EMPRUNT AUX BANQUIERS DE PARIS
« le caractère imposant qu'elles n'auraient jamais dû perdre... ce Réunissons-nous donc tous... serrons-nous , etc.(i). »
Le ministre des finances lut ensuite un projet de souscription d'emprunt de 12 millions en numéraire, remboursable sur les premiers deniers à percevoir de la subvention de guerre établie en remplacement de l'emprunt forcé.
Bien entendu, les banquiers et commerçants, préparés, d'ailleurs, à la proposition par des conversations préalables, électrisés par la vue du vainqueur d'Italie et par son discours patriotique, adhérèrent unanimement au projet de souscription. « Nous souscc crirons tous, dit Mallet l'aîné. Et quel est le banquier ou né- « gociant de Paris qui, dans des circonstances aussi majeures, « au milieu de si belles espérances, ne regretterait pas amè- « rement de ne pas avoir concouru à donner un témoignage « aussi éclatant de confiance à un gouvernement qui y a tant de « droits ! »
Tous signèrent donc, et une Commission de sept membres choisie parmi les adhérents fut spécialement déléguée pour surveiller l'administration de l'emprunt.
Aussitôt, un arrêté consulaire du 4 frimaire autorisa la Trésorerie nationale à prélever 12 millions sur les premières rentrées en numéraire de la subvention de guerre, afin de rembourser pareille somme dont l'avance sera faite par les négociants et ban-
(1) Bonaparte prononça deux discours, Tun à l'ouverture delà séance, l'autre en réponse à quelques observations. La relation ci-dessus combine les extraits de ces deux discours.
Le texte complet figure dans un procès-verbal officiel, imprimé avec ce titre : Procès-verbal de la séance des banquiers et négociants convoques chez le Consul Bonaparte, le 3 frimaire an VIII. S. 1. n, d.
quiers signataires de la délibération du 3 de ce mois. L'emprunt prenait ainsi sa place dans les actes officiels. Corrélativement, le ministre des finances lançait une circulaire pour annoncer à toute la France que le commerce et la banque de Paris, « par un « de ces mouvements que l'amour de la patrie fait naître, s'étaient « réunis pour procurer au gouvernement avec célérité une somme ce de douze millions nécessaire aux besoins les plus urgents des « services publics » . Le ministre finissait par cette phrase un peu naïve : « Ce germe de crédit doit être soigné avec le plus grand « soin » (i).
Malheureusement, au sortir de la réunion, l'enthousiasme des préteurs se refroidit. Les réflexions individuelles tempérèrent l'essor collectif. Livrés à eux-mêmes, les banquiers et commerçants, devenus moins prodigues de leurs deniers, laissèrent tomber, on ne sait comment, les douze millions promis à trois millions. Une réduction proportionnelle fut-elle opérée sur toutes les souscriptions? Ou bien quelques timorés se retirèrent-ils isolément ? Le secret des défections n'a pas été dévoilé. Personne, d'ailleurs, n'avait intérêt à le faire, ni les signataires, qui manquaient à leurs engagements, ni le gouvernement,qui s'était trop prématurément vanté de la confiance des prêteurs (2).
(1) Circulaire du ministre des finances aux administrateurs de département, leur annonçant la souscription à l'emprunt de douze millions. 4 frimaire an VIII.
(2) Le Moniteur universel du 29 frimaire an VIII dit : « On a vu le comr( merce, méconnaissant la grne et même le danger de sa position, souscrire « avec enthousiasme un prêt ou avance de 12 millions destiné à subvenir aux « besoins les plus pressants de nos armées. Son zèle et sa fidélité auraient a tenu cet engagement ; mais il eût accru les ^embarras, qui déjà rendaient les