‹ Les finances des cités grecquesChapitre 35 sur 64 · Comptabilité · texte numérisé non relu

Comptabilité

1° Autant de trésoriers, autant de comptabilités.

2° Chaque trésorier a plusieurs caisses : autant de comptabilités qu'il y a de caisses.

3" Ces comptabilités sont des comptes de caisse. Le trésorier note ses entrées et ses sorties, les espèces qu'il a réellement maniées 11 ne note pas les opérations, en particulier les payements que d'autres trésoriers ont faits pour lui. D'autre part, il paye valablement, sur les fonds qu'il détient pour une autre administration, les mandats émis par celle-ci ; ainsi les hiéropes payent directement sur l'encaisse de l'État et font entrer ces opérations dans leurs écritures.

(•) Rev. de Philol. 24, p. 245 et Études sur l'histoire de Milet et du Didymeion, p. 34.

(2) M. Haussoullier hésite entre SioiXTjdoxrtv et [xspîaoxn et rétablit le premier mot.

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A cette règle, il y a cependant quelques exceptions, cf. infra 17.

4° Les trésoriers inscrivent leurs opérations jour par jour, dans leurs livres de caisses. Ce sont les tablettes, Xeûxwf^a; o-av{8eç, dont il est souvent fait mention dans les comptes de Délos.

5° A la fin de leur mandat, ils dressent un compte de gestion, où ils reproduisent simplement leurs écritures journalières, ou bien ils opèrent un groupement des divers articles de façon à présenter un résumé de leurs opérations, un bilan.

Les pièces que nous possédons nous permettent de suivre la comptabilité des Grecs à ces divers moments.

IG, II, 814 est bien un bilan. Il émane de l'Ainphyctionie athénienne et présente l'ensemble des recettes et des dépenses du Temple de Délos pendant une période assez longue. Dans la première partie, lignes i à 55, de 877/6 à 375/4. Les dépenses effectuées durant ces années ont été groujîées sous certaines rubriques : par exemple, pour les bœufs (des sacrifices), i T 2419 D.

L'inscription de la Tliolos d'Epidaure n'est pas un simple bilan : comme elle est plus détaillée, nous l'appellerons un compte de gestion. L'inscription doit bien nous apprendre le montant de la dépense effectuée ; mais d'autres textes, qui sont perdus, concouraient au même but ; pour connaître le coût du monument, il fallait additionner les totaux des différentes inscriptions. Chacune d'elles justifiait de l'emploi de sommes déterminées : la nôtre, de l'emploi des fonds du Temple ; d'autres, de l'emploi des subsides de l'Etat ('). Nous voyons ici réapparaître le principe fondamental de l'organisation financière : séparation des caisses, et, par conséquent, comptabilité distincte pour chacune d'elles.

L'inscription de l'Asclépieion {^) opère le groupement

(1) M. Keil a déjà fait cette remarque, AM, 1895, p. 187. Cf. CavvadiaSjTo 'iepov xou 'AaxXïiTctou âv 'ETrtSaûpw, Athènes, 1900, p. 56.

(2) M. Kayser a commenté cette inscription dans le Musée Belge,

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des écritures de plusieurs trésoriers : elle ne contient que des dépenses. Une seule exception pour des clous d'or : la dépense a été supportée par le trésor d'Asclepios et par des fonds provenant de diverses sources, d'Hermione et d'ailleurs. Nous sommes ici devant un document d'une nature particulière, devant un extrait des comptes tenus par des caissiers différents. La pièce n'est pas, à proprement parler, une pièce de comptabilité, mais un document destiné à apprendre à la postérité combien l'édifice a coûté. On a donc extrait des divers comptes tout ce qui pouvait servir à cette fin. Une seule fois, par inattention, on a recopié littéralement l'un de ces comptes et noté la provenance de la somme dépensée pour les clous d'or.

Les comptes d'Eleusis sont des comptes de gestion, mais très détaillés. On a recopié le livre ou plutôt les livres de caisse, car il y avait autant de comptabilités que de caisses. Ces comptes de gestion ont été dressés dans un tout autre but que celui de la TIiolos. Us doivent servir à la vérification de la caisse des éi)istates d'Eleusis : ceux-ci rendent compte de tout ce qui est entré sous leur administration, matériaux de construction, etc. Au même titre, ils rendent compte de l'argeut qui existait dans chaque caisse, lors de leur entrée en fonctions, et de celui qui y a été versé. L'inscription comprend donc un inventaire et une vérification de caisse ou plutôt des caisses.

Les comptes de Délos de 279 et de 180 ont les mêmes caractères : comptes de gestion en vue de la vérification de la caisse et inventaires ; seulement, pour la première partie, on ne s'est pas borné à recopier le journal ; on a opéré certains groupements. Nos inscriptions supposent des pièces détaillées comme celles d'Eleusis.

Pour donner une idée bien nette des comptes de gestion de Délos, résumons en quelques lignes le compte de Sosisthénès.

D'abord l'encaisse remise par les prédécesseurs ;

puis les recettes de l'année : impôts perçus au profit du Temple, taxes et revenus divers, arriérés des exercices antérieurs ;

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puis, mois par mois, quelques recettes variées, comme celles de la pliiale, celles qui proviennent de la vente du fumier, des peaux, etc. ;

loyer des domaines sacrés, terres et maisons ;

revenus provenant de certaines concessions, comme to TTopOfxerov TÔ etç Mûxovov, etc.

Dépenses. Mois par mois, quelques menues dépenses, comme l'achat d'un porc pour purifier le sanctuaire, yoipo^, des jarres, (7Tâ|xvot,, pour déposer l'argent, des frais d'entretien. Tout cela forme le cliai^itre des Ta éx pirivwv ;

suivent les salaires payés à divers fonctionnaires ;

puis les travaux effectués cette année-là ;

puis la liste des prêts consentis cette année ;

un chapitre intitulé twv ei<; aJikou ;

enfin établissement de la somme remise aux successeurs;

suit la liste des locataires avec lesquels les hiéropes ont traité ;

tout à coup, recommencent les recettes par la liste des débiteurs qui ont payé les intérêts des capitaux empruntés. On y ajoute la liste des débiteurs en retard ;

on porte le coût de la stèle et de la gravure des comptes ;

enfin les hiéropes peuvent établir le total de leurs entrées et de leurs sorties de caisse.

La pièce continue par l'inventaire des vases sacrés et autres objets appartenant au Temple.

On discernera aisément dans ce document les traces de comptabilités séparées concernant des caisses séparées.

Faisons maintenant quelques remarques sur les documents que nous venons de classer.

D'abord, Comptes de Délos de 279. Je l'ai déjà dit, la séparation des caisses entraîne la séparation des comptabilités ; chaque caissier ne doit justifier que des deniers qu'il a maniés, de l'argent qu'il a perçu ou déboursé. Ainsi s'expliquent les lacunes que M. llomolle a déjà remar quées (^) : au chapitre des recettes, manque le ^n-oduit de la cptâXTf) qui se rencontre dans les comptes de plusieurs

(1) BCH, 1890, p. 4G0.

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autres années. M. Homolle suppose qu'il figure dans une dépense d'où il a été soustrait par compensation. De même, si l'on compare avec notre document quelques articles des comptes de 25o, que de lacunes en 279 ! Il manque : le prix de l'orge pour les oies, le produit de la vente d'oies et de tourterelles, le produit de la vente du bois provenant des arbres sacrés, etc.

M. Homolle conclut, page 461 : (^ On peut se demander si d'autres sommes et de bien plus importantes n'ont pas été maniées par les hiéropes,qui n'ont pas laissé la moindre trace dans les inscrii)tions. Il faut, en effet, ou que les dépenses des fêtes aient fait l'objet d'un compte particulier dressé par des magistrats spéciaux, ou, si elles étaient soldées par l'intermédiaire des liiéropes, qu'elles aient été passées en écriture, car tout crédit de ce genre fait défaut, comme toute dépense. «

Laraisonde ces omissions est donc bien celle que je viens d'indiquer: les liiéropes de Délos ont à rendre compte des fonds qu'ils ont reçus, comme des vases, statues, matériaux de construction: ils tiennent un livre de caisse et rien d'autre.

Le principe est poussé fort loin dans deux cas, Délos, 279, ligne 116 : sic, xà (!:)£(Tp(.o'^opf.a Tipoa-avaAoWajjiev (sic) Tupôç w». uapà TajjLwu éXàîjOfjiev opay^fj.àç(75). On ne trouve ni aux entrées, ni aux sorties de caisse la somme reçue du tamias : elle n'est pas matériellement entrée dans la caisse des liiéropes ; elle n'a fait que passer par leurs mains pour être immédiatement versée aux fonctionnaires chargés des Thesmophories. Elle se trouve dans la comptabilité de ceux-ci avec, sans doute, des indications semblables à celles qu'on lit dans IG, I, i8o-3, et qu'on peut exprimer ainsi : reçu du tamias par l'entremise des liiéropes, cf. infra 17.

Plus loin, dans les mêmes comptes de Délos, 279 : irpoç To éx cpt.âX-/iç eî^TskHby xaxà jjLYJva wo-ts to Upèy xaBaîpeTQa!. TipodavaÀwaafxev opa';^p.à; (14, i ob. 1/2). Ce cas est encore plus frappant : on a fait nettoyer le temple et l'on y a consacré la recette de la phiale, plus un supplément de 14 dr., I ob. 1/2 ; la recette de la phiale n'est pas entrée matériellement en caisse ; elle a été remise, aussitôt qu'elle a été touchée, à un entrepreneur ou à des ouvriers, et la quittance de ceux-ci est la justification de la recette et de la dépense.

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Cette pratique laisse évidemment beaucoup à désirer : elle est si simple que, comme il arrive souvent, elle doit finir par tout compliquer et tout embrouiller ('). Elle ne permet aucune vue d'ensemble sur les finances du temple ; pour savoir où l'on en est, il faut reprendre toutes les comptabilités particulières et en additionner les résultats. Besogne difficile et qui laisse place à beaucoup d'erreurs !

Dans l'inscription d'Eleusis, IG, II, et II, 5, 834b, nous apparaît de nouveau la séparation des caisses et des comptabilités. L'inscription porte les comptes des i*^, 2*^ 4**, 5*^, 6*^, 10'' prytanies de Sag/S. Les comptes de chaque prytanie sont intitulés : Xôyoç è7rt.<7TaTwv 'E)v£U!nvô9ev xcà Ta|j.uov Toîv Ôeoîv.

Considérons les recettes : rien que des versements faits par les apodectes ; les dépenses : rien que des dépenses relatives aux travaux publics.

A la 10® prytanie, à partir de la ligne 241, un changement : les recettes ne proviennent plus des apodectes et on le note, où [jLept.a-âv-:wv xwv aTroosxTwv : ce sont des loyers ; l'administration du temple les a touchés directement, en vertu, sans doute, de la vieille indépendance d'Eleusis. Ce sont aussi les dîmes dues aux déesses. Les dépenses ont changé également de nature : elles regardent l'administration du culte.

La forme même du compte s'est modifiée : à partir de la 10® prytanie, les caissiers se mettent personnellement en scène et s'expriment à la première personne du pluriel.

M. Korte {^) a déjà remarqué ces particularités ; il les explique en supposant que le compte de la 10® prytanie émane des seuls épistates, tandis que les comptes des autres pr^^tanies émanent des épistates et des trésoriers. Cette explication ne me paraît pas satisfaisante. En effet,

(1) M. P. Leroy-Beaulieu, o. 1. p. 3o, dit, à propos de la spécialisation des recettes et des dépenses, <iii'elle entraine « une comjdication excessive et en définitive pousserait plutôt à l'exagération <iu'à la modération des déi)enses ».

(2) AM, XXI, p. 325.

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les trésoriei's ont été institués ])Oiir aider les épistates dans leur gestion ; ils sont chargés de tout le service financier sous le contrôle des épistates. Je préfère l'explication suivante. Représentons-nous le trésor d'Eleusis formé, comme celui de Dclos, de plusieurs caisses. Dans l'une, on verse les subsides de l'État ; dans une autre, les loyers ; dans une autre encore, le produit des dîmes. Les prélèvements faits sur l'une et sur l'autre sont inscrits séparément, de telle sorte que la vérification des caisses puisse s'accomplir aisément. La comptabilité générale du Temple ne peut se dresser qu'eu réunissant ces comptabilités spéciales. De la !'■'' à la 6'' prytanie, nous avons le compte de la caisse où avaient été versés les subsides de l'Ktat ; à partir de la lo^' i)rytanie, de nouveaux comptes particuliers rentrent dans le compte général; ainsi, à partir de la ligne 253, en recette, le loyer payé par Hypéride et les dépenses pa^^ées avec ces fonds. A la ligne ^63, en recette, les dîmes; puis les paiements faits à l'aide de cette somme. Si la rédaction diffère, c'est que l'inscription réunit des pièces de comptabilité, rédigées, il est vrai, par les mêmes fonctionnaires, mais à des époques différentes.

On trouvera, dans l'étude que j'ai consacrée aux finances de Delplies, d'après le livre do M. Bourguct, les mêmes principes : séparation des caisses et séparation des comptabilités.

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