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POLITIQUES ECONOMIQUE ET FINANCIÈRE

L'Italie et l'Allemagne offrent en dehors de leur régime politique semblable une certaine similitude de buts et de moyens, dans des circonstances un peu différentes cependant.

L'Allemagne a été conduite au contrôle des changes, puis à l’autarcie, par une pression venue de l’extérieur, ou, si l’on préfère, par son impuissance à jouer son rôle dans une économie faussée.

L'Italie, elle, a provoqué la circonstance : en se préparant à une guerre et en faisant cette guerre.

Sortie vaincue de celle de 1914-1918, et ne pouvant retrouver son équilibre, l'Allemagne est entrée dans la voie des mesures exceptionnelles.

Vainqueur au cours d’une brillante expédition coloniale, l'Italie s’est retrouvée, avec un peu de gloire en plus, appauvrie, repliée sur elle-même, misérable, vivant d’expédients et tentant l’impossible pour recréer sur de nouvelles bases une stabilité perdue et qui semble difficile à retrouver.

Alors que le Reich, avait pour tenter l’autarcie, un puissant outillage industriel, d’inépuisables ressources charbonnières — élément essentiel des produits de synthèse — et en outre quelques ressources minières, la péninsule de son côté se trouvait — et se trouve — dénuée de l’essentiel et même de presque tout.

L'Allemagne n’ayant plus ni or, ni devises, n’avait pas grand chose à risquer dans son entreprise.

L'Italie avec peu de données favorables, et ayant en retour, quelque chose à perdre, courrait un risque beaucoup plus grand, une aventure autrement dangereuse. Elle le fit avec courage, mais sans succès, semble-t-il.

Voilà pour les mobiles qui rapprochèrent la politique économique des deux grands Etats totalitaires. Comment allaient-ils s’y prendre pour la réalisation ?

L'Allemagne gardant le cruel souvenir de l’époque de l'inflation et de ses bouleversements, renonçait d’avance, et non sans raison, à toute politique de dévaluation et d'inflation. ouverte.

Stabilité du Mark, stabilité des salaires, stabilité des prix, devaient être respectées. |

La frontière est verrouillée, le commerce, l’industrie, l’agriculture sont soumis au contrôle le plus sévère, et le plus soutenu, pour qu'aucun des trois éléments énumérés ne déroge à la règle qui a été posée comme prémisse.

C’est le crédit à court terme qui financera les plans au moyen du mécanisme des traites, l'Etat donne l’impulsion mais laisse à l'initiative privée toutes ses prérogatives pour assurer un rendement meilleur aux moyens mis à sa disposition.

C’est l'Etat qui, en fin de compte, détient le rôle de commanditaire en faisant la première mise de fonds ;

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les banques et autres organismes devant ensuite entrer

dans le jeu.

En Italie, la méthode est plus discrète, ce n’est pas l'Etat qui ordonne les travaux, ce n’est pas lui qui les finance : ce sont les divers instituts, créés dans ce but, qui se chargent de fonder les sociétés ou consortiums nécessaires et de trouver, près des banques, près des caisses d'épargne, près du public les fonds qui lui sont indispensables. Quant au crédit à long terme c’est lui qui fournira l’essentiel du crédit requis.

Ainsi dans les deux pays, la dette publique prend un aspect différent, dans l’un elle est à court térme et nettement à la charge de l'Etat, dans l’autre son échéance est plus reculée et le rôle de l'Etat y demeure plus dissimulé.

Ce n’est que peu à peu, devant le péril d’une dette à court terme trop volumineuse que le Reich se décidera à émettre des emprunts à long terme, puis le rythme des émissions deviendra de plus en plus accéléré.

L’Etat italien au contraire sera assez sobre en émis-

sions d'emprunts à son propre nom, il continue de mettre en avant les instituts, et si sa dette en réalité s’accroît, ce n’est que d’une façon occulte et à la charge, officiellement, d’un prête-nom.

C’est dans la fiscalité, au contraire, qu’il révèlera toute sa brutalité, et aussi son goût aventureux : ce sera lemprunt immobilier — qui n’a d'emprunt que le nom — puis l’impôt de 10 % sur le capital des sociétés par action. C’est une véritable ponction qui est faite sur le capital privé et qui, sans en avoir les autres avantages, donne un résultat et un rendement immédiats, comparables à ceux de véritables emprunts.

Ces mesures ont leur correspondance en Allemagne, mais sur une échelle beaucoup plus réduite et plus mesurée : l'impôt sur les bénéfices de change. Mais là il s’agit d’un bénéfice effectivement réalisé et non pas du domaine des possibilités, et de l’avenir, comme celui qui légitime les deux impôts italiens précités.

En somme, en Italie, il y a confiscation d’une partie de la fortune privée, en Allemagne on se contente d’en confisquer les bénéfices.

Dans chacun des pays, l’impôt sur les bénéfices des sociétés a été augmenté. Mais l'Italie s’est montrée plus agressive que l’Allemagne en donnant à cet impôt une forme progressive qui prend nettement l'allure d’une confiscation, alors que celle-ci, au contraire, se contentait d’un relèvement du pourcentage, élevé mais fixe, et immobilisait pour un temps les bénéfices dépassant un certain taux, sans appropriation de capital.

L’impôt, les mesures de contrôle, les nécessités d’autorisation, la politique de l'intérêt, maniés avec plus ou moins de souplesse, auraient pour but dans chacun des deux Etats de canaliser l’Epargne vers les organismes désignés.

Quoi qu’il en soit, les deux pays ont l’un et l’autre développé une fiscalité qui peut nous paraître excessive, et qui est devenue maintenant un élément important du financement de l’œuvre qu’ils ont entreprise.

Le contrôle des changes liquidera, pour l'Allemagne, son encaisse métallique ; il portera un coup très sérieux à celle de l'Italie, l’entraînant peu à peu vers l’épuisement et l'impuissance commerciale et économique.

Se rattachant au contrôle, deux mesures analogues sont prises en Italie et en Allemagne : il s’agit du rapatriement des devises étrangères détenues par des

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nationaux, ainsi que du rapatriement des avoirs à

l'étranger. Mais on retrouvera, cette fois encore, le ton de Mussolini plus autoritaire, ou du moins plus tranchant, que celui du Chancelier Hitler.

Mussolini confisquera et en échange donnera des bons du trésor. Hitler ne confisquera rien, il ordonnera tout

simplement le dépôt pour trois ans des valeurs étrangè-

res.

À Rome on est toujours prêt à confisquer, et à prendre des mesures catégoriques, à Berlin on se montre plus souple, plus soucieux de ménager les détenteurs de capitaux, et la susceptibilité des épargnants.

Cette politique de ménagement est surtout remarquable dans le domaine économique, Hitler rend aux capitalistes les parts que le Reich avait prises dans les diverses branches de l’industrie, du commerce et des banques ; il se soucie fort peu de traîner le souci et le poids de l'exploitation d’une entreprise. Il préfère en laisser le soin à l’économie (1) privée, ce qui accroîtra le rendement et lui assurera une pari plus grande d’impôts.

Mussolini lui, tout au contraire, étend le champ d’action de l'Etat, par l'intermédiaire des Instituts, et l'Etat est alors partout. Il a la main sur toutes les entreprises et rien ne lui échappe. Les banques sont sous sa férule — et rien ne se crée sans qu’il n’y apporte une contribution importante et n’en détienne la direction. C’est

une socialisation véritable qui s’opère.

De cette facon le gouvernement italien est pris de

tous côtés et son action alourdie, par mille difficultés,

pour un rendement qui pourrait peut-être être aug-

(1) Nous avons dit par ailleurs, qu’il y avait là le souci de s’assurer des disponibilités de trésorerie.

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menté par une gestion où son rôle serait moins important et plus discret. |

Sur deux points, les deux Etats totalitaires diffèrent en raison de circonstances qui leur sont propres.

L'Allemagne chargée dès 1932 d’une dette extérieure et d’une dette intérieure a entrepris des conversions en masse dès cette époque, L'Italie avait bien pratiqué cette méthode de la réduction de la charge publique, mais alors la conversion y était obligatoire, cependant qu’elle n'était que facultative à Berlin.

Cependant de 1922 à 1930, elle avait peu emprunté et, n'ayant que peu ajouté à ses charges n'avait pas à recourir aux Conversions qui conviennent plus particulièrement à un pays chargé d’une dette onéreuse et difficile à supporter en période de crise, comme c'était déjà le cas pour l’Allemagne en 1932 (2).

La différence capitale entre Rome et Berlin, se trouve dans le fait que Berlin, fidèle à sa promesse de maïntenir le Mark à sa parité (artificielle, il est vrai), n’a jamais consenti à dévaluèér. Plus de désavantages que d’avantages lui étant réservés dans l'hypothèse où elle renierait sa parole. ;

Rome, tout au contraire, ayant besoin du commerce pour vivre n’a pas hésité à dévaluer lorsque l’occasion favorable s’est offerte, et depuis elle est entrée dans le cercle vicieux des hausses de prix et des hausses de salaires sans savoir exactement comment en sortir.

Nous pouvons donc conclure, que l’Allemagne et l’Italie, grosso modo, ont eu recours, aux mêmes méthodes de financement pour leurs entreprises et, à quelques

(2) La dette privée allemande à court terme, trop lourde, a déterminé le blocage du crédit. Mesure qui ne s’imposait pas à l’Italie qui ignorait un tel risque.

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