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CHAPITRE VIII

11 fallut céder au sort ; Chacun s'enfuit au plus fort, Tant soldat que capitaine.

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Ainsi que la chose avait été arrêtée, Charlot et deux de ses compagnons furent placés de guet dans la poterne pendant la nuit suivante, afin d'ouvrir aussitôt la porte à Daniel sur un signal convenu. Cependant le jour reparut, une seconde nuit s'écoula, et rien n'annonçait le retour du petit sorcier; enfin la semaine entière était passée sans qu'on eût

aucune nouvelle ni de lui ni du maréchal de Boussac. « Il a péri comme les autres, disait Richard accablé d'une douleur qui lui arrachait des larmes.

— • Ou peut-être veut-il revenir avec les troupes, disait maître Joseph.

— Les troupes! répondait le jeune bourgeois d'un air sombre, les troupes ne viendront point.

,. — Alors, dit avec effroi dame Marguerite, c'en est fait de nous tous, puisque, d'après ce que vient de dire Chariot, la ville ne peut pas tenir trois jours. Les munitions de guerre manquent, les murs s'écroulent de tous les côtés, et ceux qui pourraient encore les défendre ne peuvent plus se soutenir et tombent de besoin dans les rues. »

Un long silence succéda à ces paroles, pendant lequel chacun se livrait aux plus tristes pensées. Dans ces heures de désolation, Germaine et Marie, fuyant la solitude, passaient leurs journées entières dans la salle

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commune, où se tenaient dame Marguerite et Georgelte. Maître Joseph venait se joindre à la famille dès que ses devoirs lui laissaient un moment de liberté. Mais depuis longtemps ces réunions étaient plus propres à redoubler la peine et les inquiétudes de chacun qu'à ranimer les courages. Plus instruits que personne de ce qui se passait dans l'inférieur et au dehors de la ville , les habitants de la maison de Richard savaient aussi mieux que d'autres que le jour des dangers approchait, et ces dangers étaient horribles. Après une aussi longue résistance, le sac de Compiègne, le pillage , le massacre devaient être inévitables. Les Anglais furieux ne feraient point de grâce, et la mort menaçait les plus timides aussi bien que les plus braves. Richard ne pouvait regarder les deux sœurs , dame Marguerite ou la pauvre Georgette, sans éprouver un déchirement d'âme inexprimable, et Germaine ne retrouvait plus de courage depuis qu'elle tremblait pour Marie. Matiâ personne

n'osait exprimer des craintes que chaque instant rendait plus vives.

Tous restaient donc plongés dans une sombre rêverie, lorsque des cris qui partaient de la rue les attirèrent aux fenêtres. Les soldats entraînaient un homme qui refusait de les suivre. « Non , non , je n'irai pas , je n'irai plus travailler, disait le malheureux ; je n'ai pas mangé depuis deux jours ; avant tout , donnez-moi du pain.

— Ah ! donnez un morceau de pain à ce panvre homme , dit Germaine d'un ton suppliant à dame Marguerite

— Je n'en ai plus que pour une semaine, répondit celle-ci ; il faut bien d'abord songer à nous.

— A Marie surtout! pensa Germaine, qui poussa un long soupir et n'insista pas. Du moins, reprit-elle en s'adressant à Richard, qu'on ne le force point à travailler aux murailles. Puisqu'on ne peut le secourir, qu'on le laisse mourir en paix.

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— Je descends, répondit-il, je vais parler aux archers, b

Mais quand il arriva dans la rue le peuple avait pris parti pour le malheureux ; les plus poltrons , enhardis par le désespoir, injuriaient, menaçaient ceux qui, dans des temps meilleurs, les avaient si souvent fait trembler , et les soldats s'apprêtaient à faire usage de leurs armes contre la foule qui les pressait. Richard priait, suppliait vainement qu'on lui fît place ; il ne p'ouvait parvenir à se frayer un passage, et le tumulte était au comble. Tout à coup des acclamations éclatantes et mille cris répétés s'élèvent du centre de la ville; chacun reste immobile; on écoute.

« Les Français ! les Français arrivent ! » crie Richard à Germaine, et Richard, les soldats, l'homme qu'ils ont lâché, les femmes, les enfants, les jeunes gens, les vieillards, tous courent vers la grande place , ivres d'espérance et de joie.

Cent hommes, guidés par Daniel à travers

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!a forêt, qui les dérobait à la vue de l'ennemi, venaient d'entrer dans la ville par la porte de Pierrefond. Tandis qu'ils s'étaient dirigés mystérieusement vers les murs, le maréchal de Boussac, avec quatre mille hommes rangés en bataille sur la route de Verberie, tenait en échec les Anglais et Jean de Luxembourg, que l'obligation de faire garder les bastilles privait d'une grande partie de son monde et qui n'osait livrer un combat général.

Les transports des pauvres habitants allaient jusqu'au délire; on baisait les mains, les armes de ces Français dont on avait attnedu si longtemps le secours. On oubliait qu'une armée immense entourait encore la ville et que le danger était loin d'avoir cessé. Enfin la joie était telle qu'on ne songeait point à se disputer les vivres que les nouveau -venus avaient apportés sur des chevaux de main, et la distribution s'en faisait aux notables avec le plus grand ordre, sous les yeux de pauvres gens qui mouraient de faim.

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Messire Guillaume, arrivé sur la place un des premiers, s'entretenait à part avec le sire de Gamaches , qui commandait le renfort. Bientôt il fit publier à son de trompe l'ordre de marcher sans retard sur la grande bastille de la forêt , que Xaintraille , qui arrivait par le chemin de Pierrefond, allait attaquer avec trois cents hommes.

A peine cet ordre fut -il connu que les habitants, jeunes ou vieux, s'armèrent à la hâte de tout ce qu'ils trouvaient sous leur main, et voulurent accompagner la troupe. Ceux qui n'avaient point d'épée , de hache, prenaient un long couteau, un bâton. Les femmes, résolues à les suivre, portaient des échelles, des fagots pour combler les fossés. Une ardeur de vengeance semblait avoir saisi tous les cœurs; on avait soif du sang de l'ennemi , et des cris de mort contre les Anglais, contre les Bourguignons , retentissaient de toutes parts. En un clin d'œil, il se forma sur la place une armée de combattants qu'en-

flammaient tous la haine et le souvenir des maux qu'ils avaient soufferts. La garnison était rangée autour du sire de Flavy, et Richard, à la tête de sa milice, attendait, en frémissant d'impatience , que l'on commandât la sortie.

Daniel, qui depuis son arrivée n'avait point quitté le jeune bourgeois, lui dit alors : « Je suis maintenant de mince assistance ; à voir l'assurance de tous ces gens-là je regarde déjà la bastille comme prise. Tandis que vous allez expédier ces Bourguignons , je vais aller rassurer dame Marguerite et...

— Et cet ange, interrompit Richard avec transport, cet ange qui va prier le ciel pour le succès de nos armes! »

Dans ce moment l'ordre du départ ayant été donné , Richard n'eut que le temps de serrer la main de Daniel, qui se mit en marche de son côté, tout en se disant à lui-même : «Si la demoiselle Germaine prie pour leur succès, elle ignore donc que Regnault est

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dans la bastille? Par le chef de moQ père ! le moment serait mal choisi pour le lui apprendre. »

Les sires de Créqui et de Brimeu , voyant de leur bastille la foule de gens armés qui venaient les assaillir, se préparèrent à faire la plus vigoureuse défense. Ils avaient tant de monde, et leurs précautions étaient si bien prises que par deux fois ils repoussèrent l'attaque d'adversaires décidés à vaincre ou à mourir. Les soldats français, excités par messire Guillaume et le seigneur de Gamaches, moulaient à l'assaut comme des lions; les bourgeois, les femmes se jetaient avec eux dans les fossés pour escalader les murailles, et les Bourguignons, qui faisaient vainement des signaux pour appeler du secours, tombaient par vingtaines à la fois. Enûn, lorsque Xaintraille déboucha par la forêt avec ses trois cents hommes, l'attaque recommença avec une telle vigueur que la bastille fut emportée de vive force.

Alors commença le plus effroyable carnage ; en vain Richard criait-il aux gens de Compiègne de faire grâce à ceux qui mettaient bas les armes ; les bourgeois, dans leur fureur, les femmes même, assommaient à coups de bâton des vaincus sans défense. Tous périrent, à l'exception de quelques chefs, qui se hâtèrent de se rendre à des chevaliers pour trouver leur salut dans l'espoir d'une riche rançon.

Au moment où messire Guillaume venait de recevoir l'épée du sire de Créqui, un jeune homme, qui suivait ce dernier, lui présenta la sienne, en disant : a A votre merci, bel oncle; je suis Regnault de Flavy.»

La vue d'une croix de Bourgogne sur la poitrine de celui qui portait son nom transporta le sire de Flavy d'une si violente colère qu'il leva son glaive; il allait frapper: «Le fils de ton frère, Guillaume! s'écria Xaintraille en lui relevant le bras.

■ — Eh! par le ciel! je ne le sais que trop,

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dit-il , mais il n'en tirait pas moins sur nous tout à l'heure.

— Grâce pour lui, reprit le chevalier ; nous ne sommes pas des bourreaux.

— Qu'il se joigne donc à ses compagnons, répondit messire Guillaume; plus tard j'ordonnerai de son sort. »

Regnault, dont le front n'avait point pâh un instant, s'inclina devant le frère de son père, devant le brave qui venait de protéger ses jours, et, conduit par un des hommes de messire Guillaume, il alla retrouver les sires de Créqui, de Brimeu , et les autres prisonniers. Là, tout entier livré à la douce pensée qu'il allait rentrer dans Compiègne, qu'il allait revoir Marie, il oublia bientôt et ses dangers passés et ses dangers à venir, qu'il croyait d'ailleurs peu redoutables.

L'exaspération des habitants qui venaient de combattre était si grande que Xaintraille et le sire de Gamaches crurent devoir faire renfermer les prisonniers au château avant la

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rentrée du peuple dans la ville. Messire Guillaume leur désigna quelques hommes de sa compagnie comme des gens sûrs que l'on pouvait charger de cette conduite, et ce fut Chariot qu'il choisit pour les commander.

Dès le début de l'afiaire un seul soin avait occupé Chariot; c'était celui de sauver son jeune maître s'il parvenait à le joindre dans la mêlée. Lorsque le massacre avait commencé, il l'avait cherché en vain, soit parmi les vivants , soit parmi les morts ; car il ne voyait pas tomber de chevalier à terre sans courir aussitôt lever la visière d'un casque qui lui découvrait des traits étrangers. On juge de sa joie lorsqu'après avoir reconnu Regnault parmi les prisonniers il se vit chargé de conduire ceux-ci à Compiègne et de veiller à leur sûreté.

Durant le trajet, qui était fort court, il trouva bientôt le moyen de s'approcher de son frère de lait et lui dit tout bas :

« Une foi* arrivés au château, je puis vous

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faire évader très l'acilement, si CffS chevaliers consentent à ne pas me démentir.

— -Que tous les saints m'en préservent! répondit le jeune homme ; ce serait au prix de ta vie.

— Non; je viens d'imaginer] une ruse qui nous mettra tous deux à l'abri.

— Mon oncle a ma parole et mon épée , répliqua Regnault d'un ton ferme.

— Et voulez -vous aussi qu'il ait votre tête?

— C'est à Dieu d'en ordonner, répondit Regnault.

— A Dieu et à sire Guillaume, pour votre malheur, dit Chariot , que ce refus désespérait d'autant plus qu'il venait d'apprendre ce qui s'était passé entre l'oncle et le neveu. Vous ne savez pas à quel homme vous avez aftaire, vous ne savez pas qu'il n'a jamais pardonné. Nous allons entrer dans les murs, nous n'avons plus qu'un moment pour nous décider, ajouta-t-il d'un air suppliant; au

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nom de voire patron, au nom de tous les saints! asuvez-vous-

— Jamais ainsi, dit le jeune chevalier; mieux vaut ma mort que ta perte et mon déshonneur. »

Ils arrivaient alors aux premières barrières, et Chariot fut contraint de se remettre en têle pour faire ouvrir les portes et baisser le pont-levis. Le petit nombre d'habitants qu'ils rencontrèrent dans les rues poussèrent des cris de rage à la vue des chevaliers bourguignons, et ne trouvaient pas assez d'invectives pour accueillir ceux qui leur avaient fait tant de mal. Heureusement la ville ne renfermait plus guère que des femmes, des vieillards et des enfants , auxquels Chariot et ses compagnons , secondés par ce qui restait de troupe , parvinrent facilement à s'opposer. Tout homme de guerre à cette époque protégeait les prisonniers, non-seulement par respect pour des braves malheureux, mais aussi comme une propriété sur laquelle reposait II. 8

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une rançQQ. L'escorte parvint donc sans encombre jusqu'au château , où Chariot, à son grand regret , confia Regnault de Flavy et les autres chevaliers à la garde du lieutenant de messire Guillaume , sans laisser ignorer que le premier était neveu du gouverneur, afio de lui attirer les égards de tous. Comme il lui fallait repartir aussitôt pour aller rendre compte aux chefs de sa mission , le jeune chevalier, lui serrant la main affectueusement, lui dit à voix basse : tA revoir, mon bon Chariot; sa première fureur est passée maintenant ; il ne tuera pas le petit-fils de son père. » £t le sourire tranquille dont Regnault accompagna ce peu de mots parvint à remettre un peu de calme dans l'esprit du pauvre garçon.

ËQ moins de rien la bastille avait été dégarnie de tout ce qu'elle renfermait. Les canons , les armes, les vivres étaient devenus la proie des vainqueurs, qui procédaient à une démolition complète lorsque le sire de Flavy jngea prudent de rentrer dans Com-

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pîègne et fit sonner la retraite. On ignorait entièrement ce qui se passait du côté de l'Oise ; un revers du maréchal de Boussac pouvait livrer la ville si elle restait plus longtemps sans défenseurs. Messire Guillaume fut obéi aussitôt ; il ramena ces braves gens , tous chargés des dépouilles de leurs mortels ennemis et poussant des cris de triomphe.

A peine avait-on eu le temps de se livrer à la joie qu'inspirait ce premier succès qu'à l'heure de vêpres , comme les habitants se rendaient en foule à l'église pour remercier Dieu , le maréchal de Boussac , le comte de Vendôme et les autres capitaines français entrèrent dans la ville, suivis de tout leur monde. Après s'être contentés de tenir en respect Jean de Luxembourg et le comte de Hudington, qui ne s'étaient point décidés à risquer autre chose que des escarmouches , ils venaient de tourner par la forêt et de se jeter dans la place sans avoir été poursuivis.

Bien qu'un pareil surcroît de gens à nour-

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rir devînt une terrible charge pour Coiupiègne, l'allégresse n'en fut pas moins vive ; des transports de reconnaissance accueillirent le maréchal , et chacun se soumit volontiers à toute espèce de gêne et de privations en voyant approcher l'instant de la délivrance. De leurs camps comme de leurs bastilles, les Anglais et les Bourguignons purent entendre les cris joyeux qui parlaient de la ville. Jean de Luxembourg et le comte de Hudington étaient d'autant plus inquiets du secours important que venait de recevoir la garnison qu'un grand nombre de leurs soldats commençaient à murmurer d un aussi long '■ séjour sous des murs qui résistaient depuis cinq mois, et parlaient hautement d'abandonner les chefs. Tandis que ceux-ci se précaulionnaient de leur mieux contre la désertion dont ils étaient menacés , en faisant garder avec soin le pont que le duc de Bourgogne avait fait construire sur l'Oise, les capitaines français, qui s'étaient assemblés en

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conseil, prenaient la résolution d'attaquer sans retard les autres bastilles. Pressés d'agir avant l'arrivée de la nuit qui venait de bonne heure à celte époque de l'année*, les soldats et les habitants sortirent en grand nombre et jetèrent à la hâte un pont de bateaux , sur lequel ils passèrent de l'autre côté de la rivière. Le premier logis qu'ils assaillirent oflVit peu de résistance; il ne renfermait pas plus de quarante â cinquante combattants qui furent tous mis à mort, à l'exception du capitaine , que le sire de Flavy envoya dans Corapiègne comme prisonnier. Aubcl de Folleville et ses gens, qui tenaient une forte bastille voisine , se hâtèrent d'y mettre le feu et de se retirer au quartier des Anglais. Toutefois , il n'en fut pas de même de la grosse bastille où, cinq mois auparavant, l'infortunée Jeanne d'Arc avait été chercher la prison et la mort. Messire Baudot de Noyelle y comman-

(1) Ce jour était le mercredi qui précédait la Toussaint.

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dait encore et la défendait de telle sorte que, la nuit arrivant, les Français furent contraints d'abandonner l'attaque et de rentrer dans la ville.

Cette vive expédition n'en avait pas moins répandu l'alarme dans les camps ennemis, et maintenant la terreur partait du lieu où l'on avait tremblé si longtemps. Les chefs anglais et bourguignons résolurent de se coucher tout armés et de se ranger le lendemain en bataille près des murs, afin de voir si leurs adversaires voudraient accepter le combat. Mais la plus active surveillance ne put empêcher un grand nombre de leurs gens, réunis en compagnie , de déloger sans trompette pour retourner chacun chez eux; et lorsqu'avant le jour messire Jean de Luxembourg passa l'Oise afin de se réunir aux Anglais et présenter la bataille ainsi qu'il avait été convenu, il trouva le comte de Hudington abandonné d'une grande partie de son monde, comme il venait de l'être lui-même.

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Les premiers coureurs envoyés de la ville en observation ne tardèrent pas à rapporter la nouvelle de la retraite du chef bourguignon sur le camp des Anglais. Aussitôt toutes les barrières de Compiègne s'ouvrirent; les habitants , la garnison se précipitèrent hors des murs que l'ennemi venait de laisser libres, se ruèrent sur le pont qui séparait les deux rives , et le rompirent en accablant d'invectives leurs adversaires consternés , qui se retiraient en mauvaise ordonnance et en toute hâte, abandonnant honteusement leurs munitions , la belle artillerie du duc de Bourgogne , leurs bons vins et leurs vivres , dont les pauvres affamés se régalèrent largement.

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