REVUE HISTORIQUE
Bien ([ue lo peuple oUoman ail été pendant longtemps une nation nomade, bien que ses mœurs, ses coutumes et ses iuslitulions conservent encore après lanl de siècles l'empreinte profonde «le son étal social primitif, on peut cependant signaler, dès l'origine de son histoire, une sorte de système fiscal organisé avec une certaine méthode. Ce système, après avoir été l'objet de constantes améliorations, fut négligé plus tard et dénaturé au point de couvrir de son crédit les plus criants abus.
Loin «rétrc de simples chefs de hordes dévastatrices errant à l'aventure, sana plan déterminé, les premiers souverains ottomans alliaientàleurgénie guerrier des vues administratives et polili(iues. Tandis (juc le sultan Orkhan, le successeur «l'Osman, continuait Tceuvre conquérante de son père, nous voyons son frère Ala-Eddin, exerçant, le premier, les fonctions de Grand Vizir de l'Empire, organiser <le main de maître l'administration des territoires conquis.
Pour manifester à tous et maniuer par un signe éclatant les ■prérogatives impériales de son frère, il (it, dès 13*28, frapper et mettre en circulation des pièces de monnaie d'or et d'argent portant le chiffre du Prince (Toughra) et un verset du Coran; en outre, pour s'assurer une armée permanente, il créa le corps des Janissaires et celui des Sipahis.
2 Li:S FINANCES DU LA TrUOUIE.
Les Janissaires étaienl des enfants chréliens enlevés de force el élevés dans la loi du Prophète. Sans famille, sans lien de parenté, ni entre eux, ni avec le reste du peuple, ces soldats devaient appartenir entièrement aux princes dont ils tenaient tout. Leur nombre, fixé à mille d'abord, alla toujours croissant, grâce à la dîme des enfants chréliens (Dojmé) introduite sous Mahomet II à la prise do Constantinople (1153) et abolie par Mourad IV (1638).
Quant aux Sipahis, ils recevaient en récompense de leurs exploits des fiefs militaires, Timars et Ziamets (1), cultivés par des paysans, et héréditaires dans la ligne masculine, à Textinction de la<iuelle ils retournaient au domaine du Sultan. Ils étaient exemptés d'impôts, prélevaient la dîme de leurs terres, mais étaient tenus, en échange, de fournir en temps de guerre un djébéli ou cuirassier par 3000 aspres de revenu. Plusieurs fiefs réunis formaient un sandjak, commandé par un sandjakbey, et plusieurs sandjaks un élayet, administré par un beylerbey.
Quant à la législation financière, elle procédait du Coran comme toutes les autres lois. Elle dérivait du texte sacré, soit directement par l'application de ce texte, soit indirectement, au moyen des ordonnances des souverains — canouns — qui sont ou sont censées être des interprétations du Coran, appropriées aux circonstances.
Mourad I (1359-138U) inaugura la législation des canouns. C'est de son règne (jut* date la première organisation des finances, développée sous Mahomet II et surtout sous Soliman le Grand. Les canouns de Soliman, rassemblés en 15G0 par le grand Defterdar Mohammed Tchélébi, et dont les principaux sont : le canoun raya ou des finances el celui des Timars, nous offrent un tableau fidèle des impositions qui grevaient le sol et ses habitants.
Suivant l'interprétation du même Mohammed Tchélébi, les terres en pays d'Islam sont de trois catégories :
1° Terres de dîme (ersi achriée), possédées depuis la conquéle par des musulmans dont elles sont la propriété (mulk), et pour lesquelles ils ne paient fjue la dîme (aachr), mais point d'autre impôt foncier.
'l"" Terres grevées de l'impôt foncier (ersi haradjiée), laissées
(1) Les 3'imar« rapportaient jusqu'à 20000 aspres de revenu ;!es Ziamets étaient *
les domaines dont le revenu excédait ce chiffre; 3 aspres formaient un para; |
dont iO faisaient une piastre; la piastre primitive valant 5 francs, 20 000 aspres ^ représentaient par conséquent environ 800 francs.
aussi depuis la conquête en loule propriëlé à leurs possesseurs non musulmans qui, outre Timpôt personnel de la capilation djisir ou karadj), paient encore un double impôt réel : un impôt foncier (karadj mouwasaf) établi sur l'étendue du terrain, et un impôt sur les produits (karadj mukasséraé) diflérant de la dîme en tant qu'il comprend plus que la dixième partie des produits, soit un huitième, un septième, un quart, sinon même la moitié.
Les livres sacrés ne mentionnent que ces deux catégories de terres; mais il en existe une troisième :
3"* Terres domaniales (ersi memleket ou ersi miri), cédées à titre de possession viagère et en échange de services militaires, par rÉtat qui s'en réserve le droit de propriété. Ce sont des fiefs militaires, aux titulaires desquels les rayas (sujets, serfs, fermiers) paient le tapu ou droit de fermage ù chaque mutation de possession, rimpôt foncier et lïmpôt sur les produits sous le nom de dime.
Il s*ensuit que les impositions légales (russumi chérie) établies d'après les lois de l'Islam ne comprennent pour les non-musulmans que le karadj, c'est-à-dire la capitation, l'impôt foncier et l'impôt sur les produits, et, pour les musulmans, exemptés de toute contribution personnelle, la dîme seule.
Une deuxième catégorie d'impôts est formée par les « lekaHfi urfijé » ; ce sont des taxes arbitraires qui doivent leur existence, non plus à la loi fondamentale de l'Islam, mais à des ordonnances politiques émanées du bon plaisir du souverain. C'est ici qu'il faut ranger les droits de douane et d'octroi, les patentes, les taxes judiciaires, celles des mariages et l'impôt sur les célibataires, les droits de timbre, de pesage, de magasinage, les amendes correctionnelles, ainsi que certaines mesures de finance extraordinaires et oppressives ayant leur origine dans la rapacité des souverains et de leurs subordonnés.
Toutes ces contributions, auxquelles s'ajoutaient les tributs des principautés vassales, avaient une destination identique elles se déversaient dans le trésor public (myri).
A côté du trésor public existait le trésor du Sultan, le hasné ou cazna di dentro, comme l'appellent les ambassadeurs vénitiens, par opposition au trésor public ou « extérieur » (cazna di fuora). Ce trésor de l'intérieur, formé surtout des biens de la Couronne (chase houmayounj, originaires eux-mêmes du droit
4 LES FINANCES DE LA Tl'ItQUlE.
des sultans à la cinquième partie de tout butin fait sur l'ennemi, notamment du cinquième de la valeur des prisonniers de fçuerre ou des esclaves pris au cours des expéditions sur terre et sur mer, salimenlait principalement au moyen des revenus de l'Egypte et de l'Arabie, du droit de 10 p. 100 sur tous les héritages, du rapport des biens des fonctionnaires réunis, par droit d'héritage ou de confiscation, aux possessions impériales, de la vente des places et dignités des TEmpire; il s'enrichissait enfin des merveilleux présents d'or et d'argent, des pierres précieuses et des inestimables joyaux dont le monde entier, à l'envi, se plaisait à combler les sullans(r).
C'est surtout dans l'espace de temps compris entre les règnes de Mahomet II (1451-1481) et de Mahmoud I (1730-1751) que le trésor impérial est réputé avoir pris des dimensions prodigieuses. La descriplion du trésor de Soliman que faisait, en 1531, le grand vizir Ibrahim aux envoyés de l'Empereur était aussi terrifiante (jue celle de l'immensité de ses armées. Les célèbres Sept Tours (Yedi-Koulé), bMies par Mahomet II, étaient pleines encore, affirmait-il, de l'or et de l'argent accumulés par les devanciers de son maître, richesses qu'on n'entamait jamais — sauf à l'occasion des dons de joyeux avènement aux janissaires — et qui s'augmentaient, jour pour jour, de '20000 aspres (400 ducats) que le trésorier du cazna était tenu d'y déposer et auxquelles s'ajoutaient les ressources régulières du souverain et les économies du fisc, soit plus de 2 millions de ducats par an! Telle était, à l'époque, l'opinion générale partagée, à quelques exceptions près, parla crédulité anxieuse de l'Occident, rendue vraisemblable dans une certaine mesure parles succès delà Turquie et habilement entretenue par ses hommes d'État qui avaient tout intérêt à nourrir et à propager ces légendes pour frapper les imaginations.
« On ne peut se faire une idée du trésor presque incommensurable du sultan, disait vingt ans plus tard le grand vizir Rustem
(1) Qu'il sufÉîsc ici, pour donner une idée de la valeur de certains de ces prcsenls, de relater (suivant llamnier) que l'ambassadeur du prince indien de | Gudscluirat, demandant à Soliman sa protection contre les Portujjais, appuyait ' sa requête d'une foule de présents, parmi lesquels une ceinture estimée à 60 crorc, ce qui représentait (la crorc valant 10 000 ducats) six millions de ducats. Le ducat ou la zccliine turque (de 19 l/-i karats) valait environ 10 francs; | il existait toutefois à cette époque des ducats ou zeçhines hollandais et vénitiens valant environ 12 francs et des zechincs égyptiennes d'une valeur de ! «) francs seulement. De là les dilTércnccs dans les transpositions que les historiens ont faites, en argent français, des ducats et zechincs.
à Trevisiano, ambassadeur de Venise; il suffirait pour soutenir qualrc-vingls ans durant une guerre continuelle avec la chrétienté. » Inutile d'ajouter que ni Trevisiano, Morosini ou Barbaro, ni les autres ambassadeurs de Venise, à l'esprit alerte et perspicace, n'ajoutaient foi à ces vantardises, d'autant moins que les dépenses allaient de front avec les recettes; la conslruclion de la mosquée Suleimanjé, finie en 1550, n'avait pas coulé moins de 1 03G000 ducats et une somme supérieure encore avait été dépensée pour les conduites d'eau de Conslanlinople. La guerre de Soliman contre son fils Bajazet avait également absorbé des sommes considérables, de sorte que, vers la fin du règne de cesullan, les « monceaux d'or » entassés dans le mystère des Sept Tours avaient déjà dû subir de sensibles réductions.
Depuis lors, de nombreuses et diverses vicissitudes se produisirent, selon l'état plus ou moins prospère des finances publiques, selon le caractère des souverains, l'importance des présents, l'altitude et les prétenlions des janissaires, selon enfin que l'Empire jouissait de la paix ou combattait la Perse et la chrétienté.
Sous Mahomet III, le trésor privé se réduisit considérablement. « Lorsque, dit Sélaniki, il entra en campagne en 159G contre les Hongrois, il n'emportait avec lui en or et argent monnayé pas moins de 550 charges de chameau (1), et il restait encore au Sérail 400 charges d'or à 40000 ducats chacune, soit 16 millions de ducats, 100 charges de piastres à 10000 chacune, soit 1000000 de piastres et 50 charges d'aspres. » Ces sommes furent vraisemblablement vite dissipées, puisque, à l'avènement de Mourad IV (1622), la sultane mère se vit contrainte, pour calmer reffervescence des troupes sans solde, d'envoyer à la Monnaie la plus grande part de ce qui restait encore de vaisselle d'or cl d'argent (2).
L'énergie ingénieuse de Mourad IV releva sensiblement le Trésor. Celui-ci, au dire de Tavernier (3), contenait vers le milieu du XVII* siècle 4 000 sacs de 15000 ducats chacun ; mais, dans la période suivante, les revers de l'Empire et sa décadence durent réduire de beaucoup les richesses du Sérail.
(1) La charge de chiimeau reprcsentaiL 1633 ducals.
'2) Negoliaiions of Thomas Hoe in his Emhassy ta Ihe ollamnn l*orte from lOff to ims, ■3) Sonvelle relnlion de Vintérieur du Sérail: Amslcrdani, 107s.
6 LES FINANCES DE LA TUnQUIE.
Les renseignements de quelque valeur nous manquent sur ce sujet et les historiens s(^rieux, comme Joseph de Hammer, se bornent à constater que, pendant les grandes guerres de la fin du xvu* siècle et du cours du xvnr, les sultans onl, à diverses reprises, pourvu par leurs ressources à la pénurie du trésor public. Ce n'est que de nos jours, sous le règne du sultan actuel et de son prédécesseur, qu'il est de nouveau question de grandes fortunes personnelles accumulées par le souverain et distinctes des ressources de TEmpire.
Il n'a été question, dans ce qui précède, que du Trésor propre (lu Sultan. Nous avons maintenant à jeter un rapide coup d'œil sur l'histoire financière proprement dite de la Turquie, depuis ses origines jusque vers le milieu du dernier siècle.
Les premiers historiens de l'Empire, évidemment hors d'état d'approfondir la situation économique du pays, glissent sur celle aride matière, nous laissant jusqu'au règne de Mahomet II le Conquérant (1451-81) dans l'ignorance la plus complète à cet égard, Chalcondylas le Byzantin et le cardinal Bessarion .sont les premiers qui nous fournissent quelques données positives sur l'importance des revenus du fisc vers la fin de ce règne. Chacun d'eux les évalue à 2 ou '2 millions l/'2 de ducats, chiffre qui, grâce à l'agrandissement constant de l'Empire, devait rapidement augmenter. En effet, s'il faut en croire Paul Jove, le correspondant de Charles-Quint, et Cantacuscino, « le gentilhomme conslantinopolitain » comme il s'inlitulait lui-même, le siècle nouveau n avail point encore commencé que les ressources de l'Empire, plus que doublées déjà, représentaient 5 millions 1 / '2, sinon môme 6 miUions de ducats. Ce beau résultat étail, suivant toute apparence, dû aux innovations administratives introduites par le Canoun-namé de Mahomet II qui, aux anciennes impositions de la capilalion et de la dîme, avait ajouté de nouvelles sources de revenus : le prix du sang(l), les amendes correctionnelles et d'autres. Mais pour la plus grande part, ce résultat était dû aux victoires du Croissant qui, de jour en jour, devenaient plus lucratives. S'étant emparé, sans coup férir, de la ville de Brousse (1317) le fils d'Osman avail laissé aux habitants la vie sauve et la jouissance de leurs biens, en échange d'une somme de 30000 ]:)ièces d'or. Ce fut là, sans
(1) L'homicicli* y est cote 3000 osprcs, un œil crevé I jOO, imo blessure h in liHe 30, etc.
doule, le premier Iribut payé à la Turquie. Plus lard, la perception de redevances devint un usage constant de la Porte, la condition sine qua non de relations amicales avec elle, condition h laquelle durent se soumettre les nations vassales et que subirent, pendant des siècles, un certain nombre d'Élats chrétiens réduits à payer à la Porte, soit un tribut une fois versé pour obtenir la paix, soit un tribut annuel pour la conserver. Raguse, Venise et Gênes, les îles de TArchipel, la Moldavie, la Valachie, la Transylvanie, aussi bien que les peuples nomades des bords de la Mer Noire, étaient contraints d'expédier chaque année à Constanlinople des sommes considérables et aussi des présents obligatoires dont la valeur dépassait souvent celles des premières. Môme Leurs Majestés du Saint Empire, Ferdinand I et Maximilien II, ne furent point épargnées et TAutriche considéra déjà comme un succès d'avoir réussi à remplacer dans ses traités avec SoHman le Grand le mot de tribut par l'expression moins pénible, de « présent honorifique ».
Cet accroissement rapide des recettes du Trésor public ottoman s'expliquait enfin par les confiscations de plus en plus fréquentes, et par certaines pratiques financières d'une correction douteuse, comme l'altéralion des monnaies, conséquence d'un usage en vertu duquel chaque souverain décrétait à son avènemenl le retrait complet des monnaies en cours qu'il fallait échanger à raison de douze pour dix pièces seulement de l'émission nouvelle dont le titre môme était inférieur à celui de la j)récédcnte.
En regard de ces ressources — irrégulières parfois, comme on vient de le voir — figuraient aussi certaines dépenses qu'il serait malaisé de nos jours de justifier devant un Parlement. C'est ainsi que, ne pouvant appliquer la loi du fratricide à son frère Djem qui lui contestait le trône et s'était réfugié chez les chevahers de Rhodes, Bajazetll leur paya 15000 ducats par an pour qu'ils le retinssent prisonnier; mais le pape Alexandre VI, qui leur succéda dans la garde de ce malheureux prince, préféra à ce revenu d'une durée incertaine un capital de 300000 ducats, une fois payés, moyennant lesquels il rendit au Sultan le petit service de le débarrasser de ce frère encombrant.
Autant les données que nous possédons sur la situation financière de TEmpire jusqu'au début du xvf siècle sont insuffisantes, autant elles sont détaillées pour les deux siècles suivants, graceaux
LF-fî riNANnr.«> de la TunguiE.
« Rclazioni à la Signoria » dos rcprt'scnlanls à Conslanlinoplo de la République do Venise qui, la première des nations de TEuropo, noua dans Tinlorôl do ses échanges dans le Levant des rapports suivis avec la Turquie.
Une des plus anciennes relations, celle de Mocenigo, rédigée en 1518, évalue les rentrées de Seliin I à 3130000 ducats, sans compter le revenu des pays enlevés à la Perse et celui de TÉgypto. C'est au milieu du xvr siècle, sous Soliman II (1\ que Tempire, parvenu au faîte de sa grandeur et de sa puissance, connut aussi ses plus beaux jours do prospérité financière. Novagero nous fournit pourTannée 1553 quelques détails sur les recettes, évaluées à 10 millions l/*2 à 15 millions de ducats.
Capitation (karadj) 1 000 000 dncaU.
Patentes (pnvilcjçes) 100 000
Successions noo 000 —
Impôt foncier (1 ducat par maison) du Sandjak d'Argos dont les habitants sont exempts du karadj -JOO 000 —
Hcvenus'de ri^jçyptc et do TArahie (dont la moitié servait aux frais d'administration et d'occupation) 1 SOO 000 —
Revenus de la Syrie Goo OOO —
— Mésopotamie 200 000 —
Mines et salines IJOOOdO —
Douanes et autres charges du commerce,... 1200 000 —
Dîmes SOO ooo —
Tributs (Moldavie, IGOOOO; Valachie, 12 000; Transylvanie, 10 000; Ra^Mise, lOOOO; Chio, 10 000; Chypre, S 000; autres iles de l'archipel, G OOO; 210 000 —
Mais, bientôt après le règne de Soliman, la prospérité financière de la Turquie commence ù décliner. Dès la fin du xvr siècle, dos séditions do janissaires sont provoquées à diverses reprises par la détresse du trésor public. On voit apparaître on mémo temps les plaies administratives dont l'empire souHVira pendant si longtemps, la corruption et la rapacité dos fonctionnaires, la vénalité dos emplois, le goût immodéré de luxe qui s'empare des hauts dignitaires, l'augmentation disproportionnée» dos traitements payés aux favoris du souverain, la perception vicieuse des impôts qui
\) Soliman (le Grand) est désij^ué par quehpies historiens sous le nom de Soliman I, par d'autres sous celui de Soliman II. Ce désaccord provient du fait (jue les premiers reconnaissent aussi couime Sultan un autre Soliman, fils de Uajazet I, (jui avait lutté pour le trône contre ses frères et n'a>ait réussi ù ôtrc reconnu que dans la Turquie d'Kuropc (1 i03-l '»!(•).
AVANT 185i. 9
écrasent les conlribuables, mais dont le produil n'entre que pour une faible partie dans les caisses publiques.
Le récit des fortunes colossales amassées par certains hauts fonctionnaires, grands vizirs, defterdars, gouverneurs ou fermiers d'impôts, en dit long sur ce sujet et permet de juger du détestal)le fonctionnement de l'administration de cette époque « où tout le monde volait etélaitvolé » (1), sauf les plus pauvres contribuables, qui ne conjuguaient le verbe voler qu'au passif.
Dans la succession du grand vizir Rustem Pacha (-f- 1561) on trouva 15 millions de ducals. Michel Cantacuzène, un Grec, protégé du grand vizir Mohammed Sokolli, pendu en 1578 à la porte de son palais à Anchioli dont la splendeur rivalisait avec celle du sérail du grand Seigneur, possédait plusieurs centaines de villages. En 159(>, à la mort de Sinan Pacha qui paya à Mourad III 1000<H) ducals pour le poste de gouverneur de Damas et fut cinq fois grand vizir, on trouva, selon Thistorien Aali (1599), 1)00 000 ducals, 2900 000 piastres d'argent et pour 500000 ducals de pierres et d'élolTes précieuses.
Toules ces fortunes revenaient bien à l'Htat à la mort, le plus souvent violente, de leurs détenteurs ; mais le fait de leur accumulation démontre à quel point la population a dû élre épuisée par les exactions et les taxations arbitraires.
Les règnes d'Achmed I (1003-1017), de Mustafa 1 (1017-1018) et d'Osman II (1018-1022) n'apporlèrent à l'Empire que des désastres. La guerre de Hongrie se termina par la paix de Szitva Torok (1006) par laquelle l'Autriche se débarrassa de son << présent honorifique » annuel au moyen du paiement fait <i une fois pour toules » dune somme de 200000 florins. De sanglantes révoltes à l'intérieur, des révolutions du palais, Tincapacité des gouverneurs des provinces frontières amenèrent la pert(» des parties les plus iloriftsantes de l'empire. Sur TEuphrale et le Tigre, les Perses arrachèrent aux Turcs toutes les conquêtes de Soliman et de Sélim II; les Pachas profitèrent de la situation pour retenir à leur profit la plus grosse part des impôts ; le peu qui parvint dans la capitale fui volé ou gaspillé. A l'avènemenl de Mourad IV
• 1) '. Tutti in (|ucl govcrno rubano c sono rnhali: solamcnte l'infima pleho clie non ha alcnno inferioro à sf con cui possa rif.irsi resta niiseramonto oppressa c sola porta il peso di tutle le calamita <». Giovanni Mori, Holazione de 1590.
^ LES FINANT.Kfi DE L.\ TUnQUiE.
« Rclazioni à la Signoria » des rcpri'scnlanls à Conslanlinople de la République do Venise qui, la première des nations de l'Europe, noua dans Tinlért^t de ses échanges dans le Levant des rapports suivis avec la Turquie.
Une des plus anciennes relations, celle de Mocenigo, rédigée en 1518, évalue les rentrées de Selim I à 3130000 ducats, sans compter le revenu des pays enlevés à la Perse et celui de TEgypte. C/csl au milieu du xvi'^ siècle, sous Soliman II (1), que Tempire, parvenu au faîte de sa grandeur et de sa puissance, connut aussi ses plus beaux jours de prospérité financière. Xovagero nous fournil pourTannée 1553 quelques détails sur les recettes, évaluées à 10 millions l/'2 à 15 millions de ducals.
(!opitaLion (karadj) 1 000 000 cliicnU.
Patentes (privili?jîcs) loo 000 ~
Successions 300 ooo —
Impôt foncier (l ducat par maison) du Sandjak d'Argos dont les habitants sont exempts du karadj 200 000 —
Hfvenus'de TKj^ypte et de l'Arabie (dont la moitié servait aux frais d'administration et d'occupation) 1 SOO 000 —
Hevenus de la Syrie GOO OOO —
— Mésopolamic 200 00(» —
Mines et salines 1 300 OOO —
Douanes et autres charij'es du commerce... . I 200 000 —
Dîmes SOO 000 —
Tributs (Moldavie, IGOOOO; Valacliie, 12 000; Transylvanie, 10 000; Haj;use, lOOOO; Cliio. 10 000; Chypre, S 000; autres îles de l'archipcl.GOOO; 2IG0OO —
Mais, bientôt après le règne de Soliman, la prospérité financière de la Turquie commence à décliner. Dès la fin du xvr siècle, des séditions de janissaires soni provoquées à diverses reprises par la détresse du trésor public. On voit apparaître en même temps les plaies adminislralives dont l'empire sou ITrira pendant si longtemps, la corruption et la rapacité des fonctionnaires, la vénalité des emplois, le goût immodéré de luxe qui s'empare des hauls dignitaires, l'augmentation disproportionnée» des traitements payés aux favoris du souverain, la perception vicieuse» des impôts qui
1) Soliman (le Grand) est désijj^né par (|uel(|ucs hisloricns sous le nom de Soliman I, par d'aulres sous celui de Soliman II. Ce di'saccord provient du fait (jue les premiers reconnaissent aussi comme Sullan un autre Soliman, fils de Uajazet I, qui avait lutté ))0ur le trône contre ses frères et n'a\ait réussi à ôtre reconnu que dans la Turquie d'Kuropc (1 J03-t JIO).
écrasent les contribuables, mais donl le produit n entre (jue pour une faible partie dans les caisses publiques.
Le récit des fortunes colossales amassées par certains liauls fonctionnaires, grands vizirs, defterdars, gouverneurs ou fermiers d'impôts, en dit long sur ce sujet et permet de juger du détestable fonctionnement de l'adminislration de cette époque « où tout le monde volait etélaitvolé » (1), sauf les plus pauvres contribuables, qui ne conjuguaient le verbe voler qu'au passif.
Dans la succession du grand vizir Rustem Pacha i-f- l''^^>l) on trouva 15 millions de ducats. Michel C4antacuzène, un Grec, protégé du grand vizir Mohammed Sokolli, pendu en 1578 à la porte de son palais à Anchioli dont la splendeur rivalisait avec celle du sérail du grand Seigneur, possédait plusieurs centaines de villages. En 1590, à la mort de Sinan Pacha qui paya à Mourad HI KHMHH) ducats pour le poste de gouverneur de Damas et fut cinq fois grand vizir, on trouva, selon l'historien Aali (1599), r»(M)(MM) ducats, -2904)000 piastres d'argent et pour 500 000 ducats iïc pierres et d'étolTcs précieuses.
Toutes ces fortunes revenaient bien à l'Ktat à la mort, le plus souvent violente, de leurs détenteurs ; mais le fait de leur accumulation démontre à quel point la population a dû être épuisée par les exactions et les taxations arbitraires.
Les règnes d'Achmed 1 (1003-1017, de Mustafa 1 (1017-1018, et d'Osman II (1018-10*22) n'apportèrent à TKmpire que des désastres. La guerre de Hongrie se termina par la paix de Szitva Torok (ir>06) par laquelle l'Autriche se débarrassa de son « présent honorifique » annuel au moyen du paiement fait « une fois pour toutes » d'une somme de 200000 florins. De sanglantes révoltes à l'intérieur, des révolutions du palais, l'incapacité des gouverneurs des provinces frontières amenèrent la perte des parties les plus Horissantes de l'empire. Sur TEuphrale et le Tigre, les Perses arrachèrent aux Turcs toutes les con<iuétes de Soliman et de Sélim H; les Pachas profitèrent de la situation pour retenir à leur profit la plus grosse part <les impôts; le peu qui parvint dans la capitale fut volé ou gaspillé. A Tavènemenl de Mourad IV
il) •. Tulli in quel gnvorno nibano e sono ruhalî: solumcnU' rinllnia pleho i-lio non lia alcuno infiTioiv à se con cui pos>a rifarsi icsta niiscramonlr oppressa c sola porta il peso di tutlc le calamita ••. Giovanni Mori. Hrlazione de 1090.
(16*23), les Hnanccs de IVmpire (^talent en si mauvais étal que le don d'usage fait aux janissaires à chaque changemenl de sullan (1) ne put t^tre acquitté qu'en envoyant à la Monnaie la vaisselle d'or du grand Seigneur. C'est à cette époque que, pour la première fois, le Sultan s'adressa — sans résultat d'ailleurs — à 1 étranger, aux ambassades de Venise, de France, d'Angleterre et de Hollande, pour obtenir un emprunt. Par suite du détestable régime monétaire et de la peste qui, en 1025, emporta à Consiantinople i 40 000 personnes dans l'espace de trois mois, le commerce était anéanti et la rentrée des impôts s'en ressentait. De nouveau on eut recours à la falsification des monnaies et à la confiscation. Tous les vizirs qui avaient la réputation d'avoir amassé de grandes fortunes furent proscrits. Les dépouilles du grand vizir Kemankesch donnèrent, à elles seules, 000000, celles du Kislar Aga même 2 millions 1/2 de zecchines (ducats vénitiens) qu'ion trouva emballés dans quatre-vingts caisses. Mais tout l'argent recueilli s'engouffrait dans les dépenses militaires.
Déjà, en 102,"), les frais d'entretien de l'armée ne peuvent plus être rouverts, et, par suite de la peste qui règne en Egypte, la moitié du tribut de 000000 ducats reste impayée. La détresse est extrême. En 1027, le grand vizir réclame de nouveau pour la guerre 1 million 1/2 de ducats; c'est à peine si le sixième de la somme peut lui être envoyé. Pourtant, avec une énergie étonnante, Mourad IV fait face aux difficultés financières. II réussit à rétablir les anciennes frontières de l'empire, et, à force d'économie relative — car les milliers de chevaux de ses écuries continuaient à être ornés de brides d'or et à recevoir leur nourriture dans des crèches d'argent — il parvint à remplir les caisses de l'Étal. En 1637, l'excédent s'élevait à 1 000 000 de ducats sur un budget de 8 millions.
Ce que Mourad IV avait édifié avec tant de peine fut anéanti par son successeur Ibrahim (lOiO-1048) qui, tout entier aux délices du harem, se livra à des prodigalités insensées. Les dissipations — voitures constellées de pierres précieuses, caïks aménagés avec un luxe inouï et autres folies de ce genre — ne lar-
(!) Dc*jA sous Sélim H ces présents obligatoires rcprt^cntaienl des sommes considérables. Mourad III, son (Us, donna 1 100 000 ducals, dont 700 000 pour les janissaires. Mahomet III qui inaugura son rè^nc par l'assassinat de ses dix-neuf frères fut contraint de donner 13 600 000 ducats.
dèrent pas à épuiser de nouveau le trésor public et privé.
Dans le bouleversement des charges et des dignités f(ui suivit la sédition de 164«, Ahmed Farsundji fut élevé à l'emploi «le grand vizir. D'une intégrité absolue, il tenta de rétablir Tordre ft de mettre fin à la corruption générale. Vn grand Divan tenu en 1653 afin de discuter la situation financière constata, pour une recette de 2 100 milHons, une dépense de 2 520 millions d'aspres, soit un déficit de 120 millions que le grand vizir voulait faire disparaître par une contribution imposée aux détenteurs d'emplois officiels. La mort empêche Farsundji de mener à bien sa tAche et la fortune laissée par son successeur Dervich Pacha (95 000 ducats et 40 1)00 piastres) prouva que son exemple de désintéressement n'avait point été suivi.
L'arrivée aux affaires du grand vizir Méhémet KOprili en 1050 marque une période de renaissance de l'Empire. Agé déjà de soixante- dix ans lorsqu'il prit en mains le pouvoir, nullement instruit, sachant à peine lire et écrire, il réussit pourtant, grt\ce A son énergie et à son bon sens pratique, à donner une direction meiUeure aux affaires de rÉtat. Les janissaires, cause principale du désordre dont souffrait le pays, furent réduits à l'obéissance et tout ce qui pouvait entraver le rétablissement de l'autorité suprême fut impitoyablement brisé. Par une répression rigoureuse, ce chancelier de fer sut mettre fin aux exactions des fonctionnaires, réfréner le luxe extravagant du harem et introduire une sévère économie dans toutes les branches de l'administration.
Par ses succès au dehors, Koprili réussit également à améliorer les finances, ('/est ainsi que le prince de Transylvanie, Uakoczy, fut déposé et remplacé par Barcsai qui se soumit à l'élévation du tribut annuel de 15(RK) à 40000 ducats et au paiement d'un demimillion de thalers pour contribution aux frais de la guerre.
« Ne confiez jamais le sceau de l'état à un homme avide de richesses, et remplissez par tous les moyens le Trésor »>, telle? furent les recommandations que Méhémet Koprili fit au Sultan sur son lit de mort. Le fils de Koprili, Ahmed, marcha dans la voie tracée par son père. Malgré la sanglante défaite des Turcs à Saint-Gotthard, en Hongrie, la plus grande victoire que, depuistrois siècles, la chrétienté eût remporté sur l'ennemi héréditaire, il réussit à .signer une paix avantageuse. L'empereur Léopold I •*'engagea parle paix de Vasvar MOOi) à envoyer à Conslanti-
nople un don volontaire d'une valeur de 200 000 (lorins. Donc, au lendemain môme de cruels revers, la Turquie était encore en étal d'imposer h son vainqueur des conditions onéreuses. Ahmed ajouta (iandie à TEmpire, et trois jours avant sa mort (lG7Gs il concluait encore à Zurawna avec les Polonais une paix qui valul au Sultan la Podolie, une parlie de l'Ukraine et un tribut annuel de la part des Cosaques.
A Ahmed Koprili succéda l'avide et incapable Kara Muslapha* sous lequel la corruption se donna libre carrière. La vente des places au plus offrant, les concussions, les malversations, le gaspillage, les sinécures lucratives accordées aux favoris, mirent de nouveau le désordre dans les finances du pays. A cette calamité vint s'ajouter la guerre funeste qui, sous les murs de Vienne (10S3;, brisa la majeure partie des forces militaires du pays et fit tomber entre les mains du vainqueur le trésor de guerre avec un immense butin.
De nouveau un Ivôprili, Mustapha, frère d'Ahmed, vinl reprendre l'œuvre de réforme. Un remaniement complet des finances fut le premier soin du nouveau grand vizir. Les impôts établis par ses prédécesseurs et qui ne semblaient être destinés (ju'à enrichir les percepteurs furent abolis; les pires oppresseurs du peuple furent condamnés à mort; quelques impôts moins lourds tels que les douanes, la taxe sur le tabac furent majorés, et on appliqua un système de sage économie. Mustapha, en donnant lui-même l'exemple, sut persuader au Sultan d'envoyer ii la Monnaie sa vaisselle d'or et d'argent et chercha à conjurer ainsi la situation créée par l'énorme dépréciation des monnaies. Il réduisit considérablement les appointements des fonctionnaires et soumit au paiement d'un nouvel impôt le revenu des agents de l'État. On est en droit, il est vrai, de se demander si ces mesures ne devaient pas avoir forcément pour conséquence de pousser encore davantage aux concussions.
11 ne fut pas donné à Mustapha, « le rénovateur de la monarchie », de mener jusqu'au bout ses réformes financières et politiques ; il trouva la mort (1091) dans la bataille de Salankemen, si désastreuse pour la Porte. A partir de celle épocpie, le sort de l'Empire Ottoman suivit une pente fatale. Le prince Eugène de Savoie remporta la victoire de Zenla; la paix de Carlowitz qui suivit (1699) enleva à la Turquie les meilleures et les plus riches
de ses provinces européennes el, avec elles, une bonne pari de ses ressources financières.
Hussein, le dernier homme remarquable de la famille des Koprili, opéra des réformes j^énérales dans les finances. Les provinces durement éprouvées par la guerre furent exonérées des trop lourdes taxes extraordinaires ; par contre, il soumit à un contrôle sévère et fil rentrer avec la plus grande régularité les taxes et les fermages des droits de douanes et des dîmes. 11 est le premier grand vizir qui ait prêté une attention parliculière àTexploilation des mines d'or et d'argent de Maaden (Erzeroum) et de Siani Kaisi (près de Salonique).
Par ces mesures et par rexpédienl, i\ la vérité assez étrange, qui consistait à faire accepter par les caisses publiques les monnaies en circulation à un laux beaucoup plus bas que celui auquel il les faisait remettre de nouveau en circulation, Hussein Koprili réussit ti atteindre un chiffre de recettes tel que, tous frais de guerre et d'administration payés, il lui resta encore des sommes disponibles pour Térection d'édifices d'ulililé publique. Ces succès, malheureusement, n'étaient que passagers. La Turquie ne devait plus se remettre des conséquences fatales du traité de Carlowitz.
Le siècle suivant débute pour elle sous de sombres auspices. Un nouveau combattant surgit dans l'arène du monde. La puissance grandissante de la Russie, ses efforts constants pour atteindre le but suprême de sa politique, un passage fibre vers les mers, exerceront une désastreuse influence sur les destinées de l'Empire Ottoman.
Les guerres se suivent sans rehlche; tantôt la Turquie s'allie avec la Russie pour combattre TAutriche; tantôt elle est aux prises avec la Russie ou avec Venise. Prescjue toujours, ces luttes tournent à son détriment. Parfois, cependant, il semble que son étoile va briller d'un nouvel éclat. L'habile Raghib Mahomet Pacha, le grand vizir d'Osman 111 et de son successeur Mustapha IH, réussit par la réglemenlation et le contrôle de la levée des impôts, par les encouragements accordés à l'agriculture, à produire un excédent qui lui permit de renforcer la flotte et de bAtir des édifices publics. Depuis longtemps on n'avait pas vu régner dans l'Empire un ordre aussi parfait que sous le vizirat de Raghib. Mais peu d'années aj)rcs sa mort (1703), la Russie
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recommence la lulle. Le traité de Koutchouk Kainardji (1774), qui fait perdre à la Turquie Azow cl une partie de la Crimée, et donne à la Russie le droit de libre navigation dans la Mer Noire et la Mer d'Azow, pèse lourdement sur TEmpire.
Un travail très détaillé de Williams Eton Cl), Consul de Sa Majesté Britannique pendant le règne de Selim 111, indique la situation Hnancière du pays au lendemain de la paix de Koutchouk Kainardji. Les recettes sont indiquées à 89885 bourses (2) dont 39077 (environ 1.800.000 livres sterling) proviennent de Timpùt par tôle, le Karadj. Les dépenses, où figurent presque uniquement l'armée, le Palais et le Harem, s'élèvent à 76 230 bourses. Rien, il est vrai, ne nous garantit lauthenlicité de ces chiffres; un simple coup d'œil même sur les détails et les calculs prouve que l'imagination avait joué un rôle assez important dans rétablissement de ce budget et de l'excédent qu'il accuse, à moins que, comme le suppose Thornlon (3), Eton n'ait compris les revenus des vakouCs (fondations pieuses) dans ceux de l'État.
Sélim 111 (1789-1807) entreprit une série de réformes, notamment la réorganisation de l'armée. Afin de se procurer les sommes nécessaires au trésor de guerre qui allait être créé, il décida que les fiefs (4), ainsi que les baux à vie de la dime (Malinkiané) et les revenus de la douane cédés à bail à une sorte de Société par actions seraient successivement retirés à leurs délenteurs respectifs. Mais la plupart des mesures projetées par Sélim se heurtèrent à la résistance des janissaires et des parties intéressés et restèrent à l'état de théories.
Dans la détresse financière où se trouvait son second successeur Mahmoud II (1808-1839) à son avènement, il s'adressa à l'Angleterre pour contracter un emprunt. Le gouvernement de Georges III se déclara prêt à avancer un million de livres dont le remboursement devait s'effectuer par des livraisons de boiï^, de blé et de cuivre à la (lotte anglaise stalionnanl dans les eaux méditerranéennes; mais, par suite de la lenteur avec laquelle les Turcs
(1) A Survey of Ihe Turkish Empire^ Lonclon, 170s.
(2) 1 bourse = 5 livres turques.
(3) The présent slnie of Turkcy, London, 1807.
(4) D'après un recensement fait en 1790, le nombre des fiefs Timars rapportant jusqu'à 20 000 piastres par an était do S35t), celui des lic(s Ziamels rapportant plus de 20 000 piastres s'élevait à 91 i pour l'Europe; le nombre de fiefs en Asie est indique comme s'élevant approximativement au même chilTre.