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morale socialiste que... régoïsme. « Egoïsme collectif », il est vrai, qui lutterait non pas pour I»4 bien-être exclusif (\a> individus isolés, mais pour le triomphe et la revanche de la clause des prolétaires, car, — dit en propretermes M. Jaurès, — les socialistes « sonl égoïstes, eux, et brutalement ; ils veulent vivre, et bien vivre, et ils ne s'en cachent point », et, loin de les en blâmer, M. Jaurès n'hésite pas à faire appel, pour assurer leur succès, à « l'énergique poussée des instincts élémentaires ».
Ouant à l'immense majorité du parti socialise, elle n'essaie môme pas d'avoir un système de morale; insistant toujours sur le droit des travailleurs, sur leurs revendications contre la société capitaliste, elle oublie ou néglige de parler de leurs obligations, elle est « amorale », à moins qu'avec M. Jaurès, elle ne prétende que le socialisme est, par lui-même, une morale I).
Les écoles socialistes ne se dissimulent pas, d'ailleurs, et n'essayent pas de cacher que l'application de leurs systèmes aurait pour conséquence inévitable de léser nombre d'intérêts, de violer et de supprimer des droits considérés jusqu'à présent comme incontestables, de consommer un grand nombre de ces actes que, par euphémisme, on appelle des expropriations
i Voir notro étude intitulée : e Le Babil socialiste », br. in-S°, 1ÎI06.
sans indemnité ; mais elles ne s'arrêtent pas devant cet obstacle, elles ne sont pas gênées par ce scrupule. Les socialistes cherchent, il esj vrai, à colorer cette opération en alléguant les prétendues violences ou les prétendues fraudes dont seraient entachées les origines les plus lointaines de la propriété, et en qualifiant celle-ci de vol, ils essayent de présenter comme de simples restitutions partielles et tardives les spoliations que prépare le collectivisme. Ils affirment aussi, avec Lassalle, que le capitaliste abuse de sa situation privilégiée pour maintenir le prolétaire sous le joug d'une loi d'airain, qui le condamne à la misère et à la faim perpétuelles dans le bagne du salariat; ou bien encore, avec Karl Marx, que, dans tout travail accompli sous le régime capitaliste, il y a une part du produit créé par l'ouvrier qui ne lui es! pas payée, ou qui, en d'autres termes, lui esi volée par le patron. Mais, en vérité, on peut se demander si les socialistes eux-mêmes sonl dupes de ces sophismes dont la fausseté a été si souvent démontrée non seulement par le raisonnement, mais encore et surtout par les faits (l). Pour qui va au fond des choses, il apparaît clairement que l'inspiration commune
(1) Voir : Les classes ouvrières en Europe, tome Ier: et, dans nos Etudes de morale sociale, le chapitre intitulé : La loi d'airain de salariai et la hausse des salai' Angleterre
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de leurs diverses écoles est une inspiration puremenl matérialiste, leur tendance une tendance matérialiste, <|ue la satisfaction d'a[)pét ils matériels esl loul leur programme el la jouissance toui teuridéal.Or, — nous le savons par l'histoire, — un peuple chez lequel prévalent de semblables doctrines esl un peuple perdu; et nous ajouterons qu'il esl aussi le plus malheureux des peuples, car dans cette poursuite consente et exclusive de la jouissance, il est condamné à n'être jamais assouvi et à devenir, sous le coup des épreuves inséparables de la vie, sous le coup de la souffrance, de la maladie et de la mort, le jouet et la victime d'un perpétuel mirage.
Mais, en dépit de toutes les désillusions, le mirage subsiste et, comme tous les mirages, continue à exercer son action décevante. Il eu esl ainsi fatalement. L'homme qui souffre el qui peine sera toujours disposé à écouter ceux qui lui font entrevoir l'adoucissement de son sort comme la conséquence certaine du bouleversement social, et il mettra, dès qu'il le pourra, ses actes d'accord avec cette conviction s'il a secoué' le seul frein moral eflicace, c'est-à-dire la croyance à la loi du devoir supérieure à toute loi terrestre, à toute volonté humaine, tirant d'elle seule son aiilorilé et s'imposant par ellemême avec cette force irrésistible et souveraine <pii caractérise les grandes lois de la nature.