POUR SE PROCURER DES FONDS
Gaudin, dans son premier exposé financier (i) et dans sa Notice sur les Finances de la France, décrit le vide des caisses publiques au îg brumaire en termes maintes fois reproduits : « Au « 20 brumaire an VIII, il n'existait réellement plus de vestige ce de finances en France. Une misérable somme de 167.000 francs « était, à cette époque, tout ceque possédait en numéraire le Trésor « public d'une nation de 3o millions d'hommes ; c'était le produit « d'une avance de 3oo.ooo francs que l'on avait obtenue la a veille et sur laquelle on avait fait cette réserve pour le service « du lendemain (2). »
Une telle détresse frappe l'imagination, bien qu'on ne s'attendît certainement pas à trouver des trésors oubliés dans les tiroirs du
(1) Compte des finances pour l'an VIII.
(2) Bourrienne écrit encore dans ses Mémoires : « Dans quel état se trou- « vaient les finances de la France? Pourra-t on le croire? Dès le second jour « de son consulat, Bonaparte voulut envoyer un courrier au général Cham- « pionnet, commandant en chef l'armée d'Italie : Eh bien ! on ne trouva pas « dans le Trésor 1.200 fr. disponibles pour donner au courrier. »
Directoire. Aussi la légende d'après laquelle 900.000 francs, disent les uns, 600.000 fr., disent les autres, auraient été partagés entre les assistants lors de l'inventaire de prise de possession (1) semble-t-elle bien invraisemblable. En tous cas, un tel détournement n'aurait fait qu'aggraver la situation.
Non seulement l'argent manquait pour * les services courants, mais un efFravant arriéré de solde en retard, de traitements impayés, de fournitures non réglées, de mandats en souffrance, de dettes criardes, s'apprêtait à dévorer les premières ressources disponibles, s'il s'en présentait. D'un autre côté, les impôts rentraient mal, leur perception était désorganisée^ l'extraordinaire ne rendait plus rien, l'emprunt forcé de cent millions, condamné par l'opinion, devait être immédiatement remplacé.
Comment le Consulat fit-il face à tous ces besoins, comment combla-t-il tous ces vides, comment, en un mot, parvint-il à vivre et à gouverner? C'est ce que vont tenter d'expliquer les chapitres suivants.
(1) Les Mémoires de Miot de Mélito précisent ainsi l'accusation : « Dans le « partage d'une somme de 600.000 fr. qui se trouvait dans la caisse du Direc « toire au moment de son renversement, Sieyès eut 35o.ooo fr. y> En note l'auteur ajoute : « Voici la distribution de cette somme : Sieyès 35o.ooo fr.; <r Roger-Ducos, i5o.ooo fr.; Lagarde, secrétaire général, 100.000 fr. »