EPILOGUE
N terminant cette revue d'un monde disparu, nous ferons un rapprochement qui nous fournit un trait caractéristique de nos mœurs actuelles. Les financiers d'autrefois, au milieu de leurs prospérités et de leur grande existence, étaient fort considérés, mais ils n'aspiraient point à franchir la distance qui les séparait des rangs supérieurs réservés à la naissance ou aux éclatants services rendus à l'Etat. Les financiers de nos jours, si différents de leurs devanciers dans leur manière de vivre et dans l'emploi de leurs richesses, sont arrivés, surtout dans ces derniers temps , à occuper la première place dans la société moderne. L'or a maintenant un prestige qui grandit démesurément ceux qui le possèdent ; on s'incline devant ces nouveaux privilégiés du sort, et l'on admet qu'une immense fortune étant une puissance, elle est aussi une supériorité dans l'échelle sociale. Dès lors l'estime que l'on fait des gens n'est plus qu'une question de chiffres : « Combien a-t-elle de vertus, » dirai L-on d'une jeune fille à marier ; cela veut dire : quelle est
sa dot ? Pour admettre une personne dans son intimité on demande si elle est très riclie ? Quant à son origine, à son honorabilité, on s'en inquiète fort peu; et l'on voit même de grands noms sacrifier au veau d'or par d'étranges amitiés et par les mariages les plus surprenants ! Et les nouveaux parvenus le prennent de haut, se considérant comme en pays conquis, dans cette société, qu'au fond ils méprisent, de les avoir si facilement accueillis. Ce n'est pas qu'on ait renoncé aux signes de Tancienne hiérarchie ; jamais au contraire la recherche des distinctions honorifiques et les prétentions nobiliaires n'ont été aussi ardentes qu'aujourd'hui ; on va même jusqu'à inventer des généalogies qui font sourire, et à faire revivre, sous le plus léger prétexte des noms et des titres depuis longtemps éteints. Le besoin de dominer ou tout au moins de s'élever au-dessus des autres est tellement naturel à l'homme qu'on le retrouve partout, en dépit des institutions. Les sociétés humaines se transforment, s'améliorent ou dégénèrent; les suprématies se déplacent, mais l'inégalité des conditions subsiste ; elle a d'ailleurs son utilité. Si le niveau égalitaire pouvait abolir la vanité, ce serait tuer la poule aux œufs d'or, car ce sentiment est un agent nécessaire et le ressort souvent inconscient des plus belles actions. Quoi qu'on fasse, il survivra toujours, sous une forme ou sous une autre, c'est à l'expérience d'en modérer les excès, à la religion d'en guérir les blessures.
Janvier 1886.
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A\ant-Propos. — L'histoire des financiers touche à l'histoire des mœurs. Nicolas Fouquet, prototype de magnificence; indulgence de ses contemporains ; admis ici comme grand dépensier. Les financiers et le théâtre : eastigat ridendo... Ecole de moeurs contestable. Le véritable objectif du théâtre. Turcaret, simple caricature ; tous les personnages de cette comédie sont coquins, mais plaisants. Alors, on riait de tout ; plaisanterie de Voltaire , son histoire de voleurs, rancune d'actionnaire. Digressions et détails techniques que comporte cet ouvrage 1
Nicolas Fouquet. — Célèbre par son faste et sa disgrâce. Son rôle politique pendant la Fronde ; les services que lui et l'abbé Fouquet rendent alors à Mazarin sont les fondements de leur fortune. Fouquet devient surintendant des finances. Son ambition et ses goûts fastueux; ses dilapidations soupçonnées par Mazarin et dénoncées par Colbert ; avertissement qu'il dédaigne : sa perte est résolue ; prudence du roi dans l'exécution. Le château de Vaux et ses jardins^ premier chefd'œuvre de Le Nôtre. Fête donnée au roi, loterie de bijoux, bourses de jeu aux courtisans. Portrait de Fouquet, son charme séducteur. Cassette saisie, lettres compromettantes pour beaucoup de femmes ; raison de douter pour quelquesunes. Fidélité de ses amis, des poètes et des artistes qu'il protégeait. Elégie de La Fontaine : Les Nymphes de Vaux. Vif intérêt que M™® de Sévigné prend au procès. L'animosité du public se change en sympathie après la condamnation. Mobilité des sentiments populaires ; inconstance et ingrati-
tude du peuple envers les plus grands hommes d'Etat. Mort de Fouquet à Pignerol ; réflexion de M™^ de Sévigné. Les descendants de Fouquet ; le maréchal de Belle-Isle. Vaux racheté par M""^ Fouquet passe ensuite au maréchal de Villars, puis au duc de Praslin. Son état actuel 5
Les Fermiers généraux. — Conditions d'existence de la noblesse, de la magistrature et de la bourgeoisie ; les fermiers généraux considérés comme une classe à part en raison de leur goût pour le luxe et de leur générosité pour les artistes et les hommes de lettres. La Révolution les immole aux haines populaires ; sur quoi elles étaient fondées. Organisation des fermes générales, à la merci des gros capitaux ; bénéfices rendus à la circulation par le luxe et la bienfaisance, différence avec l'esprit actuel : le bien-être et l'égalité, les deux passions du siècle; l'égalité bien comprise existait autrefois : plainte de Saint-Simon qui le prouve. Les prodigalités intelligentes des fei'miers généraux les rendent sympathiques. Leur réhabilitation admise par la Convention ellemême, et complétée par le Consulat 23
Jean Law.— Embarras du Trésor avant l'arrivée de Law; taxations des gens d'affaires et autres expédients insuffisants. Origine de Law ; ses aventures ; agréments de sa personne ; son aptitude au calcul et aux combinaisons financières. Première idée d'une banque d'Etat centralisant toute l'administration du pays. Louis XIV repousse ce projet et blâme le gros jeu développé par l'exemple de Law. Contraint de quitter Paris, il y revient sous la Régence. Caractère du duc d'Oi-léans, son esprit aventureux ; il autorise la banque de Law ; bientôt l'émission des billets s'élève au triple de la proportion prévue. Création de la Compagnie des Indes occidentales pour l'exploitation de la Louisiane. Opposition du Parlement; lit de justice à cette occasion. Le Régent absolument séduit ; bail des fermes générales transféré des frères Paris à la Compagnie des Indes ; on se dispute les actions du Mississipi, agiotage de la rue Quincampoix, faits singuliers qui s'y rapportent. Law abjure le calvinisme et est nommé contrôleur général. Admiré comme un magicien avec une sorte d'idolâtrie. Déchéance du système; mesui-es arbitraires pour le soutenir. Laquais enrichis par l'agiotage; la force de l'habitude. Crime du comte de Horn, rue Quincampoix. Les agioteurs se transportent place Vendôme, puis à l'hôtel de Soissons. Fièvre du lucre devenue générale : cinq seigneurs seuls n'avaient pas spéculé. Le duc de Bourbon elles actions de son aïeul. Essai de colonisation au Missis-
sipi ; Law y envoie des colons qui meurent en route. Un arrêt du Conseil accélère la ruine de Law ; colère du public ; le duc d'Orléans le protège, restant convaincu de l'excellence du système. Le Parlement est exilé à Pontoise ; cinq mois après il est rappelé et Law s'enfuit chargé de malédictions, mais les mains nettes, ayant à peine de quoi vivre. Génie malheureux. Sa mort à Venise en 1729 ; ce qu'il laissa à ses héritiers. Curieuse scène au conseil de Régence en 1721. Appréciations de Voltaire. Ce que devient la Compagnie des Indes. Les rapides fortunes que l'agiotage avait produites changèrent les mœurs et inaugurèrent la série des fastueux financiers 33
Les Crozat. — Les deux frères, eninchis en commun, suivent ensuite deux routes différentes, l'un dans les finances, l'autre dans la curiosité. Antoine Crozat, « le plus riche homme de Paris, » est chargé d'arranger les affaires du duc de Vendôme. Il entreprend de coloniser la Louisiane ; après cinq ans d'essais, il rend son privilège qui passe à Law ; il le reprend après la chute du système, avec Samuel Bernard et les frères Paris. Taxé précédemment à 6,600,000 livres. Ses avances d'argent au duc d'Orléans : nommé trésorier de l'ordre. Il marie sa fille au comte d'Evreux ; mauvais procédés de ce seigneur ; portrait de M''« Crozat ; mérite des trois fils d'Antoine Crozat ; leurs titres. Pierre Crozat, dit le cadet ou le pauvre. Il se livre pendant quarante ans au culte de la curiosité ; son cabinet réputé le plus riche et le plus varié; appréciation deMariette ; le nombre des objets est immense ; on y compte dix-neuf mille dessins. Rare modestie de Mariette. Description, par Germain Brice, de l'hôtel bâti par Cartault, près de la porte Richelieu et disposé pour les collections de Pierre Crozat. Eloge du sculpteur Le Gros. Maison de campagne de Pierre Crozat. Malheureux accident ; générosité de Crozat. Les bulles de Massillon. Artistes dont il fut le parfait Mécène. Sa maison était une sorte d'Académie des Beaux-Arts. La Rosalba, violoniste. Ce que deviennent les collections. Belles alliances de la famille Crozat avec les maisons de Gontaut, de Choiseul, de Montmorency-Laval, de Béthune, de Broglie 57
Samuel Bernard. — La prodigalité est l'un des caractères du xviii' siècle, mais déjà Samuel Bernard était cité pour sa magnificence. Son origine, ses talents ; son extrême vanité est son côté vulnérable ; visite à Marly ; condescendance étonnante de Louis XIV pour se procurer de l'argent ; emprunt du roi de Suède obtenu par un semblable moyen.
Vicissitudes de la fortune de Bernard ; ce qu'il laisse à sa mort. Les chroniqueurs Marais et Barbier- se contredisent comme Hippocrate et Galien. Tiers appréciateurje président Hénault. Générosité de Bernard connue après sa mort ; sa tenue de maison, fête pour le mariage de sa fille avec le président Mole ; ses deux fils d'un premier lit ; brillants mariages de ses petites-filles ; gros jeu qu'il y avait chez lui ; sa singulière superstition ; sa mort à 88 ans. Anobli pour ses services, n'ose pas prendre des titres qu'il laisse à ses enfants. Son portrait, sa manie de le donner. Voltaire vante sa bienfaisance; ses fils moins estimables; banqueroute de l'aîné. Les trois hôtels de Samuel Bei'nard; autre maison à Passy 73
Les Frères Paris. — Une haute fortune récompense le mérite et l'union des quatre frères Paris. L'un d'eux, en épousant sa nièce, fonde à Rome une dotation de jeunes filles pauvres. Paris-Duvernay a le plus marqué en politique ; chargé du visa des dettes de Louis XIV; les quatre fils Aymon. Il prend à deux reprises le bail des fermes générales. Confident du duc de Bourbon, exilé avec lui, mais rappelé avec distinction. Ses grandes connaissances en finances et son influence à la Cour. Il fait marier le jeune roi avec Marie Leczijiska. Ses principes de probité financière; mesures utiles qu'il conseille, projet de l'école militaire avec M'"'' de Pompadour; Duvernay avance les premiers fonds ; ses talents pour la fourniture des vivres ; son ingérence fâcheuse dans la direction des armées. Se longue carrière ; ses protégés, Voltaire et Beaumarchais ; service que ce dernier lui avait d'abord rendu : visite du roi à l'Ecole Militaire. Duvernay prête de l'argent à Beaumarchais et l'associe à ses opérations; procès qui en fut la suite. Château de Plaisance. — Paris de Montmartel voué aux affaires de banque, ayant peu d'ambition, mais une grande considération et un crédit illimité. Sa terre de Brunoy érigée en marquisat ; son fils en prit le titre. Montmartel aussi intègre que généreux ; Voltaire le remercie pour M"« Corneille 81
Le Marquis de Brunoy. — Ne justifia pas le bien qu'en pensait Voltaire. Il n'est connu que par ses étrangetés. A quel titre il figure ici sans être un financier. Ses cascades d'encre à Bi'unoy en signe de deuil. C'était un fou, avec quelques apparences lucides. Ses alliances brillantes qu'il affecte de dédaigner; son grand mur de séparation conjugale. Il n'avait aucun goût intelligent, mais deux uniques passions : le vin et les parades prétendues religieuses. Le vin l'entraîne à des
amitiés de bas étage ; ses principes égalitaires, sa dureté pour ses ouvriers ; son état d'ivresse habituel ; cérémonies religieuses qu'il organise, son attitude burlesque, son rôle multiple et ridicule. Procession de la Fête-Dieu, profusion d'habits galonnés contrastant avec la mise sordide du maîti'e. Son insensibilité à la mort de ses parents. Autres folies : les arrosoirs protecteurs; les cascades de limonade; les cloches et le clocher; il répond atout par des prom.esses de funérailles. Annonce d'un pèlerinage en Palestine à ses frais avec rentes viagères. Ses parents paternels le font interdire; péroraison du célèbre Gerbier. Quelques-unes de ses dépenses insensées, sa mort à 33 ans. Le château de Brunoy acheté par le comte de Provence est détruit à la Révolution. Richesses que renfermait l'Eglise du village. Maison de campagne du célèbre Talma 91
La Popelinière. — Aimable et bien fait ; ses talents ; ses relations avec Thiériot et avec Voltaire ; compliments de ce dernier en prose et en vers : Gamache ou Mécéuas ou Pollion ; jeunes filles dotées chaque année, beaux ouvrages et belles actions; ce qu'on dit et ce qu'on pense. La Popelinière épouse M""^ Deshayes qu'il avait retirée du théâtre ; talents de celle-ci ; mariage forcé par le cardinal de Fleury. Refroidissement,torts réciproques; le duc de Richelieu et la plaque de cheminée ; naïveté de Vaucanson. Autre cache, découverte àPassy; séparation jusqu'à la mort de la dame. La table de La Popelinière; ses deux habitations, la Ménagerie de Passy achetée à vie, ses tableaux et ses marbres ; ses habitués écrivains et artistes; aveux de Marmontel au sujet de la bonne chère. La Comédie Italienne à Passy; corps de musique engagé à l'année; Rameau et Voltaire; l'abbé Pellegrin déchire de confiance un billet de Rameau. Les fêtes et les comédies de La Popelinière; M"« de Mondran ingénue de son théâtre; il l'épouse; les 13 ans de M™e de Genlis. Portrait de La Popelinière; son roman épistolaire, sa déception, complaisance d'un curé. Epitaphe par Marmontel ; méchante épigramme; éloge littéraire surfait; juste appréciation par Fréron l'illustre critique dont le fils a si affreusement terni le nom 101
BoNNiER DE L.v MossoN. — Trésoricr-général, se partage entre la science et les plaisirs ; son culte pour la musique l'attache àlaPetitpas, chanteuse de l'Opéra; elle entretient le feu sacré par le mouvement perpétuel. Les études sérieuses de Bonnier ; ses collections scientifiques ; ses déboires du côté du monde ; sa sœur, duchesse de Pecquigny et de Chaulnes ;
curieux portrait de cette dame tracé par M"» du Deffand ; son second mariage, s la femme à Giac. » Bonnier rebuté de ses alliés vivait dans les coulisses sans entrave ni reproche, vu le relâchement des mœurs. Aimable et généreux, sans ennemis et sans ennuis jusqu'à la fin. Son catalogue, par Gersaint 119
De la Live d'EpiNAY. — Notoriété de reflet par sa femme. Sa famille ; dissipé, dépensier sans mesure ; sa cousine qu'il épouse est bientôt délaissée. Les demoiselles Verrière; leur théâtre ; d'Epinay, premier moteur ; sa ruine ; pénibles sacrifices de M"^ d'Epinay ; relations toujours courtoises avec son mari ; insinuation perfide de Rousseau. Le foyer déserté par le mari se peuple d'hommes de lettres célèbres . Contagion littéraire ; M"^ d'Epinay écrit divers ouvrages dont le dernier a été couronné. Ses mémoires, parus trente-cinq ans après sa mort, paraissent douteux. Son portrait par elle-même, par M"' d'Ette, par Diderot et par Voltaire. Elle fait bâtir l'Hermitage pour Jean-Jacques ; indignes procédés de ce dernier. Relations écourtées avec Francueil, relations durables avec Grimm. Physionomie heureuse de Grimm, son esprit, ses fonctions diplomatiques, sa coi'respondance multiple ; il introduit Mozart chez M""^ d'Epinay . L'abbé Galiani ; sa correspondance avec M""^ d'Epinay ; détails familiers ou bouffons mêlés de pensées sérieuses. Galiani dote et marie « ses chiennes de nièces. » Son dévouement pour M^^ d'Epinay, quand il la croit ruinée, sans ressource. M"^ d'Epinay ne lit jamais. A cinquante ans elle ne veut plus être appelée belle dame. Elle a écrit les Conversations d'Emilie pour sa petite-fille. Opinion de Galiani sur ce livre et sur les dialogues français en général. Mauvaise santé de jNl"" d'Epinay, chagrins que lui donne son fils. Etat de gêne qu'elle suppoiHe courageusement sans aigreur contre son mari et son fils. Couronnée par l'Académie l'année même où elle meurt. Avait pour concurrente M""® de Genlis. Portrait au pastel par Liotard au Musée de Genève. Elle était généralement aimée; sontestament dément une allégation de Rousseau. Vers qu'elle fît pour lui; autres avec une mèche de cheveux envoyée à Ginnim. Prédiction de l'abbé Galiani 127
Une visite a l'hermitage, par M. Ernest Berlin, professeur à la Sorbonne. — Ce qui reste de la maison bâtie pour Jean- Jacques. Son rosier: « Je l'ai planté, je l'ai vu naître...» racine de ce rosier conservée sous verre et emportée par les Prussiens. Le laurier de Rousseau, les peupliers de Rous-
seau ; ses joies et ses lamentations ; sentiment de sa déchéance 146
Les Dupin de Chenonceaux. — Claude Dupin, ancien capitaine retiré dans les finances. Un accident de voiture amène son mariage. M""» Dupin et ses deux sœurs; intérêt paternel que lui porte Samuel Bernard. Dupin devient fermier général ; historiette d'une obligation avalée. Dupin, instruit et appliqué, prétend réfuter Montesquieu ; son ouvrage supprimé par déférence ou obéissance. Collaboration littéraire de ^[mB Dupin; autres ouvrages qu'elle écrit seule ; sa maxime naïve sur le bonheur ; réunion en sa personne de toutes les perfections physiques et morales ; vers de Tressan ; hommage de l'abbé de Saint-Pierre ; incident de Jean-Jacques repris doucement et reconnaissant. Immense fortune de M. et M""® Dupin ; l'hôtel Lambert et Chenonceaux ; réunion d'artistes, d'écrivains, de seigneurs, de belles femmes et de grandes dames ; vie large et généreuse. Admiration qu'inspirait M"° Dupin ; paroles caustiques de la marquise du DelTand attribuées à son mauvais estomac... Chagrins de ^jrae Dupin par les spéculations imprudentes de son fils, son exil à l'Ile-de-France, et sa mort prématurée. M"® Dupin devient veuve en 1769 et meurt en 1800, âgée de près de cent ans. — Dupin de Francueil, fils d'un premier mariage de Claude Dupin; doué de toutes les séductions et de tous les talents, eut Rousseau pour seci'étaire et collabora à ses œuvres musicales. Il épousa, étant veuf et âgé de soixantedeux ans, Aurore de Saxe ; origine de cette jeune fille, suivant arrêt du Parlement. A la mort de son père, Francueil . s'appelle M. Dupin ; véritable sens des seconds noms. Son fils, Maurice Dupin, père deM"«Sand ; portrait de son grandpère (Francueil] par sa grand'mère : sur la différence d'âge : « Est-ce qu'on était jamais vieux dans ce temps-là ? » Train de prince, bande de trente musiciens à sa solde ; corps de ballet en déplacement, chevaux, laquais, parasites ; meurt presque ruiné en 1780. Les derniers possesseurs de Chenonceaux 453
Helvétius. — Fils du médecin de la reine et protégé par elle devient fermier général puis il s'enrôle parmi les philosophes; élève des Jésuites; il tourne au scepticisme; il rêve la gloire littéraire et acquiert de la célébrité par l'étrangeté de ses idées. Son livre de l'esprit condamné en Sorbonne et au Parlement. Il se rétracte. Sentiment de Grimm et de La Harpe sur son objectif des jouissances matérielles; choses que, suivant Voltaire, il ne faut pas dire et qu'il ne faut pas
signer ; application à la Pacelle ; nécessité d'avoir des gueux ignorants. Helvétius critiqué par Frédéric II, Buiïon et Marmontel. Son caractère en contradiction avec ses paradoxes. Ses mœurs en partie double suivant Grimm. Moyen de conserver ses amis. Helvétius pratique le contraire de ses maximes: son mariage désintéressé; sa démission des fermes; ses pensions à plusieurs écrivains, trait de délicate générosité ; contraste de sa dureté envers les paysans. Sa passion d'écrire un instant dégoûtée ; apologue de Diderot à ce sujet. BufTon mal compris. Le nom d'Helvétius donné à la rue Sainte-Anne ; inconstance de la popularité ; les philosophes du xvin« siècle reniés et conspués par la démocratie. M™^ Helvétius se retire à Auteuil : recherchée par Turgot et Francklin ; son mot sur le bonheur au général Bonaparte. Son esprit naturel luttait avec avantage contre les sophismes de plus savants qu'elle. Sa philosophie pratique ; sa bienfaisance ; sa passion pour les chats. . . 165
BouRET. — Fermier général, son luxe de table ; le rêve qu'il poursuit de recevoir le roi ; il achète dans ce but Croix-Fontaine et y bâtit Un pavillon merveilleux. Le roi vient le visiter et y trouve sa statue avec un quatrain de "Voltaire. Ce que coûte un déjeuner royal. Le livre du vrai bonheur. Aspect général de Croix-Fontaine ; esprit inventif de Bouret ; le chien du garde des sceaux, anecdote de Diderot démentie par l'instinct infaillible des chiens. Le pavillon ne devait servir qu'au roi; description de l'intérieur. Hôtel construit par Bouret rue de la Grange-Batelière; ses possesseurs successifs jusqu'à l'incendie de l'Opéra. Autre maison à Chaillot. Hospitalité de Bouret, son obligeance aimable et gracieuse. Susceptibilité du poète Robbé ; sa conversion sous la Terreur. Bouret cherchait à plaire ; ses attentions délicates, la vache aux petits pois; la Provence, sauvée de la disette par sa générosité, lui décerne une médaille ; supplique élogieuse de Voltaire. Origine de Bouret. Ses profusions et ses bâtisses aux Champs-Elysées le ruinent ; sa mort par le poison ou par l'apoplexie; surnommé le grand Bouret; ses frères; sa présence au contrat de Marie-Antoinette- Bouret d'Erigny fermier général après Helvétius, épigramme mal appliquée. Légende sur Croix- Fontaine; la trompette souterraine . . . . > 177
"Watelet. — Receveur général des finances, amateur et artiste dans tous les genres ; l'Art de peindre le porte à l'Académie. Le quarante-unième fauteuil ; rancune de Collé; éloge de Watelet, par BufTon et par Suard ; critiques de Diderot où se
montre la jalousie de métier ; le poème la Peinture, par Lemierre ; singulière théorie de ce poète ; réplique posthume de Watelet à Diderot ; il se défend de tout rapprochement avec l'art poétique et s'excuse de la sécheresse inévitable du style en cette matière. Vers sur le procédé du pastel. Dictionnaire de peinture achevé par Lévesque. L'Art des jardins, le Moulin-Joly, masure que Watelet restaure avec le concours de Boucher, en respectant, pour les dehors, l'œuvre de lanature. Inscriptions poétiques; un vers d'Alfred de Musset. Moqueries d'Horace \Yalpole : le goût anglais avec le goût du sarcasme. Sentiment contraire du prince de Ligne ; hommage de Delille au Moulin-Joly ; une meunière incorrecte. Amabilité de Watelet, ses relations dans le monde et à l'Académie, caractèi'e de son talent littéraire ; son éloge par Marmontel. Ses revers de fortune fermement subis ; Sédaine lui succède à l'Académie et compare, dans son discours, les deux poèmes sur la peinture; pourquoi il préfère celui de Lemierre. Bel éloge de Watelet, par Vicq d'Azyr. Ce que devient .l/o?z/in-Jo/v. Ce qu'on gagne à vouloir répondre à un bruit public. W^atelet était un curieux ; son catalogue par Paillet ; il logeait au Louvre. Vœux de Delille pour la conservation de Moulin-Joly. Un petit neveu de Watelet, peintre de paysages, voué aux moulins . . 191 M. DE Beaujon, receveur général et banquier de la cour, avait surtout le luxe des grandes habitations. Il agrandit et embellit l'hôtel d'Evreux, devenu plus tard l'Elysée-Bourbon. Description de ce palais par Thiéry; ses objets d'art et meubles précieux. Visite du comte et de la comtesse du Nord. Non content d'un tel palais, Beaujon se construit, sous le titre d'hermitage ou de chartreuse, ce qu'on a appelé la Folie Beaujon. llrevend. au roi l'hôtel d'Evreux destiné aux princes étrangers ; la duchesse de Bourbon l'achète ; la Révolution s'en empare; un entrepreneur y donne des fêtes; puis on y voit passer Murât, Napoléon Ic% Alexandre I""", la duchesse de Berry, Louis-Napoléon; à tout cet éclat succède une veilleuse économique, La mauvaise santé de Beaujon le privait des jouissances que donne la richesse; ses berceuses ; son berceau ; son extrême bonté ; serviteurs très attachés. Trait de magnificence envers le maréchal de Saxe, comme autrefois Fugger d'Augsbourg envers Charles-Quint. Beaujon maltraité et calomnié dans un écrit périodique ; si son physique manquait de grâce, il le relevait par sa bonté ; s'il n'écrivait pas de livre, il protégeait les écrivains. Traits de générosité envers le poète de Belloy et l'acteur Carlin.
11 laisse 3,000,000 de legs particuliers. Ce que devient sa chartreuse avec le peintre Gudin, et après lui. L'hôpital fondé par Beaujon sauvera son nom de l'oubli 207
BoDTiN. — Ancien trésorier général de la marine, rivalisait de bienfaisance avec Beaujon ; son hospitalité ; l'art de grouper les convives; ses collections scientifiques et ses jardins appelés Tivoli ou Folie- Boulin. Enthousiasme paysagiste du prince de Ligne; Postdam et Peterhof imités de Versailles ; les genres hollandais, français et anglais. Railleries d'Horace Walpole sur Boutin; tout ce qu'il voit en France est ridicule et mauvais, la cuisine même et la m usique, où sa compétence est douteuse ; les femmes lui arrachent un hommage où fléchit l'orgueil anglais; ses boutades stéréotypées. Opinions plus mesurées d'Arthur Young ; pensée originale à propos de Luciennes; Frédéric II et la guerre, sa maîtresse. L'ordre et le désordre dans le paysage ; vers de DeliHe conciliant les deux genres ; le chou et le navet, réplique burlesque. Préceptes du prince de Ligne pour les jardins ; il les veut peuplés d'êtres animés ; ce qu'en pense Diderot ; excès delà templemanie de la Grécie de la Gothie ; les jardins de Peterhof; la rivière de Tsarskoé-Sélo et l'homme qui s'y noie. Boutin avait essayé le premier en France le genre irrégulier ; imitations puériles qu'on en fait ; elles n'effacent pas le mérite de Tivoli, comme de Trianon et autres jardins pittoresques. Les deux maisons de la Folie-Boutin ; la révolution s'en empare en guillotinant Boutin ; on en fait un jardin public en grande vogue jusque vers le milieu de la Restauration . . . 217
Baudard de Saixte-James. — Trésorier général de la marine. Son portrait à la plume, par M"^<^ Vigée-Lebrun ; sa hardiesse d'édifier la Folie-Sainte-James en îâCQ de Bagatelle, au comte d'Artois; l'Homme au rocher, surnom donné par Louis XVI au rival de son frère. Description détaillée des jardins de la Folie-Sainte- James. Hôtel Place Vendôme ; cabinet fameux d'histoire naturelle ; dîners splendides. Comédies données à Fohe-Sainte-James à un nombre immense d'invités. La banqueroute survient, la Bastille le saisit, résultat d'opérations malheureuses, de folles dissipations, notamment pour Mn^ Beauvoisin ; vente des bijoux de cette personne. Dépenses personnelles de Sainte-James, que le prix n'arrêtait jamais ; .sa ruine le surprend comme la foudre, et il meurt de douleur à la Bastille. Sa fille mariée avant sa ruine. Il avait figuré dans le procès du collier comme témoin et prêteur de 200,000 livres à Boéhmer 229
Lavoisier. — Fermier général, illustre savant, père de la chimie moderne ; aperçu de ses travaux, d'après la Biographie médicale. Les découvertes de la science ne sont que des vérités transitoires ou partielles, il n'en faut pas moins honorer leurs auteurs. Beau
caractère de Lavoisier ; son luxe s'appliquait aux recherches scientifiques et à encourager les travaux des autres ; invention du quinquet ; services rendus à sa compagnie ; ses vues pratiques ; son humanité ; première idée du gazomètre. Il est attaqué avec acharnement dans VAini du Peuple^ journal de Marat, en haine de l'Académie des sciences, qui avait dédaigné ce médiocre savant ; Lavoisier accusé d'avoir voulu étoufFer Paris en construisant un raur d'octroi ; observation de Michelet sur les effets prolongés de la haine cultivée par Marat. Les dénonciations de la peur ; aveu de Dupin, qui était un protégé de Paulze, beau-père de Lavoisier. Averti du danger. Lavoisier accepte un asile, puis le quitte par délicatesse ; fort de son innocence, il se constitue prisonnier ; il demande un sursis de quinze jours : « La République n'a pas besoin de chimistes. » Il subit son supplice avec fermeté. Eloge de Lavoisier par Lagrange et Ségur ; sa belle figure. Sa veuve épouse M. de Rumford, savant et homme d'État, inventeur des soupes économiques. Condamnation de vingt-huit fermiers
généraux 237
Les Grimod de La Retnière père et fils, l'un fermier général, l'autre écrivain gastronomique et caustique. Railleries de ce dernier sur les prétentions nobiliaires de son père. La gourmandise, tradition de famille,lestrouvait d'accord. Sept dindes pour un. La table de Grimod père plus appréciée que son esprit; sa querelle avec le peintre La Tour. Incartades de cet artiste ; leçon qu'il reçoit de Louis XV ; cerveau brouillé de politique ; son orgueil et son avidité ; leçon qu'il reçoit de Chardin. Description de l'hôtel de Grimod père, rue de La Grange-Batelière, bâti d'abord pour Bouret ; Grimod s'en fait ensuite construire un autre au coin des Champs-Elysées; ses précautions contre le bruit de la foudre. Balthasar Grimod fils; son Almanach des Gourmands spirituel mais trop spécial ; son esprit bouffon et sarcastique ; encensoirs en guise d'adulations; diner des funérailles; leçon donnée aux absents. Manuel des amphitryons, règles de la politesse gourmande, extravagantes par leur rigueur, mêlées à quelques remarques judicieuses. Grimod avait eu d'abord un autre luxe ; mangeoires d'argent pour ses chevaux. Né avec des mains incomplètes, un mécanisme y suppléait si bien qu'il tua un homme en duel. Histoire d'un toupet gênant mais complaisant ; l'amour et la gourmandise. Diverses professions exercées en amateur par Grimod; il sauve ses parents de la guillotine, et recommence plus tard ses réceptions gastronomiques à Villers-sur-Orge ; la consigne était de rire, et la belle humeur faisait tout passer. Mandé près du ministre de la police Fouché, il s'en tire par une pasquinade. A quoi Grimod attribuait sa bonne santé 247
Jean-Joseph DE Laborde, Banquier de la Cour et fermier général a un homonyme fermier général comme lui mais dont le nom s'écrit autrement. Un sort commun les conduisit à l'échafaud. Origine espagnole de Joseph de Laborde ; son aptitude aux affaires utilisée et récompensée par le duo de Choiseul ; il en témoigne sa reconnaissance. Opinion de Laborde sur le commerce comparé à la banque ; il devient fermier général malgré lui ; son caractère honorable ; son crédit sans bornes ; service rendu à un de ses fils par le capitaine de vaisseau Durantin, gratitude du père, étendue de ses relations dans les deux Mondes. Traits de générosité ; il dépense magnifiquement son immense fortune ; sa passion de bâtir, ses châteaux de Saint-Ouen, Saint-Leu et La Ferté-Vidame ; Méréville où il accomplit une double transformation d'un manoir féodal en élégante habitation et d'une plaine en petite Suisse; colonne édifiée en souvenir de deux fils de Laborde morts dans l'expédition de La Peyrouse. Panneaux exécutés par Joseph Vernet pour la Ferté-Vidame; colère de Diderot à ce sujet, et sévérités en sens opposé d'un autre critique d'art. Description sarcastique par Horace Walpole de l'hôtel de Laborde à Paris. M"^" de Laborde a inspiré Greuze. Laborde crée tout un quartier ; la Révolution ne lui permet pas de l'achever. Dévoûment des paysans de La Ferté-Vidame , il est le premier fermier général qui ait péri sur l'échafaud. Ses filles et sa descendance, Laborde de Méréville, promoteur de la banque de France, Alexandre et
son fils Léon de Laborde 263
Jean-Benjamin de La Borde, premier valet de chambre du roi, gouverneur du Louvre et fermier général, désigné aussi comme « l'auteur des chansons, » gagne l'amitié de Louis XV par son aimable caractère. Passionné pour l'étude et pour les arts, même dans la fougue de la jeunesse, il s'y adonne ensuite sérieusement et devient écrivain et compositeur de musique. Luxe typographique de ses ouvrages ; choix de chansons illustré par Moreau et autres; ses nombreux opéras ; ses tableaux historiques avec de belles cartes. La Borde avait beaucoup de flatteurs. Voltaire en tête ; compliments en vers et en prose ; ils font ensemble l'opéra de Pandore; prudence de Voltaire avant de livrer son poème, ses démarches pour faire jouer Pandore à la Cour, ses jolies lettres au maréchal de Richelieu et à M°"^ Du Barry restent sans effet. La Borde plus heureux à Paris ; aveu naïf sur sa musique ; elle est regardée comme très médiocre. Très large dans ses dépenses, La Borde était surtout généreux pour les artistes. Comme homme d'affaires, sa ressource du sommeil pour aplanir les difficultés. Sa maison est pillée et incendiée le -10 août; retiré en Normandie, puis arrêté ; il manque deux fois roccasion
de sauver sa vie et périt le 4 thermidor le dernier de sa Compagnie. Désintéressement de La Borde; ses démarches pour Lally- Tollendal plus tard réhabilité. Texte de la condamnation de vingtcinq fermiers généraux 277