LA CIRCULATION
Les moyens extraordinaires décrits jusqu'ici tendaient à recueillir d'urgence les fonds indispensables pour subsister. Mais encore fallait-il que ces fonds arrivassent au Trésor en numéraire et non en papiers. Or, comment désencombrer la circulation de la masse de papiers de toute nature qu'y avait répandus le Directoire, et dont le seul écoulement (écoulement qu'on ne pouvait leur retirer sous peine de faillite) résidait dans les contributions et le prix des domaines nationaux?
Le seul moyen praticable consistait à les racheter. Le bon ordre, d'ailleurs, l'exigeait subsidiairement. C'est à ce rachat que le Consulat consacra ses efforts, en môme temps qu'il entreprenait les opérations financières précédemment exposées.
Les principaux papiers laissés en circulation par le Directoire étaient les suivants (i) : Bons de réquisition délivrés en payement
(i) Nous ne donnons ici que les principaux, car un état officiel conservé
des réquisitions militaires sur toute la surface du pays. Délégations sur les plus prochaines rentrées concédées à certains fournisseurs privilégiés. Bons du tiers provisoire, remis en représentation de créances exigibles non encore inscrites au grand livre, ni productives d'intérêt. Bons des deux-tiers, représentant la partie de la dette publique répudiée par la faillite du 9 vendémiaire an VI. Bons du syndicat, garantis par la signature d'un groupe de banquiers et de capitalistes et gagés sur des revenus délégués. Bons d'arrérages (1), donnés en payement de leurs coupons de rentes aux porteurs de tiers consolidé après la démonétisation des assignats (2). Enfin, mandats de payement des exercices antérieurs à l'an VIII demeurés impayés entre les mains des créanciers.
Tous ces titres dépréciés, dont la valeur totale, en nominal, ou au cours du jour, devait être effrayante,, bien qu'aucun document n'ose en estimer le chiffre, vont successivement disparaître.
aux Archives nationales, sous le titre de Nomenclature des valeurs que le Trésor reçoit en payement tant des contributions que des capitaux et fruits des domaines nationaux, en énumère, avec une cote spéciale pour chacun, C2 espèces différentes (A. F. IV, 1087).
(1) Les bons d'arrérages circulaient sans doute dans les mains du public et même étaient cotés à la Bourse, comme l'indiquera la note suivante. Mais ces bons rentrèrent au Trésor avec une spontanéité suffisante pour qu'il n'y eût pas besoin de prendre à leur égard de mesure spéciale. Nous n'aurons donc pas à leur consacrer de chapitre particulier.
(2) Au i er germinal an VIII, voici les cours de ces diverses valeurs : Rentes provisoires : 12 fr. 88.
Bons deux-tiers : 1 fr. 28.
Bons d'arrérages : 89 fr. 75.
Bons du syndicat : 68 fr.
A cette même date, le tiers consolidé cotait 21 fr. 88.
Les délégations et les mandats de payement arriérés ne figurent pas dans ce relevé parce qu'ils ne se négociaient pas officiellement sur le marché, en raison probablement de leur caractère de créances nominatives.