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CHAPITRE m

Et j'invoquais ta guerre aux scènes effrayantes, Je voyais en espoir, dans les plaines bruyantes, Avec mille rumeurs d'hommes et de clievaux. Secouant à la fois leurs ailes foudroyantes, L'un sur l'autre à grands cris fondre deux camps rivaux. Victor Hugo.

En peu de jours le danger qui menaçait Cotnpiègne devenait de plus en plus effrayant, poilr quiconque observait ce qui se passait au dehors. Du haut des remparts on voyait, de l'autre côté de l'Oise, de nombreuses troupes d'hommes de guerre couvrir la chaussée et s'établir sur tous les points avoisinant la ville. Cette armée formidable s'était logée à Vehette, à Mârigni, à Royallieu; les chefs

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dans les abbayes, leurs gens dans les villages et dans la plaine , en sorte qu'elle ne laissait plus libre qu'une très petite partie des murailles, dont toutefois les rivières d'Aisne et d'Oise la séparaient encore.

Guillaume de Flavy, décidé à voir périr le dernier des habitants de Compiègne, comme à périr lui-môme, plutôt que de se rendre, semblait se multiplier, surveillait sans cesse tous les points qu'il croyait devoir être menacés les premiers, et malheur à qui se montrait rebelle à ses ordres ou ne les exécutait point à son gré! Jamais ce terrible capitaine ne s'était montré plus cruel et plus impitoyable qu'ace moment, où tant de calamités allaient fondre sur une population dont il semblait le tyran bien plus que le défenseur. JNéanmoins le désir ardent qu'on avait de résister à l'ennemi combattait la haine qu'il excitait chaque jour davantage. (Confiant dans la vaillance et dans la résolution du sire de Flavy, chacun préférait

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se soumettre à ce redoutable protecteur plutôt que de subir la vengeance des Anglais. On n'osait se plaindre tout haut des actes de cruauté auxquels il se livrait, et pourtant un grand nombre de ces faits odieux ne restaient pas inconnus à Germaine, qui, tout en s'efforçant d'essuyer les larmes que son père faisait couler, cessait peu à peu d'éprouver pour lui les sentiments d'amour et de respect qu'elle avait conservés si longtemps pour l'auteur de ses jours.

La prise de Ghoisy-sur-Oise ramena à Compiègne Louis de Flavy et sa faible garnison , qui avait obtenu d'évacuer la forteresse emportant leurs armes pour tout bagage. Louis ne tarda pas à venir embrasser ses nièces, et ce ne fut pas une faible joie pour Germaine et pour Marie que celle de revoir ce bon parent après plusieurs mois de séparation.

« Eh bien ! dit-il dès qu'il se fut assis entre les deux sœurs, mon frère vient encore de perdre une belle place. Dieu sait que nous

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avons tout fait pour la lui conserver, et que nous avons tenu autant qu'il était possible de tenir; mais nous avions affaire à trop forte partie. Quand j'ai vu que le duc de Bourgogne nous faisait l'honneur de venir lui-mêine, sans parler de deux mille hommes qui l'accompagnaient, j'ai bien prévu qu'il faudrait déménager.

— Ainsi, dit Germaine espérant apprendre quelques détails sur les assiégeants, c'eçt une garnison bourguignonne qui vous remplace?

— jNon, ils démolissent, et je puisdire qu'ils jettent à bas une des meilleures forteresses de la France ; si j'avais eu seulement cinq cents hommes au lieu de deux cents, j'aurais pu résister six mois.

— Pour moi, dit Marie, j'aimerais bien mieux que tous vos châteaux fussent comme Vertbois, qu'ils ne sont jamais venus attaquer.

— Enfant, répondit Louis de Flavy en lui

frappant doucement sur la joue, vous n'en-

•. tendez rien à ces sortes de choses ; les places

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fortifiées sont nos joyaux à nous autres , nos refuges, nos magasins. Que serait-ce s'il fallait toujours vivre et se battre en rase campagne ainsi que feraient des corbeaux affamés ? tandis que je ne connais rien de profitable, rien de réjouissant comme la prise d'une bonne citadelle bien avitaillée. J'entends quandc'estmoi qui la prends, ajouta-t-ilavcc un léger soupir.

— J'aimerais bien mieux qu'on ne se battît ni contre des murs ni dans la plaine, reprit Marie ; je voudrais enfin qu'on ne se battît jamais.

— Jamais! s'écria Louis de Flavy, et que ferions-nous, par sain t Jacques ! si nous ne nous battions plus? INe voyez-vous pas arriver les • défis, les tournois, dès que l'on signe les plus courtes trêves? Tout ne prouve-t-il pas que l'homme a été créé pour se battre ?

— En France on serait tenté de le croire, dit Germaine avec un triste sourire.

— Et Dieu me préserve de m'en plaindrÇfJ reprit Louis ; car je veux devenir chèvre si jè :

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savais comment passer mon temps sans me servir de mes armes , ne fût-ce que dans des escarmouches. Je ne me sens vivre, moi, que quand je me bats; autrement je m'ennuie.

— Et si l'on est tué ? dit Marie.

— Alors tout est fini, on ne craint plus de s'ennuyer, et j'espère bien ne mourir que sur un champ de bataille.

— Ne parlez pas ainsi, bel oncle, interrompit Germaine en serrant la main de l'homme de guerre.

— Le plus tard possible , après tout, répondit-il avec gaîté ; mais j'ai toujours eu du bonheur ; je sors de toutes les afTaires sans avoir reçu une égratignure. On dirait que les lances glissent sur mon corps et que les archers tirent au-dessus de ma tête.

— Fasse (e ciel qu'il en soit toujours ainsi! dirent les deux sœurs.

— Amen, répondit-il ; mais pour traiter un sujet plus gai, devinez avec qui j'ai déjeuné le JQur maudit où j'ai quitté Choisy, la tête un

peu basse et le cœur un peu gros, je ne le cache pas.

— Avec le duc de Bourgogne, dit Marie.

— Pas tout-à-fait, mais avec un de ses amis, avec un des nôtres après tout , avec Regnault.

— Il vous a cherché? dit Germaine la poitrine gonflée d'une joie qu'elle avait peine à cacher.

- Il a couru après moi , répondit Louis ; voici comme cela s'est passé. Je n'avais pas fait une demi-lieue, emmenant tout mon monde, c'est-à-dire cinquante hommes qui me restaient, car le reste avait été tué pendant le siège , 'quand je vis venir derrière moi quelques cavaliers qui semblaient me poursuivre à toute bride. Ma première pensée fut que le duc de Bourgogne se ravisait, et qu'il nous faudrait livrer bataille avant de gagner pays. Comme nous étions tous armés, je fis halte , volte-face, etj'attendis mesgensde pied ferme. Maisje ne tardaipasà reconnaître que latroupe qui nous poursuivait se composait de quatre

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