COLLABORATION DES ÉVÉNEMENTS ET DU PAYS
recouvrés par acomptes, avec des restes à payer dont il importe de faire ressortir le montant à chaque situation. Finalement, le procès-verbal de la séance mentionne que gain de cause lui fut donné, non par déférence, mais par le fait de la supériorité de son raisonnement. « Les régisseurs de l'enregistrement, après avoir an- « noncé qu'ils se conformeront aux ordres reçus, se retirent. »
| 6. — Collaboration des événements et du pays.
Les hommes éminents, dont nous venons de citer les principaux, prêtèrent incontestablement à Bonaparte un secours indispensable. Si le premier Consul retenait Gaudin dans son cabinet bien au delà des heures réglementaires, en dépit des devoirs de société ou d'étiquette, s'il conférait avec Mollien pendant d'interminables séances au point d'inquiéter les courtisans, c'est qu'il avait absolument besoin d'eux. Le Conseil d'Etat, comme le Conseil des finances, lui fournissait ^occasion de s'instruire, dont il profita d'ailleurs merveilleusement.
Mais une autre collaboration, plus rare peut-être, lui vint en aide de la façon la plus opportune, la collaboration des événements et du pays. Aucune ère aussi propice que celle de l'an VIII ne pouvait favoriser sa carrière.
A la fin du Directoire, en effet, après dix ans de troubles, le pays commençait à ouvrir les yeux, à reconnaître l'intensité du mal dont il souffrait et surtout à en chercher le remède.
Pour les finances notamment, quel aveuglement pouvait encore masquer le spectacle d'une ruine générale ?
Malgré les impôts, malgré la faillite exécutée sur la rente et sur le papier-monnaie, le déficit grandissant, insondable, était avéré.
Les messages du directoire dénonçaient eux-mêmes officiellement le désordre irrémédiable des budgets. Tout au plus discutait-on pour en attribuer la cause, soit aux dilapidations inouïes des ministres et de leurs subordonnés, soit à la stagnation des recettes. L'écho de ces discussions se prolongeait dans les milieux populaires par les écrits qu'y répandaient les partisans de chaque opinion. Entre Génissieu, rapporteur de la commission des Cinq-Cents, et le ministre des finances Ramel,une correspondance imprimée circulait, dans laquelle ce dernier, avec l'autorité de ses hautes fonctions, déclarait que la profondeur du déficit était trop certaine pour qu'il y ait lieu, sous de vains prétextes patriotiques, de le dissimuler aux yeux de l'étranger (i) . Plus que tout autre indice, d'ailleurs, la lente et complète dépréciation des signes monétaires avait propagé la désillusion. Rien n'impressionne davantage le public. Les surcharg-es d'impôts passent souvent à côté de lui, les retenues sur les rentes n'atteignent que des voisins plus fortunés, mais les oscillations de la valeur des instruments d'échange, commentées, à chaque transaction quotidienne, par les fournisseurs et les ménagères suscitent une émotion ineffaçable. Si la création des ass gnats, comme on l'a prétendu, sauva la Convention, leur démonétisation acheva de perdre le Directoire.
(1) Lettre publiée par D.-V. Ramel, ministre des finances, au citoyen Génissieu, représentant du peuple, le g prairial an VII. In-4, de 22 pages.