LES FRÈRES PARIS S
militaire, sut les y intéresser, et leur demanda comme une faveur de la visiter sans leur cacher le motif personnel de ses sollicitations. Les princesses se rendirent à l'Ecole militaire, et le récit qu'elles firent au roi de leur visite le décida à y aller lui-même. C'était le salut pour cet établissement. Pâris-Duverney , reconnaissant envers ce jeune homme dont l'intervention avait été si heureuse, résolut de faire sa fortune. Il lui donna une part d'intérêt dans ses opérations, l'initia aux affaires de finance et lui donna ce goût pour les spéculations qui ne le quitta plus ; enfin il lui prêta de l'argent pour acheter un emploi distingué dans les chasses du roi.
Beaumarchais était ambitieux et cherchait à se pousser à la Cour ; mais il rencontrait dans son chemin d'autres parvenus arrivés avant lui et qui trouvaient qu'il allait trop vite. Les obstacles, les jalousies et les dédains qu'il rencontra et qu'il surmonta ne furent pas sans influence sur l'esprit frondeur et quelque peu amer de ses écrits. La lutte était dans la destinée de Beaumarchais ; l'appui et l'amitié de Pâris-Duverney lui avaient été d'un grand secours ; mais à la mort du financier, il restait encore à régler entre eux un compte d'association. Il en résulta un procès avec les héritiers, et ce fut le premier de cette série interminable de procès qui remplirent la vie de Beaumarchais. Quant à Pàris-Duverney, son caractère remuant et impérieux est dépeint dans l'épitaphe suivante :
Ci gît ce citoyen utile et respectable, Dont le souverain bien était de dominer ; Que Dieu lui donne enfin le repos désirable Qu'il ne voulut jamais ni prendre ni donner !
Pàris-Diiverney possédait le château de Plaisance, près de Nogent, à deux lieues de Paris. D'Argenville y décrit « un joli salon peint en fleurs et en treillages (( avec des oiseaux » et le grand salon du château dont « la corniche est dorée avec huit cartouches « remplis par des figures chinoises. Huët a peint des « oiseaux et des fleurs dans les dessus des portes et « des glaces... Le maître a le goût d'élever les plus K helles fleurs et les plus rares. Il n'aime pas moins « la culture des ananas et des autres fruits renfer- « mes dans des serres chaudes et vitrées qui ne sont « pas le moindre ornement des jardins de Plai- « sance. »
Paris de Montmartel se tint en dehors de la sj)hère politique où s'agitait son frère, et il s'appliqua surtout aux afî'aires de banque et aux finances. Il jouissait à la Cour et dans le public d'une grande considération. « M. de Montmartel, dit le cardinal de Bernis, « s'est enrichi en servant le roi ; mais il faut convenir (t que sa fortune et son crédit ont été bien utiles à l'Etat « dans plusieurs occasions importantes. » Il fournit aussi de l'argent au roi pour l'acquisition du marquisat de Pompadour, et, en retour de ce service, on érigea en marquisat sa terre de Brunoy, dont son fils prit le titre à sa mort, en 1771.
Le château de Brunoy, que décrit d'Argenville, était surtout remarquable par ses dépendances : ses