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défenseurs «les bouilleurs allèguent !<■ droit <lu récoltant, le droit de propriété, l'inviolabilité du domicile, et, si l'on invoque contre eux l'égalité des citoyens «lovant le lise, la nécessité de réprimer la fraude, ils font valoir que Tonne saurait, sans recourir à des vexations et à des perquisitions aussi coûteuses qu'intolérables, exercer une surveillance efficace sur des centaines de milliers d'exploitations disséminées dans les campagnes et entourées de haies et de barrières. Il est certain, dans tous les cas, que la suppression du privilège des bouilleurs de cru, à peine rétabli, se heurterait à des obstacles presque insurmontables, et la Ligue antialcoolique a sagement agi en ne soulevant, dans son dernier congrès, tenu à Lyon cette année même, ni cette épineuse question, ni celle de la surtaxe de l'alcool, ni celle du monopole.
(le n'est pas que le Congrès n'ait rien de mandé à l'Etat. Il lui a, au contraire, adressé • les vœux nombreux; mais les mesures dont il a sollicité l'adoption sont plutôt des mesures de détail. Il est vrai que, pour être d'apparence modeste, elles n'en sont pas moins essentiellement pratiques et que leur application simul tanée pourrait faire faire un grand pas à la ques lion de l'alcool.
Que réclame la Ligue ? En premier lieu, l'exclusion de la consommation de bouche de tous les alcools industriels mal rectifiés, couramment
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appelés « mauvais goûts de tête et de queue » : puis la prohibition de l'emploi des essences artificielles servant à transformer l'alcool industriel en fausses liqueurs ; et la répression sévère des fraudes par revivification de l'alcool dénaturé. Le Congrès a considéré avec raison qu'un des moyens les plus efficaces de réduire la consommation de l'alcool sous forme de boisson est de lui ouvrir de nouveaux débouchés industriels. 11 s'est donc associé à tous les vœux déjà émis par les agriculteurs en vue d'encourager la dénaturation de l'alcool industriel, notamment par une forte réduction de la dose de méthylène employé comme dénaturant et par le doublement de la prime de dénaturation.
Au Parlement le Congrès a demandé la prohibition de l'absinthe, le vote de la proposition de loi sur la limitation du nombre des cabarets et des subventions pour la lutte contre l'alcoolisme.
Il a insisté auprès des municipalités pour qu'à l'exemple de celles de Lyon et de Nîmes, elles fassent usage des pouvoirs que leur confère la loi de 1880 pour réglementer les cabarets, créer des zones préservées et établir sur la voie publique des kiosques où seraient distribuées des liqueurs hygiéniques.
Il s'est préoccupé surtout d'agir surlajeunesse par la caserne, sur l'enfance par l'école : dans ce but, il a demandé la réglementation de
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l'usage du vin dans les coopératives régimen- I aires; l'interdiction de l'alcool dans les mess de sous-officiers; une enquête quinquennale sur l'état de l'enseignement antialcoolique dans les établissements relevant de l'Université, l'introduction de cet enseignement dans les facultés et les écoles normales supérieures; des encouragements pour les cours d'adultes, pour l'enseignement ménager et la création de sociétés de tempérance dans lous les établissements d'enseignement public.
Entin, le Congrès n'a eu garde d'oublier le rôle considérable, le rôle décisif que doivent jouer, dans la lutte contre l'alcoolisme, l'inilialive privée et l'accomplissement intelligent du devoir patronal. 11 a donc adressé aux patrons, notamment, un pressant et chaleureux appel, leur indiquant toutes les formes sous lesquelles ils peuvent agir pour prévenir ou limiter les ravages de l'alcoolisme. Suppression du chômage du lundi, choix des jours et heures de paie; propagande antialcoolique par l'affiche, par les conférences, par l'école, par les primes et les concours ; création de restaurants et de cafés de tempérance; ouverture dans les ateliers mêmes de kiosques pour la distribution de café, de thé et de bouillon; amélioration du logement de l'ouvrier; encouragements aux institutions de prévoyance : autant de formes excellentes sous lesquelles le patron ou les patrons
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associés peuvent combattre le iléau alcoolique, menace permanente pour l'avenir de l'industrie et pour la paix de l'atelier, source d'accidents et de blessures mortelles. Avec toute raison, !<• Congrès a estime' que, l'une des causes les plus ordinaires de la fréquentation du cabaret par l'ouvrier étant la malpropreté, l'étroitesse et
I insalubrité du taudis qu'il habite, il est urgent de le ramener au foyer domestique en rendant celui-ci aussi attrayant que possible el en donnant au travailleur les moyens de s'occuper et de se distraire. C'est par ce mot il qu'il a tout particulièrement recommandé aux patrons de favoriser la construction de maisons à bon marché ou tout au moins l'amélioration des logements ouvriers déjà existants, la création de jardins ouvriers, d'écoles ménagères, de salles et de cercles de récréation, d<sociétés de gymnastique et de sport, etc.
Ce programme est complet, il est excellent.
II faut souhaiter qu'il soit largement répandu, surtout bien compris et bien suivi. On ne saurait, en effet, trop se pénétrer de cette idée, que la lutte contre l'alcoolisme est une affaire d'initiative privée et que, seule, l'action énergique, persévérante, combinée des simples citoyens peut avoir raison du mal invétéré qui nous dévore. Il y a encore dans le peuple de nombreux préjugés à dissiper: il y a beaucoup d'ignorances à éclairer : il v ;» aussi, dans les
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sphères où s'élaborent les lois, beaucoup d'indifférence à secouer, beaucoup de courages à raffermir. Il faut agir sur l'ouvrier par une propagande patiente, quotidienne, jointe à la création, à la direction de toutes les institutions qui peuvent le détourner du cabaret; il faut aussi et en môme temps agir sur l'opinion publique pour déterminer une pression énergique sur le Parlement. Quand il s'est agi, en Suisse, d'obtenir des Chambres fédérales la prohibition de l'absinthe, c'est par un pétitionnement dont les sociétés de tempérance prirent l'initiative que furent obtenus le vote de la loi d'abord, puis le référendum qui l'a définitivement consacrée.
En Angleterre, les divers actes du Parlement ayant pour but de réglementer les cabarets ou de réprimer l'ivresse ont tous été préparés par la propagande active, incessante des sociétés de tempérance.
On demande souvent, en France, à quoi il servirait d'organiser des sociétés de ce genre et ce qu'elles pourraient faire; voilà la réponse. Elles devraient être, chez nous, aussi nombreuses qu'elles le sont ailleurs; elles devraient être, chez nous, comme elles le sont ailleurs, les tètes de colonne des groupements antialcooliques, les foyers de propagande, les promotrices de toutes les réformes qui s'imposent si l'on veut soustraire notre race à l'action d'un poi-
son qui peu à peu la ruine, l'abrutit, l'affole et la tue.
Dans cette entreprise de relèvement et de salut social, tous, d'ailleurs, ont leur rôle, et leur rôle utile à jouer : le prêtre en chaire, l'instituteur à l'e'cole, la femme dans son home par l'éducation, par sa douce influence, par l'exclusion rigoureuse de toute liqueur forte au foyer domestique ; et chacun par l'exemple. Comme on l'a dit avec raison, il ne s'agit que de vouloir.