‹ Les Fléaux nationauxChapitre 12 sur 23 · L AFFAISSEMENT MORAL · texte numérisé non relu

L AFFAISSEMENT MORAL

impunis; mais ils n'étaient ni aussi fréquents, ni surtoul aussi connus. Il était rare qu'ils fussent jelcs en pâture à la curiosité du grand public, el par conséquent la contagion <lu mauvais exemple était beaucoup moins redoutable. Enfin et surtout, il existait naguère encore un antidote puissant : c'était l'existence d'un ensemble de convictions et de croyances capables de raffermir les consciences ébranlées, les volontés chancelantes et de satisfaire le besoin de justice qui est au fond de Fàme humaine. La niasse de la nation pouvait être plus ou moins sceptique au point de vue religieux ; mais elle croyait, confusément peutêtre mais fermement, au libre arbitre, à la responsabilité morale de l'être humain, à l'immortalité de l'âme, à une autre vie, à une réparation suprême au delà du tombeau. Elle croyait à la famille, à la patrie, à la grandeur et à la beauté du sacrifice : là même où ne subsistait plus (jue de nom une religion positive et révélée, il y avait encore une sorte de religion naturelle et spiritualiste ; partout, il y avait une ni« n'aie.

Certes, tout cela n'est pas détruit; mais ton! cela est menacé, tout cela cela semble même sur le point de disparaître.

Pour la morale, par exemple, où en sommesnous? et quelle morale avons-nous? A cette question, j'ai entendu répondre dernièrement

par un sociologue éminent : « La morale ? mais il n'y en a plus.» Je serais plutôt tenté de re prendre, à propos de la morale, un mot de Talleyrand à propos de la conscience. « On se plaint, disait-il, de ce qu'il n'y a plus de conscience... . Quelle erreur ! Sémonville, à lui seul, en a deux.» N'en est-il pas de même, aujourd'hui, de la morale? Dire qu'il y en a deux, ne serait pas assez; il y en a par douzaines, — ce qui ressemble, il est vrai, beaucoup, dans la pratique, à l'absence de toute morale.

On a pourtant la prétention d'en avoir une. Jamais l'enseignement moral et civique n'a tenu plus de place dans les programmes officiels. Mais quel est-il et comment est -il donné ?

Il n'est pas question, ici, de renseignemenl moral distribué aux élèves des écoles libres ei qui repose généralement sur la base traditionnelle de l'idée de Dieu. Il n'est pas question davantage des doctrines développées par les adeptes, de plus en plus nombreux cependant, de ce que l'on appelle l'hervéisme et qui, sous prétexte d'enseignement moral, prêchent la haine et la guerre de classes et sous prétexte d'enseignement civique conseillent de jeter au fumier le drapeau national. A part ce? deux groupes

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