‹ Les finances des cités grecquesChapitre 42 sur 64 · La guerre de Décélie · texte numérisé non relu

La guerre de Décélie

La dernière période de la guerre du Péloponèse commence avec l'archontat de Callias, juillet ^12, et finit par la prise d'Athènes, avril 4o4- Ce sont huit années environ d'efforts continuels pour conserver à Athènes sa situation internationale et, dans les derniers temps, pour sauver son indépendance.

IG, I, 184, i85, cf. supplem. p. 33, très mutilés : A, 1. ii5, fin des comptes de 4^2/1 ; A, 1. 16 et s., comptes de 4ii/o. La pièce contenait la copie des livres de caisse des tamiai. Ils établissent le total des sommes prélevées sur chaque caisse, d'abord en 4^2/1, aux 11. i-i5 A. Ainsi éx Toù èTzjeieio'j ou aùxol [^uv£).s^a{ji.ev... eîç rieXojTcôvvYio-ov ; donc prélèvements sur leurs entrées de l'année ;

puis prélèvements sur l'encaisse qu'ils avaient reçue de leurs prédécesseurs ; ce qui prouve l'existence de Trep'.ôvra ou excédents des exercices antérieurs, non incorporés à la réserve ;

puis ex Twv e^'ç Taç Tp!,]Tipet,ç wv 7rapeXà|3op.[ev Tcapà twv Tipo- TÉpwv Ta[ji.uov. Comme Bockli l'a remarqué, il s'agit ici d'un prélèvement sur la réserve spéciale de 1000 T (') ;

enfin deux fois la môme formule, cx twv sTrexeicov comme ci-dessus.

A qui appartiennent ces sommes entrées en caisse, Ta éTtéxeia ? Les tamiai disent qu'ils ont effectué la recette.

(1) Philoch. f. 166 ; Thuc. VIII, i5.

mais il n'est jaas certain qu'elle n'appartienne pas à l'Etat. De toute façon les fonds autres que ceux de la réserve peuvent être employés sans qu'il y ait vote de l'adeia : voir plus bas le commentaire de 188-189. S'il en est ainsi, l'adeia a dû être votée pour la réserve extraordinaire, ex Twv dç Ta; Tpt.]-/ipet.i; ; l'inscription est en trop mauvais état pour pouvoir dire s'il en a été ainsi.

Toutes les dépenses qui précèdent ont été faites sous les prytanies de l'Ereclithéis et de l'Oinéis. Ici se place le gouvernement des 400, juin 411 :

'Atto 7:pu[Tave{ai; ttiç ]

éx Toù llapôevwvoç âp[yupiotJ

'^pu](j{ou ou ol ^ujji.ua^o[i,

[ ] X -h I T 4000 D, 'AGrivaiaç ^[iy.'f\<;

L'origine des fonds est nettement indiquée : on a pris de l'argent dans le Parthénon ; de l'or a été fourni par les alliés ; on a puisé dans la caisse d'Athéna Nikè. Aucune mention de l'adeia dans l'état actuel de l'inscription.

Nous possédons une autre pièce relative à cette époque, IG, I, suppl. 179 d, p. 160, du premier mois de 4ii/o> sous l'archontat de Mnésiloclios, qui a été gravée sur la même pierre que 179 A B. Les tamiai délivrent aux hellénotamiai, '\ff\'fi7C(.iJ.é^-r\(; Tr\ç ^oiikr\i; dizo twv ['^p-rifxâxjwv 'AO^iVariai;, 77 T 2034 D -|- X, 4 ob. (Cette somme est prélevée sur le trésor d'Athéna Polias), et plus de 540 D prélevées sur celui d'Athéna Nikè. Cette pièce 179 d ne me paraît pas faire double emploi avec 184, i85. Elles concernent des caisses différentes : 179 d, celles de la réserve; 184, celles des revenus de l'année et celles des excédents des années antérieures. S'il en est ainsi, dans 179 d, l'adeia a dû être votée : l'a-t-elle été ? L'inscription, très mutilée, ne permet pas de donner une réponse précise. Peut-être, d'autre part, que cette formalité gênante avait été provisoirement supprimée.

Le Gouvernement des 400 tombe en sept. 411 et l'on ne tarde pas à rentrer dans le régime ordinaire.

Ici se placent les comptes de /^iijo, IG, I, 184, i85 (A 11. 10-61, B 11. 1-58). L'inscription est en très mauvais état ; mais il semble que dans B on assiste à l'épuisement complet du trésor. Désormais, il n'y aura plus que les recettes annuelles.

l'administration financière des cités grecques. i93

Des années suivantes, nous avons I, i88, 189 ('), cf. suppl. p. j35.

188. Dépenses de ^io/q : Aôevawt. àvéXoo-av èirl P^auxiTiTio apyovToç xai èiil rèç IÏojXIç ïi (mention du grammateus). Td^ioLi îepôy ypejjLâxov xêç 'ASevaiaç (suivent les noms) Tiapéôoaav éx tôv éirsTeiov cpa-ecpt.(7a{JLévo tÔ ôé[Jio .

189 a et b. Comptes de 4^7/6. Seul, le compte de la 2™^ prytanie est bien conservé. A la fin, 189 b, ou reconnaît plusieurs versements pour la diobélie.Le compte est dressé par prytanie et chaque article porte très exactement le jour de la prytanie ou du mois. La plupart des versements ont été faits dans les mains des hellénotamiai.

Principales particularités de 188: i" à la première prytanie, nous trouvons pour la nourriture des chevaux, 'AGevaiaç no[Âià5]oç, 3 T 3237 I>» i/3 ob ; Nixeç, 85 D 3 ob. 3/4 ; 2*^ prytanie : aux athlothètes pour les grandes Panathénées, AOevaiaç Rokiâùo^, 5 T 1000 D.

2° à la 6^ prytanie, rà èy lIâ{jt.o âvo(JioAoyé9e éXÀevoTafxia'-, (suit le nom), 57 T 1000 D ; cette même formule se retrouve plus loin à la 9*^ prytanie, xà t/ ^âi^o âvopLoXoy£(Ta[TO...], plusieurs articles représentant 4^ T 1896 D. Dans le compte de 4^7/^» on lit encore êç xev Sio^eXiav éx xêç Atytvsç, 2 T 987 D.

3<* A chaque prytanie, on rencontre des versements pour la diobélie, tantôt très forts comme celui que nous venons de rappeler, tantôt très faibles comme celui qui suit dans ce môme compte de 407/6 et qui n'est que de 2 D.

4** Que sont ces revenus annuels, éx xwv éTtexeLwv ?

5° Pourquoi pas d'adeia ?

Je vois dans cette inscription une copie du livre de caisse des trésoriers ; on trouve donc ici le relevé de tous leurs payements au jour le jour, quelles que soient les caisses sur lesquelles ils ont été prélevés. Dans tous les cas où il n'y a pas de désignation spéciale, les fonds sont retirés de la caisse de l'Etat ; dans les autres cas, ils sont retirés de la caisse d'Athéna Polias ou de celle d'Athéna Nikè.

(^)DS,5i. i3

Î94 l'administration financière des cités grecques.

On comprend mieux l'intitulé èx rwv éTceretwv : les trésoriers justifient de l'emploi de leurs rentrées de l'année. Dans leurs livres, ils spécifient à quel trésor, celui d'Athéna ou celui de l'État, elles appartenaient ; l'inscription ne reproduit pas ces mentions.

Mais pourquoi, dans tous les cas^ même dans ceux où les fonds sont tirés des caisses sacrées, la formalité de l'adeia n'est-elle pas mentionnée ? De deux choses, l'une : ou elle a été abrogée, ou, ce qui est plus probable, elle n'est requise que pour les fonds de la réserve, car elle a pour but de protéger cette ressource dernière contre les dilapidations.

Une difficulté est soulevée par les versements faits avec les fonds de Samos, ib. iy ilâpto. Remarquons d'abord que ces fonds ne paraissent pas avoir réellement passé par les mains des trésoriers. Ils les portent en compte, bien qu'ils ne les aient pas touchés, ce qui est tout à fait exceptionnel (1).

Nous verrons, en effet, qu'en règle très générale, les comptables grecs ne tiennent que des livres de caisse, ne notent que les entrées et les sorties réellement opérées. Kirchhoff voit dans ces fonds les revenus des terrains attribués à la déesse (^) ; la somme paraît bien considérable pour qu'il en soit ainsi. Je préfère croire que ces fonds appartiennent à l'Etat.

Enfin, si les sommes pour la diobélie sont parfois si faibles, c'est que, comme l'a déjà remarqué Lipsius, elles constituent des compléments d'autres sommes plus fortes que détiennent les liellénotamiai. Ceux-ci commencent

(1) Kirehhoff voyait dans cette inscription un compte des prêts faits à l'aide des recettes annuelles d'Athéna Polias et d'Athéna Nikè et arrivait ainsi à les fixer à 200 T environ. Abhandl. Akad. Berlin, 1876, p. 5o.

Cf. ligne 17 : 'EXXevoTa(jL{at<; TropeSdOe, Ilpo^aévot 'AcptSvaîot xal ouvâpvoaiv, aTpaxeyôt ey; 'Epexpta; EùxXeîSsi avop.oXoyefji.of. Les mots èyç 'Lpsxpîaç dépendent étroitement du mot qui précède et indiquent la région où Eukleidès exerce son commandement.

(2) C'est aussi l'opinion de Dittenberger, I, p. 83, n. 19. — Cf. Busolt, GG, III, I, p. 219.

l'administration financière des cités grecques. 195

par user des ressources dont ils disposent ; si elles sont insuffisantes, ils ont recours au dépôt provisoire opéré antérieurement.

Dans la seconde moitié de l'été de 409, on reprit la construction de l'Erechtlieion, commencée sans doute après la paix de Nicias et interrompue par la catastrophe de Sicile ; les travaux continuèrent dans les deux années suivantes. I, 821, 824 et suppl, p. 75 et 149, 4^9/^ et 407/8 plus un fragment publié par Kolbe, A M, XXVI, p. 2a3, lequel donne la date exacte. Autres fragments, I, 60 (suppl. p. 18) ; 282, 33ic, p. 89, Americ. journ. of Arcliaeol. 1906, p. I.

On est généralement d'accord pour voir dans la reprise de cette construction une mesure de politique sociale. La misère, dit-on, étreignait les classes inférieures et, pour les soulager, on leur procura du travail. Cette interprétation ne me paraît pas exacte. Singulière politique ! On vient en aide à quelques ouvriers très-clairsemés et parmi lesquels les esclaves et les métèques forment la majorité ; on soulage une infime minorité et, pour lui procurer du travail, on doit acheter des matériaux, faire d'autres dépenses encore qui ne lui profitent pas. Le plus simple n'eût-il pas été de distribuer tout simplement aux indigents les fonds dont on disposait ou de grossir d'autant les allocations pour la diobélie? Il est vrai que la situation était critique, mais pas encore désespérée. Il ne faut pas oublier que le régime démocratique avait été rétabli dans toute sa rigueur en juillet 410. Le peuple en attendait beaucoup ; ses partisans avaient tout promis. La démocratie représentait la résistance à outrance et en même temps les distributions d'argent, sous forme de soldes. Les gouvernements précédents, à coup sûr les Quatre- Cents et probablement la démocratie mitigée qui leur avait succédé, avaient essayé de faire comprendre aux foules que ces procédés démagogiques conduisaient tout droit Athènes à sa perte, que la guerre réclamait toutes les ressources de la Cité et même qu'à cette condition, elle était périlleuse. Ils avaient fait la partie belle à leurs adversaires : les démagogues n'avaient pas manqué de mettre en doute leur patriotisme et de dénoncer leur égoïsme qui se refusait à faire une part

196 l'administration financière des cites grecques,

aux pauvres dans la fortune publique. Ils s'étaient posés en sauveurs de la patrie («vaincre ou mourir») et en amis des classes inférieures. Ainsi ils étaient arrives au pouvoir ; il s'agissait de s'y maintenir. La guerre se faisait au loin ; il suffisait d'envoyer à Alcibiade l'ordre de vaincre. La démagogie sévissait à l'intérieur : elle avait commencé par introduire la diobélie dont les premiers payements sont attestés pour Sept.-Oct. 410/9 par IG, 1, 188. Au tour des conservateurs de protester : les démagogues s'obstinèrent et continuèrent les distributions jusqu'à la fin de la guerre, IG, I, 189a. En dépit de toutes les mauvaises nouvelles, on était sûr de vaincre : quelle meilleure preuve que cette pension de deux oboles touchée par 4000 citoyens environ durant la /\^ prytanie de 4^0/9 ^ Mais des esprits mal faits, des « nouvellistes » murmuraient, critiquaient, émettaient les plus sombres prophéties, et peutêtre la belle confiance du peuple commençait-elle à s'ébranler. On se rappela opportunément que « quand le bâtiment va, tout va ». Les démagogues ne pouvaient d'ailleurs moins faire que ces « réactionnaires », qui avaient eu nom Périclès et Nicias ; sous les yeux des « nouvellistes » quelque peu déconcertés, on reprit la construction de l'Erechthéion. C'était d'une belle audace, d'une folle témérité, mais la démagogie prouvait le mouvement en marchant, la prospérité publique en dépensant. Une fois engagés dans cette voie, les démagogues devaient aller jusqu'au bout. Ils avaient pris le parti de ne jamais songer sérieusement à l'avenir ; ils avaient décrété le succès ; il n'y avait plus qu'à l'attendre, sans rien changer à la politique intérieure. Quand on a fait une sottise, a-t-on dit, le plus sage est encore d'y persister. Ils s'entêtèrent ; mais le trésor achevait de se vider : ils recoururent aux grands moyens; en 407» 011 envoyait à la Monnaie les Victoires d'or (^). On continuait quand même à payer la diobélie et à prophétiser la défaite des Spartiates.

(•) Philochor. FHG, I, p. 120, cf. IG, I, 140. Remarquons en passant que le mobilier sacré fait partie de la réserve et que l'adeia a dû, ou aurait dû, semble-t-il, être votée.

On se demandera comment, au milieu de tous ces gaspillages, la guerre a pu être poursuivie. C'est ici qu'apparaît encore une fois une des inconnues du budget des Athéniens. L'armée a comme consigne de se tirer elle-même d'affaire : elle use des réquisitions; au besoin, elle recourt au pillage et au bi-igandage La flotte athénienne tient la mei* à la façon des corsaii-es. Périclès n'avait pas voulu recourir à ces moyens et, pendant toute la première période, on persista dans son système. On utilisait le butin régulièrement fait, d'après les lois de la guerre ; mais on respectait les droits des alliés et des neutres. La démagogie suppiima tout simplement le droit des gens et, par ce procédé, elle prouva qu'on peut faire la guerre, sans avoir en caisse un sou vaillant. Périclès combattit ses ennemis par les moyens d'un grec civilisé; les démagogues retournèrent à la barbarie.

Les documents se font de plus en plus rares.

IG, I, 190-191, fragments très mutilés des comptes de 406/5.

On y lit un versement de 3o T, un autre de x aux athlothètes pour les Panathénées et 1. ii, KecpâXawjv "AOev[a'!]at. noÀ'.â[o'. ] [Nixje', x£[tpaÀ]a!.ov, ii45 [-|- x D

Puis, 1. i3 : Tâoe ex toO ' OTz[j.<j']hoù6^ol'j 7iap]£5o{jie[v Ce

sont, 1. i5, des statères de Cyzique ; 1. i6, de la monnaie athénienne ; 1. 17 : x +] 80 D, 5 ob. 'AÔr,va[{a<;| ; 1. 18 : 'AGriVataç Kuw['-xyivoI crTax-^peç] ; 1. 19 : [x +] 44 stat. 'AGyi- [vaîaç] (').

Essayons d'établir le compte de la Guerre de Décélie, juillet 412 — avril 4o4' Imit années.

Les ressources ordinaires faiblissent; 1 excédent qu'elles laissent est donc bien réduit. Tout à l'heure, il était de 1600 T par an. Réduisons-le d'une moitié; les huit années donnent 6400 T. Réduisons-le d'un quart : nous obtenons 9600 T. Le coût de la guerre doit être très élevé puisqu'elle se fait au loin ; supposons 1600 T seulement, comme dans

(1) Cf. le texte donné i)ar Kôhler, Ilermes, 3i, p. 149- Les fragments IG, I, 190-191 appartiennent aux dernières années de la guerre, Ed. Meyer, Forsch, II, p. 189.

198 l'administration financière des cités grecques.

la guerre d'Archidame : nous aurons 12800 T et nous constaterons un déficit énorme Une partie est couverte par la réserve spéciale de 1000 T qui fut épuisée dès 412/1, et i)ar les revenus annuels des trésors sacrés ; le reste doit l'avoir été par le brigandage.

Page 1