LE PORTUGAL JUSQU'’'A
Comme pour ses révolutions, c'était une tradition du Portugal d’avoir de mauvaises finances et une mauvaise administration. Les budgets se soldaient toujours par des déficits, les impôts rentraient mal et étaient d’une insuffisance incroyable.
La situation morale du pays n’était guère plus brillante. Le Portugal n’avait aucune foi en lui-même, et les Portugais pensaient à eux avant de penser à l'Etat : d’où le gâchis, la gabegie, la paresse dans l’administration.
Cependant dès 1891, une amélioration se dessine lentement, progressivement, comme à l'insu du peuple lui-même.
Ce mouvement va se poursuivre jusqu’en 1914.
Les Portugais installés au Brésil envoyaient soit leurs salaires, soit leurs bénéfices, à leur famille restée sur le sol natal. Les faibles impôts, l’état relativement attardé du pays au point de vue de sa situation économique et de son équipement national avaient provoqué les investissements de nombreux capitaux étrangers.
Tant et si bien que de 1891 à 1914 la monnaie qui, en 1891, était dépréciée de 80 % par rapport à la livre anglaise, avait retrouvé le pair en 1914. Et cependant
au Portugal on se refusait à voir l’amélioration : «le redressement. s’est accompli à l'insu du pays. le malade ne se refusait pas seulement de se croire guéri... il se disait perdu» (1). Seuls les étrangers lui accordaient et leurs capitaux et leur confiance. Les nationaux, eux, plaçaient leurs capitaux à l’étranger.
La guerre, naturellement, eut ses répercussions sur l’état économique et financier du petit Etat Ibérique. Tout d’abord des quantités importantes d’or s’échappent pour se réfugier en Amérique de préférence, pendant ce temps l'Etat s’endette.
Arrive la fin de la guerre, l’esprit de facilité prévaut au Portugal comme partout ailleurs.
L’inflation se développe et la circulation ne tarde pas à doubler ; le gaspillage est de rigueur. Et cette situation se trouve matérialisée par le cours des changes. En 1914 le pair entre la livre anglaise et l'escudos portugais s’établissait à
4,5 escudos pour 1 livre.
En 1929 l’escudos est presque réduit à rien, et la nouvelle parité livre-escudos s'établit à
1 livre — 160 escudos (2).
Pendant ce temps les prix ont monté dans des proportions vertigineuses, le prix de la vie est trente fois pius élevé qu’en 1914.
Et le cercle infernal commence, le déficit s’enfle de
(4) Emygdio da Silva. Revue de Sciences et de législation financières,
(2) E. da Silva : « Ce n’est pas l’inflation, c’est la crainte de l’inflation qui fait écrouler le change. L’inflation ne vient qu'après, de même que les prix ne font que suivre le mouvement déclenché par la panique ». 5
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