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la voyait tressaillir sur son siège , tourmentée par l'horrible image qui la poursuivait.
Dans le désir de la soustraire à l'angoisse de penser , Richard parla de Daniel , qui sans doute, dit-il, serait exact et les attendrait dans une heure.
« Dans une heure , dit enfin Germaine , dans une heure j'aurai donc quitté Compiègne pour toujours !
— Pour toujours ! s'écria Richard ; ah ! ne parlez pas ainsi, ne nous menacez pas d'un pareil malheur ! Pourriez-vous abandonner une ville où le respect, l'amour, les bénédictions accompagnent vospas ? Vous y reviendrez, vous y reviendrez avec votre sœur bienaimée.
— La pauvre Marie ! dit lentement Germaine , dont le regard fixe peignait une sorte d'égarement. Croyez-vous qu'elle vive encore, Marie ? croyez-vous qu'elle n'a point suivi Regnault?
— Elle est mère, répondit Richard, espérant
faire naître une pensée consolatrice ; elle voudra conserver ses jours pour son fils , pour l'image vivante de celui qu elle a tant aimé.
— C'est aussi pour cet enfant que je veux vivre , s'écria Germaine , pour sa malheureuse mère , cette pauvre Marie que nous avons vue si joyeuse , qui devait se promettre tant de beaux jours, et qui pleure sur une tombe! Mais pour vivre, Richard , il ne faut pas revoir cette femme cruelle dont j'entends toujours la voix, il ne faut pas revoir celui!... » Elle n'acheva pas , et la pâleur de la mort couvrit ses joues.
« Vous ne les verrez plus , dit Richard , et bientôt vous serez réunie à tout ce que vous aimez. On recevra d'un moment à l'autre la nouvelle que la paix est signée avec Philippe ; il vous sera permis alors de vous rendre à Arras. Daniel et moi, nous attendrons à Noyon l'instant où il nous deviendra possible de vous y conduire. Nous ne vous quitterons plus qu'après vous avoir placée dans les bras de
votre sœur. Ah ! que ne puis-je donner ma vie pour adoucir votre peine , pour vous rendre la paix? »
Germaine lui prit la main, la pressa dans les siennes avec une vive émotion. « Jusqu'à son dernier jour, dit-elle, la pauvre Germaine vous bénira, Richard; elle appellera sur vous les bénédictions du ciel, et s'il écoute la prière des malheureux... » A ces mots des sanglots étouflerent la voix de l'infortunée , et des larmes coulèrent enfin de ses yeux.
Richard tenait toujours cette main chérie ; trop heureux de voir succéder la douleur à la froide angoisse du désespoir, il contemplait cette femme adorée , qui peut-être ne survivrait pas à la perte de son rival ; mais dans ce moment cruel, le sentiment de la jalousie était si loin de son cœur qu'il aurait pu donner de son sang pour rappeler ce rival à la vie.
« J'ose le pleurer devant vous , Richard , reprit-elle douloureusement ; maintenant qu'il est là , glacé par la mort , vous n'avez plus de
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haine contre lui sans doute, et moi je n'ai plus de secret, je n'ai plus d'orgueil.
-^ Ce secret n'en était pas un pour moi , murmura Richard à voix basse , et ^ tout en gardant le silence , je gémissais sur vous.
— Vous gémissiez sur moi , répondit Germaine avec un accent déchirant ; et maintenant , quelle pitié dois-je donc vous faire ? car il me semble qu'alors je n'étais pas malheureuse. Il vivait, il pensait à moi comme à un être cher auquel il devait son bonheur ; Marie n'avait plus rien à demander au ciel. Non , non , je n'étais pas malheureuse ! Mais aujourd'hui! aujourd'hui que je le vois étendu sur la terre, frappé par celui qu'il m'est défendu de maudire!....
— Eloignez ces horribles pensées , interrompit Richard ; songez à cet enfant qui reste, qui vivra pour vous chérir.
— Cet enfant! ah! sans doute son père expirant le léguait à mes soins et à mon amour, m'appelait près de son fils, près de sa malheu-
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reuse mère , qui n'a plus d'appui dans ce monde ! Mais ce dernier vœu de Regnault, ce vœu si cher ne sera point exaucé ; je ne reverrai plus ma sœur , je ne verrai pas son enfant.
— Qui pourrait s'y opposer ? ^
— Je ne sais! les méchants m'entourent, me poursuivent ; ils viendront me chercher ici, ils m'arracheront de votre maison.
— Leur plus cruel ennemi ne leur en donnerait pas le conseil! s'écria Richard, le feu dans les yeux. Mais vous n'aurez pas besoin du secours de mon bras , de celui de tous mes amis pour vous protéger ; l'heure approche où nous allons joindre Daniel , et quand on s'apercevra au château de votre absence , nous serons déjà loin d'ici.
— Pourquoi donc me semble-t-il que la mort plane sur nous, Richard, et que l'on va nous séparer pour toujours ? »
En prononçant ces mots, Germaine jetait autour d'elle des regards effrayés, et un hor-
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rîble frisson faisait trembler ses membres. On pouvait attribuer les terreurs de son imagination à la fièvre qui la dévorait ; mais Richard lui-même, tout en s'efîbrçant de la rassurer, se sentait troublé par un pressentiment dont il ne pouvait se rendre maître , et le temps ne s'écoulait pas assez vite à son gré. Toutefois, les craintes de la noble fille auraient encore été bien plus vives si elle eût pu savoir ce qui se passait alors à Vertbois, ainsi qu'on le verra dans le chapitre suivant.