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hommes, ce qui certes n'annonçait pas des intentions hostiles. EncÛcl, celui qui poussait son cheval le premier ne fut pas plus tôt arrivé près de moi qu'il leva la visière de son casque en s'écriant : Mon oncle! mon cher oncle!
— Et vous avez reconnu Regnault? dit Marie.
— Que je meure si je ne l'ai pas reconnu tout de suite, répondit Louis, quoique je ne l'aie pas vu depuis dix ans ; c'était encore ce visage Ger et noble qui annonce un homme de cœur, un visage de Flavy enfin. Il ressemble à son père, à notre pauvre Jean, comme Marie ressemble à sa mère.
— Aussi ne suis-je pas une Flavy , moi ! dit tristement la pauvre petite.
— Toi! répondit Louis en l'embrassant, Flavy s'il en fût jamais; Guillaume finira par t'aimer aussi , sois-en sûre , à moins que son cœur ne soit de roche ; mais écoutez la suite. Regnault mit pied à terre; il avait l'air si navré, si suppliant qu'à nous voir tous les deux, on
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aurait pensé que j'îivâis prîs la plate et que c'était lui qui en sot-tait. Par Notre-Dame ! tout était fini pour celte fois ; les épées étaient rentrées dans le fourreau ; je sautai à baè de mon cheval et je l'etiibràssai de bon cœur.
-^Ah! ^ue vous avez bien fait, bel oncl'è ! s'écri'd Marie , tandis (^ne Germaine en silence serrait douce tWent la main de sort bt'àvèpài^eïi't. — Comme nous ne vouiioiis pasnouS qûilter si vite, polirsuivit Lo uisde Flavy, Êeg'nauit me Conduisit dans un ch âteau voisin où 1 on tenait sans donte eri réser\'e des provisions pour le duc , à en jiiger par l'iexcellent repas que nous y fîmes ensemble. Lé vin de Bourgogne ne Douâ manquait pas, et ceûk de mes gens qui m'avaient suivi ne .'se sol^venaient guère d'un pareil régal. Rntin, au moment de housséparcr, le pauvre garçon une téûlbigna un si grand désir d'écrire à ses cousines que je lui promis de me charger pon.'r vous d'un chiffon de parchemin sur lequel, il a griffonné devant moi . .*; comme on clèfc.
— Et sans doute , bel oncle , dit Marie , si vous n'avez plus cette lettre, vous savez du moins ce qu'elle renfermait,
— Que tous les saints m'en préservent! répondit Louis; je n'ai pas lu la lettre par plusieurs raisons, dont la première est que, grâce au ciel! je n'ai jamais su lire; car je n'approuve pas qu'un homme de guerre perde son temps à des vétilles semblables. La mode qui prend de faire élever les gentilshommes comme les novices d'un couvent de Saint-Benoît ne peut tourner qu'à mal. On perd à ces sottises le plus beau temps de sajeutiesse. Par saint Marc ! je préfère un beau coup de lance à tous les grimoires de l'Université de Paris. Au reste, je n'en ai pas moins apporté la lettre , poursuivit-il en la tirant de son: aumonière , et vous pourrez vous la faire lire; par le père Jo<;eph.
— Germaine, Germaine la lira, dit Marie.
— Germaine en saii-el.le aussi long? reprit Louis d'un air de surprise ; -eh bien ! à la bonne heure, ce sont des choses? qui conviennent
aux femmes, je ne dis pas le contraire. » Germaine prit la lettre d'une main tremblante, et, s'efforçant d'affermir sa voix, elle lut ce qui suit :
« Regnault de Flavy à Germaine de Flavy. « Que Dieu et tous les saints vous gardent, chères cousines. Que faites-vous ? pensez-vous quelquefois à celui dont toutes les pensées se portent au lieu que vous habitez ? Ah ! Germaine! vous m'avez promis de me conserver une petite place dans votre cœur , de me pardonner d'être enchaîné par l'honneur à la bannière qui marche contre vos bannières. Mon oncle, mon bon oncle m'a donné le baiserde paix; que la paix soit donc entre nous. Un même sang ne coule-t-il pas dans nos veines? Lorsque, sous peine d'être appelé félon, mon corps suit à la guerre le seigneur et maître que j'ai juré de servir, mon cœur en est-il moins près de vous? Germaine, Marie, vous ne savez pas combien je vous aime, combien je préférerais la mort à votre haine ! Ah !
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ne me hwsjçz pas , quçlque chpse qui arrive, ne me baissez pas ! Pense? que sous le drapeau de Bourgogne vous ave? un parent, un ami plus tendre, plus dévoué que tous ceux qu'un sprt fortuné a placcS près de vous. Germaine, Marie , conservez-moi quelque tendresse jusqu'au temps plus heureux qui nous réunira, 8t, quoi qu'ii arrive , ne cessez jamais de voir dans Regnault un enfant de Vertbois. Adieu. » « Le garçon n'est pas sot, dit Louis quand Gerniaine se tut, ne cachant qu'à grand'peine sa vive émotion ; c'est tout au plus si je comprenais toutes ses belles phrases. Mais que diable veut-il dire avec son quoi qu'il arrive , qu'il répète deux fois de peur qu'on ne l'oublie ?
— Il est à présumer, répondit Germaine d'une voix que l'on entendait à peine, qu'il marche aussi contre Compiègne.
— Contre Compiègne. s'écria Louis! Par l'épée de mon père ! je donnerais beaucoup pour qu'il marchât d'un autre côté. Guillaume
n'enlend pas raillerie sur ce sujet-ià. Compiègne el Guillaume à présent c'est tout un , voyez-vous. Lorsqu'il étail encore question de ces préliminaires de paix dont Philippe nous a leurrés comme de coutume , le roi a eu la faiblesse d'envoyer à mon tVère l'ordre de livrer la ville au duc de Bourgogne en manière de garantie.
— Je n'ignorais point cela, dit Germaine.
— Eh bien! vous devez savoir aussi que Guillaume a désobéi , en quoi je l'approuve fort. Par saint Marc! le royaume de Charles n'est pas encore assez étendu pour qu'on puisse en couper ainsi un des meilleurs morceaux; nous avons donc gardé la ville. Maintenant vous sentez que, si les murs tombent, il faut que votre père tombe avec eux. Je ne conseille donc pas à Regnault de se trouver avec ceux qui voudront les jeter par terre ; car je connais Guillaume, il se souciera de tuer son neveu comme de tuer un poulet. ».
Germaine tressaillit; njais Marie s'écria : '
4o LES FLAVY.
« Regnault n'en agira pas de même si ses amis prennent la ville ; j'en suis bien certaine. — - Quant à prendre la ville , répondit Louis d'un air tranquille, il leur faudra pour cela passer quelques jours et quelques nuits sur les bords de l'Oise, j'en réponds; et je crois qu'ils se lasseront plus tôt que nous du métier que nous allons faire de part et d'autre. Le duc de Bourgogne d'ailleurs ne brille pas par la patience ; il n'a jamais aimé les choses qui traînent en longueur.
— Ah ! puisse-t-il se lasser bientôt, dit Germaine, et partir avec tout son monde !
— On dit qu'il nous a amené cinq ou six mille hommes, reprit Louis , sans compter qu'il ne marche jamais qu'avec une grosse maison , des pages , des valets et des ménétriers dont nous entendions tous les soirs à Choisy la chienne de musique. J'espère que d'ici , du moins , nous pourrons leur fournir un accompagnement qui ne leur permettra pas de jouer aussi juste. »
En disant ces mots Louis de Flavy se leva pour sortir, et, comme Marie voulait le retenir encore quelques instants : « Non, dit-il, il faut que j'aille retrouver votre père. Nous attendons d'un moment à l'autre cette vaillante pucelle dont les Anglais ont plus peur que de nous tous , et qui vient s'enfermer dans Compiègne avec bon nombre de chevaliers.
— Dieu soit loué ! s'écria Germaine ; sa présence encouragera les noires , en même temps qu'elle effraiera les ennemis.
— Par malheur, répondit Louis, l'arrivée de cette brave fillene réjouit pas tout le monde ici. Partout où elle se trouve elle aime à faire à sa tête ; il faut obéir à ce qu'elle nomme ses voix, que personne n'a jamais entendues qu'elle-même, et Guillaume ne se soucie guère d'agir sous les ordres d'un capitaine qui devrait porter des jupes. Il a reçu fort mal ce matin le messager qui nous annonçait ce secours.
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-— Et si Dieu nous l'envoie pour faire lever le sit'ge de Compiègne comme elle a fait lever celui d'Orléans? dit Germaine.
-^ Sans doute, sans doute ; il est bien certain que Jeanne , soit qu'elle vienne du ciel ou de l'enfer, a grandement rétabli les affaires du roi. Aussi mon avis est-il qu'il faut la laisser se servir de son étendard à sa fantaisie, quitte à la tirer du guêpier s'il arrive que la pauvre fille s'y jette. Je désire d'autant plus qu'on la traite bien que 1h nouvelle de sa venue a^jépandu dans la ville la joie et la confiance.
— Et pourtant , dit Marie , ces malheureux habitants n'ignorent pas que les murs sont maintenant entourés par une armée innombrable.
— Entourés ! pas encore tout-à-fait , reprit Louis ; on n'entoure pas Compiègne comme une bicoque , ma petite. Mais j'espère, mes enfants, que vous n'avez pas peur?
— Germaine n'a pas peur, répondit Marie.
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— Au moins pour moi-même , dit Germaine en étouffant un soupir.
— Brave et bonne fille ! dit Louis qui baisa sa nièce ur le front. Il doit suffire d'une Germaine dans la famille pour répandre les bénédiclions du ciel pur nous tous. Aussi vivez tranquilles ; nous les chasserons, nous les chasserons , vous dis-je , ou que je ne m'appelle plus Louis de Flavy. »
En finissant ces^ mots qu'il ne prononçait jamais que dans les grandes occasions, il em- Ijrassa Marie , serra la main de Germaine et partit.