‹ Les finances du ConsulatChapitre 56 sur 108 · PROJETS D'EMPRUNTS EN RENTES · texte numérisé non relu

PROJETS D'EMPRUNTS EN RENTES

d'une dette flottante indispensable, surtout dans les années de pénurie (i). On en revient même à se demander pourquoi ce chiffre ne fut pas plus élevé, et pourquoi surtout Bonaparte s'obstina à n'y jamais faire entrer d'appel direct au crédit. Mais ce fut, pour lui, une sorte de principe (2),

| S. — Projets d'émissions de rentes présentés en vain au premier Consul. Absence de crédit public.

Les sollicitations de ses conseillers, les plus écoutés d'ordinaire, ne manquèrent pas cependant. Ainsi, dès la fin de l'an VIII, Gaudin, dans une lettre conservée aux Archives nationales (3), écrit aux Consuls : « Je vous ai fourni depuis deux mois deux rapports « sur la nécessité indispensable dont il me paraissait être pour le

(1) M. Léon Poinsard, dans un article intitulé le Crédit public et les emprunts sous le Consulat, soutient que Bonaparte emprunta beaucoup et que la légende d'après laquelle il aurait répudié tout recours au crédit ne saurait subsister. Les considérations ri-dessus montrent que la thèse développée par Fauteur, avec talent du reste, est exagérée. Lire les Annales de V Ecole des sciences politiques de l'année 1890.

(2) On a souvent cité le mot de Bonaparte : « De ma'vie, je n'émettrai aucun emprunt! », lequel fut ainsi formulé exactement dans une lettre adressée de Milan par l'Empereur à Gaudin le 28 floréal an XIII : « Il ne faut donc penser <( à rien. De mon vivant, je n'émettrai aucun papier. » Gaudin sollicitait l'émission d'un emprunt de i.3o millions pour régler les exercices passés : Napoléon commença par contester la nécessité de l'opération, puis s'étendit sur les inconvénients des émissions de papier. C'est ainsi qu'il emploie l'expression de papier, et non pas d'emprunt. Car il fit des emprunts, mais n'émit pas de papier dans le public.

(3) Lettre de cinq pa^es sur papier grand format, entièrement de la main de Gaudin, sans en-téte, ni date. Le texte indique que la lettre remonte à la fin de l'an VIII. (Archives nationales. Carton AF IV, 1081.)

(( gouvernement d'obtenir une valeur de 100 millions, pour sup- (( pléer à la portion des contributions directes qui ne peut rentrer « que dans le cours de Fan IX.... Il n'a été donné aucune suite à ce ces propositions dont le renvoi a été fait à la section des finances <c du Conseil d'État.... Il est donc de mon devoir de vous déclarer <c de nouveau que ces moyens extraordinaires me paraissent de la « plus urgente nécessité pour assurer le service qui, sans eux, « deviendrait impossible.... Placé au milieu des besoins, je trahi- « rais la confiance dont vous m'avez honoré, si je n'insistais au- «: près de vous, pendant qu'il en est temps encore, pour que vous ce vouliez bien vous faire rendre compte des propositions que je « vais de nouveau vous soumettre.

ce... Je dois avoir le courage de vous répéter qu'avec les seuls ce moyens qui existent il ne saurait être possible de répondre du « service et que le fardeau du ministère, qui serait déjà pesant « pour moi dans les circonstances ordinaires, deviendrait de « beaucoup au-dessus de mes forces. >;

On ne pouvait formuler un appel plus pressant et mieux motivé. Déjà, d'ailleurs, une précédente dépêche de Gaudin avait réclamé un subside extraordinaire de 100 millions, ce seule manière de « sortir d'embarras sans cesse renaissants (i) »-

(i) Cette lettre de Gaudin, sans date, porte l'annotation suivante de la main de Bonaparte : « Renvoyé au conseil d'Etat, section des finances, 21 pluviôse. « Bonaparte. » C'est probablement une des deux dépêches demeurées sans réponse que signalait le ministre dans le rapport précédemment cité. La combinaison de Gandin pour réaliser les i5o millions qu'il demandait ici est assez originale : « La richesse de la France, dit-il, consiste dans son territoire... En « méditant sur cette idée, il m'a semblé qu'on pourrait demander à chacun des « propriétaires fonciers de garantir par privilège sur sa propriété le payement

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