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LE TRIBUT DES ALLIES D ATHENES

C'est ainsi que les choses se passaient sous Darius : il avait divisé son empire en satrapies et imposé à chacune un phoros d'une certaine importance.

Plus tard, en lonie, l'administration perfectionna le système : elle fit mesurer la terre (^), s'assura ainsi de la richesse de chacune des parties de la province et put diviser équitablement entre elles la somme à percevoir. Chaque région ou chaque cité divisait ensuite la quotepart entre ses habitants. Un réel progrès avait été accompli ; car l'impôt avait désormais une base, la richesse foncière, et la première condition de la justice d'un impôt, la proportionnalité, était observée.

Ce système est celui de la répartition. Il y en a un autre, celui de la quotité. La base de l'impôt étant déterminée, supposons que ce soit encore la richesse foncière, on lèvera sur cette base un certain nombre de %.

Dans le premier système, on divise looo talents, par exemple, par la somme des bases d'imposition et l'on obtient les quotes-parts. La première donnée est donc le chiffre de looo talents qui ne change pas. Dans le second, on additionne le produit des quotes-parts : le total est variable.

Quand les Athéniens obtinrent de lever un phoros sur les cités alliées, ils ne durent pas se montrer moins soucieux que les Perses de suivre certaines règles. Aristide ne se contenta pas de déterminer le phoros de chaque cité, de fixer un chiffre, il arrêta un système. Etait-ce celui de la répartition ou bien celui de la quotité?

J'établis en premier lieu qu'il y avait un système.

Comment comprendrait-on, si Aristide n'avait pas été guidé et limité, dans sa taxation, par certaines règles, la réputation de justice qu'il acquit et les regrets que laissa son oeuvre ?

On objectera ; les cités, après 425/4, ne regrettent pas le système, mais le chiffre fixé par Aristide ; c'est donc de

(2) Herod. III, 89.

LE TRIBUT DES ALLIES D ATHENES. lOI

la modération de cet homme d'Etat, plutôt que de son équité, que l'on a gardé le souvenir. La réponse est facile: tout citoj^en aujourd'hui ne se borne pas à considérer sa feuille de contributions ; il s'enquiert de celle de son voisin et, la nature humaine est ainsi faite, il ne consentira jamais à se réjouir de l'heureuse chance d'autrui. On aura beau lui dire qu'il n'a pas à se plaindre personnellement du sort qui lui est fait : les privilèges dont jouissent les autres lui gâteront tout ce discours. 11 n'y a pas de justice en matière d*imi)ôt sans proportionnalité, et il n'y a pas de proportionnalité sans règles fixes pour asseoir l'impôt.

J'utilise immédiatement cette première considération pour intei-prcter un passage de Thucydide, V, i8 : on y lit que, dans le traité de paix de 421, il était stipulé que les villes d'Argilos, Stagire^ Acanthe, Stolos, Olynthe, Spartolos seraient autonomes, cpepoûo-aç tÔv cpôpov xèv in 'AiricrTsioo'j. Donc, concluent Eeloch et d'autres ('), ces villes firent dès l'origine partie de la Ligue. Ils se heurtent aussitôt à cette objection ; postérieurement à la fondation de la Ligue, Cimon fit une expédition en Thrace : elle dut avoir des résultats ; lesquels ? Chasser les Perses de certaines places qu'ils occupaient encore, par conséquent assurer la liberté des cités de cette région et gagner leur adhésion. Mais alors, elles n'ont pas fait partie du premier groupe des alliés et Aristide ne les a pas taxées. Il les a taxées, plus tard, dira-t-on ; mais Belocli écarte avec raison cette explication {-) : « le -pwTOç z>6poç -zoLy^Eiq chez Thucydide est identique au Itt' Ap^o-Teioo'j cpopoç ; car, dans l'hypothèse contraire, il y aurait eu deux éti' ApiaTeiSou cpôpo'., ce qui est inadmissible, puisque cette expression se trouve dans le

(1) Rhein. Mus. 1888. p. 75.

(') liusolt, G. G. ]). 208, est moins affirmatif que Beloch : allerdings ist die MôgUchkcit nicht ausgesc/ilossen, dass dièse Stiidte erst nach den thrakischeii Oj.craiionen Ciwons von Aristeides cingeschàizi wiirden, et il transforme ensuite cette ])ossibilité en probabilité. Cf. Nôthe, progr. de 1889, p. 5.

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