‹ Les FlavyChapitre 13 sur 24 · I.KSFLWY · texte numérisé non relu

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fille ose aimer un chevalier bourguignon, un ami des Anglais. Vous pouvez être certaine qu'il ne m'échappera pas un mot qui puisse l'en instruire.

— Hclas ! pensa Germaine , ce chevalier bourguignon , cet ami des Anglais , il l'avait accepté pour gendre. » Et c'est ainsi que chaque instant, chaque parole venaient ranimer la douleur de l'infortunée. Elle n'en conjura pas moins maître Joseph d'accéder à sa première demande , si , comme elle n'en doutait pas, la démarche qu'il allait tenter n'obtenait aucun succès; mais le vieillard partit sans vouloir prendre un engagement qui blessait sa conscience de prêtre, et, pour tout dire, sa conscience de bon royaliste.

Tandis qu'il s'acheminait vers le château, maître Joseph remplissait son esprit des raisons qu'il croyait les plus susceptibles de remuer, d'émouvoir le cœur d'airain sur lequel il allait fi*apper. La crainte de Dieu , et surtout la peur de l'enfer, lui semblaient pro- II. 12

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prt^s ;i devoir agir sur un homme qui . chose étrange! s'étail toujours montré exact à remplir ses devoirs de piété. Le bon prêtre avait trop de pureté d'âme pour soupçonner qu'à cette époque la plupart des grands s'approchaient j)ien plus des autels pour obtenir l'impunité de leurs crimes que pour demander la grâce de ne plus en commettre. « Ne désespérons pas , se dit-il à lui-même; puisqu'une fois déjà le ciel a permis que ma faible voix parvînt à toucher un monarque, il m'inspirera peut-être encore le moyen de fléchir messire Guillaume. Il est vrai qu'entre notre bon roi Charles VI et le seigneur de Flavy la diiférence est aussi grande qu'entre un mouton et un loup ; mais il est impossible qu'il n'existe pas quelques n.oraents où l'homme redevient homme. »

Tout en réfléchissant ainsi, le bon prêtre entra dans les cours du château et fut aussitôt introduit près du gouverneur. Messire Guillaume , resté seul avec lui , ne tarda pas à

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justifier sa conjecture en lui donnant l'ordre de tout préparer pour célébrer, le lendemain dans la nuit, le mariage de sa fille cadette et du seigneur de Relepot. Alors maître Joseph, d'un ton respectueux, mais d'une voix assurée, lui demanda si la jeune personne consentait à ce mariage.

« Que vous importe? répondit le sire de Flavy en regardant le vieillard avec surprise.

— C'est qu'il nous est formellement défendu de bénir une alliance à laquelle se refuse un des deux conjoints, etjesais, monseigneur, d'une manière certaine , que votre malheureuse fille ne céderait qu'à la terreur en acceptant l'époux que vous lui destinez.

— Il doit vous sufiire qu'elle y consente, répondit d'un air d'impatience messire Guillaume; le reste ne vous regarde en rien.

— Et si je m'étais chargé d'apporter à vos pieds les humbles prières, les respectueuses réclamations de la demoiselle Marie?

— Vous auriez eu grand tort, répliqua brus-

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quement le sire de Flavy ; car je refuserais de vous entendre et ma volonté ne s'en accomplirait pas moins.

— Au péril du malheur de sa vie ? demanda le vieillard d'un air de compassion.

— Ce malheur n'approche pas de ceux qui l'attendent si elle osait me résister, dit messire Guillaume dont le visage prit une expression de férocité quifîtpàlir le bon prêtre.

— Elle est bien loin d'en avoir ni la volonté ni le courage, reprit maître Joseph; mais un ministre de paix et de consolation doit oser parler pour elle.

— Si l'on consent à l'écouter, répondit le sire de Flavy avec impatience.

— Il doit oser dire, continua le prêtre, que le ciel repousse un consentement arraché par la crainte, et cfue ce ciel s'offense d'un pareil mariage.

— Peu importe, pourvu que le mariage se fasse.

— Dieu remet aux pères de grands pou-

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voirs, reprit maître Joseph, aussi les rend-il responsables de la destinée de leurs enfants, et comme nous tous, monseigneur, vous aurez un jour à répondre devant lui.

— Silence ! s'écria d'un ton furieux messire Guillaume , qui ne pouvait sans frémir entendre parler de ce jour si terrible pour lui. Vous abusez trop et de l'habit que vous portez et de ma patience; songez que je suis maître ici, et que je puis faire précéder de plus d'une mort la mort dont vous avez l'audace de me parler.

— Je ne tremblerai point pour le peu d'instants qui me restent à vivre , répondit le vieillard en secouant d'un air calme sa tête blanchie.

— 11 ne s'agit pas de trembler pour vous, reprit le sire de Flavy dans une colère toujours croissante , mais pour celle dont vous osez soutenir la rébellion, pour celle dont j'ai maudit la naissance et dont la vue me fatigue depuis longtemps. »

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Maître Joseph frissonna.

« Qu'elle se garde, l'insensée! de m'irriter davantage. Ma parole est donnée, elle a reçu mes ordres; demain elle sera mariée soit par yous, soit par tout autre, ou qu'elle frémisse du sort qui l'attend...

— Je la marierai, » dit maître Joseph en attachant un regard assuré sur cet homme écumanl de rage ; et il sortit.

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