AVANT-PROPOS
caricature, ou, comme on dirait aujourd'hui, une charge. On s'estplu à y voir une satire contre les financiers : c'était aller au delà de la pensée de l'auteur. Le Sage avait occupé pendant plusieurs années un emploi dans les fermes ; il ne pouvait y avoir puisé le mépris qu'on lui suppose pour les hommes de finance. D'ailleurs il faut remarquer que tous les personnages de cette pièce sont plus ou moins fripons. Turcaret, que l'on présente comme un traitant, est surtout un usurier; on voit, dès les premières scènes, les honnêtes gens qui l'exploitent, délibérer avec cynisme sur la conduite à tenir pour le mieux dépouiller; les valets en font autant pour leur propre compte, et la pièce finit sur une dernière escroquerie de Frontin qui en partage le profit avec Lisette aussi peu scrupuleuse que lui. On chercherait en vain la moralité qui ressort de cette comédie ; mais on y trouve beaucoup de traits plaisants qui font passer par-dessus la crudité des situations. C'est ce qui fit , en son temps , le succès de Turcaret ; nous ne répondrions pas pourtant qu'il obtint aujourd'hui le même accueil.
Autrefois on prenait tout en riant et en sujet d'épigramme. C'est à ce titre que nous admettons ici une saillie de Voltaire rapportée par Bachaumont. Dans une des matinées de Ferney : « ... On fit ensuite de petits jeux d'esprit; « puis on se mita dire des histoires de voleurs. Chaque « dame ayant conté la sienne, on engagea M. de Voltaire à « avoir son tour. Il commença ainsi : Mesdames, il était « un jour un fermier général... Ma foi, j'ai oublié le reste...» Voltaire était lié personnellement avec plusieurs fermiers généraux, mais il avait perdu de l'argent dans la faillite