II INTRODUCTION
L'arriéré antérieur au 1*' janvier 4816 s'éleva à 653 millions.
L'ensemble de ces charges représentait une somme de 2 milliards 480 millions.
Si considérables qu'elles aient été, elles n'approchent pas de celles dont la guerre de 1870 nous a grevés.
En dehors de l'abandon de l'Alsace et de h Lorraine, la France a dû payer aux vainqueurs environ 6 milliards.
D'un autre côté, nos propres dépenses extraordinaires ont atteint près de 4 milliards.
De plus, les stipulations formelles du traité du 10 mai 1871 nous ont obligés à payer l'indemnité de guerre en espèces métalliques ou en valeurs étrangères, ce qui augmentait encore les difficultés de notre libération.
La réparation des dommages causés aux communes et aux départements ; le rétablissement du réseau des voies navigables de la région de l'Est, mutilé parle traité de paix ; la reconstitution du matériel de guerre, du casernement et des fortifications, nécessitèrent une nouvelle dépense de plus de 2 milliards.
En 1815, la France avait pu licencier une partie de son armée.
Les dépenses de la guerre et de la marine, qui étaient antérieurement de 500 millions, furent réduites alors à 208 millions.
En 1871, au contraire, les dépenses ordinaires ont été notablement augmentées après la paix.
Les crédits du ministère de la guerre se sont élevés de 400 millions à 550 millions, sans compter les dépenses du budget extraordinaire.
Le pays a accepté courageusement ce lourd fardeau.
A d'autres époques, nos gouvernements avaient eu re-
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cours à des moyens faciles pour sortir de leurs embarras finauciers.
Sans remonter au delà du dix-huitième siècle, on sail par quels procédés Paris-Duvernay, Bertin et l'abbé Terray ont allégé le Trésor d'une partie des dettes considérables léguées par la guerre de la succession d^Espagne, par la guerre de Sept ans, et par les désordres de l'administration du gouvernement de Louis XV.
Des hommes d'Etat et des publicistes, que leurs contemporains n'ont pas désavoués, ne se sont pas bornés à accepter et à justifier les actes par lesquels le souverain répudiait les engagements de ses prédécesseurs; ils ont proclamé et légitimé hautement la théorie de la banqueroute*
Au commencement du règne de Louis XV, un grand seigneur, qui éUiit en même temps un écrivain éminent, le duc de Saint-Simon, a soutenu que l'État n'était pas tenu des dettes contractées sous un règne précédent. On lit dans ses mémoires ' : « Le Roi vient à la couronne en vertu d'un fidéicommis, d'une substitution faite par la nation à une maison entière, tant que durera cette maison, et nullement par héritage ni représentation. Conséquemmenl, tout engagement pris par le Roi prédécesseur périt avec lui, et le successeur n'est tenu de rien de tout ce dont son prédécesseur l'était. Le Roi, ajoutait-il, peut même toujours revenir sur ce qui a été fait ou sur ce qu'il a fait lui-même contre ses intérêts. »
L'abbé Dubois, qui pourtant avait combattu un projet de banqueroute proposé au régent, admettait également, en principe, ce mode de libération : <ï[ Ah ! milord, disaitil un jour au comte de Stanhope, vous ne connaissez pas