‹ Les finances des cités grecquesChapitre 33 sur 64 · Perception des recettes · texte numérisé non relu

Perception des recettes

On a trouvé plus haut des détails sur la nature et l'assiette des impôts.

Supposons qu'ils ont été votés: comment sont-ils perçus? Les impôts réguliers étaient, on le sait, mis à ferme : le trésor ne se trouvait donc pas en rapports directs avec les contribuables, mais avec les adjudicataires. Ce sont ceux-ci qui apparaissent dans nos inscriptions, tantôt comme à Délos, comptes de i8o, sans désignation spéciale, tantôt sous le titre général de banquiers.

On comprend aisément que les percepteurs d'impôts, disposant de grandes quantités de numéraire, fassent les opérations de banque avec les particuliers, et même avec l'État, en lui consentant des avances ou en accei)tant ses fonds à titre de dépôt (2). Nous voyons intervenir le banquier Pistoclès, à Tliespies, dans le remboursement du prêt consenti par Nicarète à la ville d'Orcliomène (^) : dans VIII (c), nous avons le bordereau de l'argent versé par

(^) Tel paraît spécialement le cas à Tauromeiiium, IG, XIV, 428 =:DS, 5i5. Pausauias, qui est cité à plusieurs rejjrises, paraît être un bancxuier auquel diverses sommes sont remises à titre de dépôt, £v £TT'.[j.ova. Cette inscription a été étudiée récemment par G. Rizzo, Le tavole finanziare di Taormina, Rivista di storia antica, Messine, IV, 1899, p. 628 et V, 1900, p. 74 et 290.

(^) IG, VII, 317a.

i4o l'administration financière des cités grecques.

l'intermédiaire de la banque de Pistoclès ; le trésorier Polycritos a fait transférer cette somme au crédit de Nicarète : A'.aypatpà NwapÉTri O'.à rpaTieSSaç xàç \li7XoyXt~.oç èv Beid-

TTî."/]!; irSi xàç UiTTOxkeîoq xpaTtéoBa; N'.xapexTi Tiapeypâajei Tiap

noÀwjxpiTW BâpoTioç 'Epyo[Ji£vt,w Ta|jiiao o'JTièp xàç TzokiO(;

A Athènes, nous rencontrons l'intervention des banquiers dans les comptes d'Eleusis : les trésoriers portent en recettes les fonds rec^ms du trésorier des fonds militaires, des apodectes et du banquier, itapà xoû xpoineÇi-zou (^).

A Abdère, B C H, 1880, p. 5i, décret ordonnant l'envoi d'une ambassade à Téos ; on y lit : ol 7:pe(7,j£[uTal ÔTrw](; àpLsil'jwvxa!, xo[JL'.[i!^ôvxwv] ànb xt^ç xpaiiéJ^riç (*).

A Delphes, B Cil, 1887, p. 3^6, dans l'inscription relative au payement de l'amende encourue par les Phocidiens à la suite de la Guerre sacrée: AeXcpwv llX£t.TX£[aç]... xpa7c£Î^{xaç(^).

Dans les comptes de Délos sous Sosisthénès, 1. i35, les hiéropes notent un versement qu'ils ont fait à leurs successeurs, par l'intermédiaire de la banqne, oià xpaîrÉJ^TiÇ (^).

Dans les comptes de Délos sous Amphiclès, nous trouvons l'inventaii'e de la caisse sacrée ; elle se compose d'un certain nombre de jarres, dont chacune porte une inscription. Quand elle est complète, cette inscription comprend: la somme que contient la jarre, la mention ànb xr,? Nu{jicpoSo)po'j xal 'Hpax).£{ôo'j ou d'autres semblables, l'origine de la recette (par exemple, telle taxe), la mention des hiéropes ou des tamiai qui ont fait le dépôt, l'affectation (par exemple, ligne 27, eîç à7r6So<T',v xwt. Oewi..)

De même dans les comptes de 180, Nymphodoros, Hcrakleidès et les autres font les recettes du trésor sacré : ils paraissent avoir été désignés sous le titre de dioicètes. M lïomolle a signalé dans l'inscription 2092 de Paros, dans Le Bas-AVaddington, un extrait de leurs comptes. Voici comment s'exprime l'inscription à la ligne 5o (il s'agit

(1) IG, II, 834b, I, 1. 39.

(2) DS, 3o3.

(3) DS, i4i.

(*) Même mention dans le fragment publié p. io3.

l'administration financière des cités grecques. i4i

des emprunteurs qui sont eu retard de paiement des intérêts ; la perception des intérêts est répartie entre plusieurs administrations (SioixTja-'.ç) : syypâ'iw ok xai, ei xt-veç o'cpeOvOVTeç TWt, Gewt, [iTi £ÙTaxTr.xa(7i.v xoùç tÔxou; eîç Tr,v S!.o(xtiit!.v 7,v éyw ô'.wxo'jv. L'administrateur, le ô'.ouf,TYiç, si tel' était son titre officiel, était en même temps banquier ; il gardait en dépôt les fonds du Temple pendant un certain temps ; car, dans les comptes de i8o, le solde de l'exercice précédent entre en caisse dans le courant de cet exercice i8o et provient de deux administrations différentes, de celle de Nymphodoros et Hérakleidès et de celle de Pliilon et Silènos. Remarquons que les dioicètes sont toujours au nombre de deux.

On peut se demander au sujet de l'inscription 2092, dite de Paros, quelles circonstances ont amené les dioicètes à faire graver et à rendre publics leurs comptes ; ce sont là, semble-t-il, des documents d'ordre essentiellement privé. La lecture d'une note du bel ouvrage de M. Br. Keil, Anonymus Argentinensis (Strasbourg, 1902, p. 79, n. i), m'a suggéré la solution suivante.

En de nombreuses cités grecques, on trouve une banque publique, xpaTreJ^a hr\^0(7ioi.. Le cas le plus curieux est celui de Lampsaque (CIG, add, 364ib, i5), où l'on voit que la banque était dirigée par un collège de plusieurs personnes, désignées par l'État : <TuaTa9iri<T0|j.évTi(; 'zpa.Ki^izeia.q avoi^ocTW- (jav... ouç ^ei •/Bi^i'ÇzLy xà xa8t,epw[jL£va ypr^iioLTOL, et M. Keil rappelle ce texte de Cicéron, relatif à Temnos : « quatuor mensarii qui aj^ud illos a populo creantur » (Pro Flacco, 19, 44)- La fonction de banquier de l'Etat, à Lampsaque, était d'une durée limitée : ligne 14, xaxà xt^v éveo-xwo-av xpa- Tcev^ixeîav.

Nos dioicètes de Délos ne sont-ils pas des banquiers publics ? Comment ont-ils obtenu cette fonction ? Par élection, mais plus probablement à la suite d'une adjudication. Leur agréation par le Peuple leur donne un caractère officiel : on peut dire qu'ils sont nommés par lui, comme à Temnos, creantur. Ils occupent leurs fonctions pendant un certain temps, fixé par le cahier des charges de l'adjudication ; on pourrait donc parler de leur banque, comme on le fait a Lampsaque, xaxà rf,v Iveaxwo-av xpaue^ixeiav.

i42 l'administration financière des cités grecques.

Dès lors, leur comptabilité doit être rendue publique, car elle émane d'agents de l'Etat et intéresse les citoyens au plus haut point.

La mention de 6 TpaTteJ^ixYiç dans IG, II, 834b permet de croire que la même institution existait à Athènes. Remarquez au surplus, dans le décret relatif aux poids et mesures, IG, II, 476; à la ligne 4 : [o'*] ap-^ovxeç èni t>iv Sripio- (TÎav TpaTceîi^av.

Ces sortes de «banques nationales » avaient certains privilèges: ainsi celle d'Olbia avait le monopole du change(i).

Si nos dioicètes de Délos étaient réellement des banquiers, il importe de remarquer qu'ils ne percevaient pas directement toutes les recettes : les loyers des terres et des maisons sont payés dans leurs mains ; de même les intérêts des capitaux prêtés, mais ils ne sont pas les fermiers des impôts et ce qui est très remarquable, c'est que le produit des différents teXti encaissés par le dioicète Hiérombrotos, Le Bas, 2092, n'atteint que 198 D, 3 ob. pour douze taxes différentes. A la ligne 3i, on lit, par exemple, irapà 'ApxiXew xwv Yj[jLto[iieX{wv, i D, 3 ob. Ce droit a dû produire une somme supérieure, qui a été encaissée par une autre dioicésis, mais on ne voit pas d'après quelles règles cette division a pu se faire.

Page 1