EMPRUNTS AUX BANQUIERS
on ne saurait faire entrer en ligne de compte les 5oo.ooo Fr., ou, môme 800.000 fr., avancés par un ancien fournisseur nomme Collot, familier du général Bonaparte en Italie, au point d'être devenu le confident de ses chagrins domestiques. Avant le 18 brumaire, Collot avait déjà avancé quelques fonds. Aussitôt après le coup d'État, il renouvela ses générosités jusqu'à concurrence de 5oo.ooo fr., d'après Bourrienne (1), ou de 800.000 fr. d'après Marmont (2). Quelle que fût la vraie somme, elle ne pouvait suffire à remettre les finances à flot. Tout au plus de menues dépenses urgentes furent-elles soldée par son moyen. Encore ne sait-on pas qui en profita, Bonaparte personnellement, ou le Trésor public (3)? Le Trésor, dans ses comptes, demeure muet à ce sujet,
« parurent des choses bizarres. Vainement je remuai le ciel et terre pour réus- « sir. » Marmont n'eut donc pas à sortir son diamant..
Le premier Consul garda, paraît-il, rancune aux Hollandais de cet échec.
(1) Les Mémoires de Bourrienne disent: « M. Collot, qui avait servi sous Bo- « naparte en Italie et dont la conduite et l'administration n'avaient mérité que « des éloges, fut un de ceux qui vinrent les premiers aux secours du premier « Consul, avec autant d'empressement que de désintéressement. Il lui donna « 5oo.ooo fr. Il en fut bien mal récompensé. *>
(2) « Les premiers secours dont il put disposer lui furent apportés par un « ancien fournisseur enrichi à l'armée d'Italie : il prêta 800.000 fr. » (Mémoires du duc de Raguse.)
(3) Vers la même époque, le Sénat de Hambourg ayant des excuses à adresser à Bonaparte très irrité de l'extradition de deux Irlandais élevés en France, officiers de l'armée française et livrés à l'Angleterre, crut devoir appuyer sa lettre d'excuse d'une somme de quatre millions et demi. Ces quatre millions et demi, remis à Bonaparte personnellement et encaissés par Bourrienne, auraient uniquement servi à payer les dettes de Joséphine, à solder les dépenses de la Malmaison, plus différents cadeaux pour l'entourage. « Le Trésor n'en « vit pas un sou, » dit textuellement Bourrienne dans ses Mémoires. Comme la lettre d'excuse du Sénat de Hambourg est datée duiôdécembre 1799 et que, d'après Bourrienne, les fonds auraient été remis à la suite de la réception de celte lettre, l'opération se place vers La même époque, c'est-à-dire, trois ou quatre
et quant à Bonaparte il n'en témoigna jamais aucune reconnaissance au donateur (i).
[ § 2. — Emprunt auœ banquiers de Paris.
Le gouvernement résolut alors de s'adresser, non plus à une personnalité déterminée, mais à la collectivité des banquiers et commerçants de Paris. Ordre ayant été donné au ministre des finances d "inviter les principaux d'entre eux à se réunir au Luxembourg-, le 3 frimaire an VIII à ii h. du matin , Bonaparte pénétra dans la salle où se trouvaient déjà assemblés Germain, Davilliers, Perrier, Delessert, Sabattier, Fulchiron, Récamier, Mallet, Perreg-aux, Doyen, et autres notables, et les harangua de la sorte : (( Je m'adresse aux hommes qui, parleur fortune et leur crédit, « fruits do l'industrie jointe à la bonne foi, peuvent assurer le (( succès d'une révolution qui va enfin donner aux Français un « gouvernement qui sera respecté et par les amis et par les enne- « mis de la République... Tout doit vous encourager à faire les « plus nobles efforts. Il s'agit aujourd'hui de maintenir nos arec mées sur un pied respectable et de donner à nos négociations
mois après le ïo, brumaire, ce qui ne manque pas de surprendre. Car alors les finances se trouvaient dans une situation si rloii^née de la prospérité que l'emploi futile attribut* aux quatre millions et demi ne serait pas excusable.
Les Mémoires de Bourrienne gardent la responsabilité de l'accusation.
(i) Bonaparte ne restitua à Gollot ses 5oo.ooo fr. que très tardivement, après beaucoup de difficultés et sans aucun intérêt. II lui refusa une place de conseiller d'État, en le traitant de marchand de viande. Les relations avec lui devinrent d'une extrême froideur.
Collot, sous la Restauration, à laquelle cependant il n'avait rien prêté, fut nommé receveur général, puis directeur des monnaies.