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opposés et qui savent vraiment d'où ils viennent, où ils vont et ce qu'ils veulent, si nous envisageons la moyenne des écoles où se forment l'enfance et la jeunesse, que trouvonsnous en fait de morale ?
Trop souvent, une véritable confusion des langues.
L'enseignement, d'après la loi, est laïque, c'est-à-dire qu'il ne doit y être question d'aucune religion révélée; mais, sur le sens de ce mot, sur l'étendue de cette règle, l'accord est loin d'exister. On est parti d'un principe, ou d'un prétexte de tolérance : on a considéré qu'il serait contraire à la liberté de conscience de faire enseigner les dogmes d'une religion révélée à des enfants appartenant à une autre religion par un maître qui peut-être ne croirait ni à l'une ni à l'autre. Mais, à côté des religions révélées, il y a la religion naturelle; à côté des dogmes, il y a l'ensemble des grandes vérités métaphysiques qui sont le substratum, le fondement commun de toute foi religieuse et qui constituent comme le patrimoine moral du genre humain : il y a l'idée de responsabilité morale et celle du devoir, il y a l'immortalité de l'àme, la vie future, l'existence de Dieu. Cet incomparable faisceau de lumières morales doit-il être caché à la jeunesse ? Ce trésor moral doitil lui être fermé en vertu du même principe de tolérance, pour éviter, par exemple, qu'un maître
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Jibre-penseur, matérialiste ou athée soit oblige de donner un enseignement spiritualiste aux enfants de parents libre-penseurs, athées ou matérialistes ? En d'autres termes, si le nom du Christ est proscrit de l'enseignement, celui de Dieu doit-il aussi en être exclu? On n'a pas oublié avec quelle passion cette question fui débattue lors du vote des premières lois scolaires et avec quelle éloquence magnifique M. Jules Simon s'éleva contre ceux qui prétendaient, suivant son énergique expression, « biffer Dieu des programmes scolaires » .
Il l'a élé cependant, du moins officiellement, et si indirectement l'idée d'une cause première, souverainement sage, puissante et bienfaisante reparaît dans certains manuels et dans certaines écoles, on ne peut dire quelle serve de base à l'enseignement; trop souvent, au contraire, elle est formellement attaquée, niée ou bafouée.
Quant aux autres principes spiritualistes, s'ils ne sont pas en général contestés avec la même àpreté, il arrive souvent qu'ils sont passés sous silence, ou bien présentés sous une forme dubitative qui en affaiblit singulièrement l'autorité. Il n'est pas besoin d'insister pour faire comprendre les inconvénients et les dangers qu'un tel mode d'enseignement peut avoir pour l'enfance et pour la première jeunesse. Sans doute la science a ses prérogatives et ses libertés que nul homme sensé ne songe à contester.
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Mais si les savants, si les maîtres de l'enseignement supérieur onl le droit et le devoir de ne rien dissimuler de leurs incertitudes, de leurs doutes et de la complexité des problèmes qu'ils étudient, ils doivent se garder et ils se gardenl, en effet, de verser ce vin trop fort à des cerveaux encore trop jeunes et partant trop faibles pour le supporter. Ce n'est pas à des enfants que l'on peul donner comme aliment intellectuel et moral le scepticisme pyrrhonien et le : « Que sais-je ?» de Montaigne ou d'Erasme. Sous peine de préparer de véritables ruines morales, on doit s'en tenir avec eux aux faits incontestables, aux vérités reçues et ne pas ébranler dans leurs âmes les principes fondamentaux de la vie morale tant que la fausseté n'en a pas été démontrée.
dette réserve, que connaissent et qu'observent les vrais savanis, n'est malheureusement pas toujours gardée par des maîtres d'un rang inférieur, et l'affaiblissement du sentiment moral est la conséquence fatale de ces imprudences. Si, par exemple, les recherches de plus en plus approfondies de la psycho-physiologie font apparaître avec une clarté' croissante la multiplicité et la puissance des liens qui unissent aux fonctions purement physiologiques les phénomènes d'ordre psychique, faudra-t-il s'emparer des données de cette science en formation pour affirmer devant des enfants que
l'âme n'existe pas à l'état distinct de nos organes physiques, que tout est matière, que tout est corps et finit avec le corps ? Si une étude plus attentive de la volonté et de son fonctionnement amène le philosophe et le criminaliste à reconnaître que, bien souvent, cette volonté est inclinée dans un certain sens, que nos actes sont jusqu'à un certain point déterminés par des circonstances indépendantes de non-mêmes, par l'influence des milieux, par l'éducation, par l'atavisme, par notre constitution physique, et qu'il y a lieu de tenir compte de ces causes d'atténuation de noire responsabilité, s'ensuit-il que l'on puisse en tirer, devant des jeunes gens, des conclusions contraires à l'existence même du libre arbitre ?
C'est pourtant ce qui s'est fait quelquefois et ce que nous oserions presque appeler un infanticide moral.
Le principe essentiel de toute éducation comme de tout ordre social est l'idée du devoir; et le devoir lui-même, d'où iirera-t-il son caractère obligatoire sinon d'une loi supérieure à celui qui le prescrit comme à celui qui doii l'accomplir ? Que cette loi repose sur une révélation divine, sur l'étude de la nature ou sur celle de l'homme, qu'elle ait pour objet la poursuite du bonheur ici-bas ou dans une autre vie, l'intérêt individuel ou l'intérêl général, le plus grand bien de l'individu, de la société ou de
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l'humanité, celle loi est la base de la morale, et celle-ci sera d'autant plus forte ou d'autant plus faible, elle aura d'autant plus ou d'autant moins d'autorité qu'elle aura un principe plus ou moins élevé, plus ou moins indiscutable.
Où en sommes-nous à ce point de vue ? Quelle est la règle de vie la plus généralement proposée aux jeunes générations ? Quel en esl le principe et quel en est l'objet ?
Dans la très grande majorité des établissements scolaires, il n'est question ni de révélation, ni de Décalogue. La morale doit avoir une origine purement humaine. Elle cherche à procurer ici-bas, et par des moyens purement humains, le bonheur au plus grand nombre possible de nos semblables. Mais comment ? C'est ici que commencent l'incertitude et la contradiction.
Pour quelques-uns, la morale est une sorle de dynamique. Etre fort physiquement et intellectuellement, doit être l'objet essentiel de lout acte pour tout homme et pour toute société. Le plein épanouissement de nos facultés et de nos personnes, fût-ce aux dépens d'autrui, tel serait le principe auquel il faudrait tout rapporter, d'après lequel il faudrait tout juger. Le succès serait à lui-même sa raison d'être et sa justification; c'est lui qui déciderait de la valeur des actions humaines.
LES FLEAUX XATfOXATW
À vrai dire, ces disciples, conscients ou non, de Bismarck ne sont pas nombreux, du moins comme théoriciens, car, dans la pratique, il< s'appellent légion. Pour juger de la valeur morale de nos actes, c'est généralement à un autre point de vue que se placent nos modernes moralistes.
Pour les uns, le bonheur, dont la conquête est le but essentiel de notre vie, consiste dan le développement harmonieux, dans l'emploi sage et modéré de nos facultés; pour les autres, c'est dans l'accomplissement du devoir, el alors, on se trouve ramené, par une sorte de cercle vicieux, à cette question : qu'est-ce que le devoir? Par qui, comment peut-il être défini?
Le devoir, disent les uns, c'est l'obéissance à la loi naturelle dont les préceptes se font, bon gré mal gré, entendre à chacun de nous. Le devoir, c'est le dévouement mutuel, le sacrifice réciproque. Le devoir, c'est lapral ique de la tempérance, de la justice ei de la patience que uous conseille notre intérêt bien entendu ; le devoir, c'est l'ensemble des obligations qui dérivenl de la vie sociale pour laquelle l'homme est fait el de l'intérêt supérieur du groupement auquel il appartient ; on bien encore, pour employer une formule plus large et plus généreuse, c'est la subordinal ion de nos intérêts propres à ceux de l'humanité, dont le culte doit remplacer tous les autres.
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Il y a, dans plusieurs de ces notions du devoir, une élévation évidente, une générosité incontestable. Mais qui ne voil à quel poinl elles se contredisent ei s'affaiblissent par là même ? Qui ne voit surtout combien est fragile la hase du devoir, tel qu'elles le définissent?
Ou se trouve en présence d'une série d'opinions humaines plus ou moins sujettes àcontes- 1 al ion, non en face d'un ensemble de préceptes cpii s'imposent en vertu d'un principe supérieur et indiscutable.
Aussi quelles objections triomphantes ne trouveront pas à leur opposer les passions qu'elles contrarient, les appétits qu'elles voudraient réfréner !
La loi naturelle? Mais où est-elle écrite? d'où tire-t-elle son autorité? Si on la fait découler de la nature physique au sein de laquelle nous vivons, quel caractère moral peut-elle avoir? Et, si nous lui donnons pour fondement des principes déduits non de l'étude du monde matériel, mais d'une analyse plus profonde de l'âme humaine et de ses passions, ne sommes-nous pas amenés directement à reconnaître l'existence, à invoquer l'autorité de ces principes métaphysiques dont on prétendail se passer ?
Le devoir, — dit-on encore, — c'est le dévouement mutuel, le sacrifice réciproque : voilà une assertion qui se fera difficilement ac-
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cepter d'une très grande partie du genre humain, — nous ne voulons pas dire de la majorité, de peur de paraître pessimiste. Encore, s'il ne s'agissait que du dévouement et du sacrifice pour ceux que les liens de la parenté nous rendent chers, l'homme suivrait assez facilement, en cela, l'exemple des animaux et son instinct naturel ; mais le devoir va plus loin ; la morale est plus exigeante : elle demande que nous sachions nous dévouer, nous sacrifier au besoin pour des hommes étrangers à notre famille, pour la patrie, pour l'humanité. On aura quelque peine à persuader à la plupart des hommes que le devoir ait de telles exigences, tant qu'on ne le leur présentera que comme une loi purement humaine et en écartant l'hypothèse d'une autre vie.
On insiste, il est vrai, et l'on dit : le devoir se confond avec l'intérêt ; la condition essentielle du bonheur est de dompter ses passions, de pratiquer la vertu, de se conformer à la justice, d'opposer aux épreuves, à l'infortune, à la mort une patience, une constance invincibles. Mais la majorité de nos contemporains répondra comme la majorité des Romains dé la décadence répondaient aux stoïciens, c'est-àdire en donnant la préférence à la philosophie du plaisir. Il se peut, dira le jeune homme aux prises avec les passions, il se peut que le vrai bonheur soit dans la pratique de la vertu;