CHAPITRE XIV
Caresse du bonheur l'illusion chérie^
De ton esprii chasse l'effroi; Ah ! dors iranquillemeut , dors, ta fidèle amie
Veille alleniive auprès de toi.
ËLISA Mercobdr.
Le lendemain matin, Germaine, qui depuis longtemps s'était levée sans bruit, regardait dormir sa sœur, laissant errer tristement son esprit sur mille sujets de crainte ou d'affliction, lorsqu'elle entendit frapperdoucement à la porte. Pensant bien qu'à cette heure, ce ne pouvait être que dame Marguerite, elle s'empressa d'aller ouvrir, non sans prendre toutes les précautions nécessaires pour ne point réveiller Marie. Elle fut peu satisfaite
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de trouver dans la pièce qui précëdait sa chambre, non la bonne et joyeuse figure qu'elle s'attendait à recevoir, mais le joli visage de Georgelte, dont l'air lui sembla plus triste et plus froid, s'il est possible, qu'il n'était la veille.
a Je vous demande pardon, dit la jeune fille en saluant gravement; il y a dans la salle basse des caisses que l'on vient d'apporter pour vous de Verlbois ; il y a aussi un prêtre qui vous demande.
— Maître Joseph ! s'écria Germaine.
— C'est le nom qu'il m'a dit.
— Béni soit Dieu qui nous envoie l'excellent homme ! reprit Germaine , s'élançant déjà, tremblante de joie à l'idée qu'elle allait revoir les traits d'un ami; mais songeant aussitôt que le vieillard apportait peut-être des nouvelles funestes, elle s'arrôta. Je ne voudrais pas éveiller ma sœur avant d'avoir vu maître Joseph, dit-elle à Georgette, et pourtant je crains de la laisser seule.
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— Je puis rester près d'elle,» répondit la jeune fille. Quoique cette ofifre eût été faite d'un Ion glacial, Germaine serra d'une manière toute affectueuse la main de Georgette, et se hâta de courir vers la salle basse. Georgette suivit des yeux jusqu'au bout du corridor la démarche élégante de la grande dame; puis, poussant un profond soupir, elle alla trouver Marie.
L'imagination de Germaine avait tellement agi, pendant le peu de temps qu'elle mita se rendre auprès de maître Joseph, qu'elle était plus pâle que la mort quand elle ouvrit la porte de la chambre, où du moins elle eut le bonheur de le trouver seul.
« Ah ! maître Joseph '.mon père est-il tombé dans leurs mains? demanda-t-elle d'une voix basse et tremblante dès qu'elle eut refermé la porte. Parlez, parlez vite.
— Dieu nous préserve d'un pareil malheur ! répondit le bon prêtre ; le roi perdrait sa meilleure épée. Non, non, mafille ; sire Guil-
laume doit êire maintenant en sûreté. S'ils l'ont poursuivi, ce^qui est fort douteux, ils ne l'ont point atteint, car on l'aurait déjà ramené à Compiègne.
— Ne peut-il avoir été ramené sans que nous le sachions? répliqua Germaine.
— La prise ou la mort d'un ennemi aussi formidable serait trop favorable aux Anglais pour qu'ils en fissent mystère, reprit maître Joseph. Personne ici d'ailleurs n'est indifférent sur le sort d'un Flavy, et ceux des habitants à qui je viens de parler en traversant la ville pensent tous que sire Gniilaurae est déjà bien loin.
— Ah! s'il pouvait du moins apprendre que Vertbois est occupé p;jr les Anglais !
— Il doit le savoir maintenant; car j'ai envoyé Michel hors de la ville en répandre la nouvelle de tous côtés. Bien certainement votre père a des affidés dans le canton.
— Il faut même qu'il en ait dans Compiègne, dit Germaine, puisque ce Daniel était si
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bien instruit de ses démarches. Celte idée me rend quelque espérance. Mon père, quand il saura que nous ne courons aucun danger, ne s'exposera pas inutilement à une mort certaine; ne le pensez-vous pas? »
Le vieux prêtre répondit par un signe de tête afûrmatif, et Germaine ; délivrée de sa plus grande crainte, l'ayant fait asseoir près d'elle : « Sans doute, vous ne seriez point ici, mon père, si votre saint ministère n'était pas rempli ? dit-elle avec un douloureux soupir. En quel lieu les Anglais ont-ils déposé les restes de leur victime, delà mère des Flavy?
— Les Anglais ont rendu les derniers devoirs à leur chef, répondit maître Joseph. J'ai été chargé seul du soin de conduire le corps de votre noble mère à la sépulture de ses ancêtres ; elle repose maintenant près d'eux.
— Ils ont permis qu'on la portât dans l'église des Cordeliers?
— Oui, et c'eût été pour vous une douce consolation de voir quelle foule d'habitants
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suivaient ce convoi, quoiqu'il ressemblât au convoi du pauvre. A défaut de pages, d'hommes d'armes et même de parents, les bénédictions de toute la ville ont accompagné celle que nous pleurons;
— Quoi! la crainte de déplaire à leurs nouveaux maîtres ne les a point retenus? dit Germaine. Dieu les en récompensé ! je les croyais moins courageux.
— Le joug anglais est plus odieux ici que vous ne le pensez, répondit maître Joseph en baissant la voix. Trois fois, vous le savez, Compiègne a rouvert ses portes aux partisans de Charles.
— Mais aujourd'hui, reprit Germaine, nous voyons les bourgeois lever une milice pour renforcer la garnison étrangère ! Et ce Richard Paulet qui la commande, croiriez-vous que les Anglais ont tué son père ?
— Vanité des yanilés et tout est vanité, a dit Salomon. Ce Richard, pour être riche, n'en est pas moins un vilain; il est flatté de se
voir traité en égal par des lords, qui pour le moment ont besoin de lui. Cet homme, si je ne me trompe, est très fier. Sa fortune, l'éducation qu'il a reçue le placent au-dessus des gens de sa classe; il se peut qu'il ait souvent envié une noble origine, je suis certain du moins qu'il la respecte en vous.
— Il s'est abstenu de nous voir depuis que nous habitons sa maison; aucun signe de respect ne pouvait me plaire davantage.
— Ce matin encore il a donné l'ordre à Marthe de rassembler tous ceux de vos effets qui pouvaient vous être utiles ou agréables, et lui-même vient de les faire apporter chez lui.
— Croit-i! donc que celte demeure sera longtemps la nôtre? dit Germaine; ont-ils décidé entre eux de nous garder prisonnières ici?
— Hélas ! ma chère fille, répondit maître Joseph, que feriez-vons de votre liberté? En quel lieu trouver un asile, maintenant que votre noble mère n'est plus, que sire GuiJ-
laume et vos oncles font la guerre et n'habitent pas toujours le même château ou la même ville? Jusqu'au moment où le ciel daignera rendre quelque paix à ce malheureux pays, je frémirais bien plus de vous voir, vous et votre sœur, retourner à Yerlbois, entourées seulement de quelques serviteurs, qui ne peuvent rien pour voire défense que de vous savoir sous le toit de dame Marguerite, qui, sans doute, vous traite avec tout le respect qu'elle vous doit?
— Dame Marguerite est une excellente femme, répondit Germaine, et si elle était seule dans la maison...
— Quant à son neveu, interrompit le bon prêtre, vous le verrez vraisemblablement peu. Trop de soins l'occupent dans la ville pour qu'il soitsouvcnlchez lui; mais je vous engage, ma chère fille, si vous vous trouvez ensemble, à vaincre la répugnance qu'il vous inspire et à lui témoigner quelques égards. Votre sort est pour ainsi dire dans ses mains, tant qu'il ré-
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pondra de vous au nouveau commandant anglais...
— Quel digne appui le ciel veut bien nous accorder! interrompit Germaine , avec un sourire amer.
— Votre sœur et vous, continua maître Joseph en appuyant avec intention sur le premier mot , votre sœur et vous , vivrez du moins tranquilles dans celte maison.
— J'espère que nous le verrons peu, se contenta de répondre Germaine en poussant un profond soupir. Mais vous, mon père, auronsnous le bonheur de vous voir quelquefois? Pourrez-vous, en notre faveur, vaincre la répugnance que doivent vous inspirer ceux que vous trouverez ici?
— Je vous verrai chaque jour, ma fille. Tout pénible qu'il me sera de me rencontrer avec des Anglais, j'en aurai le courage, dans l'espoir que ma présence peut vous apporter quelque consolation.
—Elle sera ma seule joie, s'écria Germaine,
^ui sentait plus qu'une autre toute l'étendue du sacriGce que lui faisait le digne vieillard ; je lui devrai la force de vous imiter , de me souraeltre, dans l'intérêt de Marie, à tout ce qui m'est le plus odieux. Vous vous y Soumettez bien pour nous, mon père! » Et Germaine, en achevant ces mots, tendit la main au bon prêtre, qui la serra doucement dans les siennes en laissant échapper une larme.
L'entrée de dame Marguerite dans la chambre interrompit cet entretien, a Maître Joseph Gauvain étant, dit-elle, son ancienne connaissance , elle venait l'inviter à n'avoir point d'autre table que la sienne tant que les dames de Flavy habiteraient sa maison. » Suruncoup d'œil de Germaine qui équivalait à une prière, maître Joseph accepta l'offre , au moins pour ce jour-là, et après quelques politesses réciproques il prit congé , laissant à la bonne dame la liberté de retourner aux affaires de son commerce , qui occupait habituellement sa matinée entière.
Germaine retourna près de sa sœur, qu'elle trouva levée et causant avec Georgette. Le sommeil avait rendu à Marie toute sa fraîcheur, et ses joues vermeilles n'offraient plus aucune trace de pleurs. Pour Georgette, elle reprit à la rentrée de Germaine l'air grave etsilencieux qu'elle semblait avoir quitté avec la plus jeune des deux sœurs. Elle ne tarda même pas à annoncer l'intention de se retirer, sous prétexte que, sa tante passant une grande partie de la journée à la bûcherie, elle se trouvait chargée de tous les détails du ménage.
« Avant de nous quitter, dit Marie , apprenez-nous, je vous prie , si ce portrait est celui du père de votre cousin ?
— Oui, répondit la jeune fille.
— Et que veut dire ce qui est écrit sur le cadre? reprit Marie.
— Je ne sais point lire, répliqua Georgette, qui regarda Germaine en rougissant un peu.
— Il y a là, dit Germaine : N'oublie pas le vingt-huit juillet quatorze cent dix-neuf.
— J'ignore ce que cela signifie reprit Georgette, mais le vingt-huit juillet est le jour où mon oncle a été tué parles Anglais.
— Combien alors, s'écria Germaine, est-il surprenant que son fils en ait perdu la mémoire !
— 11 en a si peu perdu la mémoire, répondit la jeune fille assez sèchement, que nous allons entendre tous les ans, à Saint-Jacques, la messe qu'il y fait dire ce jour-là pour le repos de l'âme de son pauvre père. »
Dans ce moment une des servantes appela Georgette qui se hâta de quitter la chambre. <i II faut, se dit Germaine qui continuait à regarder le tableau tout en se rappelant la pensée de maître Joseph , il faut que la vanité de ce jeune bourgeois ait été bien vivement flattée de ses rapports actuels avec les Anglais pour qu'il puisse oublier ces mots que peut-être il a écrits lui-même.» Mais bientôt, sans chercher plus longtemps à s'expliquer la conduite d'un homme qu'après tout on ne
pouvait que mépriser, elle rendit compte à Marie de la visite de maître Joseph, et la conversation qu'elle venait d'avoir avec ce digne ami servit de base à l'entretien des deux sœurs jusqu'à l'heure où l'on vint les chercher pour le repas du matin.
Le maître de la maison ne s'y montra pas plus qu'il n'avait fait au repas de la veille, ce qui fit espérer à Germaine la satisfaction de ne voir à dîner que maître Joseph. A peine cependant, quand onze heures approchèrent, le bon prêtre était-il arrivé que Daniel entra dans la salle basse où l'on venait de se réunir. A sa vue dame Marguerite parut éprouver quelque embarras, dans la crainte sans doute que l'homme de Dieu ne fût pas très flatté de se trouver assis près d'un pareil convive. Aussi sa figure rayonna-t-elle de joie lorsqu'elle vit le prêtre s'approcher du pelit homme et lui serrer la main de la manière la plus cordiale en disant : 0 Je vous remercie de tout mon cœur, maître Daniel, de ce que vous avez fait
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pour notre vieux sonneur. Il est en liberté depuis hier et a repris ses fonctions à la paroisse.
— C'était la moindre chose, répondit Daniel; il n'a fallu qu'un mot de RichardPaulet.»
Le costume, la laiile exiguë, la figure grotesque et maligne du docteur en magie blanche étaient trop extraordinaires pour ne point attirer l'attention des deux sœurs. Germaine surtout , instruite de l'intérêt qu'il portait à son père, n'aurait point détaché ses yeux de l'étrange personnage, si lui-même n'avait fixé les siens sur elle avec une sorte d'affectation, a Richard m'a chargé, dit-il à dame Marguerite , de vous engager à vous mettre à table sans lui; il se peut que ses affaires qui le retiennent dehors l'empêchent de rentrer avant la nuit.
— Est-il fou? dit la bonne femme avec humeur ; il ne songe donc pas qu'il est à jeun depuis cinq heures du matin que Toinon l'a vu sortir.
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— S'il ne dîne pas aujourd'hui, reprit en riant le petit sorcier, il en dînera mieux demain. Quant à nous , dame Marguerite , qui n'avons rien autre chose à faire qu'un bon repas, je vous prie instamment de songer que Je meilleur dîner, pour peu qu'il ait attendu devient détestable.
— Toujours le même, dit gaîment dame Marguerite se levant pour passer dans la salle à manger; la table avant tout.
— Vraiment oui, répondit le petit sorcier. La table, c'est la vie, après tout, et j'avoue que, parmi tant d'espèces de morts qui menacent les pauvres humains, la plus horrible pour moi serait de mourir de faim. »
Dès qu'il fut assis, en effet, entre Georgette et dame Marguerite , il se conduisit en homme qui se met complètement à l'abri d'un pareil événement, Non-seulement il ne refusait rien de ce qu'on lui présentait , mais il se servait lui-même, ce qui lui donna l'occasion d'offrir différents mets à Germaine
ainsi qu'à Marie, et, sur leur refus, se gardant bien d'insister, il se contentait de dire sans perdre un coup de dent : 0 Ces nobles demoiselles ne mangent rien. »
Le repas était presque achevé lorsque Richard Paulet arriva. Sa belle figure était plus pâle et son regard plus sombre que jamais. Il salua pourtant les dames d'un air respectueux, et quand il fut placé près du bon prêtre : « Je vous remercie, maître Joseph, lui dit-il, de vouloir bien honorer ma maison de votre présence aujourd'hui ; cela me portera bonheur. » Puis il se mît alors à manger avec une sorte d'avidité qui ne devait pas lui être habituelle ; car sa tante lui dit : « Je gagerais, Richard, que vous n'avez rien pris depuis hier ?
— Il est vrai, répondit-il ; je suis accablé de fatigue et de besoin,
— Yous en faites trop, beaucoup trop , reprit la bonne femme.
— Encore est-il bien loin d'en faire autant qu'il voudrait, » dit Daniel.
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Richard ne répondit rien à ces observations et continua à satisfaire sa faim en silence. A son exemple chacun se taisait, et Germaine observait à la dérobée cet homme dont son sort et celui de Marie se trouvait dépendre. En dépit de l'éloignement qu'il lui inspirait, le bourgeois lui semblait porter une de ces figures qui décèlent aux yeux l'intelligence et la bonté d'âme ; aussi n'était-elle point surprise de voir dame Marguerite, Daniel et surtout Georgelle, attacher sur lui leur regard avec une sorte d'intérêt respectueux.
0 As-tu vu François Lemaître? dit-il à Daniel.
— Oui, répondit celui-ci.
— Et Nicolas Bordeu, Louis Grandot, Michel Gordier?
— Aussi.
— Eh bien?
— A merveille. »
Sur cette réponse, Richard porta de nouveau quelques morceaux [à sa bouche, puis
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regardant encore Daniel : « Il est temps , je crois, dit-il , que tu retournes là-bas.
— Donne-moi donc le lemps de dîner, répondit le petit sorcier avec un peu d'humeur.
— Tu dois avoir fini, reprit Richard; dans une heure il serait trop tard.
— Aussi vais je partir dans quelques minutes, quand nous aurons bu le bon ratafia de dame Marguerite.
— Au diable le ratafia! répliqua Richard en levant les épaules. Tu sais bien que je ne puis pas y aller moi-même ; d'ailleurs j'attends sire Georges, autrement je ne risquerais pas de laisser passer l'heure.
— J'y vais, j'y vais ! «ditle petit homme qui voyait le plus vif mécontentement se peindre sur le visage de Richard. En achevant ces mots il se leva de table , et comme il allait prendre son bonnet dans l'autre salle , Paulet le suivit, lui parla quelques moments tout bas; après quoi Daniel sortit en criant :
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« Gardez -moi du ratafia, dame Marguerite. »
L'annonce de la visite de sire Georges avait extrêmement troublé Germaine , et, tout en consultant d'un regard maître Joseph sur ce qu'il fallait faire, elle témoignait à dame Marguerite le désir de se retirer avec sa sœur avant l'arrivée de l'Anglais.
« Un instant donc, un instant, ma belle demoiselle; à peine si mon neveu a eu le temps de vous saluer. » Dame Marguerite, en disant cela, la fit passer, ainsi que les autres, dans la salle où Paulet était resté, et semblait absorbé dans ses réflexions.
Maître Joseph, après avoir dit quelques mots tout bas à Germaine, s'approcha du bourgeois.
« Le bon accueil que vous m'avez fait, maître Paulet, dit-il, m'encourage à vous demander si la visite de sire Georges, que vous attendez, a quelque motif qui intéresse le sort de ces nobles demoiselles.
— Nullement, répondit Richard jsire Geor-
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ges vient savoir quels renseignements j'ai pu prendre sur une troupe d'hommes d'armes qu'on a vu ce matin du côté de Royallieu et qui nous sont suspects. »
En entendant ces paroles, Germaine ne douta pas qu'il ne fût question de son père ; elle pâlit et fut obligée de s'asseoir sur le siège le plus voisin, tandis que le vieux prêtre, désirant cacher son trouble, continua la conversation en disant d'un air d'indifférence :
« Les troupes qui gardent les bords de l'Oise...
— A-t-on placé des troupes sur les bords de l'Oise ? interrompit vivement Paulet.
— Je n'en ai point vu, répondit maître Joseph, mais je suppose que la garnison suffit pour mettre tous les points à l'abri d'un coup de main.
— Sans doute , sans doute , » répliqua Richard, qui, voyant entrer sire Georges, s'avança vers lui.
L'Anglais s'approcha d'abord de Germaine
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et de Marie, et paraissait beaucoup plus pressé de leur adresser de galants compliments que d'apprendre du bourgeois ce qu'il venait savoir; mais celui-ci, le prenant par le bras, l'entraîna dans un coin de la chambre où tous deux commencèrent à s'entretenir d'une voix si basse que Germaine ne put saisir un mot de ce qu'ils se disaient, jusqu'au moment où l'Anglais s'écria d'un ton de mauvaise humeur :
«Diable soit du régent! qui n'imagine pas de laisser dans une ville aussi importante une garnison suffisante.
— Ils sont peu nombreux, répliqua le bourgeois , il suffira que vous battiez la route jusqu'à Verberie avec une vingtaine d'hommes solides.
— Une vingtaine d'hommes solides! reprit sire Georges; c'est tout au plus si je les trouverai. J'ai laissé du monde à Vertbois, on ne peut pas dégarnir la porte de Pierrefond.
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— Nous avons la milice, dit Richard, que je vais rassembler à l'hôtel-de-ville.
— Il faut qu'elle reste surpied toute la nuit, votre milice.
— Cela va sans dire.
— Quelle heure est-il?
— Une heure passée.
— Je ne puis pas monter à cheval avant quatre. Il faut que je réponde à des dépêches qu'on vient de recevoir de Paris pour ce pauvre Hackson, dont ils ne savent pas la mort.
— Il est pourtant bien nécessaire que vous soyez en roule avant la nuit , car ils ne peuvent rien tenter de jour.
— Avant la nuit, sans doute; mais nous avons du temps. Je retourne au château, et vous, faites armer vos tortues. »
Le sourcil du bourgeois se fronça, et quoique ce mouvement fût l'éclair, il n'échappa point aux regards de Germaine, qui aurait donné de son sang pour que la mésintelligence pût s'établir entre ces deux hommes
qu'elle détestait à l'égal l'un de l'autre.
Sire Georges prit congé des deux sœurs en les assurant qu'il reviendrait le lendemain s'informer en détail de la situation de ses belles prisonnières.
« Ces Anglais sont-ils malhonnêtes, dit dame Marguerite dès qu'il fut sorti; il pouvait bien, je pense, saluer ma nièce et moi. »
Paulet, sans répondre un mot à l'observation de sa tante, s'approcha de maître Joseph.
a Je désirerais vous instruire d'une chose qui vous intéresse, mon père, lui dit-il; vous est-il possible de revenir ici ce soir, à la nuit lombaute , et de m'attendre si je ne suis pas encore rentré?
— Je reviendrai, » répondit le prêtre, qui, persuadé que l'alarme dont ii s'agissait était donnée par sire Guillaume, quitta la maison peu d'instants après le départ de Paulet, non sans dire tout bas à Germaine qu'il allait chercher des nouvelles.