‹ Les finances du ConsulatChapitre 5 sur 108 · GAUDIN · texte numérisé non relu

GAUDIN

| a. — Gaudin*

Avec eux, au-dessus d'eux,, Gaudin,, ministre des finances depuis le début même du régime, préparait et dirigeait le travail. Sa profonde connaissance du passé convenait spécialement au maître dont la politique financière consistait à « prendre la voie ce qui s'approchait le moins de la nouveauté (i) ».

Par bien d'autres côtés encore, Gaudin devint l^JïCmpie^ d(T Bonaparte. A ce général victorieux, n'ayant retj^ft, toptfme on Ta vu, de ses transcendantes lectures d'autrefofe que le mépris de l'idéologie, ignorant les détails administratif,- mais parfaitement clairvoyant, en matière d'ordre et de régularité, il fallait un auxiliaire compétent, intelligent et docile. Or, GaUdin précisément représentait la soumission compétente et intelligente. Ce n'est pas le rapetisser que de lui attribuer la trempe d'un bureaucrate. Prise en bonne part, l'épithète signifie assiduité, connaissance approfondie des matières, travail consciencieux, solution juste donnée aux affaires conformément au sens des instructions reçues. Ces vertus inférieures se combinèrent avec les vertus géniales de Bonaparte, comme un mécanisme secondaire s'engrène dans la pièce maîtresse.

Gaudin, depuis longtemps, cultivait et perfectionnait en luimême les dons limités, mais très saillants.; de sa nature honnête et laborieuse* Après un apprentissage commencé dès 19 ans, vers

(1) La première question de Bonaparte à Gaudin, en lui proposant le ministère des Finances, fut: « Vous avez longtemps travaillé dans les finances? » — a Pendant vingt ans, général. » Gaudin prêta serment aussitôt.

1775 par conséquent, à la direction des contributions, il obtint peu à peu l'emploi, non pas de premier commis du Contrôle général, puisque l'Almanach royal ne mentionne pas son nom, mais de second, sans doute, de ce premier commis. Ses fonctions avant 1789 eurent, en tous cas, assez de relief pour le désigner, dès la création de la Trésorerie, en 1791, au poste important et délicat de Commissaire, qu'il continua de remplir jusqu'au plus fort de la Terreur, gagnant son bureau quotidiennement, à la môme heure en dépit des événements, toujours vetu correctement, avec manchettes et cheveux poudrés. Car, dit Pierre Clément, petit de taille et bien fait, il ne se relâcha jamais d'une propreté merveilleuse et d'une élégance de mise très soignée. Célibataire endurci (^1), il refusa un duché (qui lui vint quand même) offert par l'empereur à condition de prendre une femme et d'en avoir des enfants ; aucun lien ne pouvait donc le distraire du but unique de sa vie, le travail, le travail correct et persévérant.

Certains biographes ont discuté la hauteur de ses vues et l'énergie de son caractère. Tant qu'une volonté supérieure plana sur lui, il n'aurait eu que faire de ces qualités qui, plus tard, peutêtre s'atrophièrent par le non-usage. Cependant, la parfaite con« naissance de ses moyens lui inspira, dans diverses circonstances, une véritable fermeté de conduite. En 1794, d'abord, malgré les instances Je la Convention, la Trésorerie lui parut définitivement intenable, ce qui n'était pas difficile à voir. Beaucoup plus méritoire fut le refus qu'il opposa par deux fois, en Tan IV et en l'an VII, à l'offre pressante du ministère des Finances(2). Sa cons-

(1) Il se maria cependant sous la Restauration.

(2) Par décret du Directoire du i4 brumaire an IV, Gaudin fut même nommé

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