‹ Les finances du ConsulatChapitre 6 sur 108 · GAUDIN · texte numérisé non relu

GAUDIN

cience l'empêcha de céder aux velléités d'une ambition vulgaire. Il comprit qu'à ces époques révolutionnaires, en plein Directoire, la force des choses allait, malgré lui, le pousser dans une voie qui n'était pas la sienne. En l'an VII, Sieyès eut beau insister, sous prétexte qu'à son défaut la place reviendrait à Robert-Lindet, Gaudin persista à penser que mieux valait laisser perpétrer le mal par des mains déjà compromises, que de lui donner la sanction de l'intégrité de son nom. Belle leçon pour ses successeurs ! Provisoirement donc, sans prévoir que le 18 brumaire était proche, il reprit le chemin de la retraite (i).

Plus tard encore, même sous le Consulat, à la suite de l'ajournement de son projet d'impôt sur le sel, on le vit résigner ses fonctions, que le premier Consul, avec des paroles flatteuses (2), le contraignit de conserver. Une seconde fois, craignant, comme il le disait, « de ne plus convenir à sa place, » il voulut encore se retirer. Mais Bonaparte tenait toujours trop à lui pour le laisser partir (3).

ministre des finances. Il refusa donc, non pas des propositions, mais une nomination faite.

(1) Cependant il fut nommé, peu de temps après, commissaire général des postes.

(2) « Au citoyen Gaudin, ministre des finances, Paris, 7 germinal an VIII « (28 mars 1800) : Je reçois, citoyen ministre, votre lettre du 6 germinal. C'est « parce que nos besoins sont grands et notre position délicate que vos talents, « votre probité et votre zèle pour le bien public sont nécessaires.

« Vous avez déjà beaucoup fait. Il vous reste, sans doute, bien des obstacle»? « à franchir et quelques dégoûts à essuyer ; mais les beaux jours viendront ! Il « faut que tout le bien qui reste encore à faire soit fait sous votre ministère. « Je n'ai pas besoin de vous parler de la confiance et de l'estime sentie que j'ai m pour vous, Bonaparte. »

(Correspondance de Napoléon I er , 4698. — Archives de l'Empire.)

(3) Cette seconde ofîre de démission adressée par Gaudin au premier Consul

Gaudin, en résumé, doué d'une nature peu combative, ne pouvait réussir que dans un milieu sain et bien abrité, où toute craint e d'entraînement en dehors de ses voies lui fut épargnée, où Fautorité d'un chef respecté dominât ses résolutions. Alors, la gerbe de ses mérites s'épanouissait librement, mérites éminents et modestes dont peu d'hommes, à cette époque, auraient pu, comme lui, faire profiter leur pays.

§ 3. — Mollien.

Mollien, sous le Consulat, n'aurait pas trouvé dans ses fonctions de directeur général de la Caisse d'amortissement une influence suffisante pour devenir un des collaborateurs prépondérants de Bonaparte, sans sa personnalité. Ce fut cette personnalité que ne tarda pas à découvrir le premier Consul, et dont il s'empressa de tirer parti, dès qu'il l'eut découverte. De nombreux entretiens, rapports, notes et correspondances, témoignent combien étaient appréciés les conseils de ce sage et savant chef de service. Mollien raconte môme que quelque envieux ou indiscret n'ayant pas manqué de lancer cette phrase au premier Consul : ce On dit

était motivée par « une explication, dit Gaudin, dans laquelle j'ai vu avec un « vif chagrin que vous croyiès (sic) que j'avais mérité quelque reproche. Vous « me pardonnerès (sic) de n'y être pas insensible lorsque c'est de vous, général, a que je le reçois... » (Lettre de Gaudin au premier Consul du 19 thermidor an IX. Archives nationales, A. F. IV, 1081.)

Mollien, lui-même, raconte d'ailleurs, dans ses Mémoires, une scène pénible à laquelle il assista, et que le ministre des finances supporla stoïquement.

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