LES FRÈRES PARIS
« tions, s'était brouillé avec Pàris-Duverney, et il man- « quade toutes choses qu'ilaurait eues en abondance, « s'il avait voulu se concerter avec cet homme de « génie. » Et encore ce passage : « ... Pàris- « Duverney qui était à la tète des vivres, qui avait « toujours été le bras droit des généraux et des minis- « très de la guerre, et qui, avec quelques défauts, « unissait une grande âme à beaucoup de lumières et « d'expérience. » Puis le cardinal raconte comment les plans de campagne de l'année 17o7, ainsi que la distribution et le commandement des armées furent concertés avec M"' de Pompadour, sur les propositions de Pâris-Duverney ! C'est à peu près ce que nous avons vu en 1870 avec des conséquences plus funestes encore, quand des ingénieurs civils s'arrogèrent la direction de nos armées. Il est à remarquer que Bernis, qui vient de faire de si grands éloges des talents et du caractère de Pàris-Duverney, ne songe pas à blâmer son ingérence dans les plans de guerre dont il fait d'ailleurs ressortir les défauts.
Pâris-Duverney mourut en 1770, âgé de quatrevingt-six ans (1). Aux deux extrémités de sa longue carrière, il avait été le Mécène de deux hommes célèbres : Voltaire (2) et Beaumarchais. Un hasard singulier avait permis à Beaumarchais de rendre le
(1) Il était né en 1684, à Moirans (Isère).
(2) Les frères Paris l'intéressèrent dans les fournitures do l'armée d'Italie et lui firent gagner 500,000 livres. Mais le nouveau visa, opéré plus tard par l'abbé Terra}', lui en fit perdre la moitié. Voltaire s'en vengea en représentant ce contrôleur général sous les plus odieuses couleurs qui lui sont en partie restées.
premier à Pàris-Duverney un service qui fut largement récompensé. C'est lui-même qui le raconte. C'était au temps où le crédit de M^'^ de Pompadour faiblissait, et, où l'Ecole militaire, sa création, languissait inachevée, et semblait condamnée à l'abandon par l'indifférence visible de Louis XV. Pâris- Duverney s'en désolait, étant passionnément voué à cette œuvre comme ami et collaborateur de ^1™® de Pompadour : « En 1760, dit Beaumarchais, M. Du <( Verney, au désespoir d'avoir vainement tout em- « ployé, depuis neuf ans, pour engager la famille (( royale à honorer de sa présence l'Ecole militaire, (( regardée comme l'ouvrage de M°^® de Pompadour, « souhaita de me connaître ; il m'offrit son cœur, ses « secours et son crédit, si j'avais celui de faire réus- « sir ce que tout le monde avait en vain essayé « depuis neuf ans. ->
Pâris-Duverney connaissait le proverbe : on a 2)arfois besoin d'un 'plus petit que soi. Beaumarchais, d'abord horloger avec son père, puis contrôleur d'office à la Cour, admis ensuite auprès des quatre filles du roi dans une sorte d'intimité à cause de son talent sur la harpe, dont il leur donnait bénévolement des leçons, et dirigeant leurs petits concerts de famille, Beaumarchais s'était acquis la bienveillance de Mesdames, comme il l'a écrit, « par les soins les « plus assidus et les plus désintéressés sur divers « objets de leur amusement. •> Il comprit que la démarche dont il était l'objet pouvait être le fondement de sa propre fortune. Il parla à Mesdames de l'Ecole