CHAPITRE V
Je t'avais cru quinze ans, tu ne les avais pas ; L'enfance au front de lin guidait encor tes pas ; Tu courais, non voilée, et le cœur sans mystère ; Tu ne sus à mon nom que rougir et te taire. Sainte-Beuve, Consolations.
Ragnault de Flavy , à qui Germaine avait fait dire qu'il serait le bienvenu dans la matinée du lendemain, vit à peine arriver l'heure à laquelle il lui était permis de se présenter, que, se hâtant de monter à cheval , il prit le chemin de Vertbois. La journée ne pouvait être plus belle.
« Il semble , disait à Chariot le jeune chevalier en traversant la forêt, il semble que la nature partage ma joie ; jamais je n'ai vu
de plus beau jour, et jamais je ne me suis senti aussi heureux! »
Marthe les attendait sur la porte, et la figure de la bonne femme rayonna de plaisir à la vue de ses deux enfants, comme elle les appelait. Pour celte fois, cependant, Regnault n'entama pas un long entretien avec elle; car, à peine ses lèvres eurent-elles appliqué deux ou trois baisers sur le front ridé de sa vieille nourrice que, laissant à Chariot le soin de s'occuper des chevaux , il traversa seul et d'un pas rapide ces cours et ce long vestibule qu'il avait parcourus si souvent dans son enfance. Une vive émotion s'emparait de son âme à la vue de lieux si chers à sou souvenir, à l'idée qu'il allait revoir une mère, des sœurs, enfin tout ce qu'il avait aimé, et il fut contraint de s'arrêter un moment, tant le cœur lui battait avec violence. Le manoir dans lequel il rentrait néanmoins ressemblait à peine à ce qu'il l'avait vu dans un autre temps. Aussi triste , aussi si-
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lencieuse qu'elle était délabrée, cette demeure n'avait rien conservé de ce qui annonçait autrefois l'opulence des maîtres qui l'habitaient. Les voix bruyantes d'une foule de valets ne retentissaient plus dans ces longs corridors, dans ces grandes salles presque entièrement démeublées, et Regnault les traversa sans rencontrer un seul serviteur qu'il pût charger d'annoncer sa venue à la maîtresse du logis. Il soupira à la vue des tristes effets d'une longue guerre civile. « Hélas! se dit-il, quel est donc aujourd'hui le sort du modeste bourgeois, du malheureux paysan, si tel est celui de la noble et riche châtelaine? «Monté au premier étage, il s'approcha d'une chajubre qu'il savait donner sur les jardins et dans laquelle il crut entendre parler. Pensant trouver là quelques domestiques, il ouvrit la porte.
L'héritière des Davenescourt , la dame de Flavy, douairière, vieillie par le temps, par les souffrances, et pâle comme un lis, était I, 6
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placée diins un grand fauteuil, causant avec sa petite -GUe Gerniaine, qui lui tenait la main.
« C'est Regnault, ma mère,» dit Germaine en voyant entrer son cousin.
La dariie de Flavy , ou plutôt son ombre , ne répondit d'abord qu'en attachant des regards fixes et étonnés sur celui qu'on venait de lui annoncer ; puis , tout à coup , un léger sourire se montra sur ses lèvres décolorées^ et, poussant un cri de joie : « Oui , oui, s'écria-t-elle , je le reconnais, Germaine , je le reconnais! c'est mon cher enfant, c'est Refijnault ! Reviens-tu pour longtemps, mon fils, pour bien longtemps? » Et, en parlant ainsi, elle passait ses doigts amaigris dans les cheveux noirs du jeune chevalier ; car Regnault venait de s'agenouiller devant celle qui l'avait béni le jour de sa naissance.
« Ûli ! ma mère , ma vénérée mère, répondlt-il , que ne puis-je vous consacrer rneë soins jusqu'au dernier jour de ma vie!
*- Ou du moins jusqu'au dernier jour de la mienne, mon (ils, dit la dame de Flavy dont les idées paraissaient se suivre bien mieux ^ùe de coutume; car tu n'es qu'un enfant, Regnault; il me semble que c'est hier qu'on t'a baptisé dans la chapelle. Cependant , je sais bien , ah ! je sais bien , répéta-t-elle avec un soupir , qu'il s'est passé de terribles choses depuis ta naissance. Mais assieds toi donc près de moi, mon fils, que je puisse te voir tout à mon aise. » Et le jeune chevalier ayant pris un siège entre elle et Germaine : « Vraitnent, reprit-elle en relevant la tête avec une sorte de fierté maternelle , votre cousine tn'a dit vrai, Regnault, et vous voilà devenu un grand et beau chevalier.
— Hier cependant, interrompit Germaine> s'efibrçant de dissimuler son embarras sous lin air de plaisanterie , sur les premiers mots dé Chariot , j'ai parfaitement reconnu le petit garçon qui jouait si bien avec nous.
^-^ Et moi, répliqua Regnault, il ne m'a
fallu qu'un coup d'œil pour m'a.ssnrer que je revoyais ma belle cousine.
— Mais je gagerais bien qu'il ne reconnaîtra pas Marie ; n'est-il pas vrai , ma fille? dll la dame de Flavy. Marie avait cinq ans, je crois,quand il nous a quittées, et maintenant... maintenant... Quel âge a Marie, Germaine?
— Quinze ans dans deux mois.
— Oui, ce doit être cela. Elle est belle, Marie , blonde comme l'était sa pauvre mère; elle me la rappelle bien souvent. Au reste , vous l'allez voir tout à l'heure. 11 est même étonnant qu'elle ne soit pas ici; car ce sont de bonnes filles que vos cousines, Regnault; elles ne s'ennuient point de soigner leur vieille grand'mère. Il faut que Marie soit retenue quelque part.
— Vous l'avez envoyée cueillir des fleurs au jardin, ma mère, pour fêter la bienvenue de mon cousin , que nous n'attendions pas d'aussi bonne heure.
— Il me semblait pourtant que je partais
bien tard, répondit Regnanlt. Ah! ma mère! ah ! Germaine ! depuis dix ans que Tordre de mon père nous a séparés , mon cœur n'a pas cessé d'être près de vous.
— Ton père ! dit la dame de Fiavy ; c'est Jean, n'est-il pas vrai? mon premier né, mon fils chéri? Et pourquoi n'est-il pas venu avec avec toi? » ajouta-l-elle.
Sur un signe que lui fit Germaine, Regnault baissa tristement la tête sans répondre; car il comprit que l'on avait caché à la pauvre dame la mort de son fils.
« Regnault seul pouvait venir, ma mère, dit Germaine. Jouissez du bonheur de l'embrasser.
— Ah ! c'est un grand bonheur! répliqua la bonne aïeule , en pressant sur son sein le jeune chevalier.
— Ouvrez-moi la porte, Germaine, « cria du dehors une voix presque enfantine.
Regnault se pressa d'obéir à cet ordre, et se trouvant caché d'abord par la porte qu'il
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venait d'ouvrir, une jeune personne, aussi fraîche que les premières roses du priatemps, s'élança dans la salle, les deux bras chargés d'un monceau de fleurs.
« J'en apporte de quoi garnir tous vos vases, dit-elle encore essoufflée de sa course ; dépêchons-nous de les placer.
— Voilà d'ailleurs notre cousin qui pourra t'y aider lui-même, )j dit Germaine en souriant.
A ces mots, et à la vue d'un beau jeune homme dont la figure lui était étrangère, Marie laissa tomber ses fleurs, qui s'éparpillèrent à droite et à gauche, et, tout en attachant ses grands yeux bleus sur le chevalier, elle se rapprocha de sa grand'mère d'un air d'embarras.
Regnault lui-même se trouvait saisi d'un accès de timidité, tant il était impossible de reconnaître dans cette ravissante créature la petite fille qu'il avait fait jouer sur ses genoux. Marie , sans être aussi grande que sa
sœur, avait une taille charmante, dont tous les mouvements étaient empreints de cette grâce qui appartient à l'enfance et n'abandonne pas encore l'extrême jeunesse. Des traits qu'un statuaire aurait empruntés pour représenter Hébé , des yeux bleus et purs comme le ciel, brillant sous de longues paupières noires, un teint de neige que colorait la moindre émotion, une forêt de cheveux blonds dont les boucles ondées retombaient néglisemment sur un front, sur un cou d'albâtre, tout en faisait un de ces êtres que l'on peut avoir rêvé, mais que jamais on n'espère de voir.
« Je n'ose pas embrasser Marie, » dit Regnault; et s'approchant d'elle d'un air respectueux, il prit une de ses jolies mains sur laquelle il imprima ses lèvres, tandis que la jeune fille lui souriait avec la naïveté d'un ange.
Si le cœur humain n'était pas inexplicable, on pourrait dire pourquoi de ce moment Re-
gnault n'adressa plus la parole qu'à la dame de Flavy et à Germaine. Assis entre elles deux, à peine, durant l'entretien qui suivit, semblaitil remarquer la présence de Marie, qui s'élait placée sur un pliant aux pieds de sa grand'mère. Celle qu'il paraissait négliger ainsi, cependant, faisait-elle entendre sa douce voix, il s'interrompait aussitôt, attachait sur elle des regards troublés, et ne reprenait la conversation qu'après avoir attendu longtemps que Marie dît un mot de plus.
Regnault ne put se taire sur la peine que lui faisait l'état de privation et d'isolement dans lequel il retrouvait sa chère famille ; car, habitué au luxe de la cour de Bourgogne, la situation de ses nobles aieux lui semblait voisine de la misère. « Que sont devenus vos nombrueux domestiques ? demanda-t-il d'un air chagrin.
— Plusieurs sont morts , répondit Germaine, d'autres suivent mon père. Nous n'avons près de nous maintenant que deux ser-
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vantes, le vieux Michel, notre sommelier et son fils.
— Michel ! mon ancien ami? dit Regnaull.
— C'est lui qui fait encore pousser toutes ces belles fleurs, répliqua Marie ; mais il est devenu bien sourd.
— Une maison plus nombreuse aurait peutêtre quelquesinconvénients, rcpritGermaine. Nous n'avons pas la prétention de défendre Vertbois s'il était attaqué, et mieux vaut n'attirer l'attention sous aucun rapport. Je vois bien, mon cousin, ajouta-t-elle avec un triste sourire, que vous ne vous faites pas une idée bien juste de l'état où se trouve notre malheureux pays , des dangers auxquels la demeure du riche, comme la demeure du pauvre , est sans cesse exposée , des dangers que nous-mêmes nous avons courus.
— Ah ! mon Gis, s'écria la dame de Flavy d'un air d'effroi, voussaurez, voussaurez toutce que nous avons souflert, comment les Auglais ont traité Compiègae et ses environs. uU'^ eu-
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fanls vous diront cela; car pour moi, Regnault, quandjeveuxsongeràtant de joursd'angoisse, à tant de jours affreux qu'il m'a fallu passer!...
— Il vaut mieux remercier le ciel du repos qu'il nous accorde, ma mère, » interrompit Germaine, qui s'empressa de donner un autre cours à l'entretien en parlant d'un temps plus fortuné.
Grâce aux heureux souvenirs qu'éveillait si naturellement la présence du jeune chevalier, le sourire se montra bientôt sur toutes les lèvres. La bonne aïeule , par un effet ordinaire de l'état d'enfance, conservant une mémoire bien plus distincte des faits éloignés que des faits récents , prenait une joyeuse part à cette douce causerie. Regnault se reportait avec délices aux premières jouissances de sa vie ; mais un charme bien plus vif encore se faisait sentir à son âme toutes les fois que ses discours excitaient la gaîté enfantine de Marie. La jeune Glle alors l'invitait toujours à poursuivre, soit par un mot, soit
par un regard d'amitié qu'il aurait payé 'de mille trésors. La pauvre enfant, charmée d'entendre parler de joie, trouvait son cousin le plus aimable des hommes, et, trop ingénue pour être timide, elle traitait déjà en frère celui que sa grand'mère appelait mon fils. Quant à Germaine, il était heureux qu'aucun observateur habile ne fût là pour remarquer le changement extraordinaire qui semblait s'être opéré subitement dans toute sa personne , pour voir ce beau visage, habituellement si grave, s'animer, rayonner de je ne sais quel ravissement secret lorsque Regnault attachait ses yeux sur elle avec une aimable expression de tendresse, et pour juger enfin, à son sourire, à son regard, à l'expression de sa voix, des vives émotions de son cœur.
Cette journée s'écoula donc bien rapidement, quoique le jeune chevalier ne reprît le chemin de Compiègne qu'à la nuit close. « A demain, mon fils, lui dit la dame de Flavy, qui avait voulu le voir monter à che-
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val. — Demain, après-demain, tous les jours, » lui cria Marie, comme il s'éloignait. Germaine ne dit rien.
«Oui, se répétait tout bas Regnault en traversant la forêt mystérieusement éclairée par les rayons de la lune, demain! tous les jours! » Et tout occupé de se retracer la ravissante figure de sa jeune cousine , agité d'une émotion qu'il n'avait jamais éprouvée jusqu'alors, il semblait ignoi*er la présence de Charlot qui marchait à ses côtés, sifflant l'air d'une complainte que venait de lui chanter la vieille Marthe.
Germaine élait restée seule avec son aïeule, et la pauvre dame, retombée dans son apathie ordinaire, lui laissa bientôt tonte liberté de s'abandonner à ses réflexions. Germaine était habituée à passer ainsi des heures entières près de sa grand'mère , et ces heures étaient souvent les plus douces de sa vie. Occupée de quelque ouvrage de femme, elle vivait alors seule avec ses pensées , elle se livrait à la
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jouissance de laisser errer son esprit sur mille sujets, et ses agréables rêveries ne permettaient jamais à l'ennui de l'atteindre. £n un mot, Germaine avait de l'imagination; aussi, près des êtres vulgaires et tout matériels dont elle se trouvait environnée, cette belle figure semblait-elle une poésie vivante, et le charme dominateur qui naît de l'intelligence donnait-il à son aspect, à ses discours une puissance à laquelle nul ne résistait.
Le jour dont nous parlons, toutefois, une seule idée préoccupait la belle fille ; jamais trouble pareil n'avait agité son cœur. Les doux regards de Regnault la poursuivaient comme s'il eût encore été présent. Elle se redisait tout ce qu'il avait dit, et croyait toujours l'entendre l'appeler sa bien-aimée cousine. Effrayée de se sentir aussi émue, Germaine s'efîbrçait vainement d'éloigner de son esprit le souvenir du jeune chevalier, lorsque sa grand'mère, qui depuis trois quarts d'heure pu moins gardait le silence en portant à droite
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et à gauche des regards aussi vagues que ses pensées, saisit sa main. « Maintenant que le voilà revenu , lui dit-elle , j'espère vivre encore assez pour voir votre mariage. »
Germaine tressaillit. « Quoi ! ma mère i répondit-elle; de quel mariage parlez-vous?
— Mais de votre mariage avec Regnault, mon enfant. Ne lui avez-Vous pas été promise pourfemme lejour même de votre naissance?»
A ces mots, prononcés de l'air le plus affirmalif et le plussensé^ qui pourrait dire quel tumulte s'éleva dans l'âme de Germaine ? Elle attacha les grands yeux bruns, tout brillants d'intelligence et d'amour, sur les yeux pâles et éteints de celle qui venait de parler ainsi, et tremblant que cet éclair de raison , comme il arrivait trop souvent, n'abandonnât tout à coup la dame de Flavy : « Ne dites-vous pas que je devais être sa femme , ma bien-aimée mère? demanda-t-elle d'une voix émue^ en serrant la main de son aïeule.
— L'engagement en a été pris devant Dieu^
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Gcrtttaine; nous étions tous réunis dans la chapelle, qu'on avait parée pour ton baptême. Je vois Jean, qui te servait de parrain comme moi de marraine , te prendre dans ses bras et dire à ton père : Promets-moi, Guillaume, que celui-ci sera son mari? Et il mon-' trait Regnault, qu'il me semble voir aussi , avec ses grands yeUx noirs , ses cheveux bouclés, une petite robe de brocard...
— ■ Mon père a répondu? dit Germaine qui respirait à peine.
— Ainsi soit-il, Jean; je le promets. Ah! c'était un beau jour que celui-là, ma Germaine ; mon seigneur et maître vivait encore, je ne craignais pas mes propres enfants , ajouta-t-elle d'une voix basse et d'un air mystérieux; mais depuis que j'ai peur, depuis qu'il s'est passé de si terribles choses!... »
En prononçant ces dernières paroles, la dame de Flavy parut éprouver une terreur subite, tous ses membres tremblèrent; elle jeta autour d'elle des regards effarés et remplis
d'eirtoi. Pnis, povissant un cri lamentable, elle se rejeta dans le fond de son grand fauteuil, couvrit son visage de ses deux mains et fondit en larmes.
Germaine, qui n'avait point encore vu son aïeule aussi violemment agitée, se précipita aux genoux de la pauvre dame, la serra dans ses bras en s'eflbi çant de dissiper les craintes chimériques de ce faible esprit. « Vos Gis, disait-elle, vos fils , si malheureusement divisés entre eux, sont toujours unis dans le respect, dans l'amour qu'ils vous portent. Ah! ma mère! ma bonne mère! vivez dans celte pensée ; vivez tranquille, heureuse, car vos enfants vous aiment. Vous le savez bien qu'ils vous aiment ; n'est-il pas vrai , ma mère? »
La vue de Regnauit avait ranimé chez la dame de Flavy une foule de souvenirs doux ou terribles. INéanmoins, les violents efforts qu'elle s'était imposés longtemps pour cacher à ses pelites-ûlles le crime épouvantable (ie leur père avait pour ainsi dire effacé de
sa mémoire la nature do ce crime. Il ne laissait plus dans son esprit qu'une trace vague qui suffisait pourtant pour faire de son fils Guillaume l'objet de sa terreur , et , comme il lui arrivait fréquemment de perdre totalement le fil de ses idées , pour s'attacher à l'idée qu'on lui présentait, l'infortunée parut bientôt chercher la cause de l'angoisse qu'elle venait d'éprouver. Ses pleurs s'arrêtèrent ; « Il faut donc que j'aie rêvé tout cela , dit-elJe à sa petite-fille, de cet air d'indifférence qui caractérise si tristement le calme des insensés,
— Oui, vous l'avez rêvé, ma mère, vous l'avez rêvé, répondit Germaine, vous savez que bien souvent vous vous réveillez tout effrayée de vos songes.
— Celui-ci était affreux, reprit la pauvre dame, en appuyant sa main desséchée sur un front qui portait déjà les couleurs de la mort. Eh bien! ma fille, croirais-tu que maintenant il m'est impossible, tout-à-fait impossible de me le rappeler. »
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Germaine se liâta de la distraire, ea l'ôcctipant de mille petits riens qui n'avaient aucun rapport avec sa famille, jusqu'au moment où Blarîe revint, annonçant qu'il était heure de se mettre au lit. Les deux sœurs alors, ainéi qu'elles le faisaient tous les soirs, conduisirent leur aïeule dans sa chambre, et ne là quittèrent qu'après l'avoir vue tomber dans iin sommeil qui leur parut doux et tranquille.