LES FRÈRES PARIS H'A
couronne de Pologne recevrait un jour le duché de Lorraine en dédommagement de sa seconde élection que les armes de la Russie avaient invalidée.
Dans les affaires de finance, Pâris-Duverney avait un principe et une règle de conduite, c'est qu'on ne peut obtenir de crédit que par une grande fidélité à tenir ses engagements. Pour rétablir les finances du royaume, alors fort malades, — et qui l'ont toujours été depuis, — il proposa différentes taxes qui mécontentèrent à la fois la noblesse, le clergé, le commerce et la bourgeoisie, et qui furent la cause ou le prétexte de la disgrâce du duc de Bourbon. Le coup qui frappait le premier ministre ne pouvait ménager son conseiller, mais l'évèque de Fréjus connaissait trop la capacité de Pâris-Duverney, pour que son exil fût de longue durée. Cependant on se borna pendant longtemps à le consulter sur les questions de finances, et ce ne fut qu'après la mort de Fleury, en 1743, qu'il prit une part active aux affaires.
Duverney fut l'auteur ou le promoteur de beaucoup de mesures utiles. Il fit construire l'aqueduc d'Arcueil, et donna une vive impulsion aux premiers travaux que l'on fit en France pour l'irrigation des terres ; il organisa un service régulier des vivres pour les armées. Il coopéra avec M'"' de Pompadour à la création de l'École militaire, et en fournit de sa bourse les premiers fonds. Il résulte même de sa correspondance que l'idée première de cet établissement lui appartient. M""^ de Pompadour lui écrivait de A^ersailles, le 18 septembre \lV)i) : « Nous avons été avant-
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a hier à Saint-Gyr. Je ne peux vous dire combien j'ai « été attendrie de cet établissement, ainsi que tout ce « qui y étoit. Ils sont tous venus me dire qu'il fau- « droit en faire un pareil pour les hommes Cela m'a « donné envie de rire, car ils croiront, quand notre « affaire sera sue, que c'est eux qui ont donné l'idée. « Je vous embrasse de tout mon cœur, mon cher « Nigaud (1). )) Et Pâris-Duverney lui répondait, de Mont-Saint-Père, le 23 septembre : « La visite que « vous avez faite, Madame, à Saint-Cyr, a attendri « votre cœur. Si vous pouviez, par comparaison, « réunir dans une parfaite connaissance en quoi court siste, à tous égards, la différence de la proposition « que j'ai faite, je me persuade que vous accorderiez « une protection éclatante à un établissement qui, <( en honorant notre monarque, produirait dans les « cœurs, en général, ce que le vôtre a senti dans la « seule visite d'un couvent... La discussion des « moyens pour l'exécution d'un aussi grand projet « exige aussi un sérieux examen. J'ai l'honneur « d'être, avec autant de respect que d'attachement, « Madame, vôtre... » (2)
On lit dans les mémoires du cardinal de Bernis : « Le maréchal d'Estrées, contre toutes mes représenta-
(1) M"" de Pompadour donnait des surnoms familiers à ses amis ; elle appelait Duverney : mon cher Nigaud.
(2) L'Édit royal du 22 janvier 17ôl, qui ordonnait la création d'une Ecole militaire, indiquait le plan d'éducation qui serait suivi «... en sorte « que l'ancien préjugé, qui a fait croire que la valeur seule fait l'homme « de guerre, cède insensiblement au goût des études militaires que nous « aurons introduit, n