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L'HOTEL DES FERMES

ERS la fin du xvii^ siècle les fermiers généraux achetèrent V hôtel Sèguier, entre la rue de Grenelle-Saint-Honoré et la rue du Bouloi pour y tenir leurs assemblées et y placer leurs bureaux. Cet hôtel avait eu de hautes destinées et avait porté successivement différents noms. Construit en 1373 pour René Baillet, président au Parlementai fut acquis par Françoise d'Orléans, princesse de Condé, et s'appela alors Vhôtel de Condè. 11 passa peu d'années après, en 1601, à son fils, Charles de Bourbon, comte de Soissons, et prit le nom àliàtel de Soissons, mais pour peu de temps, ce Prince ayant acheté en 160o le Palais que la reine Catherine de Médicis s'était fait construire près des Halles et qui a marqué dans l'histoire sous le nom d'hôtel de Soissons (1). L'hôtel de la rue de Grenelle devint Vhôtel

(1) Un devin avait prédit à Catherine qu'elle mourrait auprès de Saint- Germain sous les ruines d'une grande maison. Elle ne voulut plus habiter Saint-Germain, ni même à Paris sur les paroisses de ce nom. C'est pour-

de Montpensier, puis en 1612 V hôtel de Bellegarde. Mais alors les constructions primitives furent complètement modifiées sous la conduite du célèbre Du Cerceau. 11 éleva le corps de logis et les deux ailes avec un revêtement de briques liées avec des chaînes de pierre « comme la place Royale, la place Daiipbine « et les autres édifices royaux de ce temps-là, et ren- (I dit celte maison une des plus régulières qu'on eût « vu jusqu'alors. » L'intérieur était orné avec profusion de dorures, de cbiflfres, de trophées d'armes, d'épées de Grand Ecuyer dont le duc de Bellegarde avait la charge.

En 1633,1e chancelier Pierre Séguier acheta l'hôtel de Bellegarde et l'augmenta par la construction de deux grandes galeries superposées et décorées l'une et l'autre de peintures par Simon Vouët et ses élèves Le Brun et Mignard, la galerie basse consacrée à retracer la vie de Louis XIll et celle de son grand ministre, celle du haut à recevoir une partie de l'immense bibliothèque de Pierre Séguier. C'est là que le chancelier, devenu chef ou protecteur de l'Académie Française à la mort du Cardinal de Richelieu, réunissait les académiciens jusqu'au jour où Louis XIV leur accorda une salle au vieux Louvre. C'est là aussi que l'Académie reçut en 1 6o6 la visite de la Reine Christine de Suède.

quoi elle fit bâtir près des Halles, sur l'emplacement d'un couvent, un vaste et beau palais dont il ne reste aujourd'hui qu'une grosse colonne adossée à la Halle aux blés. Cette colonne servait alors aux observations et aux rêves astrologiques dont cette reine avait la tète remplie.

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Quand la compagnie des fermiers généraux prit possession de l'hôtel Séguier, elle y fit de grands changements d'appropriation pour y installer ses services. Au-dessus de la porte principale donnant sur la rue de Grenelle, un marhre noir reçut cette inscription en lettre d'or : liôtel des Fermes du Roi. Ce nouveau haptême fut le dernier. Les fermiers généraux restèrent là environ cent ans, jusqu'à leur suppression en 1791 et le nom à! hôtel des fermes resta après eux à cette propriété. Par une étrange ironie du sort, pendant qu'on instruisait pour la forme le procès des fermiers généraux, quelques-uns d'entre eux furent emprisonnés dans l'hôtel des fermes, faute de place ailleurs.

Cette propriété vendue nationalement fut achetée en commun par le comte de Redern, diplomate secret de la Prusse et le comte de Saint-Simon qui se fit plus tard réformateur et quasi -dieu. Ces deux spéculateurs avaient acheté en même temps, en Normandie, pour plus de sept millions de biens nationaux payés en assignats qu'ils achetaient à 6 fr. le mille. Très enrichis naturellement par de telles opérations, ils eurent ensuite des fortunes diverses.

Saint-Simon était en proie à des rêves étranges dont le germe se montrait déjà dans sa première jeunesse. Dès l'âge de 17 ans il avait dressé son valet de chambre à le réveiller chaque matin avec ces paroles; « Levez-vous, monsieur le comte, vous avez de grandes choses à faire. » Il entra d'abord au service militaire; nommé officier par le privilège de sa naissance.

il prit part en Amérique à la guerre de l'indépendance, puis quitta l'armée et se jeta dans les spéculations. Son association avec le comte de Redern avait rapporté à chacun d'eux 200,000 livres de rentes. Mais cette fortune mal acquise ne resta pas longtemps aux mains de Saint-Simon, il la dissipa en moins de deux ans, partie en entreprises malheureuses de voitures publiques, partie en expérimentant, suivant son expression favorite, le luxe et la débauche, la science qu'il pensait acquérir par une fréquentation très coûteuse des savants, le mariage enfin et le divorce dont il fit l'essai sur lui-même. Il avait eu précédemment une idée singulière. Se trouvant à Genève,il avait demandé à la baronne de Staël la faveur de lui présenter ses hommages à Goppet ; il lui dit en l'abordant : « Madame, vous êtes la femme la plus extraordinaire « du monde, comme j'en suis l'homme le plus extraor- « dinaire; à nous deux nous aurions sans doute un « enfant encore plus extraordinaire ! » M"' de Staël se borna à rire du propos, qui lui parut d'un fou. Il l'était bien un peu.

Au milieu de ses rêveries confuses, il avait imaginé une réorganisation de la société basée sur la hiérarchie des capacités. Cette utopie attira autour de lui des disciples convaincus de leur propre mérite et séduits par la perspective d'un état social où ils auraient les premiers rangs. Ils eurent du moins le talent, après la déroute du Saint -Simonisme, en s'entr'aidant mutuellement, de conquérir de hautes situations dans les chemins de fer et dans d'autres institutions de

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cette vieille société qu'ils prétendaient refaire. Quant à Saint-Simon, ses à.\ve,v^Q?> expérimentations d^x^ÎQUi eu pour résultat de lui faire expérimenter la misère. Il se traîna péniblement jusqu'en 182o, vivant d'emprunts, criblé de dettes, mais écrivant et rêvant toujours.

A la suite de démêlés avec son ancien associé, le comte de Redern, celui-ci était resté seul propriétaire de l'hôtel des fermes ; ce fut lui qui commença la destruction de cet liôtel en morcelant le vaste terrain qu'il occupait. Une partie des bâtiments fut convertie pour quelque temps en salle de spectacle, exploitée par un nommé Olivier qui y donnait des représentations variées de comédies et de physique amusante ; son successeur. Comte, renonça à la partie dramatique et devint célèbre comme prestidigitateur et ventriloque; il quitta ensuite l'hôtel des fermes pour se construire, passage Choiseul, un petit théâtre qui est maintenant occupé par les Bouffes-Parisiens. Aujourd'hui, il ne reste plus rien de l'hôtel des fermes. La rue de Grenelle-Saint-Honoré a elle-même perdu son nom et n'est plus que la continuation de la rue Jean-Jacques Rousseau.

N arrivant au seuil du xix^ siècle nous remarquons deux spéculateurs qui, par la hardiesse de leurs opérations et par certains traits de caractère, tranchent sur l'uniformité des financiers modernes. C'était le beau temps des fournitures militaires qui furent une mine d'or pour les munitionnaires pendant les grandes guerres de la République et de l'Empire. Malheureusement, leurs grands bénéfices ont toujours eu le fâcheux privilège de s'accroître en proportion directe de nos revers. Napoléon Travail pour les hommes de finance un mépris égal à celui qu'il professait pour les idéologues ; il leur faisait de temps en temps rendre gorge par des taxes arbitraires, mais sa toute-puissance s'émoussait parfois contre la ruse et la force d'inertie. M. Toussenel attribuait le désastre de la campagne de Russie à la mauvaise volonté des banquiers qui fit retarder d'un mois et demi l'entrée en campagne. Deux munitionnaires, Ouvrard et Séguin, furent

particulièrement l'objet des rigueurs de Napoléon; ils eurent à subir d'énormes amendes, la prison même, et virent l'un et l'autre leur fortune soumise à des vicissitudes prodigieuses.

Ouvrard avait commencé par gagner 1 S, 000, 000 en trois ans, sur les subsistances de la marine, dont il avait obtenu la fourniture par le crédit de Barras, son ami. Par un échange de services, dit La Réveillère-Lepeaux, il consentit à prendre à sa charge la belle M™*^ Tallien, dont Barras s'était désaffectionné. C'était pourtant une femme séduisante. « J'avoue, dit M™^ Vigée-Lebrun, que je cherchai « vainement un défaut dans l'ensemble de cette belle « personne. Elle était à la fois belle et jolie; car la « régularité de ses traits ne lui enlevait point ce qu'on « appelle la physionomie. Son sourire, son regard, « avaient quelque chose ^de ravissant, et sa taille, ses « bras, ses épaules, étaient admirables. » M"' Lebrun ajoute qu'elle était très bonne, et que, par son intervention auprès de Tallien pendant la Terreur, elle avait sauvé beaucoup de victimes, si bien qu'on l'appelait alors Notre-Dame de hon secours. C'est ce qui a rendu l'histoire indulgente pour ses fautes. Elle était née Cabarrus et d'une famille de Bayonne établie en Espagne ; sa liaison avec Ouvrard dura plusieurs années. En 180o, elle fit prononcer son divorce avec Tallien et épousa le prince de Chimay ; c'était son troisième mari, car avant Tallien, elle avait été mariée à M. deFontenay, ancien magistrat, dont elle eut à se plaindre, et ce fut son premier divorce. De son

mariage avec ïallien, elle avait eu une fille qui avait reçu le nom de Thermidor et qui épousa plus tard le comte Pelet.

M"' Tallien avait mis Ouvrard en rapport avec son père, François Cabarrus, conseiller des finances du roi d'Espagne. x\u moment de la paix de Bâle (179S), ces deux habiles financiers conçurent le plan d'une vaste opération de change, dont la première idée appartenait à Ouvrard, et qui aurait pu avoir de grandes conséquences politiques, si l'Espagne, à qui elle fut proposée, avait osé l'adopter. Il s'agissait de procurer à l'Espagne le recouvrement de 100,000,000 de piastres en lingots et numéraire existant dans ses colonies et qui, transportés directement, seraient tombés infailliblement aux mains des Anglais. Ouvrard proposait de créer des lettres de change qui seraient négociées successivement sur les principales places de Hollande, d'Allemagne ou de Suisse, dont les banquiers, moyennant un courtage de 2o °/o, feraient transporter les lingots par la voie des neutres. Charles IV et son favori, le prince de la Paix, repoussèrent ce hardi projet. Ouvrard continua pendant vingt-cinq ans ses spéculations sur les fournitures des armées, mais dans des conditions plus difficiles que précédemment . Les gouvernements réguliers qui avaient succédé à la République y regardaient de plus près; on discutait, on vérifiait les comptes de chaque fournisseur; on l'obligeait à des restitutions, et quelquefois même on le mettait en prison... jusqu'à ce qu'on eût de nouveau besoin de lui. C'est ce qui

arriva à Ouvrard une première fois en 1809. Après le désastre de Russie, quand l'Europe coalisée envahissait notre territoire, Napoléon, aux abois, demanda trois cent mille hommes que le corps Législatif lui refusa. Il voulut alors faire un appel suprême au patriotisme pour repousser l'invasion. Mais le pays était épuisé en hommes et en argent. A ce moment, on lui signala Ouvrard comme le seul homme dont le génie financier pouvait le secourir et le sauver peutêtre. Napoléon manda Ouvrard aux Tuileries. Mais il commença par lui reprocher d'avoir formé, de concert avec le roi Charles IV d'Espagne, une société pour l'exploitation des colonies espagnoles. Ouvrard ne pouvait reconnaître comme une faute une entreprise qui avait de la grandeur et qui pouvait même à un moment donné être utile à la France. L'entente ne pouvait se faire entre la défiance de l'Empereur et la liberté d'action nécessaire au financier. L'entrevue n'eut d'autre résultat que la confiscation des valeurs appartenant à la société Ouvrard et C'\ Néanmoins, au retour de l'Ile d'Elbe, Napoléon, se trouvant dans une nouvelle nécessité, eut franchement recours à Ouvrard, qui était sans rancune et qui lui procura 58,000,000 sur des rentes S %.

Ce fut ensuite au tour des Bourbons de recourir à lui. Ouvrard, à la demande du Duc de Richelieu, s'employa activement pour payer la rançon de la France et obtenir la libération du territoire. Il y parvint par la création de 30,000,000 de rentes 5 % sur notre grand livre, rentes qu'on accepta en

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paiement de la contribution de guerre et qui se négocièrent aussitôt avec le plus' grand succès. Les opérations d'Ouvrard se faisaient sur une si grande échelle, que ses profits devaient être énormes. Le bruit public les exagérait encore. Sous la pression de l'opinion, on lui demanda compte en 1823 de ses marchés pour l'expédition d'Espagne. Il avait cependant rendu un grand service à l'armée française, en lui fournissant des approvisionnements de toutes sortes qu'il avait spontanément réunis à la frontière et qui manquaient absolument à l'armée par la faute de l'intendance générale. On accusa Ouvrard de s'être concerté avec l'intendance, mais cela ne fut pas prouvé. Nous pensons qu'en pareille matière on ne doit admettre que les faits qu'un jugement a constatés, car Tenvie et la haine ont l'esprit inventif, et, en somme, il y a toujours plus d'accusations injustes que de crimes impunis.

Les rigueurs qu'Ouvrard avait subies sous l'Empire lui avaient appris ce qu'il pouvait craindre, et il avait pris la précaution de mettre ses propriétés au nom de sa femme. Ces biens comprenaient le fameux vignoble de Clos-Vougeot, les châteaux du Raincy, de Marly, de Lucienne, les terres de Preuilly, d'Azay avec une forêt de sept mille arpents, de Saint-Gratien, de Villandry, de Saint-Brice et Chàteauneuf, cinq maisons à la Chaussée-d'Antin, l'hôtel Montesson (1),

[\] Cet hôtel fut occupé, après Ouvrard^ parle prince Schwartzenberg, ambassadeur d'Autriche; c'est laque pendant une fête à l'occasion du

lui hôtel place Vendôme, des fermes aux environs de Cologne louées 600,000 francs. Enfin, ses valeurs de portefeuille.

Ouvrard avait été longtemps associé avec Séguin aussi habile et aussi riche que lui. Armand Séguin, a a début de la Révolution, s'occupait de recherches scientifiques. Il découvrit un procédé économique et rapide pour le tannage des cuirs ; il l'appliqua avec le plus grand succès aux fournitures militaires, et ce fut le point de départ d'une fortune qui s'accrut immensément, surtout pendant la durée de la République. Il fit, de concert avec Ouvrard, de grandes opérations de fournitures et fut comme lui rançonné par le gouvernement impérial, puis emprisonné quand il prétendit discuter sa rançon.

Ces deux fameux munitionnaires eurent plus tard à régler entre eux les comptes de leur association. Ouvrard se trouva débiteur envers Séguin d'une somme de S, 000,000. 11 ne reconnaissait pas cette dette et refusait de la payer. Séguin le poursuit et veut le faire saisir. L'huissier se présente au magnifique hôtel d" Ouvrard, mais l'hôtel appartient à sa femme ; quant à lui il n'y occupe qu'une mansarde meublée d'un lit de sangle, de deux chaises de paille et d'un pot de grès. Sur ce pot de grès était placée en évidence une inscription de rente de 300,000 francs. Mais cette rente était légalement insaisissable. L'huis-

second mariage de Napoléon I^'' un terrible incendie éclata où périt la belle-sœur de l'ambassadeur.

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sier avait donc fait buisson creux. Séguin voulut avoir sa revanche. Il invite un jour Ouvrard à diner, comme pour traiter une nouvelle affaire, et le fait arrêter au dessert parles gens mêmes qui les servaient et qui étaient des gardes du commerce déguisés. Ouvrard, se voyant pris, dit froidement : « Voilà un tour bien joué, » et se laissa conduire en prison. Il y resta longtemps, menant joyeuse vie, sauf la liberté, avec toutes les facilités que ce séjour comportait alors pour les débiteurs qui avaient beaucoup d'argent, et ce n'était pas ce qui lui manquait. Il donnait les diners les plus recherchés auxquels il invitait souvent son créancier et incarcérateur, car ils étaient fort liés malgré tout. Et comme Séguin s'étonnait un jour qu'il ne se décidât pas à régler leur compte : « Vous « savez, lui dit Ouvrard, que vous ne pouvez me « retenir ici que cinq ans. Je vous dois, dites- vous, a S, 000, 000 ; je gagne donc 1,000,000 par an à rester « en cage ; trouvez-moi un métier qui fasse gagner « autant. » Séguin se mit à rire et une transaction termina l'affaire.

Armand Séguin était un original et un maniaque. Ayant acquis, en l'an VI, l'hôtel (1) d'Orsay, rue de Varennes, il fit aussitôt élever autour de ce parc un talus de six mètres de haut qu'il planta d'arbres à rapide croissance, afin de dérober la vue de sa propriété à tout regard indiscret. Ce parc était livré en

(1) Cet hôtel était vendu comme bien d'émigré confisqué sur les Grimaud d'Orsav réfusiés en Angleterre.

toute liberté à de magnifiques chevaux de race qui n'en sortaient jamais, et dont il ne jouissait que par la vue. A la passion des chevaux il joignait celle de la musique, particulièrement de la lutherie. Il avait une chambre remplie de violons des grands luthiers italiens des xvii^ et xviii^ siècles qu'il avait achetés fort cher ; il les démontait de toute pièce, cherchait à analyser leurs conditions de sonorité,il les retouchait, permutait leurs différentes parties et n'arrivait qu'à des assemblages désordonnés équivalant à une véritable destruction. On racontait de Séguin quelques bizarreries qui semblent assez peu croyables. Il avait fait préparer un feu d'artifice au château de Jouy et avait laissé les portes du parc ouvertes. Les curieux y pénétrèrent et furent assaillis et même blessés parles pièces d'artifice dirigées contre eux. Ce qui est encore moins croyable, l'empereur lui ayant offert 30,000 fr. de ses quatre plus beaux chevaux, Séguin les tua de sa propre main et dit à l'envoyé de l'empereur qu'il pouvait les prendre dans cet état. Quand Séguin mourut en 183S, son château de Jouy et son hôtel de la rue de Varennes étaient tombés dans un état de délabrement lamentable. Quelques années après, cet hôtel disparaissait pour faire place à la rue Barbet de Jouy. Armand Séguin avait publié un nombre incroyable de brochures sur des questions de finance : cela avait l'air d'une manie. D'aillears toutes ses bizarreries paraissaient empreintes d'un peu de folie.

Pour nous résumer, Ouvrard et Séguin, grands

brasseurs d'affaires, se rattacTient un peu par leurs excentricités et leurs grandes allures auK financiers d'autrefois. Néanmoins l'esprit n'était plus le même, et l'on peut dire que, pour le luxe aimable, la politesse,rhospitalité et la bienfaisance, les fermiers généraux et anciens financiers restent dans notre histoire un type à jamais effacé. Ouvrard est mort en 1 847, âgé de 77 ans. Sa fille, après avoir été fiancée à un Montmorency mort subitement, épousa le comte de Rochechouart. — Armand Séguin est mort en 183S, âgé de 67 ans. Il n'avait que des collatéraux, et son testament fait en faveur d'une personne étrangère donna lieu à des procès qui firent beaucoup de bruit.

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