LES CONVERSIONS
Nous eussions eu à traiter la question de la conversion des emprunts allemands tout au début de ce cha-
(23) Certains auteurs se demandent même s’il y a réellement accroissement des crédits à court terme, ou s’il n’y a pas eu, simplement, déplacement de ceux-ci, de l’économie privée vers Péconomie publique. «Centre Polytechnique d’études », Ullmo : «La question de savoir si l’Allemagne fera faillite est mal posée, il y a tout au plus expropriation d’une classe au profit d’une autre, et la vie continue »,
(24) D'ailleurs en pareil cas il disparaît.
pitre, si nous n’avions préféré exposer tout d’abord, les modalités immédiates du financement de la politique du IIF Reich.
Car si le contrôle des changes, laut la monnaie allemande du reste du monde, rendait impossible l’appel aux emprunts extérieurs, les conversions et la baisse du taux de l'intérêt devaient permettre la canalisation des disponibilités des particuliers et des banques vers les caisses de l'Etat.
Le National-Socialisme au moment de son arrivée au pouvoir avait certains penchants anticapitalistes et une aversion marquée contre le prêt à intérêt (chose fort curieuse, celui qui se réclame du paganisme aryen se rencontrait, à ses débuts, avec l’une des doctrines les plus fameuses du christianisme, qui a animé tant de discussions parmi les canonistes).
Peut-être cette haine du prêt à intérêt était-elle causée par les importantes sommes qui, chaque année, devaient quitter l'Allemagne, pour payer les intérêts des emprunts privés ou publics. Ce sentiment irraisonné — mais d’un instinct sûr — devait rapidement évoluer vers la forme d’une politique avisée et calculatrice.
La première mesure qui fut adoptée fut celle du 21 septembre 1933 portant conversion des dettes communales et qui réduit d’environ 2 % le taux de l’intérêt. Bientôt après suivait une mesure analogue. Il s’agit de la loi de 1934 qui déclare la conversion de l’emprunt de 1929, à 6% avec exemption de tout impôt, en 4 %.
Ces deux mesures ne furent pas jugées suffisantes, aussi en janvier 1935, une nouvelle conversion est décrétée. Cependant, elle n’est pas obligatoire. Elle concerne les cédules hypothécaires et obligations communales portant un intérêt de 6 % et plus. Une option est
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offerte aux détenteurs de ces valeurs : accepter ou refuser la conversion des titres, en titres portant 4,5 % d'intérêt.
Les détenteurs qui accepteront bénéficieront d’une prime de 2 %. Quant à ceux qui refusent la conversion, ils conserveront leurs titres de créances, portant intérêt au taux primitif, mais ils perdent certains avantages qui leur étaient attachés au paravant : notamment, ils perdent la possibilité d’être escomptés en banque, ce qui peut être d’une importance considérable pour certains porteurs.
En même temps, pour financer l’opération, un emprunt de 500 millions R. M. était émis, qui devait être absorbé par les caisses d'épargne et de virement.
La grosse majorité — 99 % — des porteurs s’inclinèrent, soit par patriotisme, discipline ou crainte des représailles — dont on est jamais entièrement à l’abri sous un régime autoritaire —.
Le mois suivant, le 1° février 1935, l’œuvre entreprise était poursuivie, la conversion — facultative également — des emprunts publics, était décidée. Cette conversion intéressait les emprunts du Reich, des pays, des communes et de tous les offices publics.
Comme pour la conversion de janvier, les acceptants bénéficient d’une prime de 2 %, et les titres qui leur étaient remis, ne portaient plus que 4% d'intérêt. Les opposants subissaient la sanction dont il a déjà été parlé pour la conversion des dettes hypothécaires : leurs titres ne sont plus admis à l’escompte en banque.
D’après les chiffres officiels, les opposants n’auraient été que de 0,6 %. Il y a tout lieu de leur accorder quelque vérité.
Ainsi en moins de 18 mois, toute la dette publique
avait été convertie et son taux ramené à 4 ou 4,5 %. Il n’y avait plus qu’à aborder la question du taux de lintérêt des prêts bancaires, c’est ce qui fut fait en mars 1935 : désormais un nouveau tarif leur a été appliqué pour leurs opérations de crédits.
Les caisses d’épargnes et les compagnies d’assurances s’engageant dans la même voie, l’opération de la baisse du taux de l'intérêt était enfin réalisée. |
Nous avons vu que des mesures étaient prises de facon à entraver le gaspillage des capitaux : loi sur les investissements, loi sur le stockage des denrées et matières premières, interdiction d'emprunts étrangers sur le marché allemand, contrôle des changes, loi sur le crédit. Toutes visaient à augmenter la liquidité des capitaux, puisqu'elles supprimaient ou limitaient leur emploi, et, en même temps, les mettaient à la disposition de la seule personne qui leur ferait appel : l'Etat (et les collectivités publiques) —. Les lois de conversion ne faisaient, semble-t-il, que consacrer l’état de choses exis-
tant : les demandes de capitaux ayant diminué, la con-
currence des demandes étant supprimée, la loi naturelle elle-même voulait que le taux de l’intérêt fut diminué.
Le gouvernement allemand allait ainsi pouvoir disposer d’un crédit considérable à bon marché, pour la réalisation de ses desseins, tout en étant allégé du 1/3 environ des annuités de ses emprunts antérieurs.
Actuellement, le taux de l'intérêt a été légèrement relevé. En effet, les emprunts de consolidation sont maintenant émis uniformément au taux de 4,5 %, alors que les mesures que nous avons examinées l’avait ramené en certain cas à 4 %.
Cette politique de crédit à bon marché nous montre quel chemin a été parcouru depuis 1922 où on emprun-
ait couramment à 6 %, 7 %, 8 % et même 10 % : si il
y a encore inflation, les dirigeants actuels ont été assez adroits pour en masquer les effets et sauver la confiance qui leur a été accordée jusqu'ici.
SECTION E