LES DUPIX DE CHENONCEAUX
E fermier général Diipin devait sa position et sa fortune à la protection de Samuel Bernard. Il avait commencé par la carrière militaire, et l'avait quittée, étant capitaine au régiment d'Anjou, pour entrer dans les emplois de finance. Ce fat alors qu'une circonstance fortuite, un voyage relardé par un accident de voiture, lui fit connaître M^^^ Fontaine dont la mère (1) était très liée avec Samuel Bernard; on disait même que le riche financier portait à cette jeune fille un intérêt paternel. Elles étaient trois sœurs qu'on appelait les trois grâces. « M°^^ Dupin, dit J.-J. Rousseau, « était la plus belle des trois, et la seule à qui l'on « n'ait jamais reproché d'écart dans sa conduite. (2) »
(1) M'"'' Fontaine était fille de Carton, dit Dancourt, auteur et acteur comique, et mariée à Jean-Louis-Guillaume Fontaine, commissaire et contrôleur général de la marine.
(2) Les deux autres étaient M"» Panoau d'Arty, amie dévouée pendant vingt ans du prince de Conty, et M-' Vallet de La Touche (et de Ville-
Dupin, veuf d'un premier mariage, avait quarantetrois ans et W^"^ Fontaine dix-sept. Cette grande différence d'âge ne les effraya ni l'un ni l'autre, et ils s'épousèrent en 1724. Peu de temps après, Dupin était nommé fermier général.
Samuel Bernard lui avait avancé les fonds nécessaires pour son entrée dans les fermes. C'est à cela que s'ajuste une historiette qui a été plusieurs fois reproduite et autant de fois contestée. M'"' Dupin ayant eu l'occasion d'entrer dans le cabinet de toilette de sa mère, à Passy, aurait aperçu dans un pot d'argent un papier de l'écriture de son mari : c'était une obligation de 500,000 livres relative aux avances dont il était redevable à Samuel Bernard. La jeune femme, disait-on, s'en serait emparée, et ne pouvant brûler ce papier elle l'aurait avalé pour ]e détruire. Comment un papier de cette importance avait-il pu s'égarer dans un pot à l'eau? Comment n'était-il plus entre les mains de Samuel Bernard? Faut-il supposer qu'il l'avait donné à M"'® Fontaine pour qu'elle le rendit à sa fille? Toujours est-il que cette anecdote vraie ou fausse n'eut aucune suite fâcheuse pour les intéressés.
Dupin était un homme sérieux, instruit, adonné
neuve), qui s'attacha au duc de Kingston en Angleterre et qui, revoyant son fils légitime, après 17 ans d'oubli, eut pour lui un retour surprenant de tendresse maternelle. Lord Kingston avait quitté pour elle M"" Carton, fille d'opéra, qui lui redemanda alors son portrait enrichi de diamants : « c'est assez, lui écrivait-elle, c'est assez pour M"' La Touche de votre cœur et de sa gloire, sans que j'aye l'affront d'illustrer par mon image le triomphe de ma rivale. »