II. — Seconde période
En 4^5/4. seconde période. Le produit du phoros se relève : d'après les anciens, il atteint 1200 (^) et même i3oo talents {^) : en réalité; les rentrées n'ont pas dépassé 1000 talents {^).
Comment cette somme a-t-elle été obtenue ? Par un relèvement uniforme du taux ? Non ; il suffit, pour s'en convaincre, de parcourir les listes. C'est la base qui a été supprimée. Il y avait autrefois une base fixe et, tant qu'elle était maintenue, les exagérations trop fortes étaient impossibles : si, quelque part, la terre était évaluée à 100 talents et que d'ordinaire on percevait 2 "/o de ce capital, quel moyen de porter, tout à coup, la valeur de la terre à 200 talents ? Dans la seconde période, les Athéniens ne tinrent plus compte des ressources de leurs alliés : ils ne s'inquiétèrent que de leurs propres besoins. Leurs budgets demandaient une recette de 1000 talents, peut-être de plus : ils la décrétèrent et répartirent ensuite la somme entre les cités. C'était vraiment le régime du bon plaisir.
Les cités n'avaient plus de garantie d'aucun côté et les recours qui leur étaient laissés devenaient illusoires, puisqu'il n'y avait plus aucune règle au respect de laquelle le peuple pût être rappelé : il n'y avait plus à espérer et à solliciter que des faveurs et de qui ? De ceux-là mêmes qui avaient créé ce régime à leur profit et dont le dessein bien arrêté était d'exploiter et de dépouiller leurs sujets.
(*) Ëseii. de falsa leg. 175.
(2) Andoc. de pace, 3, 9.
{^) Ad. Wilhelm, Jaliresh. des ôsterr. arch. înstit. 1, 1898, p. 43.
Il6 LE TRIBUT DES ALLIÉS d'aTHÈNES.
Aussi comprend-on les ressentiments que les alliés gardèrent contre ce régime. Ils ne voulurent plus s'y plier, quand ils reconstituèrent la Ligue de Délos. Ils avaient accepté autrefois dà payer tribut à Athènes : ils consentirent à verser des subsides avec une destination bien déterminée ; mais Athènes se joua des garanties que ses alliés avaient prises contre elle, et comme elle était la plus forte, elle prétendit de nouveau commander, imposer sa volonté. Cette dernière expérience fut décisive : Athènes y perdit définitivement son hégémonie.
Les deux institutions, 'fôpoç et (rûv-a^iç, diffèrent donc profondément : pour la détermination du '^ôpoç, Athènes est beaucoup plus libre que pour la <7ÛvTa^r.(; ; on a eu beau arrêter les bases du phoros, de très bonne heure, elle les modifie, quand ce ne serait qu'à titre de pénalité. Puis, le (pôpoç lui appartient ; elle en dispose ; la o-ûvra^'.!; est affectée à des dépenses d'intérêt commun (^'.
Si tel est bien le caractère du phoros, comment, peut-on se demander, les alliés ont-ils consenti à le payer? Les cités grecques d'Asie et d'ailleurs n'ont donc rien gagné à la défaite des Perses? D'abord pour les Grecs, l'autonomie n'implique nullement l'immunité. C'est sans doute une illusion que les laits ont démentie, une théorie que la pratique a réfutée ; mais un Grec conçoit très bien qu'un allié s'engage envers un autre à lui payer tribut et à rien de plus. C'est ainsi qu'on Tentendit à la fondation de la Ligue de Délos ; l'expérience montra, une fois de plus, qu'avec certaines gens, il ne faut pas, suivant le proverbe,
(^) J'ai essayé d'établir cette distinction dans le mémoire ])récédent. Je remarque qu'elle n'a pas éclia])j)é à Panske, De contributionibus societatis alterius maritimae earumque exactione quaestiones epigraphicae (Griech. Studien II. Lipsius). M. Panske a bien vu que les Athéniens n'ont pu se borner à substituer le mot cpopo(; au mot (TÛvta^iç ; s'ils ont changé le nom, c'est parce qu'ils ont changé la chose. D'après lui, la syntaxis est établie par les Athéniens sur la proposition du synédriou et c'est dans ces mêmes conditions qu'en est déterminé l'emploi.