Créer ces nombreux emplois dans un Empire où les places sont encore, si possible, plus recherchées que dans les pays occidentaux, c'était, en somme, également répondre à un besoin.

Mines,

La totalité des revenus provenant des mines atteint à peine Ltq. 80000. Dans ce chiffre sont compris aussi les revenus de certaines mines appartenant à l'État et exploitées par lui, entre autres celle de cuivre à Arghana, près de Diarbekir (2) et celle de plomb très argentifère (3) à Boulgarmaden dans le Taurus.

Bien qu'il n'existe pas en Turquie de cartes géologiques semblables à celles qui ont été dressées dans la plupart des autres pays, il n'en est pas moins certain que la richesse minière du pays est très considérable; mais on n'en tire presque aucun profit. Si l'exploitation des mines est déjà rendue difficile par l'absence de routes et, le plus souvent, par le manque de combustible, elle est surtout entravée par les obstacles que l'administration se plaît à lui susciter.

Après la guerre de Crimée, une nuée de spéculateurs s'est abattue sur la Turquie; le dépôt d'un cautionnement n'étant pas encore obligatoire, on demandait des concessions en masse, à seule fin d'en trafiquer; et, si quelques-unes d'entre elles recevaient un commencement d'exécution, c'était le plus souvent avec la

(1) Le conseil d'administration se compose de :

1 délégué du Conseil d*État.

2 — de la Cour des comptes.

1 — du ministère du commerce.

1 — — de Taj^iculture.

1 — — de rinstruction publique.

2 — de la Chambre de commerce de Constantinople.

(2) Une des plus riches du monde, les minerais ayant une teneur en cuivre de 20 à 25 p. 100.

(3) La teneur en argent est de 4 000 grammes par tonne, ce qui peut la faire considérer presque comme une mine d'argent.

seule intention de proGter d'une clause quelconque du contrat pour obtenir du Gouvernement une indemnité de résiliation. En Turquie, tout se passe à portes ouvertes; la salle môme du conseil des ministres n*a pour toute porte qu'un tapis, assez épais, il est vrai; les archives ne sont pas mieux gardées. Que d'engagements ont été pris dans la conviction qu'on trouverait moyen d'en faire disparaître les pièces ! Le Gouvernement turc a fait de tristes expériences avec beaucoup d'Européens qui, trop souvent, abusèrent de son ignorance en certaines matières et, s'il est devenu méfiant, on ne saurait guère lui en vouloir. Ceci pourrait faire comprendre, dans une certaine mesure, la rigueur des lois minières et la sévérité dans leur application; mais, comme la même tendance est commune à presque tous les peuples de l'Orient, elle dérive sans doute aussi d'un vague sentiment d'appréhension : livrer à l'étranger une parcelle môme du territoire leur semble presque un sacrilège. Pourtant l'exploitation des mines qui, vu le manque d'esprit d'entreprise chez les Turcs, ne saurait guère ôtre entreprise que par les étrangers, pourrait ôtre pour la Turquie une source abondante de revenus considérables, et, de toutes les réformes urgentes, celle du régime minier serait la plus facile à accomplir.

Le premier règlement sur les mines de 1278(1861) trahissait l'ignorance complète du Gouvernement en cette matière; les concessions, d'après cette loi, ne devaient ôtre accordées que pour une durée maxima de dix ans et la redevance était fixée à 25 p. 100 du produit brut. Une deuxième loi de 1286 (1869) a pris pour modèle la loi française de 1810, mais en lui faisant subir de fortes mutilations. La nouvelle loi sur les mines qui vient d*ôtre publiée prouve que le Gouvernement n'est pas encore arrivé à la compréhension exacte des exigences de la situation. Cette loi porte que la sanction du Sultan sera indispensable pour toute concession de mines. Une pareille disposition équivaut, en réalité, à une élimination des étrangers. Aussi, tous les ambassadeurs ont-ils protesté contre cet article du nouveau règlement.

Voici quelle est la marche à suivre pour une demande de concession minière.

Avant tout, il faut demander au gouverneur du vilayet l'autorisation de procéder à des sondages. Après examen préalable de la qualité du requérant, et de ses capacités financières, le

procès-verbal de Tétude faite sur place par Tingénieur des mines du vilayetet un délégué du conseil administratif de Tendroit est transmis au ministère de Tagriculture, des mines et des forêts qui délivre le rusatnami, permis de recherche, donnant droit d'extraire dans le cours d'une année jusqu'à 100 tonnes de minerai. Cette autorisation donne lieu au paiement d'une taxe de Ltq. 5 à 15.

Pour transformer en concession définitive cette autorisation provisoire, il faut commencer par payer une taxe variant, suivant l'importance de la mine, de Ltq. 50 à 200. On acquiert ainsi le droit d^extraire jusqu'à 2000 tonnes de minerai.

La redevance annuelle à payer par le concessionnaire est double : taxe fixe de 10 piastres par djérib (hectare) et redevance proportionnelle à la production de la mine. Cette redevance varie de 1 jusqu'à 5 p. 100 du produit brut pour les mines dont l'exploitation se fait au moyen de creusement de puits et de galeries (cuivre, plomb argentifère, etc.). Elle s'élève à 10 jusqu'à 20 p. 100 pour les mines d'émeri, de chrome, de boracite, d'écume de mer et celles dont les substances minérales ne se présentent pas en filons, mais en masse, telles que les mines de pétrole, de bitume et de naphte. En fait, cette seconde redevance atteint le plus souvent un chiffre bien plus élevé, par suite de l'estimation du minerai à un prix supérieur au prix réel de vente. La loi stipule, il est vrai, que, sur preuve de la vente à un prix inférieur à celui de l'estimation, la somme prélevée en surplus par l'administration provinciale sera restituée à Constantinople; mais cette restitution ne s'effectue pas sans de grandes difficultés.

L'obtention du firman accordant la concession définitive nécessite des frais assez considérables, et est entourée d'obstacles tels que, sans l'appui de quelque haut fonctionnaire du Palais, il est presque impossible de les surmonter; aussi le nombre des solliciteurs qui, depuis des années, attendent vainement qu'il soit donné suite à leurs demandes, est-il déjà fort considérable.

Dans ces conditions, le système d'exploitation minière est forcément des plus irrationnels : l'extraction des minerais n'a lieu que lorsqu'elle peut se faire avec peu de frais; on ne s'attaque, en général, qu'aux filons facilement accessibles et des quantités considérables de métal sont ainsi perdues, tant parce qu'elles demeurent enfouies dans des mines déjà en exploitation, qu'en

DÉPARTEMENTS aVILS. 215

conséquence des procédés défectueux en usage pour la fonte et TafGnage des métaux.

Quelques Sociétés, (1) toutefois, ont une exploitation plus régulière et obtiennent des résultats assez satisfaisants.

La Société Balia-Karaidin (vilayet de Brousse), au capital de 4500000 francs, extrait annuellement une soixantaine de mille tonnes de plomb argentifère.

C'est à cette Société que fut accordée en 1901 lautorisation — la première de ce genre en Turquie — d'installer une usine génératrice d'électricité à la mine de lignite de Mandjilik pour le transport de la force à Balia, à une distance d'environ 18 kilomètres.

La Société des mines de Kassandra (vilayet de Salonique) fut fondée en 1893 en vue de mettre en valeur les mines de manganèse, plomb argentifère et antimoine dont la concession avait été accordée pour une partie à M. Enrico Misrachi, pour l'autre à la Banque de Constantinople. La redevance annuelle due au Gouvernement est de 10 piastres or par djerib (1 hectare) et 5 p. 100 <le la valeur du minerai extrait (2). Il a été traité aux fours de calcination, en 1900, 72 723 tonnes de minerai.

Un consortium anglo-américain (The Borax Company Lid), qui monopolise le commerce du borax, exploite ses mines situées près de Sultan-Tchaïr (vilayet de Brousse), produisant annuellement 15000 tonnes, moyennant une redevance de 16 p. 100 à payer au Gouvernement.

Citons encore une Société française, constituée en 1891, qui exploite les mines de bitume de Sélénitza, dans le vilayet de Janina, une Société ottomane qui a recula concession des mines de plomb argentifère de Karassou, en Asie Mineure, près d'Ismid, et la Société d'Héraclée, dont nous parlerons plus loin, et nous aurons è peu près épuisé la liste assez courte, comme on voit, des Sociétés anonymes minières qui fonctionnent en Turquie.

(1) Cest par iradë du 9 sefer 1309 (27 janvier/8 février 1892) que fut autorisée la formation de Sociétés anonymes pour l'exploitation de concessions de mines.

(2) Cette redevance n'est plus versée au Gouvernement à partir de 1900, mais sert à solder un compte débiteur du Gouvernement, ouvert à la suite d*un événement assez dramatique. En juin 1899, le directeur de la Compagnie, M. Chevallier, a été capturé par des brigands et sa libération obtenue moyennant une rançon de Ltq. 15 000 avancées par la Compagnie pour compte du Gouvernement; Ltq. 7 691 ont pu être récupérées et le solde de Ltq. 7 309 doit être compensé, comme nous venons de le dire, avec les redevances futures à payer par la Société.

De ce sol réputé déjà dans Tanliquité pour sa richesse minérale. )n n'extrait annuellement que 400000 à 500 000 tonnes de charbon, principalement des mines d'Héraclée, 30000 à 40000 tonnes de manganèse des mines de Drama (sur la ligne de jonction Salonique- Constantinople) et du vilayet d'Aïdin, 25000 à 30000 tonnes de chrome des vilayets de Salonique, Kossovo et Aïdin, 12000 à 15000 tonnes d'émeri d'une mine située dans le vilayet d'Aïdin, 18000 à 20000 tonnes de plomb argentifère tirées pour la plus grande partie des mines ci-dessus mentionnées de Balia-Karaidin (vilayet de Brousse), 15 000 tonnes de borax de Sultan-Tchaïr (voir ci-dessus), 7 000 à 8 000 tonnes de cuivre de Tokat, de Gumuldchina (sur la ligne de jonction Salonique-Constantihople) et d'Arghana- Maden près de Diarbekir), 1 000 à 1 500 tonnes d'antimoine de Tîle de Chio, 2000 à 2500 tonnes de calamine de deux mines situées en Asie Mineure, 150 tonnes d'écume de mer d'Eski-Chéhir (ligne d'AnatoIie).

Forêts.

La recette brute des forêts s'élève à environ Ltq. 220000; c'est bien peu, étant donnée la grande surface boisée de l'Empire. Des estimations faites aussi exactement que possible évaluent cette surface à 10 millions d'hectares, presque autant qu'en possède TAllemagne. Mais, comme en Algérie et ailleurs, les statistiques donnent souvent la classification de forêts à des régions où les arbres proprement dits sont clairsemés et qui sont recouvertes de broussailles.

Les principales étendues boisées se trouvent au nord de l'Asie Mineure, dans les régions voisines de la Mer Noire, où elles comprennent en partie les vilayets de Brousse, de Castamouni, et de Trébizonde. Mais elles sont loin de procurer à l'État les recettes que leur ferait produire une exploitation rationnelle. Celles du vilayet de Brousse, qui couvrent près de 24000 kilomètres carrés, donnent un revenu brut de 2272000 piastres et un produit net de 1900 000 piastres; celles du vilayet de Castamouni, où l'État exploite 8700 kilomètres carrés, ne lui rapportent que 1 750000 piastres. Ce sont d'ailleurs les seules étendues boisées un peu considérables et d'un seul tenant dont l'administration forestière tire un parti appréciable. Les forêts d'Arghana (5000 kilomètres carrés environ), d'Angora (à peu près même surface).

celles de la région d'Alep et celles de Van en Arménie ne fournissent du bois que pour les. besoins des localités voisines, et l'État n'en retire aucun profit sérieux, faute d^organisation administrative et aussi de voies de communication. Quant aux anciennes et célèbres forêts du Liban, d'où les Phéniciens tiraient les bois de construction de leur marine, elles ont presque entièrement disparu .

Est-il besoin de dire qu'aucune mesure n'est prise pour le reboisement des forêts dévastées (!)? Fataliste et inconscient de sa nature, le Turc ne se préoccupe guère d'une dépense dont l'avenir seul verra les fruits. Cette négligence produit les plus regrettables effets : influence nuisible sur le climat par une diminution sensible de la pluie, insuffîsance dans la production du sol, accroissement du danger des inondations et aggravation des ravages qu'elles causent.

Le régime des cours d'eau en Turquie est absolument instable. Dans les parties montagneuses, notamment en Macédoine et en Épire, les rivières et les ruisseaux sont absolument à sec pendant l'été, et deviennent, au printemps, des torrents d'une extrême violence dont le lit se déplace presque chaque année. Mais il ne faut pas compter, d'ici longtemps, sur la fin de cet état de choses. Même dans les États les plus civilisés, il faut à l'adminis- Lration une dose singulière d'esprit de suite et d'énergie pour imposer un système de reboisement. On juge de la difficulté que rencontre une pareille entreprise en pays musulman.

Vers 1860, des fonctionnaires français sont venus en Turquie ftur la demande de la Sublime Porte pour organiser une adminis^ Lration forestière conforme à celles de l'Occident ; mais cette tentative a été assez vite abandonnée et n'a guère produit de résultats appréciables. L'école forestière créée à cette époque a été supprimée il y a environ trois ans (2).

Le règlement du 11 chewal 1286 (1" janvier 1870), concernant les forêts, estrédigé d'après un projet élaboré pardes forestiers français, nais avec des modifications profondes « afin de le rendre plus en larmonie avec les usages administratifs du pays et ne pas suppri*

(1) Il est juste toutefois de mentionner qu'il y a parfois des exceptions heu- 'euses à cette règle, quoique extrêmement rares. Ainsi le vali d^Erzeroum a ait reboiser une étendue assez importante.

(2) C'est récole agricole qui a été chargée de renseignement qui y était donné, 1 Vexception des cours afTcrcnts à Texploitation minière qui ont été supprimés.

mer certains privilèges consacrés par le temps ». Il ne fait aucune mention des mesures à prendre pour le reboisement, et, de la grande série de dispositions qu*il contient, une seule est intéressante à relever : la confirmation de l'autorisation accordée aux habitants des communes de prendre gratuitement dans les forêts de TËtat les bois destinés à leurs besoins, tant pour la construction que pour le chauffage.

Administration sanitaire.

Recette: 87 829 livres turques.

Dépense : 93 842 livres turques.

Les ravages immenses causés par les épidémies de peste, qui, à plusieurs reprises,désolèrent TOrient, notamment en 1625 où ce fléau enleva àConstantinople 140000 hommes en trois mois, en 1812 et en 1837, amenèrent à la fin du règne du sultan Mahmoud, en 1838, la création d'un « conseil supérieur international de santé » qui eut pour mission de prendre toutes les mesures nécessaires en vue de combattre Tintroduction et la propagation de maladies contagieuses dans le pays. Bien que ces mesures soient absolument contraires aux croyances de Tislamisme, l'institution a pu se maintenir jusqu'à nos jours.

Le conseil de santé international se compose actuellement de huit membres turcs et de délégués de la France, de TAUemagne, de rAutriche-Hongric, de la Grande-Bretagne, de la Belgique, de TEspagne, des États-Unis, de la Grèce, de Tllalie, des Pays-Bas, de la Perse, de la Russie et de la Suède et Norwège.

Les lazarets aux divers points des frontières dépendent directement du conseil sanitaire international. Le personnel est nommé et payé directement par lui.

Les mesures sanitaires à Tintérieur sont prises dans les différents vilayets par des médecins sanitaires, sous la direction des gouverneurs. En temps d'épidémie, ces médecins ont à se conformer aux instructions du conseil international. Pour veiller à l'exécution des mesures ordonnées par le conseil, un certain nombre d'inspecteurs sont envoyés de temps en temps en tournée.

Les recettes de cette administration proviennent des taxes suivantes :

DÉPARTEBIENTS CIVILS. 219

1^ Pour la patente de santé, chaque vaisseau doit payer pour les 500 premières tonnes, 20 paras par tonne, pour les 500 tonnes suivantes 12 paras par tonne, et pour chaque tonne dépassant 1 000 tonnes 8 paras.

2"* En cas de quarantaine, il est perçu une taxe de 25 piastres par jour pour chaque gardien sanitaire, une taxe de quai de 5 piastres par personne et par jour et une taxe sur les marchandisesà désinfecter. Celle-ci s'élève à 3 piastres par 100 kilogrammes pour la laine, le coton et autres marchandises emballées; à 10 piastres les 100 pièces pour les cuirs et peaux; à 10 piastres par balle pour les déchets et chiffons; à une piastre par tête pour le gros bétail et 1/2 piastre par tête pour le petit bétail. Les frais pour le stationnement des vaisseaux aux endroits de quarantaine s'élèvent à 10 piastres par jour jusqu'à 100 tonnes, 20 piastres de 100 à 200 tonnes, 30 piastres de 200 à 400, 40 piastres au-dessus de 400 (1).

3* Les pèlerins de Perse et ceux qui par les ports de la Mer Rouge se rendent à la Mecque ont à payer 10 piastres par personne outre les droits éventuels de quarantaine.

Les dépenses inscrites au budget se composent de Ltq. 46941 pour le traitement des membres turcs du conseil international, les médecins et les employés du service sanitaire dans les diverses stations et Ltq. 46 901 pour la construction et l'entretien des lazarets dans ces stations et l'acquisition des médicaments nécessaires. Les recettes et les dépenses du conseil sanitaire international sont placées sous le contrôle du conseil lui-mêoie; au Gouvernement, qui a à faire face au déficit éventuel, revient seulement la nomination des délégués turcs, du chef comptable et des agents comptables.

Le gouvernement turc a plusieurs fois manifesté des velléités de rogner la compétence du conseil sanitaire et de limiter son influence. Tout récemment encore un conflit s'est élevé pour la fixation de la quarantaine à l'égard des provenances égyptiennes et pour la nomination des membres du conseil sanitaire et du personnel. Cependant, grâce à l'appui des ambassades, obligées d'intervenir à plusieurs reprises, il a été possible de maintenir au conseil l'intégralité de ses attributions.

Il serait à souhaiter que le conseil usât de son influence pour

(1) Les vaisseaux de (guerre et les barques de pêche sont exemptés des taxes «aniLaires.

restreindre le nombre des mesures de quarantainef devenues réellement par trop grand dans ces derniers temps. Ces mesures, provoquées à tout instant par la nouvelle, souvent exagérée ou controuvée, d*un cas suspect, sont superflues; elles ne font qu'entraver inutilement les communications et le commerce e( produisent ainsi plus de mal que de bien.

Mahsoussé.

Recelie : 227 346 livres turques.

Dépense : 226334 livres turques, dont 59 177 pour traitements.

Le mahsoussé est une administration de transports maritimes dépendant du ministère de la marine.

Les vaisseaux mahsoussé étaient primitivement la propriété particulière du Sultan ; mais, il y a une quarantaine d'années, ils furent remis à l'amirauté pour le service du trafic maritime. La flotte du mahsoussé comprend 78 bâtiments de diverses dimensions, parmi lesquels 10 sont réservés au transport des troupes. Le mahsoussé dessert les lignes suivantes :

Stamboul-Haïdar Pacha, Stamboul-Kadikeui, Stamboul-Iles des Princes, Stamboul-golfe d'Ismid.

En outre ses vapeurs assurent le service des côtes dans la Mer Noire jusqu'à Trébizonde et dans la mer de Marmara jusqu'aux Dardanelles, le trafic entre Constantinople et Moudania et de temps en temps les relations avec Tripoli. La grande majorité des vaisseaux a plus de vingt ans d'existence ; quelques-uns même ont l'âge respectable de quarante-huit ans; un très petit nombre seulement sont d'origine plus récente, ayant été construits il y a sept ans environ. A l'état peu satisfaisant des navires répond leur médiocre vitesse qui, en moyenne, ne dépasse pas de 6 à 10 nœuds l'heure. Aussi les traversées ne s'effèctuent-elles pas avec toute la vitesse désirable. Le service lent et irréguHer des Iles des Princes a eu pour conséquence la dépopulation graduelle de ces fies si avantageusement situées qui, autrefois lieu de villégiature estivale pour les habitants de Constantinople, sont aujourd'hui habitées presque exclusivement parles propriétaires ruraux de la localité. La population de Kadikeui, de Moda et de Haïdar Pacha se plaint aussi de l'état des bateaux et de leur allure de tortue.

C'est pourquoi le gouvernement a jugé bon récemment d'engager un ex-ingénieur mécanicien des Messageries maritimes, M. Dalmas, en qualité d'ingénieur-inspecteur, chargé de remédier à Tétat précaire de la flotte mahsoussé. L*ingénieur français ne fut pas peu étonné de voir arriver, pour Tinspeclion des machines à laquelle il se rendit en blouse, les vice et contre-amiraux dans leur costume de gala chamarré d'or. Les constatations faites par M. Dalmas ne permirent guère aux commandants de se prévaloir de leurs services pour réclamer de Tavancement ou des décorations. Le rapport de l'ingénieur français conclut à la nécessité de Tachât de seize nouveaux vapeurs, dont quatre pour le service des Iles des Princes, quelques-uns pour le petit service, le reste pour le grand service des côtes. Les habitants des lies et de Kadikeui feront bien de s'armer de patience.

Quant au service de Haïdar Pacha à Sirkedji et au pont de Karakeui, le Gouvernement a pris par une stipulation de l'acte de concession de la ligne de Bagdad l'engagement de faire desservir ces lignes par l'administration du mahsoussé au moyen de trois bateaux neufs d'une vitesse moyenne d'au moins 14 milles. Si Tadministration du mahsoussé n'organisait pas le service dans ces conditions jusqu'au 8/21 janvier 1903, la Société du chemin de fer d'Anatolie aurait le droit de s'en charger. Elle aura en ce cas à payer au trésor 5 p. 100 des recettes brutes, plus le montant du bénéfice net après déduction de 8,30 p. 100 d'intérêts sur le capital afTecté à l'acquisition des bateaux, ces intérêts pouvant être prélevés, en cas de déficit, sur les bénéfices des années suivantes. Il yV^

Mines d'Héraclée.

Recette : 39 600 livres turques. é Q T ^ ^

Dépense : 28 411 livres turques. , 7 ' ; ^'

Les mines de charbon du bassin d'Héraclée (Eregn)iiux'Bords de la Mer Noire sont soumises à un régime spécial. Elles se trouvent rattachées au domaine impérial et la gestion en est confiée au ministère de la marine. Le ministère en exploitait une partie directement; pour d'autres il accordait des permis d'exploiter (teskérés) donnant aux bénéficiaires le droit d'extraire la houille des couches concédées jusqu'à complet épuisement, sous

condition de ne pas interrompre pendant plus de trois mois les travaux entrepris, faute de quoi la couche faisait retour à Tami* rauté.

Les très lourdes redevances à payer, 10 piastres par tonne et abandon à TÉtat du menu (représentant environ 30 p. 100 de lextraction] ainsi que la difficulté de transport empêchèrent Tindustrie houillère de se développer.

Un firman impérial en date du 25 novembre 1309 (1892) accorda à S. E. YankoBe^IoannijJes la construction et Texploitation d'un port à Zoungouldac sur le rivage des mines d*Héraclée, la construction de voies ferrées de jonction pour le service des mines et Texploitation des mines dont le concessionnaire pourrait disposer soit en vertu d'autorisations spéciales, soit par suite de cessions à lui faites conformément aux lois de TEmpire. C'est sur la base de ce firman et d'un autre firman accordant la réduction de moitié de la redevance de 10 piastres par tonne et le droit de conserver et d'utiliser les menus, ainsi que de l'achat d'un nombre important de teskérés (1) portant entre autres sur toutes les couches abandonnées ou encore inconnues dans la région située entre Uzulmès et Tchatal-Ahgzy, que fut fondée en mai 1896 la Société d'Héraclée, au capital de 10 millions de francs.

En dehors de la redevance à payer indiquée plus haut, la Société est tenue de fournir à Tamirauté 40 000 tonnes de charbon au prix fixe de 30 piastres par tonne; le Gouvernement peut exiger aussi qu'il lui soit remis jusqu'à 60 p. 100 du charbon extrait; mais il en doit payer alors le prix courant du marché avec un minimum de 50 piastres.

La Compagnie est chargée derachèvementet de la construction des voies ferrées nécessaires au service des mines ; les sommes dépensées de ce chef devront lui tUre remboursées par TÉtat avec les intérêts au taux de (> p. 100. Le remboursement de la somme dépensée pour la construction (730 000 francs pour environ 25 kilomètres) et pour le matériel roulant (environ 600000 francs) est

(1) Les règlements des mines d'IIéraclée ne prévoyant pas le transfert des teskérés ù une Société anonyme, il a fallu faire un détour pour arriver à utiliser les concessions achetées; avec l'approbation du minisire de la marine, les teskérés ont été transférés au nom de deux individus sujets ottomans qui ont donné à In société procuration générale et irrévocable pour la gestion des mines en lui faisant abandon de tous les béncAces de l'exploita tion jusqu'à complet épuisement des glles.

g^agé par la redevance minière, la part de 8 p. 100 du produit du port et celle de 40 p. 100 de la recette brute du chemin de fer réservées au Gouvernement.

La production en 1900 s'est élevée à 255 000 tonnes, dont 172000 vendues comme charbon; 45000 vendues comme coke; 1 800 vendues comme briquettes.

Ce n'est qu'après l'achèvement des travaux du port, dont Tou verture doit se faire incessamment, que l'exploitation pourra prendre une plus grande extension.

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