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CHAPITRE IX

C'était l'instant funèbre où H nuit est si sombre Qu'on tremble à chaque pas de réveiller dans l'onabre Un démon ivre encor du banquet des sabbats ; Le moment où, liant à peine sa prière, Le voyageur se hâte à travers la clairière: C'était l'heure où l'on parle bas.

Victor Hugo, Odes.

Le lendemain du jour où Regnault quitta Corapiègne , la soirée était sombre et orageuse , au point que Germaine et Marie pressaient maître Joseph de passer la nuit au château. « De la lumière ! » dit la dame de Flavy qui paraissait agitée d'une sorte de terreur. Marie courut appeler une servante et fit apporter deux flambeaux, dont la brillante

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lueur neclairait encore qu'imparfaitement une aussi vaste salle.

La nuit la plus obscure était répandue au dehors , lorsque plusieurs coups de tonnerre très violents vinrent ébranler les murs du vieux manoir. Germaine et le vieux prêtre s'efforçaient inutilement par leurs discours de distraire la dame de Flavy, sur qui l'orage faisait toujours une vive impression. A chaque éclair ils la voyaient tressaillir et joindre les mains dans un état d'épouvante qui excitait la pitié, et Marie, ayant toujours eu peur du tonnerre , n'était pas éloignée de partager son effroi. Bientôt la violence de l'orage redoubla ; un vent furieux sifflait le long des vastes corridors, une pluie battante frappait les vitraux peints des croisées, et l'on eiit pu croire qu'aucun des arbres de la forêt de Compiègne ne résisterait à ce terrible ouragan.

« Germaine, dit la pauvre dame d'une voix tremblante, regarde, je t'en prie, si les fenêtres sont bien fermées. »

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Maître Joseph se levait pour aller s'en assurer; mais la dame de Flavy, par un mouvement très vif, lui prit la main et le retint près d'elle , comme si la protection d'un homme, et surtout la protection d'un prêtre , lui semblait un préservatif contre le danger. Germaine, après avoir assuré sou aïeule que tout était parfaitement clos, ne put résister au désir de contempler le spectacle imposant et terrible qu'offraient ce ciel en feu et ce grand désordre de la nature. Debout devant la fenêtre, tantôt ses yeux se portaient sur les gros nuages noirs qui lançaient la foudre, tantôt sur la terre inondée du jardin , lorsqu'à la lueur des éclairs qui se succédaient sans relâche elle vit deux hommes traverser le petit parterre où Marie cultivait ses fleurs, et se diriger rapidement vers la porte de la maison. Pour se trouver à cette heure dans l'enclos il fallait qu'ils eussent escaladé le mur. Germaine, ayant grand soin de ne point effrayer la daine de Flavy, sortit aussitôt de la h 10

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salle d'un jDas tranquille, pour s'assurer, dilelle, que tout était fermé en bas; mais à peine fut-elle dehors, que prenant son élan, elle descendit l'escalier comme un trait, et courut vers l'endroit où se tenaient le soir le sommelier, son fils et les deux servantes.

tlN'avez-vous pas oublié, dit-elle, de poser les barres à la porte du vestibule? il y a deux hommes dans le pourpris.

— Deux hommes ! s'écria Michel. Donnemoi ma miséricorde, Simon.» Et son fils détacha aussitôt une épée courte et étroite , dont plus d'une fois déjà le brave homme s'était .servi pour défendre le manoir de ses maîtres, et qui, dans les temps de calme , restait toujours altachée au manteau de la cheminée. «Nous trouverons dans le vestibule des lances pour toi, Simon, et pour vous autres, si vous voulez me suivre , a]oula-t-il en s'adressant aux deux servantes. Quant à vous, demoiselle Germaine, remontez, je vous prie, et laisseznous faire.

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— Non , Michel , non , répondit Germaine, je vais avec vous. » Et elle se mit à marcher en tête de la petite troupe, après avoir bien recommandé de faire silence.

Tout était tranquille dans le vestibule. Michel approcha l'oreille des grosses planchés solidement serrées qiii le séparaient du jardin, et contre lesquelles il ne tarda pas à enlendre frapper plusieurs coups avec violence. « Qui èst-là? » cria le vieux sommelier de toute la force de ses poumons. « Qui est-là?» crièrent Germaine et les trois autres.

« Par le tonnerre du diable! voulez-vous ouvrir? » répondit une voix de Stentor dont l'accent élait si bien connu à Verlbois que Michel, son CIset les deux servantes se précipitant sur les barres de fer et sur les verrous pour obéir à cet ordre, Germaine se trouva aussitôt dans les bras de son père.

« Qui est ici , Germaine? demanda le sire de Flavy, après avoir tendrement serré sa fille sur son cœur.

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— Ma grand'mère, le père Joseph , Marie et moi, répondit-elle.

— Vous voyez bien, Louis, reprit messire Guillaume en s'adressant au plus jeune de ses frères qui l'accompagnait, que mes renseignements étaient exacts et que nous pouvions simplement frapper à la grande porte, sans recevoir des torrents de pluie comme nous le faisons depuis une heure.

— Par où donc êtes-vous venu, mon père? demanda Germaine.

— Par la' porte qui donne sur la forêt, dont heureusement j'avais la clef. Nous n'avons pu l'ouvrir qu'avec beaucoup de peine ; et j'espère que vous l'avez refermée? » ajouta-t-il en regardant son frère.

Louis de Flavy ne répondit que par un signe de tête affirmatif ; car le fait est que, ne pouvant retirer cette clef rouillée de la serrure , il avait suivi son frère, quitte à venir refermer la maudite porte après l'orage. «Maintenant, Germaine, reprit messire

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Guillaume, ce qui presse le plus est de nous sécher avec un bon verre de vin de Bourgogne, si les Anglais m'en ont laissé. »

Le vieux Michel courut à la cave, qui plus d'une fois en effet avait été dégarnie, et le sire de Flavy prenait le chemin de la galerie du bas. «Cet appartement n'est plus occupé, dit Germaine ; nous nous sommes retirées dans les seules pièces du premier qui soient encore habitables.

— Eh bien! montons.

— Permettez que je vous précède , repritelle : ma grand'mère est souffrante et ne s'attend pas...

— Oh! que de cérémonies! » dit messire Guillaume d'un ton brusque en s'avançant vers l'escalier; mais Germaine, escaladant les marches comme si elle eût eu des ailes , arriva dans la salle avant lui, assez à temps pour serrer la dame de Flavy dans ses bras , en disant : « Mon père ; c'est mon père ! «

Ce peu de paroles suffit pour ranimer les

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esprits de l'infortunée douairière, pour lui donner la force de se lever précipitamment de son siège et de se soutenir, pâle et effarée, sur ses jambes tremblantes. Marie et maître Joseph imitèrent son exemple avec tant de rapidité que tout le monde était debout quand le terrible seigneur du manoir reparut au milieu des siens.

« Dieu vous garde ! » dit-il sans s'adresser à personne d'une manière particulière; et, prenant une escabelle, il s'assit.

Germaine alors s'approcha de sa mère et voulut la replacer sur le vieux fauteuil de velours qu'elle venait de quitter. « Non , non , » dit la dame de Flavy d'une voix altérée par l'effroi. A cet accent , raessire Guillaume porta ses regards sur sa malheureuse mère. « Que diable avez-vous donc? dit-il d'un ton dur; on dirait que vous tremblez?

— Ma grand'mère est malade , très malade,» répondit Germaine.

Les yeux de messire Guillaume s'a|tachè-

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rent aussitôt sur ceux de sa fille ; il put en voir tomber une larme: «Asseyez-vous, ma mère, reprit-il moinsbrusqueraent; je suis j^ien aise de vous revoir. »

Jamais depuis quinze années il n'avait fait entendre à la pauvre dame des paroles aussi douces. L'impression qu'elles produisirent sur l'infortunée fut si vive que, par un mouvement machinal, elle retint un instant la main que son fils lui présentait; mais elle la laissa retomber en pâlissant, et se replaça sur son fauteuil dans une complète immobilité.

«Allons, allons, dit le sire de Flavy, laissons là toutes ces émotions de femmes; diles-moi plutôt si jamais vous ne recevez ici de visites imprévues, et si l'on peut y passer une nuit en toute sûreté.

— En toute sûreté, je l'espère, répondit Germaine; les Anglais ont malheureusement autant d'amis que d'ennemis dans notre famille et nous laissent en repos depuis longtemps.

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— Je ne leur demande que cette nuit, répliqua messire Guillaume; car demain matin de bonne heure nous verrons nos gens, » ajouta-t-il en se tournant vers Louis de Flavy, auquel il fit signe de prendre un siège.

Louis, qui s'était en vain approché de sa mère, dont il avait baisé les mains sans qu'elle reconnût en lui un de ses enfants, s'empressa de s'asseoir entre ses deux nièces, bien qu'il n'osât pourtant leur adresser la parole autrement qu'à voix basse. Tout vaillant homme de guerre qu'était ce jeune Flavy, messire Guillaume, son aîné de beaucoup, lui inspirait une crainte qu'il ne parvenait à vaincre que lorsque les dangers d'un champ de bataille ou de quelque entreprise hardie rétablissaient entre les deux frères une sorte d'égalité.

Louis de Flavy atteignait à peine sa vingttroisième année ; car la dame de Flavy avait eu ce dernier fils longtemps après les cinq aulres. Placé dès son enfance sous la pro-

tection el sous le commandement de Guillaume, il ne connaissait que la vie des camps et d'autres jouissances que celle d'illustrer le nom de sa famille, dont il était excessivement fier, par des faits d'armes éclatants. On citait déjà de lui plusieurs traits d'intrépidité qui passaient toute croyance; mais celte haute valeur ne le rendait pas moins timide devan son imposant capitaine, en sorte qu'il existait, pour ainsi dire, deux hommes en lui : Louis de Flavy en présence de messire Guillaume, et Louis de Flavy délivré de cette présence. Dans ce dernier cas il se montrait jovial , brusque et hardi ; dans l'autre on le voyait craintif et silencieux, uniquement occupé du soin d'obéir au moindre signe de son frère.

a Eh bien! chapelain, quelles nouvelles de Compiègne? reprit messire Guillaume en se versant un verre du vin que Michel venait d'apporter. S'y réjouit-on du départ des Picards ?

— Je le suppose, répondit maître Joseph ;

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mais ici comme ailleurs il reste toujours assez de cuirasses pour écraser le pauvre peuple, et les Anglais sont encore là.

— Bast! une centaine de goddam dans une ville ne sont pas une affaire.

— Dans l'état actuel c]es choses, reprit maître Joseph , trois suffiraient pour faire trembler quatre cents bourgeois.

— On pense donc ici que nos affaires ne sont pas en bon train?» dit le sieur de Flavy d'un ton moqueur.

Le prêtre ne répondit que parun gros soupir.

0 Et , selon la courageuse coutume de cette canaille que vous nommez bourgeoisie, poursuivit messire Guillaume, vos habitants ne songent qu'à vendre leurs laines aussi cher sous Henri VI qu'ils pourraient la vendre sous Charles VII.

— Depuis longtemps , dit Joseph Gauvain avec douceur, il ne s'agit plus pour eux de vendre leurs laines, mais de conserver leurs vies.

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' — A qui !a faute ? s'écria le sieur de Flavy d'une voix de tonnerre qui fit tressaillir sa mère et Marie. Pourquoi ont-ils lâchement courbé la lête sous les Anglais, et pourquoi, quand les serviteurs du roi se présentent deyaot une ville, la porte leur en est-elle fermée? Misérables! qui n'ont pas su mourir avant de recevoir garnison anglaise ! bien dignes qu'ils étaient d'avoir pour roi l'imbécile Charles VI! Je les verrais tous hachés menus comme des grains de moutarde sans en avoir pitié. »

Quoique maître Joseph entendît attaquer la mémoire de son monarque chéri, il connaissait trop l'inutilité dont seraient ses observations sur l'homme auquel il avait à faire pqur répondre un seul mol à cette violente sortie. Il altendit donc en silence qu'une voix plus puissante que la sienne prît la défense du pauvre peuple français.

« On ne peut leur souhaiter plus de maux qu'ils n'en éprouvent, dit Germaine d'un Ion

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terme. Anglais, Bourguignons, Armagnacs, tous les îrappent , nuls ne les protègent. Les torts de ces malheureux, s'ils en ont eus, sont bien loin d'égaler leur misère.

— Eh bien ! quoi? dit Guillaume, on les pille, on les vole, on les brûle. Pourquoi défendrions-nous leurs bicoques? ont-ils défendu nos châteaux? Ne vous attendrissez pas sur ces vilains, Germaine, croyez-moi; beaucoup d'entre eux, s'ils me tenaient sans armes, ne me ménageraient guère^ je vous en réponds.

— Je n'ai pas de peine à le croire, » se dit tout bas le bon prêtre ; car les cruautés qu'avait commises lesieur deFIavy n'étaient point ignorées de l'ancien chapelain de Vertbois comme elles l'étaient de Germaine et de Marie, qui ne voyaient dans messire Guillaume qu'un homme irascible et hautain , ressemblant beaucoup, après tout, à la plupart des héros de cette époque.

a Et pourtant, mon père, reprit Germaine,

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VOUS comptez encore des amis dans Compiègne !

— Dans Compiègne! peut-être, réponditil en regardant sa fille d'un air surpris.

— De toutes les villes de France, dit maître Joseph, Compiègne est la plus attachée à son roi légitime; chacun sait avec quel regret ses habitants se soumettent à l'étranger.

— Eh ! par le diable ! pourquoi se soumettent-ils ? répondit messire Guillaume avec colère. Il y a longtemps qu'ils seraient délivrés s'ils voulaient l'être ; mais ils ne savent s'armer que pour défendre leurs poules ou leurs cochons. Avec leur maison de ville, leur commune, et ce qu'ils appellent leurs immunités, toutes sottes inventions qui n'ont fait que nuire à nous autres nobles , je veux mourir s'ils n'ont pas porté malheur à la France.

— Quant à cela, reprit tristement Joseph Gauvain, vous n'ignorez pas que Compiègne a perdu la plus grande partie de ses privilé-

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ges, le jour où j'ai eu l'horineiir de prêchéi* devant le roi Charles VI...

— Grand malheur, vrainient, qu'elle ait perdu des priviléjes! interrompit le sieur de Flavy ; je voudrais bien savoir si messieurs les échevins renverraient aujourd'hui le roi d'Angleterre dans son île?

— Pas plus que les seigneurs de Créqui, de Bélhune. et tant d'autres qui ont abandonné le parti du roi, murmura maître Joseph entre ses dents.

— Et pas plus que les Flavy, qui combatlent dans l'armée anglaise, vouliez-vous dire peut-être ? répliqua brusquement messirë Guillaume. Allez, maître, allez, ne vous gênez point; personne plus que moi ne maudit ces traîtres, le duc de Bourgogne en tête ; mais quant à vos chiens de bourgeois, je voudrais voir à leur place vingt hommes de ma compagnie; je vous réponds que cela suffirait pour jeter dehors les cent Anglais qui sont dans Compiègne !

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— Cent Anglais! répondit le prêtre, et les troupes de toutes sortes qui se renouvellent sans cesse! Ce matin encore n'e^t-il pas parti deux cents Picards?

— A propos, dit le sire de Flavy en s'adressant à sa mère et à ses filles, j'ai appris que vous aviez vu mon neveu, p

La dame de Flavy ne leva pas ses yeux que depuis longtemps elle tenait fixés vers la terre, sans prendre aucune part à l'entretien.

Germaine rougit et çesta d'abord si interdite que Marie se hasarda à répondre qu'en eflfet Regnault était venu offrir ses services à leur mère.

« A-t-il parlé de nous? demanda Louis vivement. Vous a-t-il donné quelques nouvelles de nos frères Hector et Raoul?

— Que nous importe maintenant, Louis, interrompit messire Guillaume d'un air sombre. Ils ont choisi entre le roi et le vassal, entre leurs frères et les archers bretons. Ne faut-il pas les plaindre de vivre à la riche cour

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d'Arras, dans les fêtes et les touroois, tandis que nous ne savons souvent où poser notre tête ; car vous savez sans doute, continua-til en s'adressant à tous, qu'il n'est pas une seule de mes places de guerre sur laquelle ne flotte à présent le drapeau anglais? » En prononçant ces mots avec une fureur concentrée, il porta sa main fermée à son front; puis, se levant, il se mit à marcher dans la salle.

Louis saisit ce moment pour répéter à ses nièces ses premières questions sur Regnault, et Marie , qu'aucun trouble secret n'empêchait d'y répondre, le fit de la manière la plus propre à disposer le cœur d'un Fiavy en faveur du jeune chevalier. Germaine, charmée de trouver l'aimable enfant aussi éloquente, ne disait pas un mot, et se contentait de l'approuver d'un sourire ou d'un signe de tête. Cet entretien, qui avait lieu à voix basse, fut bientôt interrompu par messire Guillaume, qui vint reprendre sa place.

« De quoi parlez-vous? dit-il.

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— De Regnaull, répondit Louis.

— Elles vous racontaient sans cloute , reprit le sire de Flavy, comment le duc de Bourgogne l'avait armé chevalier de sa main sur le champ de bataille? Grand bien lui fasse un pareil honneur! mais je tiens plutôt à savoir s'il a dit adieu à Compiègne pour longtemps.

— Peut-être pour toujours, répondit Germaine d'une voix émue.

— Tant mieux ! » répliqua le sire de l'Iavy lout en regardant sa fille dont le trouble et la rougeur le frappèrent aussitôt. Il allait sans doute ajouter quelques mots pour éciaircir le rapide soupçon qu'il venait de concevoir lorsque la porte s'ouvrit, et Michel entra dans la salle pâle comme la mort. « Des Anglais! des Anglais! dit-il, qui demandent à monter ici ! »

A celte effrayante annonce tout le monde quitta son siège. Messire Guillaume et son frère portèrent la main sur leur longue épée; Germaine se précipita entre la porte et son père, imitée dans ce mouvement par le prêtre, I. 11

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et Marie se jeta dans les bras de la dame de Flavy qui, sortant de sa stupeur, criait faiblemenl, mais dans la plus grande épouvante : « Le tonnerre, le tonnerre est tombé 1 »

Le sire de Flavy imposa silence d'une voix terrible, et s adressant à Michel : « Qui sont ces hommes? demanda-t-il.

— Lord Hacksou, le gouverneur de Compiègne, et un autre chevalier. 11 paraît qu'ils se sont égarés à la chasse, qu'ils ont vu de la lumière ici...

— Pourquoi Marthe a-t-elle ouvert? s'écria Germaine.

— Mais ils n'arrivent pas par là, répondit Michel; ils étaient dans l'enclos.

— Parce que la petite porte est restée ouverte, dit messire Guillaume en lançant un regard foudroyant à, son frère. Enfin, puisque les voilà, il faut les recevoir. Fais-les monter, poursuivit-il sans s'inquiéter de l'elTroi que faisait naître cette résolution. Dis-leur que les dames de Flavy leur offrent un asile tant que

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durera l'orage. Garde-toi bien de nommer mon frère ou moi. Nous sommes deux amis de la famille, voilà tout. Ce lord Hackson ne nous a jamais vus, et je ne lui souhaite pas de nous deviner. »

Michel sortit pour exécuter cet ordre. Un morne silence suivit pendant quelques instants. La dame de Flavy, jetant autour d'elle des regards vagues, venait de se replacer dans son fauteuil. » Asseyez-vous près de ma mère, dit messire Guillaume à ses filles, et recevezles avec tous les égards que nous devons à ce puissant gouverneur. »

Le sourire sardonique dont il accompagna ces derniers mois fit frémir Germaine et maître Joseph lui-même, tout ardent royaliste qu'il était ; non que l'on dût craindre un guetapens (dans son orgueilleux respect pour sa qualité de gentilhomme et pour ses éperons d'or messire Guillaume n'assassinait point de chevaliers) ; mais le faire tenir dans une même chambre avec des Anglais sans que

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mort s'ensuivît était chose si difficile que le bon prôtre se dit, en voyant entrer le gouverneur et son compagnon : « Fasse le ciel qu'ils sortent vivants !»

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